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Les souris vertes ont lu pour vous : la convivialité d'Ivan Illich
Date 25/03/2017
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"A la porte de l’auberge

Une carte de visite pour t’annoncer,

Coucou"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


Décidément, il faut croire que les souris vertes passent leur temps enfermées à lire plutôt que d'aller observer l'arrivée du printemps et écouter les petits oiseaux chanter gaiement. Mais le livre que nous recensons aujourd'hui est tout petit, minuscule, le genre d'objet qui se lit vite mais qui se médite longtemps.


Une fois de plus, et sans surprise pour nos fidèles lecteurs, nous prenons notre propre ligne éditoriale à contrepied pour recenser un livre qui ne parle ni d'écologie, ni de numérique. Il faut dire que La convivialité, d'Ivan Illich, est paru en 1973, dans un monde arriéré qui ne connaissait ni FesseBouc ni la magie du téléphone portable. Pour autant, les ravages de l'environnement étaient déjà bien connus pour l'essentiel, il est même vertigineux de voir à quel point on a tenu le cap sans férir alors que tous les constats qui remplissent aujourd'hui nos journaux et les vibrants discours de campagne avaient déjà été faits il y a 40 ans. Illich ne se prive pas de les dénoncer au passage, mais ce n'est pas là l'essentiel de son propos.


Dans ce cas, pourquoi donc faudrait-il se lancer dans une lecture qui ne parle nullement de petites souris vertes ? Le fait que ce livre ait introduit le terme et le concept même de convivialité, furieusement à la mode dans les discours alternatifs depuis quelques années, par exemple ches les adeptes de la décroissance, ou qui résonne étrangement avec la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, constituerait déjà une raison suffisante à toute personne un tant soit peu intéressée par l'idée de construire une société écologiquement et humainement soutenable. Mais, bien plus que cela, la pensée d'llich nous paraît d'une acuité particulière pour penser le développement de la société numérique auquel nous assistons en direct et assis au premier rang.


Terminons d'assumer l'incohérence totale entre le titre, la catégorie et le contenu de cet article, en précisant qu'il s'agit moins d'une recension en bonne et due forme d'un livre, que de l'exposé de deux points saillants de la pensée d'Illich qui nous paraissent judicieusement formulés pour penser l'univers des petits écrans qui clignotent. Mais lisez La convivialité, si si ! Et tout autre livre d'Illich qui vous tombera sous la main, même si l'auteur a tendance à se répéter un peu d'ouvrage en ouvrage, aucun risque de mal tomber dans cette oeuvre puissante. Et oui, vous l'aurez compris, la rédaction des souris vertes s'est mobilisée toute entière pour lire l'intégrale totale des oeuvres complètes de l'auteur, et en est ressortie bien satisfaite. Bon, modérez vos applaudissements, car comme nous l'avons dit, chaque ouvrage est en général court et incisif, on ne peut donc pas comparer cette performance à la lecture complète d'A la recherche du temps perdu ou des 87 tomes de la première saga de science fiction venue.


Ouïe ! Une souris me mordille le mollet pour me signaler qu'il est temps de commencer. On s'était promis de faire court aujourd'hui, c'est déjà plus ou moins raté. Allez, sortons notre plus belle paire de baskets et lançons nous à grands pas dans la pensée d'Illich.



Jouer au monopoly de manière radicale


La première notion que nous souhaitons introduire est celle de monopole radical. Il ne s'agit pas du bête monopole commercial qui fait que, malgré toutes les publicités vous vantant votre liberté fondamentale de consommateur, choisir la lessive X plutôt que Y vous fera invariablement tomber chez le même fabricant qui possède toutes les marques. Non, il y a monopole radical quand une entreprise ou une institution offre un produit ou un service dont la seule existence empêche toute alternative qui serait produite de manière autonome par les personnes. Les trois exemples principaux de monopole radical que donne Illich sont l'école, qui exerce un monopole sur l'éducation et empêche donc les gens d'apprendre par eux-mêmes en dévalorisant toute connaissance qui n'a pas été acquise à travers l'institution scolaire, l'hôpital qui empêche les gens de se soigner par eux-mêmes et les rend incapables de qualifier leur propre santé, et les moyens de transport motorisés (train, avion, voiture, ..), dont la vitesse rend impossible la cohabitation avec des modes de locomotion de moindre vitesse comme la marche ou la bicyclette.


Nous voyons immédiatement que l'analyse peut se rapporter à une grande variété de situations de notre société moderne, étant donné qu'on n'a pas arrêté le progrès durant les années écoulées depuis la parution du livre. On pourrait par exemple dire que la pédiatrie exerce aujourd'hui un monopole radical sur la manière d'élever les enfants, la classe politique professionnelle sur la décision collective, ou encore que l'industrie de la production artistique empêche la créativité individuelle en assurant qu'il faut être un artiste pour créer, et que le citoyen moyen ne s'occupe surtout pas de dessiner, composer une chansonnette ou écrire un haïku dans un coin de page.


Mais, comme ne manquera pas de le faire remarquer la souris à lunettes qui a bien écouté, on peut aisément revenir au domaine qui nous occupe pour dire que le numérique possède aujourd'hui un monopole radical sur la communication et la diffusion d'information. Il suffit de voir que la non possession et/ou la non maîtrise d'un ordinateur fera de vous immédiatement un paria de la société qui ne pourra bientôt ni déclarer ses impôts, ni bénéficier de remboursements santé, ni recevoir ses factures d'électricité et tout un tas d'activités joyeuses auxquelles nous sommes tenus de participer dans notre belle société moderne. Je ne parle même pas du fait d'exercer le moindre emploi, car que vous soyez enseignant, banquier, fleuriste ou agriculteur, vous passerez un nombre non négligeable d'heures rivé à un écran pour accomplir la partie visible et valorisée de votre métier (en gros celle qui vous vaudra votre salaire, la réalité ne comptant pas franchement, mais bien seulement ce qui est rendu public à travers la machine).


Chacun pourra pourtant facilement faire l'observation que l'informatique n'est pas un gain de temps pour tout le monde et en toute circonstance, loin de là, néanmoins elle a maintenant une emprise telle qu'il n'est plus question de s'en passer, même quand manifestement il faut passer plus de temps à essayer de faire faire ce que l'on veut à la machine que n'en aurait pris la même action par téléphone ou au moyen d'un papier et d'un crayon convenablement aiguisé.


Par ailleurs, le fait d'être un ami personnel des petits octets depuis belle lurette ne me rend pas aveugle au fait que tout le monde ne partage pas ma joie de converser avec la machine, et ne me donne pas une envie irrépressible de faire que le monde entier soit contraint d'imiter ce qui est pour moi un loisir agréable. Au contraire, je dirais que je ressens d'autant la violence qui est faite aux personnes ne trouvant plus d'alternative à la consultation quotidienne d'un terminal informatique, car, il faut le dire, l'informatique est devenue bien moins rigolote depuis qu'elle a envahi la galaxie et qu'elle fait souffrir tant de gens sous son joug. Sans doute la massification de la-voiture-pour-se-déplacer a eu le même effet de dénaturer le plaisir des vrais enthousiastes de la conduite automobile, tout en empêchant toute personne désireuse de ne pas se presser de continuer tranquillement son chemin à pied comme auparavant.


Toujours dans la même veine, on peut dire que le téléphone portable est en passe de devenir un monopole radical sur la communication. Avec son avènement planétaire, il devient impensable de communiquer à une vitesse moindre que celle de la lumière, et avec moins de contenu tangible que quelques milliers d'octets de photos. La transformation n'est peut-être pas encore totalement achevée, mais gageons que si la tendance se poursuit il sera bientôt demandé au particulier de justifier systématiquement son relevé de compteur par une photo envoyée par téléphone, ou de montrer son billet de train, son bulletin de vote ou son identité par un code-barre affiché sur son appareil mobile, peut-être directement greffé sur le bras. On peut sans doute ajouter un tas d'autres idées neuves et charmantes qui ne tarderont pas à se voir réalisées et diffusées illico, mais que nous nous garderons bien d'inventer par nous même, car un certain nombre de personnes bien intentionnées ont une imagination débordante en la matière avec laquelle il serait vain de vouloir rivaliser.



Un peu de convivialité que diable


Bien, nous sommes déjà armés d'un nouveau concept bien utile, même si légérèment déprimant devant la litanie inquiétante des applications dans laquelle on peut le décliner. Mais quid de la convivialité ? Oui, quid of the conviviality comme aurait dit Illich lui même lorsqu'il écrivait dans la langue du Cheikh Spire ? Comme précédemment, ne prenons pas trop le terme au pied de la lettre pour croire qu'il s'agit de la bonne entente cordiale autour d'une partie de belote animée, près d'un feu de cheminée devant lequel s'endort le chien de la patronne qui vous sert votre pastis d'un air débonnaire. Le terme de convivialité s'applique à ce qu'Illich nomme un outil, mais qui désigne en fait toute forme de médiation entre l'homme et son milieu. Par exemple, l'école est un outil d'éducation, de même que l'automobile est un outil de locomotion ou l'hôpital un outil de soin de la personne.


On dira alors qu'un outil est convivial s'il sert l'homme et lui permet d'accroître ce qu'il est capable de faire par lui-même, alors qu'un outil est non convivial lorsqu'il se substitue à l'action de l'homme. Typiquement, la bicyclette est un outil convivial, car elle accroît la vitesse de la marche avec une dépense d'énergie et un degré d'autonomie du même ordre, alors que l'automobile, le train ou l'avion ne sont pas des modes de transport conviviaux car ils se substituent purement et simplement à l'action de déplacement de l'homme pour le transformer en un objet passif simplemement translaté d'un point à un autre. Lorsqu'un outil est non convivial, il cesse de s'adapter à l'humain pour faire que l'humain s'adapte à lui : par exemple, les gens qui n'ont pas une taille moyenne devront subir l'inconfort de ces véhicules standardisés, alors qu'ils sont capables de marcher à la même vitesse et sans plus d'effort que les autres.


Dans le même ordre d'idée, l'éponge est sans aucun doute un outil convivial qui vous aide à faire votre vaisselle bien mieux que les doigts, en revanche le lave-vaisselle est un outil complexe qui rend la ménagère simple utilisatrice, la privant de toute autonomie sur l'outil qui nécessitera un réparateur spécialisé à la moindre incartade.


On voit que la tendance à la substitution par la machine de tous les gestes élémentaires de l'homme nous fait vivre dans un environnement sans cesse moins convivial au sens où l'entend l'auteur : le tapis roulant marche pour vous, la porte s'ouvre sans votre aide, l'air est climatisé ou chauffé pour prévenir la moindre adaptation thermique de votre organisme, et même au niveau microscopique l'antibiotique à large spectre évitera le travail de votre système immunitaire qui pourra se la couler douce en sirotant un cocktail.


Bien évidemment, Illich ne dit pas que l'outil est simplement gentil ou vilain en fonction de sa nature, car son contexte d'application est également très important. Il est certain que l'utilisation d'un véhicule motorisé, bien que coûteuse en ressources naturelles, est un accroissement certain des capacités de déplacement d'une personne handicapée. En même temps, dans une société qui se déplacerait tout entière à la vitesse de la marche, le handicap ne serait pas aussi grand et pourrait tout aussi bien être comblé par l'utilisation du fauteuil roulant, ou simplement par l'aide d'une personne l'aidant à avancer.


Alors, grande interrogation qui nous taraude, être ou ne pas être convivial, telle est la question que nous appliquons immédiatement à nos outils numériques favoris. Et, il faut le dire, l'avis est partagé au sein de l'équipe des souris vertes. Car, incontestablement, les outils numériques accroissent notre capacité à faire des choses : calculer plus vite, mieux classer les connaissances, communiquer à plus grande échelle. Mais, en même temps, on ne peut pas nier que le déploiement massif de ces outils dans toutes les strates de l'activité humaine nous transforme de plus en plus en spectateur de la machine plutôt qu'en la personne qui pense et dirige son action : consommation de divertissement à la chaîne, consultation d'algorithmes ultra perfectionnés pour savoir que penser de ci ou ça, communication réflexe vidée de sens et de contenu.


Bref, cet article se conclut abruptement, sans certitude et sans slogan facile, c'est bien dommage mais on pourra sans doute se tourner vers des médias généralistes pour assouvir notre soif de pensée simpliste à calquer partout. En revanche, nous tirons une révérence gracieuse et posthume à Ivan Illich pour sa pensée stimulante qui nous invite à regarder autrement le monde qui nous entoure, numérique compris mais pas que. Et, sachez le cher lecteur, la pensée d'Illich ne se résume pas aux deux concepts fracassants exposés maladroitement par nos soins, donc n'hésitez pas à vous jeter dessus avidement. Bonne lecture !




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Les souris vertes ont lu pour vous : une question de taille, d'Olivier Rey
Date 12/02/2017
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Une souris verte au club de lecture

"Grimpe en douceur

Petit escargot

Tu es sur le Fuji !"


Kobayashi Issa (1763-1828)


Un petit compte-rendu de lecture aujourd'hui, car figurez-vous que, les longues soirées pluvieuses venues, les souris vertes les plus studieuses préfèrent exhiber un livre plutôt que de passer leur temps à jouer à Lance Ton Pingouin (les souris ont trop de respect pour les pingouins, de toute manière). Aujourd'hui, c'est un petit ouvrage initulé Une question de taille qui nous occupe. Son auteur, Olivier Rey, est philosophe et mathématicien d'après notre long travail bibliographique de lecture de la jaquette.


Disons le d'emblée, la rédaction des souris vertes est partagée sur cet ouvrage, et il n'est pas certain que nous en recommandions la consultation à l'assemblée sympathique de nos fidèles lecteurs. En effet, si la thèse centrale est fort intéressante, elle s'appuie essentiellement sur les travaux d'un penseur du 20ème siècle assez peu connu, Ivan Illich, et son exposition est à notre humble avis relativement décousue, un brin brouillonne, avec un discours dont l'articulation générale est assez difficile à cerner et truffé d'affirmations péremptoires qui peuvent laisser mal à l'aise même si l'on est d'accord sur le fond avec l'auteur. On ne peut cependant que remercier chaleureusement celui-ci de nous mettre en contact avec une pensée injustement méconnue, simplement on s'interroge sur la pertinence d'aller lire directement les ouvrages d'Ivan Illich plutôt que leur résumé dans Une question de taille.


Pourquoi donc parler de ce livre, dans ce cas, entends-je certaines voix protester ? C'est que, malgré les défauts mentionnés, le propos général est vraiment, vraiment, absolument fort intéressant. Pour rendre justice à l'auteur, il cite aussi nombre d'autres écrits passionnants en plus de ceux d'Illich, qu'il va falloir aller emprunter d'urgence à la bibliothèque, notamment The breakdown of nations de Leopold Kohr, une réflexion apparemment puissante sur la taille des sociétés humaines.


Ivan Illich, quant à lui, donne l'impression d'être un penseur iconoclaste qu'il vaut la peine de fréquenter. Un peu à l'instar de Christopher Lasch, qui est également cité quelquefois, il s'agit d'un esprit inclassable, inaffiliable à une mouvance ou un parti, traité à la fois de réactionnaire par les progressistes, de révolutionnaire inconscient par les plus conservateurs, le type de pensée libre et sans entrave qu'on aime aux souris vertes. Un prêtre anti-autoritaire qui critique le système d'éducation nationale ou la création des hôpitaux ! Autant vous dire que, malgré qu'on en die, nous remercions platement Olivier Rey de nous avoir présenté ce personnage haut en couleur.


Et ce n'est pas tout. Car la thèse centrale du livre, reprise d'une lignée de penseurs dans laquelle s'inscrit Illich, est tout simplement renversante : tout est une question de taille. Plus précisément, il existe une échelle propre à chaque chose, qu'il est vain de vouloir transgresser. Autant dire que l'on prend le contrepied immédiat de toute la construction de nos sociétés modernes et de la science qui les fonde, dont le rôle est précisément de sans cesse repousser les frontières et les limites : frontières du visible, du vivant, du classé, du connu, du maîtrisé, du domestiqué, du connecté. Gageons que cette idée n'aura donc pas que des amis et qu'il faudra à certains une bonne séance de respiration avant d'être capable de l'entendre sans bouillir.


L'auteur reproduit un article remarquable, paru en 1926, du biologiste John Burdon Sanderson Haldane, dans lequel celui-ci démontre de façon particulièrement convaincante que ceci est vrai pour tous les organismes vivants : dans la nature, il existe une échelle à laquelle un type d'organisme peut survivre, et il ne peut changer sensiblement de taille sans changer de forme et de fonctionnement interne. Par exemple, si les insectes peuvent faire circuler l'oxygène absorbé directement à la surface de leur carapace, des organismes de plus grande taille ne pourront pas adopter la même stratégie, qui n'est possible que sur de très courtes distances, et développeront donc tout un système sanguin pour acheminer l'oxygène aux différents organes. Et cette stratégie, elle-même, impose des limites, car il faut ensuite déployer une énergie colossale pour pomper ce sang à travers des distances de plusieurs mètres. Dans la même veine, sans mauvais jeu de mots, Haldane démonte le mythe des géants humanoïdes, qui se briseraient aussitôt les membres dès qu'ils devraient se redresser vu la pression qui s'exercerait sur leurs fémurs. Pour être capable de supporter son propre poids, au delà de 2,50m ou 3m, un animal doit sans doute adopter la forme des rhinocéros, pattes courtes, près du sol, forme ramassée et compacte, ou bien celle de la girafe qui possède des membres extrêmement fins et un cou élastique. Bref, ôtons bien vite de nos têtes ces images de souris vertes géantes, mutantes et carnivores, nos petites souris vertes sont justement cela, petites, et entendent le rester.


Mais le plus intéressant de l'affaire est que cette idée peut se décliner en vérité dans tous les domaines : pour les sociétés humaines, par exemple, il existe une échelle à partir de laquelle une nation devient proprement ingouvernable. De même, il existe une extension à partir de laquelle l'école, comme l'hôpital, ne peuvent plus jouer leur rôle et se transforment en machines à contrôle plutôt qu'en instrument d'émancipation et de bien-être. Et l'on pourrait décliner ainsi cette analyse sur à peu près tout ce que l'on voudra : la taille des villes, des véhicules, des logements, des stades de foot, et tout ce qui vous passe par la tête.


Si l'auteur n'évoque que très peu les communications et les proverbiales nouvelles technologies, les souris vertes ont immédiatement vu la pertinence de leur appliquer cette analyse qui résonne fortement avec notre grand dossier sur les grandeurs numériques : un des gros problèmes du numérique aujourd'hui est son extension spatiale (réseau mondial) et temporelle (communications instantanées, du moins du point de vue de la perception humaine), ainsi que la manipulation d'échelles totalement incompatibles avec le vivant. Le moindre appareil électronique de quelques centimètres de diamètre est désormais capable d'embarquer plus d'informations que vous ne pouvez en lire ni en produire pendant toute une vie, ce qui a l'air de soulever de nombreux enthousiasmes benoîts, mais ne laisse pas de nous préoccuper en ce qu'il annonce de déconnexion avec les expériences proprement sensibles et humaines, et de perte d'autonomie sur ces appareils que nous ne pouvons appréhender. Nous disgressons ici un peu du propos du livre, mais il nous semble que tout ceci est à la base de la pensée magique qui s'extasie sur les Algorithmes d'aujourd'hui, sur laquelle il nous faudra revenir.


Que faire donc de ce petit ouvrage d'Olivier Rey ? Eh bien, si cette petite recension vous a piqué au vif, n'hésitez pas à vous le procurer ou à l'emprunter, mais soyez prévenu que, maintenant que vous en connaissez la teneur, vous resterez sans doute un peu sur votre faim à sa lecture, tout comme la rédaction des souris vertes. Mais justement, ceci est peut-être une très bonne première étape pour aller explorer d'autres pensées et interrogations portant sur le même thème.


Et, que vous le lisiez ou non, nous vous recommandons absolument de garder en tête cette fameuse question de taille et de l'utiliser comme une grille d'analyse qui vous guidera au quotidien. Non seulement elle permet de nous extasier sur certains phénomènes naturels ou artificiels en les voyant fonctionner à leur échelle propre, mais elle permet également de réfléchir sur des excès et extensions abusives de nos sociétés modernes qui transcendent les échelles à grand coup d'énergie gaspillée et d'environnement saccagé. Dans le domaine particulier du numérique, on pourra observer d'un oeil neuf les usages que nous faisons de ces technologies, en constatant par exemple la quantité de courriers ou de photos que nous produisons chaque jour, par rapport à ce qui serait réalisable sans leur aide, munis par exemple d'un papier, d'un stylo, d'une boîte de crayons de couleur et d'un ou deux facteurs courageux. Sans condamner ou jeter l'anathème de manière brutale, nous invitons simplement à réfléchir sur le caractère si "naturel" de ces évolutions que l'on voudrait nous vanter comme des produits nécessaires d'une histoire qui n'est qu'un constant progrès vers des horizons radieux.


Nous adressons donc un chapeau bas à l'auteur de nous donner de quoi méditer pour les longues soirées d'hiver, et même en toute saison, et vous laissons décanter toutes ces belles réflexions qui, n'en doutons pas, finiront par changer la face du monde, ou au minimum la couleur de quelques souris pas-tout-à fait-encore-vertes-mais-presque.




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Les souris vertes ont lu pour vous : l'âge des low tech, de Philippe Bihouix
Date 17/09/2016
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Une petite souris verte qui lit


"Manger du raisin

Une grappe après l’autre

Comme une grappe de mots"


Mukai Kyorai (1651-1704)


Pour la rentrée les souris vertes vous proposent une activité totalement incongrue, un reliquat des siècles passés dont peut-être certains auront entendu parler leurs grands-parents lors d'une conversation lointaine autour d'un feu : la lecture d'un livre. Au secours ! Mais un livre numérique au moins ? Un eBook qu'on peut lire sur tablette ? Non non non, pas du tout, on parle bien d'un livre en papier. Oui, ça fait peur, je sais, surtout qu'il n'y a même pas d'images, ni de CD-ROM inséré dans la couverture. Alors, pour être tout à fait honnête, on trouve une version pour liseuse de ce livre, ce que pour ma part je trouve légèrement en contradiction avec ses propos, donc je persiste à inviter ceux qui en auraient perdu l'habitude à se faire une petit expérience "low tech" avec un livre à la main, vous verrez c'est très agréable.


Ca y est les souris s'impatientent derrière moi, elles aimeraient bien quand même qu'on en vienne à parler du contenu du livre, au boulot quoi. Alors oui, notre petite lecture s'intitule "L'âge des low tech", un ouvrage pas trop gros de Philippe Bihouix, qui est si j'ai bien compris ingénieur sur les questions d'extractions de minerais. On pardonnera le titre un peu franglish pour se concentrer sur les propos de l'auteur, qui nous ont bien intéressés aux souris vertes.


C'est que, contrairement à beaucoup des discours actuels sur l'écologie qui à chaque fois s'extasient sur la vue d'une éolienne ou d'un panneau solaire, l'auteur prend très au sérieux la proposition d'imaginer un avenir soutenable et déroule une logique implacable qui révèle pas mal de contradictions dans la manière dont on envisage la fameuse transition écologique. En effet, si on ne s'intéresse qu'à la production d'énergie, on peut conclure assez rapidement qu'il suffit de substituer aux énergies fossiles limitées, toutes sales et franchement vilaines des énergies renouvelables sympathiques qui fleurent bon la lavande et le thym. Mais dès qu'on se rend compte que les systèmes de production de ces énergies demandent non seulement eux-mêmes de l'énergie pour être mis en place, mais surtout des minerais qui sont eux-mêmes en quantités limitées et bien polluants à extraire, on comprend qu'on a un petit souci. Surtout si on se rappelle que, dans l'histoire, aucune nouvelle source d'énergie n'en a supplanté d'autres, et que celles-ci n'ont jamais fait que s'ajouter les unes aux autres ; il est donc à craindre que les énergies renouvelables ne viennent finalement que gonfler la facture totale d'énergie dépensée, et ne soient pas la martingale tant attendue pour résoudre d'un coup tous les problèmes de notre société moderne.


Bref, ceci n'est qu'un petit exemple et je ne vais pas vous dévoiler tout le suspense du livre, et toutes les fausses évidences qu'il démonte, mais l'auteur fait une démonstration très convaincante du fait que la technologie, quelle qu'elle soit, ne va pas nous sortir d'affaire, et qu'il est temps de se (re)tourner vers ce qu'il appelle les low tech, c'est-à-dire en gros tout ce qui demande peu d'énergie, peu de matière première, et certainement pas mal de travail humain. Alors, évidemment, ça n'est pas forcément ce qu'on a envie d'entendre, mais justement l'auteur ne prend pas vraiment la peine de caresser ses lecteurs dans le sens du poil, ce qui en fait une lecture finalement assez réjouissante. Et pour ne rien gâcher, il écrit dans un style que ne renieraient pas les souris vertes, loin de là !


La deuxième partie du livre est consacrée à des exemples d'alternatives que l'on pourrait apporter à notre mode de vie, de l'alimentation au transport, en passant pas les emballages et, oui oui, par quelques considérations sur les appareils numériques. On n'est pas obligé d'adhérer à tout ce qui est dit, surtout que certaines idées sont assez farfelues et relèvent plutôt parfois de la provocation en bonne et du forme. Une citation qui a fait bien rire quelques souris montre bien l'esprit qui guide ces réflexions : l'auteur cite le dessin animé Madagascar, où un lion échappé d'un zoo demande à un lémurien de la forêt malgache qui lui parle de vie sauvage : "Tu veux dire sauvage, genre dormir dans une hutte construite avec de la boue séchée et s'essuyer avec des feuilles ?" Et le lémurien lui répond "Pourquoi s'essuyer ?". Donc soyez prévenu, Philippe Bihouix va nous titiller en demandant "pourquoi s'essuyer ?" à chaque fois que se pose un problème. On n'est pas toujours prêt à concéder nos habitudes et nos petits conforts à la solution qu'il propose, mais au moins la méthode a le mérite de nous faire nous interroger assez intensément sur nos besoins réels et supposés.


Donc, vous l'avez compris, les souris vertes recommandent chaudement la consultation de cet ouvrage qui vous fera voir d'un oeil neuf les questions d'écologie et de transition énergétique. Si vous ne lisez qu'un seul livre sur l'écologie cette année, et même si vous ne lisez qu'un seul livre tout court, et même si vous en lisez plusieurs finalement, lisez celui-là. Bonne lecture !

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