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Les souris vertes ont lu pour vous : l'économie symbiotique, d'Isabelle Delannoy
Date 21/01/2018
Ico Club de lecture
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"Soir de printemps

De bougie en bougie

La flamme se transmet"


Yosa Buson (1716-1783)


Tiens, tiens, ça faisait longtemps que les Souris Vertes ne nous avaient pas proposé une de ces lectures stimulantes dont elles ont le secret. Alors, quel beau livre a retenu leur attention cette fois-ci ? Hum. Autant le dire tout de suite, toutes les souris n'étaient pas emballées à l'idée de parler de notre ouvrage du jour, qui s'intitule "L'économie symbiotique", d'Isabelle Delannoy, vu qu'il peut sembler bien rébarbatif de prime abord, et pour être honnête les choses ne s'arrangent pas toujours, même après un contact prolongé.


Il s'agit en fait, ni plus ni moins, ni autant, que d'un essai d'économie. Déjà ce genre littéraire parfaitement respectable ne fait généralement pas l'unanimité sur les plages en été, ou pour une lecture décontractée au coin du feu, mais on peut bien se demander quelle mouche a piqué les souris vertes de vouloir nous en entretenir, vu le rapport apparemment absolument nul avec notre excellente ligne éditoriale habituelle.


Eh bien qu'on se détrompe, et qu'on batte sa coulpe en place publique sans attendre, car non seulement notre petit livre aborde en détail les sujets favoris qui nous font courir d'article en article, mais en plus dans une prose nettement moins ennuyeuse et empesée que ce que l'on serait en droit d'attendre d'un Traité d'Economie Très Sérieux.


Allez, sans plus attendre on se lance dans le vif de la discussion, et dans un élan de générosité vis-à-vis de nos lecteurs, on structure un peu le machin à grand coup de paragraphes, et avec un plan remarquable, s'il vous plaît : on donne d'abord l'intrigue générale, et ensuite on en viendra aux aspects d'écologie numérique que tout le monde attend avec impatience.



Le fond du fond


Alors, l'économie symbiotique, quésaco ? S'agit-il des principes économiques appliqués par des micro-organismes marins, tu me donnes un peu de plancton et je te rends un peu d'algue plus les intérêts ? Pas du tout, non non très cher (chère ?), nous parlons bien de l'économie humaine, celle qui dévaste les forêts et dépeuple les océans. Enfin jusqu'à présent. Car l'auteur (auteure ?) ne partage pas ce constat défaitiste que tout système économique un tant soit peu structuré mène naturellement et sans coup férir à la destruction la plus joyeuse de tout ce qui nous environne. Certes, l'économie actuelle est extractive, polluante, génératrice d'inégalités sans précédent, mais ça n'est pas une fatalité, enfin du moins c'est ce qu'on espère.


Le livre s'attache donc à bâtir une théorie économique complète, qui n'ait pas tous ces défauts grossiers, et qui permette de faire fonctionner une ou des sociétés humaines avec un niveau de technologie élevé sans le nécessaire dommage collatéral pour le reste des espèces vivantes qui aimeraient bien aussi un peu de place, tout de même.


Et, pour bâtir son Nouveau Super Système Economique, notre courageuse économiste se fonde sur un certain nombre d'expériences qui, en apparence, n'ont rien en commun, mais partagent toutes à l'insu de leur plein gré les mêmes principes fondateurs : permaculture, gestion des eaux usées, modes d'urbanisation alternatifs, nouveaux modes d'organisation des entreprises, sont autant d'éléments disparates de la fameuse transition écologique déjà en marche (mais à petits pas, NDLR).


Ici, à vrai dire, le lecteur qui a déjà croisé au détour de son chemin l'un ou l'autre de ces sujets n'apprendra pas énormément de nouveautés les concernant. En revanche, pour éparses qu'elles puissent paraître, ces expériences illustrent toutes à leur manière les grands principes de l'économie symbiotique, celle qui pourrait nous permettre de sauver le monde et les bébés phoques. Et quels sont ces principes, donc ? Justement, nous y venons.



Les grands principes de l'économie symbiotique


Ah ah ! J'inclus un nouveau paragraphe mystère de dernière minute, car je me rends compte que mon plan initial ne tient pas la route, comme toute bonne planification militaire qui, comme le dit le fameux adage, ne survit pas à la première rencontre avec l'ennemi. Bon, qu'on se rassure, nous ne sommes pas en train de nous tirer dessus à la rédaction des Souris Vertes, tout au plus terminons nous notre bataille de polochons un peu plus échevelés et essouflés.


Reprenons donc, car il est temps de recopier, sans reversement de droits d'auteur (auteuse ?) et sans vergogne les six grands principes de l'économie symbiotique qui doivent désormais guider notre pensée et notre action politique quotidienne. Il s'agit donc de construire des systèmes qui :

  • offrent une coopération libre et directe entre les entités
  • constituent des territoires de flux communs également accessibles à tous
  • font intervenir une diversité d'acteurs et de ressources respectant l'intégrité de chacun
  • utilisent en priorité les services rendus par les écosystèmes
  • recherchent l'efficience maximale de l'utilisation des ressources
  • favorisent la compatibilité des activités humaines avec les grands équilibres de la biosphère
 
Bon, bien que la prose du livre soit généralement très lisible et fluide, l'énoncé des ces principes a un petit côté austère et générique qui fait quelque peu grincer des dents. On voit tout de même que l'opposition traditionnelle entre l'action publique de l'état et l'action privée des entreprises montre bien vite son inanité : les deux contredisent grossièrement la plupart, voire l'intégralité des principes énoncés. On pourrait d'ailleurs faire une liste exactement inverse en caractérisant la manière dont est gérée l'action collective dans notre belle société :
  • des liens forcés entre entités sous des pressions économiques ou règlementaires
  • des territoires de flux et de ressources confisqués à la majorité des citoyens
  • un nombre restreint de décideurs et d'acteurs qui cultivent l'entre-soi de la décision en lieu et place des autres
  • une utilisation prioritaire de ressources fossiles et de processus artificiels nécessitant des ressources primaires énormes et un haut niveau de technologie
  • un gaspillage de ressources à tous les étages, et presque symboliquement ostentatoire, la recherche d'économie de ressources faisant vraiment figure de pauvre type
  • une perturbation abyssale d'à peu-près tous les grands équilibres de la biosphère : cycle de l'eau, océans, climat, cycles d'évolution des espèces, etc


Autant dire qu'on est loin du compte, et qu'il va sans doute falloir un peu plus que la publication de "l'économie symbiotique"pour nous faire changer de trajectoire. Cela dit, bien plus que ces grands principes qui restent somme toute un peu trop généraux à notre goût, nous avons été bien plus intéressé par un petit diagramme qui explique, dans une société fondée symbiotiquement, les interactions entre le monde vivant, un système industriel toujours en place et la société humaine elle-même. Pour ne pas abuser, nous n'allons pas reproduire le schéma en question, mais nous en dévoilons la substance ; il faut pour cela distinguer trois types d'écosystèmes :

  • les écosystèmes vivants. Bon, ce sont les écosystèmes que l'on connaît habituellement sous ce vocable, qui allient gaiement la fleur et son papillon compagnon, etc.
  • les écosystèmes sociaux. Ce sont les écosystèmes qui intègrent les échanges d'information et de savoir au sein des sociétés humaines. Enfin c'est que j'ai compris.
  • les écosystèmes technosphériques, qui correspondent peu ou prou à un système industriel banal, mais en plus propre quand même.

Le constat qui nous a le plus intéressé, aux Souris Vertes, est le fait que les écosystèmes technosphériques ne peuvent qu'être extractifs ; d'une manière ou d'une autre, ils ont besoin de ressources primaires pour fonctionner, et quelle que soit la manière dont on tourne la chose ils consomment toujours plus qu'ils ne produisent, les voyous.

La seule manière d'arriver à fonder une économie durable en les intégrant est alors d'utiliser les écosystèmes vivants et sociaux qui, eux, produisent plus de matière et de ressource qu'ils n'en consomment si tout va bien, pour équilibrer l'ensemble. Et, bien évidemment, les produits secondaires de chaque type d'écosystème doivent servir d'entrée aux autres, comme la chaleur dégagée par une usine qui pourra chauffer une piscine d'aquaculture, par exemple. Evidemment, tout ceci repose sur un postulat d'efficacité des écosystèmes vivants et sociaux, ce qui nous paraît un tantinet optimiste, comme nous en débattrons un peu plus loin.

Mais il est temps, enfin, d'en venir au coeur de la quintessence du centre de l'essentiel de notre propos du jour :


Numérique, loup y es-tu ?


Bien, on parle on parle, mais où le numérique dans tout ça ? Eh bien, à vrai dire, pour aussi intéressants que soient tous les propos que nous avons rapportés jusqu'à présent, nous n'aurions probablement pas consacré de petite recension à notre lecture du jour, si elle ne donnait pas une place de choix, et avec force détails, aux nouvelles technologies dans cette belle économie symbiotique à venir. Enthousiasmée par les possibilités de partage de savoir au niveau planétaire permis par les réseaux de communication modernes, de création et d'invention rendus possibles au plus grand nombre par les fablabs ou les imprimantes 3D, notre auteure(auteur?) en fait le pilier même des fameux écosystèmes sociaux, qui sont en fait davantage des flux d'échange d'information sous forme de petits octets que de vrais écosystèmes matériels.


Il faut reconnaître ici un réel effort, bien rafraîchissant pour les souris vertes qui n'arrêtent pas de mettre ce sujet sur la table dans un silence débatoire assourdissant, pour penser sérieusement et jusqu'au bout les conséquences d'une économie fondée sur des technologies numériques dont il faudrait pérenniser la production et l'utilisation sur le long terme. Extraction de métaux, de terres rares, obsolescence programmée, Isabelle Delannoy ne s'abrite pas derrière son petit doigt et essaie de répondre à tous ces problèmes qui menacent l'industrie numérique actuelle de périr sous le poids de ses propres déchets électroniques et de sa dévastation environnementale silencieuse.


Cependant, vu l'ampleur desdits problèmes, sans compter leur nécessaire extension à de nombreuses régions du monde non encore colonisées par ces outils numériques indispensables, puisqu'il est nécessaire que tout le monde soit relié par ces réseaux d'échange mondiaux et équipés de sa petite panoplie numérique pour que l'économie symbiotique puisse symbioser comme il se doit, nous sommes très dubitatifs aux souris vertes sur les propositions qui sont avancées. Par exemple, le recyclage des métaux, comme nous l'a bien montré "l'âge des Low Tech", un autre excellent ouvrage commenté ici-même précédemment, ne peut se faire à l'infini, mais au mieux sur quelques cycles vu les pertes inévitables, même sur les appareils les mieux conçus en vue d'être recyclés. On a donc du mal à voir comment une super filière de recyclage des métaux rares pourrait nous sauver d'une pénurie fatale de petits processeurs dans quelques dizaines de générations.



Bon, mais est-ce qu'on est d'accord, alors, vraiment ?


Argh et triple ugh, notre plan initial vient encore d'en prendre un coup dans l'aile, mais bon nous étions de toute manière résigné à son inconsistance congénitale. Ca nous apprendra à annoncer notre plan, tiens, on aurait mieux fait de se taire que d'appliquer ces bons principes d'écolier scrupuleux, voire franchement fayot.


Alors, nous avons essayé de présenter succintement les propos de notre bel ouvrage, mais nos fidèles lecteurs se doutent bien qu'il y a fennec sous cactus, voire souris sous buisson, car on aura plus vite fait d'attendre le jour du jugement dernier plutôt que le jour où les souris vertes n'auront aucune remarque critique à faire sur des idées offrant pourtant toutes les garanties de sérieux et de bon sens du cru. Eh oui, que voulez-vous, nous aimons la discussion, voire parfois la polémique la plus vile, on ne se refait pas. Polémiquons donc, prestement mais sans excès.


Nous avons en vérité deux points fondamentaux de désaccord, avec les parti-pris de l'écrivain (écrivaine ?). Tout d'abord et premièrement, nous considérons qu'il est dangereux de remplacer un optimisme et une confiance béats dans l'efficacité technique des réalisations artificielles, autrement dit le discours scientifico-totalitaire de notre belle modernité actuelle, par un optimisme en miroir sur l'efficacité des processus naturels. Certes, la nature fait fort bien les choses, ça n'est pas les souris qui vont me contredire, mais elle bien loin d'atteindre les critères d'efficacité et d'optimisation que l'espèce humaine s'est mise en devoir d'exiger dans tous les domaines.


Non, vraiment, les processus naturels ne sont pas des outils super optimaux qu'il suffirait d'exploiter, substituant àr nos rayons laser ultra-fins ou nos navettes spatiales du compostage super efficient ou de la photosynthèse dernière génération. La nature, enfin la vie en générale, ne cherche pas l'efficacité à tout crin, et les processus naturels ne sont pas exempts de perte, de déchet, d'érosion des ressources, enfin du moins aux échelles de temps et de matière qui nous concernent. Aussi, il nous paraît essentiel de nous préparer psychologiquement à ce que, même dans une société symbiotique idéale et parfaitement transitionnée écologiquement, aucun cycle de matière ne soit parfaitement refermable, et aucune ressource intégralement renouvelable sur la longue durée.


L'action de l'humanité, et du reste des vivants, ne pourra jamais être parfaitement neutre de ce point de vue, aussi nous pensons aux souris vertes qu'il serait temps d'en prendre notre parti une fois pour toutes, ce qui aurait pour conséquence qu'en plus de la recherche nécessaire de systèmes cycliques de consommation et production, il faudrait également s'attacher à réduire l'échelle de ces systèmes, pour que les pertes inévitables restent négligeables et nous promettent encore quelques ères géologiques de survie sans avoir à nous entretuer sérieusement pour les maigres ressources encore disponibles.


Notre deuxième point d'achoppement concerne, sans surprise, l'utilisation extensive de la panoplie numérique actuelle dans notre future économie symbiotique. Honnêtement, bien qu'elle nous permette de gagner notre croûte à la sueur de nos extrémités digitales, nous avons tendance à considérer l'informatisation galopante de la société comme un phénomène transitoire qui finira par se dégonfler, d'une part à cause de sa profonde inutilité intrinsèque (avons-nous réellement besoin que des machines effectuent des actions ou nous communiquent des données que nous sommes parfaitement capables de produire de manière autonome ?), et surtout de par son coût en ressources exhorbitant par rapport au service rendu.


Evidemment, les services rendus par les outils numériques ne sont pas tous superflus, même s'ils sont tous dispensables, comme en attestent les générations qui nous ont précédé sur la planète et qui ont, on se demande comment, réussi à faire leur chemin sans tout ce fourbi. Maintenant que nous les possédons, il n'est sans doute pas question de les mettre totalement de côté, mais comme la plupart des enthousiastes du numérique au service de l'écologie, notre auteur (autrice ?) ne questionne aucune des applications qui sont faites de ces nouvelles technologies, comme si elles étaient toutes légitimes et donc naturellement destinées à être pérennisées des siècles durant à travers toute l'humanité, dans un système économique qui intègrerait pleinement le droit pour tous de jouer à Lance Ton Pingouin en réseau mondial. En ce qui nous concerne, aux Souris Vertes, nous militons activement pour dégonfler la baudruche avant de poser la question de comment il faudrait faire pour l'inclure dans notre belle construction de la société durable de demain.



Lire ou ne pas lire, telle est la question


Bon, il est vrai qu'aux Souris Vertes, il nous est arrivé de parler de livres dont nous ne recommandions pas franchement la lecture, un comble tout de même quand ceux-ci ne nous ont rien demandé. Mais cette fois-ci, nous allons clairement et sans ambage recommander à tous ceux qui le peuvent et le souhaitent de lire "L'économie symbiotique", si si. Nous avons beau émettre de sérieuses réserves sur l'enthousiasme insouciant avec lequel l'auteure nous convie à intégrer les technologies numériques au coeur même de sa société de demain, il n'en reste pas moins que l'effort pour tenter de penser, au-delà de notre science économique moribonde, qui égrenne en boucle les relevés de la bourse à longueur d'antenne, une pensée économique qui ne soit pas en contradiction directe avec tous les principes écologiques et de préservation du vivant, mérite d'être salué bien bas.


Si nous ne sommes pas certain que les grands principes de l'économie symbiotique qui sont exposés suffiront à nous construire une société durable et équilibrée, il paraît important que ces notions émergent puissamment et distinctement dans l'espace public pour qu'elles puissent être débattues comme elles le méritent. Le cadre conceptuel proposé a le double mérite de sortir l'action politique au service de l'écologie de la multiplication de micro-actions qui parfois n'entretiennent aucune cohérence entre elles, voire se contredisent l'une l'autre, et d'offrir une alternative, y compris en terme de vocabulaire, à la théorie économique standard en grave danger de fossilisation terminale sur ses propres positions de principe, fût-ce au prix de laisser mourir l'entièreté des espèces vivant sur la planète, humains compris.


Bref, amis lecteurs, lisez sans tarder "l'économie symbiotique" d'Isabelle Delannoy, puis repassez l'ouvrage à vos voisins, vos souris, vos amis, et même vos ennemis !


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Les souris vertes ont lu pour vous : la convivialité d'Ivan Illich
Date 25/03/2017
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"A la porte de l’auberge

Une carte de visite pour t’annoncer,

Coucou"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


Décidément, il faut croire que les souris vertes passent leur temps enfermées à lire plutôt que d'aller observer l'arrivée du printemps et écouter les petits oiseaux chanter gaiement. Mais le livre que nous recensons aujourd'hui est tout petit, minuscule, le genre d'objet qui se lit vite mais qui se médite longtemps.


Une fois de plus, et sans surprise pour nos fidèles lecteurs, nous prenons notre propre ligne éditoriale à contrepied pour recenser un livre qui ne parle ni d'écologie, ni de numérique. Il faut dire que La convivialité, d'Ivan Illich, est paru en 1973, dans un monde arriéré qui ne connaissait ni FesseBouc ni la magie du téléphone portable. Pour autant, les ravages de l'environnement étaient déjà bien connus pour l'essentiel, il est même vertigineux de voir à quel point on a tenu le cap sans férir alors que tous les constats qui remplissent aujourd'hui nos journaux et les vibrants discours de campagne avaient déjà été faits il y a 40 ans. Illich ne se prive pas de les dénoncer au passage, mais ce n'est pas là l'essentiel de son propos.


Dans ce cas, pourquoi donc faudrait-il se lancer dans une lecture qui ne parle nullement de petites souris vertes ? Le fait que ce livre ait introduit le terme et le concept même de convivialité, furieusement à la mode dans les discours alternatifs depuis quelques années, par exemple ches les adeptes de la décroissance, ou qui résonne étrangement avec la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, constituerait déjà une raison suffisante à toute personne un tant soit peu intéressée par l'idée de construire une société écologiquement et humainement soutenable. Mais, bien plus que cela, la pensée d'llich nous paraît d'une acuité particulière pour penser le développement de la société numérique auquel nous assistons en direct et assis au premier rang.


Terminons d'assumer l'incohérence totale entre le titre, la catégorie et le contenu de cet article, en précisant qu'il s'agit moins d'une recension en bonne et due forme d'un livre, que de l'exposé de deux points saillants de la pensée d'Illich qui nous paraissent judicieusement formulés pour penser l'univers des petits écrans qui clignotent. Mais lisez La convivialité, si si ! Et tout autre livre d'Illich qui vous tombera sous la main, même si l'auteur a tendance à se répéter un peu d'ouvrage en ouvrage, aucun risque de mal tomber dans cette oeuvre puissante. Et oui, vous l'aurez compris, la rédaction des souris vertes s'est mobilisée toute entière pour lire l'intégrale totale des oeuvres complètes de l'auteur, et en est ressortie bien satisfaite. Bon, modérez vos applaudissements, car comme nous l'avons dit, chaque ouvrage est en général court et incisif, on ne peut donc pas comparer cette performance à la lecture complète d'A la recherche du temps perdu ou des 87 tomes de la première saga de science fiction venue.


Ouïe ! Une souris me mordille le mollet pour me signaler qu'il est temps de commencer. On s'était promis de faire court aujourd'hui, c'est déjà plus ou moins raté. Allez, sortons notre plus belle paire de baskets et lançons nous à grands pas dans la pensée d'Illich.



Jouer au monopoly de manière radicale


La première notion que nous souhaitons introduire est celle de monopole radical. Il ne s'agit pas du bête monopole commercial qui fait que, malgré toutes les publicités vous vantant votre liberté fondamentale de consommateur, choisir la lessive X plutôt que Y vous fera invariablement tomber chez le même fabricant qui possède toutes les marques. Non, il y a monopole radical quand une entreprise ou une institution offre un produit ou un service dont la seule existence empêche toute alternative qui serait produite de manière autonome par les personnes. Les trois exemples principaux de monopole radical que donne Illich sont l'école, qui exerce un monopole sur l'éducation et empêche donc les gens d'apprendre par eux-mêmes en dévalorisant toute connaissance qui n'a pas été acquise à travers l'institution scolaire, l'hôpital qui empêche les gens de se soigner par eux-mêmes et les rend incapables de qualifier leur propre santé, et les moyens de transport motorisés (train, avion, voiture, ..), dont la vitesse rend impossible la cohabitation avec des modes de locomotion de moindre vitesse comme la marche ou la bicyclette.


Nous voyons immédiatement que l'analyse peut se rapporter à une grande variété de situations de notre société moderne, étant donné qu'on n'a pas arrêté le progrès durant les années écoulées depuis la parution du livre. On pourrait par exemple dire que la pédiatrie exerce aujourd'hui un monopole radical sur la manière d'élever les enfants, la classe politique professionnelle sur la décision collective, ou encore que l'industrie de la production artistique empêche la créativité individuelle en assurant qu'il faut être un artiste pour créer, et que le citoyen moyen ne s'occupe surtout pas de dessiner, composer une chansonnette ou écrire un haïku dans un coin de page.


Mais, comme ne manquera pas de le faire remarquer la souris à lunettes qui a bien écouté, on peut aisément revenir au domaine qui nous occupe pour dire que le numérique possède aujourd'hui un monopole radical sur la communication et la diffusion d'information. Il suffit de voir que la non possession et/ou la non maîtrise d'un ordinateur fera de vous immédiatement un paria de la société qui ne pourra bientôt ni déclarer ses impôts, ni bénéficier de remboursements santé, ni recevoir ses factures d'électricité et tout un tas d'activités joyeuses auxquelles nous sommes tenus de participer dans notre belle société moderne. Je ne parle même pas du fait d'exercer le moindre emploi, car que vous soyez enseignant, banquier, fleuriste ou agriculteur, vous passerez un nombre non négligeable d'heures rivé à un écran pour accomplir la partie visible et valorisée de votre métier (en gros celle qui vous vaudra votre salaire, la réalité ne comptant pas franchement, mais bien seulement ce qui est rendu public à travers la machine).


Chacun pourra pourtant facilement faire l'observation que l'informatique n'est pas un gain de temps pour tout le monde et en toute circonstance, loin de là, néanmoins elle a maintenant une emprise telle qu'il n'est plus question de s'en passer, même quand manifestement il faut passer plus de temps à essayer de faire faire ce que l'on veut à la machine que n'en aurait pris la même action par téléphone ou au moyen d'un papier et d'un crayon convenablement aiguisé.


Par ailleurs, le fait d'être un ami personnel des petits octets depuis belle lurette ne me rend pas aveugle au fait que tout le monde ne partage pas ma joie de converser avec la machine, et ne me donne pas une envie irrépressible de faire que le monde entier soit contraint d'imiter ce qui est pour moi un loisir agréable. Au contraire, je dirais que je ressens d'autant la violence qui est faite aux personnes ne trouvant plus d'alternative à la consultation quotidienne d'un terminal informatique, car, il faut le dire, l'informatique est devenue bien moins rigolote depuis qu'elle a envahi la galaxie et qu'elle fait souffrir tant de gens sous son joug. Sans doute la massification de la-voiture-pour-se-déplacer a eu le même effet de dénaturer le plaisir des vrais enthousiastes de la conduite automobile, tout en empêchant toute personne désireuse de ne pas se presser de continuer tranquillement son chemin à pied comme auparavant.


Toujours dans la même veine, on peut dire que le téléphone portable est en passe de devenir un monopole radical sur la communication. Avec son avènement planétaire, il devient impensable de communiquer à une vitesse moindre que celle de la lumière, et avec moins de contenu tangible que quelques milliers d'octets de photos. La transformation n'est peut-être pas encore totalement achevée, mais gageons que si la tendance se poursuit il sera bientôt demandé au particulier de justifier systématiquement son relevé de compteur par une photo envoyée par téléphone, ou de montrer son billet de train, son bulletin de vote ou son identité par un code-barre affiché sur son appareil mobile, peut-être directement greffé sur le bras. On peut sans doute ajouter un tas d'autres idées neuves et charmantes qui ne tarderont pas à se voir réalisées et diffusées illico, mais que nous nous garderons bien d'inventer par nous même, car un certain nombre de personnes bien intentionnées ont une imagination débordante en la matière avec laquelle il serait vain de vouloir rivaliser.



Un peu de convivialité que diable


Bien, nous sommes déjà armés d'un nouveau concept bien utile, même si légérèment déprimant devant la litanie inquiétante des applications dans laquelle on peut le décliner. Mais quid de la convivialité ? Oui, quid of the conviviality comme aurait dit Illich lui même lorsqu'il écrivait dans la langue du Cheikh Spire ? Comme précédemment, ne prenons pas trop le terme au pied de la lettre pour croire qu'il s'agit de la bonne entente cordiale autour d'une partie de belote animée, près d'un feu de cheminée devant lequel s'endort le chien de la patronne qui vous sert votre pastis d'un air débonnaire. Le terme de convivialité s'applique à ce qu'Illich nomme un outil, mais qui désigne en fait toute forme de médiation entre l'homme et son milieu. Par exemple, l'école est un outil d'éducation, de même que l'automobile est un outil de locomotion ou l'hôpital un outil de soin de la personne.


On dira alors qu'un outil est convivial s'il sert l'homme et lui permet d'accroître ce qu'il est capable de faire par lui-même, alors qu'un outil est non convivial lorsqu'il se substitue à l'action de l'homme. Typiquement, la bicyclette est un outil convivial, car elle accroît la vitesse de la marche avec une dépense d'énergie et un degré d'autonomie du même ordre, alors que l'automobile, le train ou l'avion ne sont pas des modes de transport conviviaux car ils se substituent purement et simplement à l'action de déplacement de l'homme pour le transformer en un objet passif simplemement translaté d'un point à un autre. Lorsqu'un outil est non convivial, il cesse de s'adapter à l'humain pour faire que l'humain s'adapte à lui : par exemple, les gens qui n'ont pas une taille moyenne devront subir l'inconfort de ces véhicules standardisés, alors qu'ils sont capables de marcher à la même vitesse et sans plus d'effort que les autres.


Dans le même ordre d'idée, l'éponge est sans aucun doute un outil convivial qui vous aide à faire votre vaisselle bien mieux que les doigts, en revanche le lave-vaisselle est un outil complexe qui rend la ménagère simple utilisatrice, la privant de toute autonomie sur l'outil qui nécessitera un réparateur spécialisé à la moindre incartade.


On voit que la tendance à la substitution par la machine de tous les gestes élémentaires de l'homme nous fait vivre dans un environnement sans cesse moins convivial au sens où l'entend l'auteur : le tapis roulant marche pour vous, la porte s'ouvre sans votre aide, l'air est climatisé ou chauffé pour prévenir la moindre adaptation thermique de votre organisme, et même au niveau microscopique l'antibiotique à large spectre évitera le travail de votre système immunitaire qui pourra se la couler douce en sirotant un cocktail.


Bien évidemment, Illich ne dit pas que l'outil est simplement gentil ou vilain en fonction de sa nature, car son contexte d'application est également très important. Il est certain que l'utilisation d'un véhicule motorisé, bien que coûteuse en ressources naturelles, est un accroissement certain des capacités de déplacement d'une personne handicapée. En même temps, dans une société qui se déplacerait tout entière à la vitesse de la marche, le handicap ne serait pas aussi grand et pourrait tout aussi bien être comblé par l'utilisation du fauteuil roulant, ou simplement par l'aide d'une personne l'aidant à avancer.


Alors, grande interrogation qui nous taraude, être ou ne pas être convivial, telle est la question que nous appliquons immédiatement à nos outils numériques favoris. Et, il faut le dire, l'avis est partagé au sein de l'équipe des souris vertes. Car, incontestablement, les outils numériques accroissent notre capacité à faire des choses : calculer plus vite, mieux classer les connaissances, communiquer à plus grande échelle. Mais, en même temps, on ne peut pas nier que le déploiement massif de ces outils dans toutes les strates de l'activité humaine nous transforme de plus en plus en spectateur de la machine plutôt qu'en la personne qui pense et dirige son action : consommation de divertissement à la chaîne, consultation d'algorithmes ultra perfectionnés pour savoir que penser de ci ou ça, communication réflexe vidée de sens et de contenu.


Bref, cet article se conclut abruptement, sans certitude et sans slogan facile, c'est bien dommage mais on pourra sans doute se tourner vers des médias généralistes pour assouvir notre soif de pensée simpliste à calquer partout. En revanche, nous tirons une révérence gracieuse et posthume à Ivan Illich pour sa pensée stimulante qui nous invite à regarder autrement le monde qui nous entoure, numérique compris mais pas que. Et, sachez le cher lecteur, la pensée d'Illich ne se résume pas aux deux concepts fracassants exposés maladroitement par nos soins, donc n'hésitez pas à vous jeter dessus avidement. Bonne lecture !




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Les souris vertes ont lu pour vous : une question de taille, d'Olivier Rey
Date 12/02/2017
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Une souris verte au club de lecture

"Grimpe en douceur

Petit escargot

Tu es sur le Fuji !"


Kobayashi Issa (1763-1828)


Un petit compte-rendu de lecture aujourd'hui, car figurez-vous que, les longues soirées pluvieuses venues, les souris vertes les plus studieuses préfèrent exhiber un livre plutôt que de passer leur temps à jouer à Lance Ton Pingouin (les souris ont trop de respect pour les pingouins, de toute manière). Aujourd'hui, c'est un petit ouvrage initulé Une question de taille qui nous occupe. Son auteur, Olivier Rey, est philosophe et mathématicien d'après notre long travail bibliographique de lecture de la jaquette.


Disons le d'emblée, la rédaction des souris vertes est partagée sur cet ouvrage, et il n'est pas certain que nous en recommandions la consultation à l'assemblée sympathique de nos fidèles lecteurs. En effet, si la thèse centrale est fort intéressante, elle s'appuie essentiellement sur les travaux d'un penseur du 20ème siècle assez peu connu, Ivan Illich, et son exposition est à notre humble avis relativement décousue, un brin brouillonne, avec un discours dont l'articulation générale est assez difficile à cerner et truffé d'affirmations péremptoires qui peuvent laisser mal à l'aise même si l'on est d'accord sur le fond avec l'auteur. On ne peut cependant que remercier chaleureusement celui-ci de nous mettre en contact avec une pensée injustement méconnue, simplement on s'interroge sur la pertinence d'aller lire directement les ouvrages d'Ivan Illich plutôt que leur résumé dans Une question de taille.


Pourquoi donc parler de ce livre, dans ce cas, entends-je certaines voix protester ? C'est que, malgré les défauts mentionnés, le propos général est vraiment, vraiment, absolument fort intéressant. Pour rendre justice à l'auteur, il cite aussi nombre d'autres écrits passionnants en plus de ceux d'Illich, qu'il va falloir aller emprunter d'urgence à la bibliothèque, notamment The breakdown of nations de Leopold Kohr, une réflexion apparemment puissante sur la taille des sociétés humaines.


Ivan Illich, quant à lui, donne l'impression d'être un penseur iconoclaste qu'il vaut la peine de fréquenter. Un peu à l'instar de Christopher Lasch, qui est également cité quelquefois, il s'agit d'un esprit inclassable, inaffiliable à une mouvance ou un parti, traité à la fois de réactionnaire par les progressistes, de révolutionnaire inconscient par les plus conservateurs, le type de pensée libre et sans entrave qu'on aime aux souris vertes. Un prêtre anti-autoritaire qui critique le système d'éducation nationale ou la création des hôpitaux ! Autant vous dire que, malgré qu'on en die, nous remercions platement Olivier Rey de nous avoir présenté ce personnage haut en couleur.


Et ce n'est pas tout. Car la thèse centrale du livre, reprise d'une lignée de penseurs dans laquelle s'inscrit Illich, est tout simplement renversante : tout est une question de taille. Plus précisément, il existe une échelle propre à chaque chose, qu'il est vain de vouloir transgresser. Autant dire que l'on prend le contrepied immédiat de toute la construction de nos sociétés modernes et de la science qui les fonde, dont le rôle est précisément de sans cesse repousser les frontières et les limites : frontières du visible, du vivant, du classé, du connu, du maîtrisé, du domestiqué, du connecté. Gageons que cette idée n'aura donc pas que des amis et qu'il faudra à certains une bonne séance de respiration avant d'être capable de l'entendre sans bouillir.


L'auteur reproduit un article remarquable, paru en 1926, du biologiste John Burdon Sanderson Haldane, dans lequel celui-ci démontre de façon particulièrement convaincante que ceci est vrai pour tous les organismes vivants : dans la nature, il existe une échelle à laquelle un type d'organisme peut survivre, et il ne peut changer sensiblement de taille sans changer de forme et de fonctionnement interne. Par exemple, si les insectes peuvent faire circuler l'oxygène absorbé directement à la surface de leur carapace, des organismes de plus grande taille ne pourront pas adopter la même stratégie, qui n'est possible que sur de très courtes distances, et développeront donc tout un système sanguin pour acheminer l'oxygène aux différents organes. Et cette stratégie, elle-même, impose des limites, car il faut ensuite déployer une énergie colossale pour pomper ce sang à travers des distances de plusieurs mètres. Dans la même veine, sans mauvais jeu de mots, Haldane démonte le mythe des géants humanoïdes, qui se briseraient aussitôt les membres dès qu'ils devraient se redresser vu la pression qui s'exercerait sur leurs fémurs. Pour être capable de supporter son propre poids, au delà de 2,50m ou 3m, un animal doit sans doute adopter la forme des rhinocéros, pattes courtes, près du sol, forme ramassée et compacte, ou bien celle de la girafe qui possède des membres extrêmement fins et un cou élastique. Bref, ôtons bien vite de nos têtes ces images de souris vertes géantes, mutantes et carnivores, nos petites souris vertes sont justement cela, petites, et entendent le rester.


Mais le plus intéressant de l'affaire est que cette idée peut se décliner en vérité dans tous les domaines : pour les sociétés humaines, par exemple, il existe une échelle à partir de laquelle une nation devient proprement ingouvernable. De même, il existe une extension à partir de laquelle l'école, comme l'hôpital, ne peuvent plus jouer leur rôle et se transforment en machines à contrôle plutôt qu'en instrument d'émancipation et de bien-être. Et l'on pourrait décliner ainsi cette analyse sur à peu près tout ce que l'on voudra : la taille des villes, des véhicules, des logements, des stades de foot, et tout ce qui vous passe par la tête.


Si l'auteur n'évoque que très peu les communications et les proverbiales nouvelles technologies, les souris vertes ont immédiatement vu la pertinence de leur appliquer cette analyse qui résonne fortement avec notre grand dossier sur les grandeurs numériques : un des gros problèmes du numérique aujourd'hui est son extension spatiale (réseau mondial) et temporelle (communications instantanées, du moins du point de vue de la perception humaine), ainsi que la manipulation d'échelles totalement incompatibles avec le vivant. Le moindre appareil électronique de quelques centimètres de diamètre est désormais capable d'embarquer plus d'informations que vous ne pouvez en lire ni en produire pendant toute une vie, ce qui a l'air de soulever de nombreux enthousiasmes benoîts, mais ne laisse pas de nous préoccuper en ce qu'il annonce de déconnexion avec les expériences proprement sensibles et humaines, et de perte d'autonomie sur ces appareils que nous ne pouvons appréhender. Nous disgressons ici un peu du propos du livre, mais il nous semble que tout ceci est à la base de la pensée magique qui s'extasie sur les Algorithmes d'aujourd'hui, sur laquelle il nous faudra revenir.


Que faire donc de ce petit ouvrage d'Olivier Rey ? Eh bien, si cette petite recension vous a piqué au vif, n'hésitez pas à vous le procurer ou à l'emprunter, mais soyez prévenu que, maintenant que vous en connaissez la teneur, vous resterez sans doute un peu sur votre faim à sa lecture, tout comme la rédaction des souris vertes. Mais justement, ceci est peut-être une très bonne première étape pour aller explorer d'autres pensées et interrogations portant sur le même thème.


Et, que vous le lisiez ou non, nous vous recommandons absolument de garder en tête cette fameuse question de taille et de l'utiliser comme une grille d'analyse qui vous guidera au quotidien. Non seulement elle permet de nous extasier sur certains phénomènes naturels ou artificiels en les voyant fonctionner à leur échelle propre, mais elle permet également de réfléchir sur des excès et extensions abusives de nos sociétés modernes qui transcendent les échelles à grand coup d'énergie gaspillée et d'environnement saccagé. Dans le domaine particulier du numérique, on pourra observer d'un oeil neuf les usages que nous faisons de ces technologies, en constatant par exemple la quantité de courriers ou de photos que nous produisons chaque jour, par rapport à ce qui serait réalisable sans leur aide, munis par exemple d'un papier, d'un stylo, d'une boîte de crayons de couleur et d'un ou deux facteurs courageux. Sans condamner ou jeter l'anathème de manière brutale, nous invitons simplement à réfléchir sur le caractère si "naturel" de ces évolutions que l'on voudrait nous vanter comme des produits nécessaires d'une histoire qui n'est qu'un constant progrès vers des horizons radieux.


Nous adressons donc un chapeau bas à l'auteur de nous donner de quoi méditer pour les longues soirées d'hiver, et même en toute saison, et vous laissons décanter toutes ces belles réflexions qui, n'en doutons pas, finiront par changer la face du monde, ou au minimum la couleur de quelques souris pas-tout-à fait-encore-vertes-mais-presque.




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