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Au secours, mon ordi est lent ! (2) : Je dégage l'antivirus à coup de pied
Date 14/11/2016
Ico Dossier
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Une souris dit sa façon de penser à l'antivirus


"Sans chapeau

Une averse d’hiver tombe sur moi

- et alors ?"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


De comment, de comment ? Supprimer l'antivirus ? Ca y est, premier article du dossier et déjà on tombe dans la polémique la plus vile. Mais jusque dans quel tréfonds fangeux de l'absence totale d'objectivité devra-t-on se rendre dans cette nouvelle aventure des souris vertes ? Qu'on se rassure, on retrouvera bientôt une consensualité bienheureuse lorsqu'il s'agira de défaire trois vis pour changer un disque dur. Mais si l'on commence par un sujet délicat, qui froissera peut-être quelques susceptibilités et ne remportera pas d'emblée l'adhésion des foules, c'est que l'enjeu est de taille.


Car, comme tout bon discours bien ficelé, ce que l'on pourrait avoir tendance à perdre de vue en ces temps de campagne électorale où l'on débite de la parole premier prix au quintal, à l'hectolitre et au kilomètre en fonction de l'unité retenue, notre fantastique dossier suit un plan qui pour en être implicite n'en est pas moins redoutablement pertinent. On commence donc en toute logique par le premier geste de survie indispensable si vous estimez que votre ordinateur ne semble plus aussi vif et attentif à vos besoins que durant les premiers mois de votre relation commune.


Premier secours immédiat donc, avant la fibroplastie et la paragénèse intraveineuse (désolé, je recopie ce que me souffle la souris assise à ma gauche mais je doute un peu de ses connaissances médicales, je crois qu'elle invente n'importe quoi pour me faire plaisir), hop on dégage l'antivirus d'un bon coup de pied bien senti dans son arrière-train conséquent, on respire un grand coup et on constate avec plaisir que non seulement on ne vient pas de se faire envahir de gros virus noirs malveillants, mais qu'en plus notre ordinateur démarre maintenant en moins de 35 minutes. Magique !


Allez, je sens bien qu'il va me falloir argumenter bien plus que cela avant de vous faire essayer cette potion miracle, et vous aider à surmonter votre peur panique de l'attaque virale qui va faire exploser votre machine, et par là l'univers tout entier. J'espère que vous comprendrez ensuite qu'il est essentiel de passer envers ce type de logiciel d'une tolérance amusée teintée de léger agacement à la plus grande fermeté.


Terreur effroyable du virus de la peur


Avant de parler d'antivirus, commençons par rappeler rapidement de quelle menace sur l'espèce toute entière ce brave chevalier blanc est censé nous protéger. Qu'est-ce qu'un virus ? En toute rigueur, il s'agit d'un programme capable de se répliquer tout seul sur des ordinateurs à travers les périphériques d'échange : réseau, support amovible comme une clé usb, etc. C'est ce mode de réplication particulier qui lui donne ce petit vocable charmant qui fait immédiatement paniquer les gens à grand coup d'imaginaire de peste noire, ébola ou toute autre épidémie de votre choix qui vous tiendra éveillé la nuit.


Mais force est de constater qu'il y a bien longtemps que les stratégies de diffusion des logiciels dits malveillants ont évolué, et très franchement ce qui était un petit tour de force de programmation il y a 20 ou 30 ans devient risible dans un monde où tout le monde est connecté à travers des dizaines d'appareils, dans une ignorance bienheureuse de tous les mécanismes d'échange de données et donc des premiers gestes de sécurité élémentaire. Mais la visée même de ces petits programmes a changé. On peut dire qu'il s'agissait antérieurement d'infecter le maximum d'ordinateurs pour montrer que l'on était un super hacker chevelu, le programme lui-même étant relativement inoffensif, à quelques rares exceptions près de virus qui cherchaient à détruire en profondeur votre machine par pure méchanceté gratuite.


Or aujourd'hui, ce type de compétition s'est relativement tari pour se transformer en un sport beaucoup plus lucratif, à savoir utiliser les ordinateurs cibles comme des moyens pour soit, se faire de l'argent directement, soit accomplir des actions illégales sans risque en usurpant votre identité. Sympathique, non ? Aïe ! Une souris me tape sur le crâne pour me dire qu'il est temps de changer notre fusil d'épaule et de promouvoir les antivirus et la création d'une grande agence gouvernementale pour lutter contre ce fléau, à peu près aussi grave que le réchauffement climatique ou la disparition de la banquise. Allons allons, restons calme, et finissons notre petit musée des horreurs du virus qui tue.


Qu'est-ce qu'un virus aujourd'hui ? En vérité tout programme indésirable qui vous veut du mal plus ou moins directement. Malheureusement, la frontière est bien difficile à tracer entre un logiciel gentil est un logiciel méchant dans le paysage actuel. En effet, je pense que la plupart des gens considèreront Internet Explorer comme un programme parfaitement légitime sur leur machine. En ce qui me concerne je le classerais sans hésiter dans la catégorie des virus : il s'installe contre votre gré (il vient intégré dans le système), est impossible à supprimer (vous pouvez essayer mais il en restera toujours des traces), espionne votre système (essaie de se remettre comme navigateur par défaut sournoisement), envoie sans doute quelques informations dans votre dos à Microsoft, et permet comme tout bon virus de faire venir tous ses copains, puisqu'il jouit d'une indigence exemplaire en matière de sécurité. De la même manière, d'aucun pourront trouver qu'un logiciel qui renseigne vos coordonnées GPS à la terre entière est un programme espion de première main, quand d'autres trouveront super pratique cette application formidable qui s'adapte en permanence à votre localisation.


Evidemment, tout le monde ou presque s'accordera sans peine pour dire qu'un programme qui cherche à vous subtiliser votre numéro de carte bleue est un virus, mais au-delà de quelques cas de ce type on voit qu'il sera bien difficile de mettre de l'ordre dans cette catégorie fourre-tout qui pourrait peu ou prou contenir tout programme amené à dialoguer à travers le réseau, autrement dit tout sauf la calculatrice, et encore dieu seul sait comment elle est programmée de nos jours.


Arrivé à ce stade de notre raisonnement, la conclusion n'est pas bien réjouissante : au lieu d'avoir une peur saine du Gros Virus de la Mort et de se protéger à grand renfort d'antivirus qui nous empêche de nous poser trop de questions, voilà qu'on devrait se mettre à se méfier de tout et de tout le monde. Merci les souris vertes, vraiment ! Mais ce n'est pas ce qu'on dit, en fait.

Résumons notre pensée par une petite série de questions-réponses entre deux souris qui ont bien suivi notre propos :
 - les virus existent-ils ?
Oui ! Il y a des logiciels qui ne vous veulent pas du bien, ou au minimum vont vous casser les pieds.
 - Faut-il en avoir peur ?
Oui, il est raisonnable de s'en méfier et de savoir quoi faire pour s'en prémunir, non il n'est pas raisonnable de paniquer en tremblant chaque minute à l'idée d'une attaque dévastatrice qui va ruiner votre vie en un clin d'oeil.
- Comment lutter contre les virus ?

Stop ! Notre petite souris nous devance par ses questions pertinentes, c'est justement l'objet de ce qui va suivre.

Don Antivirus De la Vega à la rescousse


Dans cet univers inquiétant que nous avons brossé à grands traits, un espoir surgit de la nuit, car voici un cavalier fièrement dressé sur sa monture et se ruant dans la mêlée pour vous protéger au péril de sa vie : le bien-aimé antivirus, qui dans un geste d'altruisme stupéfiant ne compte pas ses heures pour tenir en sécurité la veuve et l'orphelin. Quand je pense que certaines voix mal intentionnées se permettent de le critiquer dans des articles à rallonge ! On aura tout vu, vraiment.


Mais faisons un petit arrêt sur image un instant sur cette scène sanglante, et regardons de plus près ce personnage étonnant qui bondit au milieu des cadavres de virus. Qui est cet antivirus ? D'où vient-il ? On écoute la souris à lunette qui a levé le doigt avant même que je pose la question : "l'antivirus est un logiciel chargé de lutter contre les virus". Excellent. Donc l'antivirus est lui-même un logiciel alors. Ceci pose tout un tas de questions philosophiques très profondes, mais pour le moment contentons-nous d'étudier la bête de loin, en jugeant sur ses résultats.


On a vu qu'il était bien difficile d'identifier un programme qui serait un virus d'un programme qui serait simplement un programme. Devant le nombre de logiciels en circulation, la diversité des modes de diffusion, les stratégies de malveillance toujours plus élaborées, comment fait notre petit antivirus pour s'en sortir ? Eh bien, en fait, il ne s'en sort pas trop bien figurez-vous. Comme le vaccin contre la grippe qu'on sait synthétiser avec brio pour l'épisode hivernal de l'année précédente, l'antivirus passe son temps à courir derrière les dernières trouvailles virales avec toujours un ou deux trains de retard. Et le pauvre est obligé d'avoir un oeil partout : surveiller vos mails, votre navigateur, vos logiciels, votre système d'exploitation, votre trafic réseau, votre disque dur externe, les possibilités d'infection sont sans fin et il n'en finit pas de s'arracher les cheveux à essayer de tout régenter.


Pour tout dire, c'est peut-être un coup de malchance pas de bol, et peut-être que des millions de personnes ont eu une expérience différente, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu un antivirus bloquer un programme malveillant à bon escient, en revanche j'en ai vu un certain nombre laisser gentiment passer tout un tas de saletés qu'il s'est agit d'aller nettoyer ensuite à l'huile de coude et sans son aide. Mais on ne peut pas en vouloir vraiment à notre ami d'être une passoire finie, tant la lutte est inégale et perdue d'avance. Aucun logiciel, aussi malin soit-il ne peut vous protéger significativement, comme vous allez le comprendre présentement.


Flic ou voyou ?


Avant d'en venir à la raison fondamentale qui explique le caractère dérisoire même du concept d'antivirus, faisons un petit détour pour regarder d'un peu plus près ce logiciel d'une bonhommie apparemment parfaitement inoffensive. Soulevons une petite question délicate : comment l'antivirus peut-il lutter contre d'autres logiciels ? Est-ce qu'il est plus fort qu'eux, comprendre est-ce qu'il a le droit de faire plus de choses, comme par exemple désinstaller un programme d'office, interdire une éxécution ?

Oui oui oui, absolument, pour qu'il puisse fonctionner, l'antivirus est un logiciel auquel on doit irrémédiablement remettre les clés de la maison. Ce qui fait qu'il est dans une position privilégiée pour vous faire des coups dans le dos qu'aucun virus ne serait capable de faire. C'est donc la question rituelle : qui nous protège de la police ? Qui nous garantit que l'antivirus est vraiment gentil ? De fait il y a eu suffisamment de scandales autour de logiciels qui s'auto-proclamaient meilleure protection dentaire de l'émail logiciel, triple action garantie, pour mieux installer leurs propres programmes espions, à côté desquels la YoupiBar qui persiste à s'installer toute seule fait figure d'enfant de choeur.

Et, même lorsqu'il est exempt de toute visée malveillante, on peut s'interroger sur le mode de fonctionnement de ce type de logiciel. Un logiciel qui ouvre votre courrier, surveille votre moindre action, écoute tous les programmes en train de tourner, démarre avant même le reste du système, est-ce que ce n'est pas précisément contre ce type d'intrusion qu'on essaie de se protéger en l'installant ? Franchement, la différence entre remède et poison devient bien floue.

Terminons par remarquer aussi que la petite guerre armée contre les virus est un business bien juteux. Bien que son efficacité soit pour le moins douteuse, l'antivirus est maintenant installé partout dans le monde professionnel. Le parallèle avec l'univers de la santé reste édifiant : comme ces normes sanitaires alambiquées qui ne protègent pas grand monde, mais donnent l'impression qu'on travaille à votre bien-être, les entreprises adoptent en masse des antivirus pour montrer qu'elles agissent en matière de sécurité informatique. Il s'agit bien moins de savoir si ces mesures protègent d'une manière ou d'une autre, que de les mettre en avant dans un grand plan de communication destiné à rassurer le bon peuple.

Autant dire qu'avec ce marché captif, additionné de tous les utilisateurs peu informés qui préfèrent ne pas courir de risque, les entreprises qui nous concoctent tous ces beaux antivirus ont encore de beaux jours devant elles. Et bien entendu elles ont tout intérêt à amplifier la panique en criant au loup dès qu'un adolescent imagine un programme capable de prendre la place d'une publicité sur votre site préféré pour exposer son propre contenu forcément illégitime et criminel. Ainsi, si on ne recense que quelques specimens de programmes aux effets réellement dévastateurs dans les tuyaux à une période donnée, les fabricants d'antivirus n'ont pas peur d'affirmer qu'ils vous protègent de dizaines de millions de logiciels tous plus malveillants les uns que les autres.

Et tout cela est, une fois de plus, parfaitement hypocrite, parce que sans objet. Tout simplement parce que :

Le virus, c'est vous


Devant le choc que vous cause cette proposition, je propose qu'on s'arrête un instant pour méditer un petit haïku parfaitement à propos :


"Après avoir contemplé la lune
Mon ombre avec moi
Revint à la maison"

Takano Suju (1893-1976)


Eh oui, l'ombre du gros virus qui semble s'abattre sur votre ordinateur chéri, c'est bien la votre en fait, penché que vous êtes sur votre clavier, et vous apprêtant à lui mettre en toute ingénuité un uppercut en pleine poire. Car, il faut le comprendre une fois pour toutes, aucun programme malintentionné, si fûté soit-il, ne pourrait s'immiscer sur votre machine sans votre complicité tacite.


Il ne faudrait pas trop s'imaginer non plus que des ennemis sont tapis en permanence dans la jungle informatique, armés jusqu'au dents et prêts à vous sauter dessus à la moindre occasion. En effet, je m'excuse de vous le dire crûment, mais en tant qu'individu, vous ne constituez pas une cible bien intéressante. S'il s'agit de mettre en oeuvre des stratégies complexes pour s'introduire sur des machines distantes, autant tout de suite viser le gros lot : attaquer les serveurs de grandes entreprises, hacker des sites de commerce, prendre le contrôle sur le site du gouvernement pour dessiner des moustaches à la ministre, et autres joyeusetés. Très franchement, vu le nombre de serveurs et de sites aujourd'hui à peine mieux sécurisés que mon abri de jardin, on ne manque pas de choix de cibles faciles bien plus savoureuses que vos albums de photos de famille.


Par ailleurs, il n'existe pas cent manières d'attraper un virus sur sa machine :

- on passe par un défaut de sécurité d'un des composants matériels (par exemple le processeur). Franchement ce genre de hack de haute voltige demande déjà un accès physique à votre machine,  un peu de matériel spécialisé, mais surtout des connaissances en informatique tellement impressionnantes qu'il est hautement improbable qu'on cherche à vous attaquer de cette manière, à moins que vous ne soyez président des Etats-Unis. De toute manière personne ne pourra vous sauver dans ce cas, ce n'est certainement pas un pauvre antivirus qui pourra faire quoi que ce soit, vu que, souvenons-nous, c'est un logiciel qui dépend lui-même du matériel. Si le matériel est compromis, c'est fini.

- le virus s'introduit à travers une faille de sécurité du système d'exploitation. Ce cas est nettement plus fréquent, particulièrement si vous utilisez Windows qui est connu pour en produire quelques milliards chaque fois que la maison mère décide de lui rajouter une nouvelle fonctionnalité. Sur tout autre système d'exploitation, la probabilité est infinitésimale de se faire attaquer de cette manière, mais elle existe quand même. La parade, dans tous les cas, est la même, et n'a aucun besoin d'antivirus : installer régulièrement les mises à jour de son système. Si vraiment votre paranoïa aigue vous empêche de profiter de la vie et que vous vous rongez le sang en pensant à toutes ces failles de sécurité qui tuent, utilisez OpenBSD, le système d'exploitation qui remporte haut la main la médaille de système le plus sûr de la galaxie. Ou bien débranchez simplement votre carte réseau, et là vous êtes tranquille, car même OpenBSD ne vous protègerera pas de la menace suivante.

- cas qui couvre 99,999999% des infections, le virus est installé en toute bonne foi par l'utilisateur de l'ordinateur qui au passage s'assoit gentiment sur tous les avertissements qu'on lui prodigue (le programme souhaite s'exécuter en tant que super-utilisateur. Voulez-vous continuer ? Oui oui répond l'inconscient), et donc outrepasse les prérogatives de l'antivirus qui ne peut tout de même pas vous empêcher de faire ce que vous voulez quand vous rappelez que c'est vous le chef.


Vous voyez que dans tous les cas cités, l'antivirus a joué son rôle pleinement, c'est-à-dire ne servir à rien. Si vous avez de la chance, dans 1% des cas, il reconnaîtra le programme que vous cherchez à installer comme une contrefaçon grossière et malveillante de Lance Ton Pingouin et vous lancera une alerte pour vous empêcher de commettre l'irréparable, mais sans garantie que vous l'écoutiez. Le reste du temps, il se contentera de continuer à vivre sa vie pépère pendant que vous ouvrez la boîte de Pandore qui va mettre votre système par terre en un tournemain.


Car, oui, malheureusement, aucun antivirus encore écrit n'est capable d'empêcher quelqu'un de faire une ânerie monumentale, comme de cliquer sur cette pièce jointe dans un mail dont on voit pourtant bien qu'il est d'une provenance douteuse. Croyez-vous réellement qu'on fait tourner des antivirus sur les ordinateurs vraiment sensibles, comme les serveurs qui hébergent vos données bancaires, votre serveur de messagerie, ou celui qui héberge bravement ce blog même les jours de grand vent ? Tout administrateur système qui se respecte devrait se faire hara-kiri illico s'il basait sa sécurité sur ces fadaises. A la place, sur quoi se repose-t-il ? Sur un contrôle strict des entrées et sorties sur le serveur (on ne fait pas n'importe quoi avec n'importe qui), et surtout, surtout, sur le présupposé que les gens qui administrent la machine savent ce qu'ils font.


Car voilà le postulat anthropologique caché derrière l'installation massive d'antivirus sur les postes attribués au bon peuple : "l'utilisateur final", comme on l'appelle, est une bille finie et il est impossible de lui accorder la moindre confiance. Même si on sait que l'antivirus ne résoudra pas tous les problèmes, on lui jette quand même ce bâton dans les roues en espérant que ça en arrêtera certains sur la pente du pourrissement de système généralisé.


Aux souris vertes, si l'on peut partager en partie ce constat certains jours où l'on n'en finit pas de s'extasier sur l'ingéniosité de certaines personnes à se mettre elle-même dans la panade informatique, on en tire des conclusions bien différentes, à savoir qu'il est urgent de donner un minimum de compréhension et d'autonomie aux gens sur des outils dont ils ont besoin au quotidien. Pour lutter efficacement contre les virus, il faut apprendre à faire deux choses : un, à éviter les gestes qui tuent, ceux qui vous font gagner le gros lot à tous les coups, et deux, à savoir vous remettre d'une attaque vilaine. Comme dans la plupart des sports, l'essentiel n'est pas de ne jamais tomber, ce qui est impossible, mais d'apprendre à tomber sans se faire mal. C'est ce que l'on verra dans la suite de cet extraordinaire dossier, on ne va tout de même pas tout dévoiler dès le premier article.


Mais pour aujourd'hui, on reste sur notre sujet de l'antivirus, et on aborde enfin la question qui compte, celle qui fait que c'est bien l'équipe éditoriale des souris vertes qui vous a concocté cet article et non CyberDépannage.com :


L'antivirus est-il écologiquement responsable ?


On a vu que notre ami l'antivirus avait une efficacité quasi nulle côté protection de votre ordinateur. En revanche, s'il est bien un domaine où il faut lui reconnaître des qualités impressionnantes, c'est dans sa capacité incroyable à mobiliser des ressources pour ne rien faire. On peut dire que l'antivirus est l'antithèse même du programme discret. Non seulement il démarre tout seul, prend des initiatives en permanence dans votre dos, se lance dans des analyses à rallonge, mais en plus il passe son temps à se signaler à votre attention (vos définitions de virus ont au moins 3 secondes de retard ! alerte rouge). Et, vous l'avez compris, comme il n'y a aucun domaine qui lui échappe, il est capable de vous alourdir absolument tout votre système dans sourciller, qu'il s'agisse de ralentir les pages internet, la consultation des mails, l'ouverture d'un programme, la copie d'un dossier, bref c'est la recette magique du plombage sans effort. Vous aviez investi dans du matériel dernier cri, grâce à lui vous voilà enfin revenu au temps de votre premier ordinateur à disquette.


A vrai dire, la méthode de protection des antivirus est d'une élégance rare : puisque vous craignez les chutes, pourquoi ne pas enfiler cette magnifique combinaison d'un mètre de mousse pour vos déplacements ? Même si on peut rester sceptique sur l'efficacité de la mesure en cas de collision avec une voiture, ceci va au moins avoir un effet certain sur vos mouvements alertes et sautillants. Comment en vouloir dans ces conditions à votre pauvre ordinateur qui paraît tout mou et cotonneux, quand vous lui imposez ce traitement de choc ?


Bon, les souris vertes me disent très bien, mais quel rapport avec l'écologie ? Ah, eh bien tout ce que nous venons de dire est hautement anti-écologique, jugez plutôt :

- au mieux, vous supportez le joug de ce despote, et votre ordinateur en pâtit quotidiennement. Vous utilisez alors quantité d'énergie et de ressources réseau, sans compter l'usure des disques par exemple qui passent leur temps à être sollicités, pour cet outil inutile.

- au pire, quand la situation devient vraiment insupportable, vous abandonnez le navire, vous vous débarrassez de la machine au profit d'une autre, qui deviendra bientôt du même acabit dès que le prochain antivirus aura gentiment pris ses marques.


Dans tous les cas, les ours polaires l'ont dans le baba.


Oui mais comment ?


Ah. C'est là qu'on arrive au moment douloureux de cet article. Il est bel et bon de proclamer la méchanceté absolue de notre antivirus et de réclamer à corps et à cri sa désinstallation immédiate et irrévocable, mais maintenant que nous avons convaincu la foule se pose la question : comment ? Comment procède-t-on pour dégager l'importun à coup de pied bien senti ?


C'est plus facile à dire qu'à faire en vérité. L'antivirus étant probablement ce qui se fait de plus invasif en terme de logiciel, il est incrusté dans votre système à un niveau tel que même frotter abondamment à la javel n'en viendra pas à bout. Si vous avez installé vous même l'indésirable dans un moment d'insouciance, peut-être vous sera-t-il possible d'utiliser la procédure de désinstallation standard de tout logiciel (comme de cliquer avec beaucoup de pertinence sur "désinstaller" dans la liste des programmes), mais très honnêtement je n'y crois pas un instant. Il existe peut-être même des logiciels spécialisés dans le fait de désinstaller les antivirus, encore un marché en perspective pour les entrepreneurs audacieux, mais si on suit cette logique on n'en verra jamais le bout, surtout qu'on ne sait toujours pas quel tas de boue on est en train d'inviter à nouveau dans son petit chez soi.


Non, la seule solution raisonnable pour se débarrasser durablement d'un antivirus est de réinstaller entièrement le système. Ce qui, en soi, en dit long sur leur prétendue innocuité, puisqu'ils se répandent sans contrôle à travers toute votre machine sans possibilité de les rappeler à l'ordre. Alors, bien évidemment, on comprendra que nombre de personnes hésitent à franchir le cap qui les sépare de la félicité de l'ordinateur qui fonctionne comme il devrait, s'il faut en passer par une étape aussi radicale. Mais c'est aussi qu'on se fait une montagne de ce que signifie réinstaller un système d'exploitation en fait. Ca sera justement discuté dans la suite de notre dossier, car toujours dans l'idée de bien tomber, le mieux est encore de savoir réinstaller son système en un tour de main sans perdre ses précieuses données, ses cheveux qu'on arrache et un maximum de temps. En attendant, imaginez simplement le gain financier, environnemental et même de temps que cela vous fera faire si cela vous évite de courir les magasins pour changer votre machine pourtant toujours fringante malgré les assauts combinés des antivirus et virus que vous avez invités imprudemment.


Alors, si vous n'êtes pas encore en mesure de vous précipiter immédiatement pour dégager votre antivirus local sans cérémonie, restez attentif aux articles suivants de ce dossier qui vous permettront, entre autres merveilles, de lui mettre enfin la râclée qu'il mérite. Et en attendant cette suite palpitante, on profite des dernières heures de jour pour aller méditer ces réflexions bouleversantes au milieu des champs et des souris vertes !



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Au secours, mon ordi est lent ! (1) : les souris vertes à la rescousse
Date 05/11/2016
Ico Dossier
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Un ordi lent comme un escargot

"La rivière coule

Plus lentement

Que la rive"


Malcolm de Chazal (1902-1981)


Cette semaine et les suivantes, rien que pour vous, pour de vrai et sans se pincer, voilà enfin le grand, le magnifique, l'extraordinaire dossier que la terre entière attendait. Combien sont-ils en effet qui désespèrent devant leur ordinateur poussif, infesté de Virus De La Mort, chauffant, crachant et renâclant à la moindre tâche, bref tous ces martyrs au bord de la crise de nerfs, et surtout à deux doigts de courir sans plus attendre sur SuperMatos.fr pour se racheter un modèle flambant neuf et balancer ce malotru à la décharge la plus proche ?


Il est temps que ça cesse, car les Souris Vertes l'affirment haut et fort : l'écrasante majorité des ordinateurs est aujourd'hui remplacée, non parce que le matériel est en défaut, mais par une négligence répétée qui a gentiment laissé s'accumuler une couche de boue logicielle innommable sur le système. Alors nous nous proposons, par une série d'articles tous plus renversants les uns que les autres, de vous apprendre enfin à dégraisser le mammouth, décrasser les tuyaux, en deux mots apprendre les quelques petits gestes élémentaires qui vous éviteront de changer d'appareil tous les 3 ans.


Rappelons tout de suite quelques évidences qui, je l'espère, s'imprimeront durablement dans votre esprit :

- il n'y a aucune fatalité à ce qu'un ordinateur passe de l'état printanier et sautillant de son déballage à un escargotement généralisé quelques mois plus tard. Il suffit d'une utilisation un peu disciplinée pour qu'il garde sa fraîcheur des premiers jours tout au long de sa vie.

- tout ordinateur de moins de 10 ans est capable les doigts dans le nez et comme une fusée d'assurer votre bonheur en matière de bureautique, multimédia ou autre surf sur internet, soit les besoins de la plupart des gens qui ne passent pas leur journée à faire du montage vidéo, à jouer en réseau frénétiquement ou n'ont pas une envie folle de séquencer un génome le matin au petit déjeuner.

- il est ultra facile de changer un composant défectueux (dans la limite de ce qui est remplaçable si vous avez un portable ou un Modèle Super Design), croyez bien que si l'auteur de ces lignes, bien qu'aux limites de ses talents de bricolage lorsqu'il s'agit de dévisser une ampoule, en est capable, c'est que tout le monde peut le faire sur une seule jambe, avec une main dans le dos et en tenue de soirée.


Eh bien voilà, donc, vous avez compris notre programme à venir : nous allons apprendre pas à pas à gérer notre système pour éviter les lourdeurs inutiles, réinstaller le machin ou le bidule s'il le faut, savoir reconnaître et changer un composant, et appliquer quelques électrochocs bien sentis pour les cas les plus désespérés. Et qu'on se le dise, notre dossier s'adressera au Grand Public dans son entièreté totale, sans connaissance requise mis à part savoir ce qu'est grosso modo un ordinateur et comment il s'allume (savoir l'éteindre sans tirer sur la prise serait un plus).


On s'excuse par avance auprès de nos collègues dépanneurs informatiques dont nous allons enlever une bonne partie du pain de la bouche, mais il est bien nécessaire que les gens acquièrent une maîtrise minimale d'un outil qu'ils utilisent tous les jours, et ne se retrouvent pas à la merci de marchands de paillettes qui leur vendent le Super Dernier Modèle comme solution magique à tous les problèmes pour les inciter à se séparer d'un ordinateur qui est capable de rendre de bons et loyaux services encore pendant des années, voire des siècles ! On manque encore un peu de recul sur la durabilité réelle de ces petites machines, étant donné qu'on les remplace systématiquement avant la moindre panne sérieuse. Alors, qui sait, peut-être que bientôt grâce aux souris vertes les ordinateurs se transmettront de génération en génération, comme autant d'outils familiaux choyés et entretenus avec le respect dû à ces productions prodigieuses de l'esprit humain, aujourd'hui bradées comme si elles étaient d'insignifiantes verroteries tout juste bonnes à nous divertir un temps avant de sauter sur la prochaine mode technologique d'un air blasé.


Essayons en tout cas de cheminer dans cette voie d'émancipation sans effort et de respect de l'outil technique, tout au long des articles de ce passionnant dossier ! Bonne lecture...


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L'ordinateur portable est-il plus écologique ?
Date 16/10/2016
Ico Système
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Portable écologique

"Pour chanter
Le rossignol
N’ouvre qu’un petit bec"

Yosa Buson (1716-1783)


Il faut reconnaître qu'il est bien difficile d'introduire l'article du jour par un haïku approprié. S'il est toujours aisé de choisir un petit poème magnifique, la technique du doigt pointé sur une page les yeux fermés suffisant en général à notre bonheur, force est de constater que les grands maîtres japonais ne se sont pas pressés au portillon pour aborder un problème pourtant essentiel à la vie sur terre.


Car nous allons soulever aujourd'hui une question existentielle renversante, qui engage tout à la fois l'avenir de l'humanité, notre compréhension du monde et notre rapport à l'univers, rien que ça. Allons nous donc nous interroger sur le sens de la vie ? La manière de résoudre la faim dans le monde ? Le propre de l'homme ? Ou plus compliqué encore, le propre de la souris verte ? Foin de toutes ces questions secondaires, il s'agit très sérieusement de savoir enfin et pour toujours si oui, non ou peut-être, l'ordinateur portable est plus écologique que son cousin pas portable (on dira fixe donc).


Pourquoi diantre faudrait-il mettre cela en débat ? Il semblerait en effet que la question soit tranchée depuis des années, puisque la terre entière semble unanime pour condamner les vilains ordinateurs fixes sales, polluants et franchement repoussants, pour encenser les ordinateurs portables qui sont si propres et écologiques. Même l'ADEME, l'Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, qui propose de nombreuses analyses et rapports sur la manière de mieux consommer l'energie, évacue la question d'un revers de Gros Chiffre : les ordinateurs portables consomment de 50 à 80% d'électricité en moins, donc circulez, problème réglé.


Outre que les souris vertes disposent d'équipes scientifiques de pointe qui sont tout à fait capables de rivaliser dans le domaine de l'Etude à l'Emporte Pièce, elles partagent toutes cette fibre compassionnelle innée qui les incite à prendre la défense de la veuve et de l'orphelin même contre vents et marées. Nous allons donc tenter de redorer un peu le blason de notre pauvre ordinateur fixe tombé en disgrâce, et victime malgré lui d'une crise de ringardise aïgue. Mais, une fois n'est pas coutume, nous allons nous acheter une conduite et appliquer la règle cardinale de la démocratie médiatique qui permet d'obtenir une information mièvre, sans saveur, sans odeur mais à forte teneur en principes moraux, à savoir organiser un Débat Contradictoire.


A ma droite, donc, l'équipe des souris vertes à rayures jaunes (toute ressemblance avec un pyjama serait purement fortuite), qui va nous proposer un plaidoyer émouvant en faveur de notre ami l'ordinateur portable. A ma gauche, les souris vertes à pois orange (très élégantes) vont au contraire nous défendre ce paria de la société qu'est l'ordinateur fixe. Le professeur Souriso et moi-même arbitrerons les débats dans un souci d'équité, de respect de l'autre et tout de même, avouons-le, d'imposer à la fin la conclusion que nous avons déjà en tête, ce qui est la moindre des choses dans un débat dit démocratique.


Allez on entame notre débat hyper sérieux pas pour de rire, et n'insistez pas, non non, pas d'animation rappelant le regretté Intervilles à coup d'avalanche de mousse, de course en sac troué et de ballons géants flottant dans une piscine à bulles. Enfilons notre plus belle cravate et clamons donc du haut des toits les mérites innombrables de notre ordinateur portable si gentil, si beau et si écologique, à vous les souris.



Ordinateur portable mon ami


(Bzzz pop, bruit de coupure de micro)


Ouh là là les souris se sont lancées à corps perdu dans le panégyrique dégoulinant de guimauve avec 23 adjectifs par subordonnée, les odes au président Mao font vraiment pâle figure en comparaison. Vous m'excuserez platement, mais pour ne pas avoir l'oreille qui colle, conserver une empreinte écologique raisonnable du site, et ne pas altérer durablement votre santé mentale, je vais assurer la traduction en direct et avec force censure, réécriture et interprétation biaisée.


Premier argument de taille, ou de poids comme vous voudrez, de notre ordinateur portable : sa taille, ou son poids, bref son faible encombrement. C'est un fait incontestable, même s'il existe quelques modèles exotiques à l'écran 17 ou 19 pouces dont on se demande bien comment on peut les soulever sans louer une grue, et les transporter sans louer un semi-remorque. De manière générale, l'ordinateur portable occupe donc une surface minimale sur son petit bureau, c'est propre et ça sent bon. Surtout si on ajoute l'absence apaisante de câbles, le détail qui dérange et rend fou les maniaques du rien qui dépasse quand on leur montre une unité centrale avec ses 200 câbles tentaculaires. Bref c'est la qualité principale du portable : il est portable ! Petit, sympathique, discret, il saura se faire oublier d'une pièce à l'autre, au point que vous pourrez vous assoir dessus lorsqu'il traînera au milieu de votre canapé.


Je me permets de mettre un petit bémol à ce tableau bucolique, car enfin ceci n'est vrai que si l'on omet la demi-douzaine de petits accessoires indispensables qui vont s'empiler gentiment autour de votre ordinateur, souris, clé usb, disque dur externe, clé wifi, chargeur de bidule truc, lecteur de carte pour l'appareil photo, casque, micro, webcam, presse purée bluetooth  et tout ce que vous voulez d'autre. Une fois que vous avez transformé votre bureau en cockpit de fusée intersidérale, vous conviendrez que le gain d'espace n'est pas flagrant, surtout si on se rappelle que l'ordinateur fixe, lui, consigne son gros bonhomme pataud et ses câbles disgracieux au fond du placard ou sous le bureau, pour le plus grand bonheur des souris vertes qui aiment se cacher derrière, et bien loin de l'ordinateur portable qui vous offre tout ce merveilleux barda au beau milieu de la table du salon. Fin de l'interruption, je repasse la parole à notre équipe à rayures jaunes.

Alors oui, évidemment et bien sûr bien sûr, tout le monde sait que l'ordinateur portable a une haute valeur esthétique. Je n'essaierai même pas de nuancer cette affirmation tant les unités centrales ont, pour les plus sobres d'entre elles, la subtilité d'une construction soviétique en pur béton armé alliée à l'élégance naturelle de tout élément de décor qui semble directement conçu par et pour des hordes d'adolescents chevelus à l'hygiène corporelle douteuse. Pas de discussion de ce côté, même si en vérité c'est rarement l'argument principal invoqué quand il s'agit de glorifier l'ordinateur portable, il faut dire que la mode change sans arrêt sur le design de ces petits objets, et que tout appareil d'il y a plus de 2 ans donne immanquablement l'impression qu'il a précédé l'invention du minitel.

Encore un argument qui fuse du côté de nos souris super zélées, à croire qu'elles n'ont pas compris dans quel sens allait cet article, il y en a qui vont finir de corvée de ramassage de petit bois pour l'hiver. Je cite directement : "l'ordinateur portable c'est super pratique car on peut se connecter partout, tout est sans fil". Hmm c'est vrai que, même si ça n'est pas du niveau d'un smartphone ou d'une tablette, on nage avec bonheur dans l'univers du Oui-Fils, bluetooth (mais rappelons que les dents bleues ne sont généralement pas le signe d'un état de santé très rassurant), et autre technologies sans fil. Alors oui, c'est peut-être pratique, mais si vous avez lu le formidable article sur les réseaux vous aurez peut-être compris que les technologies sans fil offrent généralement une fiabilité et des performances moins bonnes que les bons gros câbles vu les déperditions de signal, sans compter toutes les ondes maléfiques qu'elles vous envoient à la figure pour ce petit confort. En tous les cas, si on souhaite mettre cet argument en avant, on fera bien de taire l'argument d'économie d'énergie, parce qu'il est certain que toute technologie sans fil est plus consommatrice de ressources qu'une technologie filaire correspondante. Il suffit de voir que votre souris sans fil par exemple consomme une pile en plus de son petit récepteur branché sur un port USB, ne parlons pas du wifi qui demande d'alimenter en permanence des antennes côté émetteur comme récepteur, d'ailleurs la consommation de l'émetteur est en général oubliée quand on fait le bilan écologique de nos petits appareils.

Mais il se trouve que c'est justement l'argument principal soulevé par les partisans de l'ordinateur portable : il est incroyablement économe en énergie. Reconnaissons que dans ce domaine, des progrès immenses ont été faits ces dernières années, non pas pour sauver la planète, mais plutôt pour alimenter un effet rebond bien sympathique : continuer à faire augmenter le gabarit des machines (plus de processeurs, plus de mémoire, plus de composants réseaux de tout poils) et la densité en Programmation Avec Les Pieds au mètre carré sans faire fondre l'autonomie de ces petites bêtes comme neige au soleil. Donc, sans surprise, les portables n'ont qu'une autonomie marginalement meilleure d'année en année et, au prix de prouesses énergétiques démesurées, vous pouvez les utiliser pour faire la même chose qu'avant, mais en Super HD ou avec un processeur qui bat Deep Blue à plate couture avec les yeux bandés et une main dans le dos.

Pour en rester là momentanément, oui, il faut l'affirmer haut et fort, les ordinateurs portables sont devenus des modèles de sobriété et de décroissance, avec une consommation en watts minuscule, youpi pour eux. Mais il est plus que temps de voir ce qui se passe du côté de notre mésestimé ordinateur fixe, car lui aussi ne manque pas de qualités, loin s'en faut. On ouvre grand les oreilles pour donner la parole à nos souris vertes à pois orange, c'est parti.



Ordinateur fixe mon copain


Bon, on a déjà donné discrètement et avec une objectivité irréprochable quelques qualités des ordinateurs fixes, alors on va attaquer directement et de front l'argument de l'économie d'énergie. Ici nos souris le disent sans ambage : "c'est n'importe quoi cette discrimination honteuse".  En effet, si oui, les ordinateurs portables sont devenus plus économes en énergie, comment peut-on penser que les ordinateurs fixes n'ont pas bénéficié eux aussi des ces évolutions ? N'en déplaise à nos experts de l'ADEME, tous les ordinateurs fixes ne sont pas nécessairement des machines de guerre refroidies par des turbines d'avion, ce qu'on pourrait déduire hâtivement du fait que la plupart des unités centrales sont aujourd'hui dimensionnées pour la catégorie Gros Bourrin Du Lance Roquette, des joueurs raffinés qui souhaitent que les zombies se fassent massacrer en plusieurs millions de pixels et avec des effets de lumière d'un réalisme parfait. Evidemment dès qu'on dégaine la, voire les cartes graphiques qui vont permettre ces prouesses, ainsi que le reste des composants qui s'ensuit, notamment l'alimentation qui a la puissance d'une petite centrale thermique à elle toute seule, on fait monter bien vite la facture énergétique.


Mais, primo, la plupart des composants sont, comme ceux des portables, capables de gérer finement la consommation pour ne quasiment rien consommer au repos ou en faible charge. Deuxio, la comparaison n'est pas équitable car les ordinateurs fixes sont en général équipés d'éléments bien plus performants que les portables pour des gammes de prix équivalentes. A performance égale, je ne suis pas bien sûr que l'avantage soit très net en faveur de nos petits portables. Et tertio, et pif paf pouf, pour qui sait monter soi-même sa petite unité centrale, il est possible de choisir des composants extrêmement économes, de se passer même complètement de système de refroidissement, et finalement d'arriver à une facture énergétique totalement dérisoire qui ferait pâlir les bancs d'essai de SuperNumérique.fr.


Pour rester dans le registre de l'énergie et apporter le coup de grâce à l'argument écologique du portable, il faut aussi examiner le cycle de vie complet des appareils. Nos lecteurs les plus fidèles qui se seront précipités sur l'âge des Low Tech de Philippe Bihouix, un livre conseillé il y a peu dans un article ébouriffant que je ne peux que vous recommander chaudement (l'article comme le livre), auront compris bien vite ce qui dans le portable devrait soulever l'indignation générale, car cela viole tous les principes de la durabilité : une miniaturisation excessive qui signifie en début de chaîne gaspillage de matériaux et d'énergie (il faut des grosses machines bien puissantes pour faire des petits composants, eh oui), et en bout de chaîne difficulté, voire impossibilité de réutilisation et de recyclage.


Regardons au contraire l'unité centrale attentivement, et constatons ensemble avec stupeur qu'elle répond à tous les critères du Low Tech : les composants sont standardisés, facilement changeables, facilement réutilisables. C'est la raison pour laquelle vous pouvez sans crainte investir dans une unité centrale (sans super design propriétaire par contre, sous peine d'avoir des composants exotiques qui ne seront pas remplaçables) et la garder 10, 20 ans, voire plus, en changeant périodiquement un élément au besoin ou s'il défaille de sa belle mort. Je veux voir de la vidéo Super HD BlueDigital Display ? Je change ma carte graphique. Les normes réseau ont évolué ? Je change ma carte réseau (un tournevis et deux doigts sont nécessaires). Mon ordinateur fait un bruit de tracteur, je ne m'entends même plus l'invectiver ? Je change mon ventilateur (cette fois un seul doigt fera l'affaire). L'alimentation a cramé ? Je la remplace, tiens j'en profite pour en prendre une qui a un très haut rendement et une consommation minimale.


Alors que pour votre portable, la mort au choix de la prise casque, d'une touche du clavier, voire de l'écran quand tout le reste fonctionne parfaitement, sonnera à coup sûr son envoi immédiat à la casse. Et même si vous êtes un acharné de l'auto-réparation et prêt à ne pas compter vos efforts pour maintenir en vie et sous perfusion votre précieux ordi, vous buterez bien vite sur l"impossibilité de refaire des micro-soudures ou de remplacer des composants maison que le fabricant n'a jamais prévu de commercialiser à l'unité.


Alors, plus écologique vraiment le portable ?



Le super pote du futur : l'ordinateur fixe portable


On termine par une petite lueur d'espoir pour les gens qui décidément n'en veulent plus de ces grosses tours disgracieuses après toutes ces années de miniaturisation effrénée. Il existe des initiatives intéressantes qui font reconsidérer l'ordinateur portable même comme un gros patapouf. En effet, nonobstant le fait que l'on cherche toujours à nous refourguer des machines surdimensionnées pour regarder notre courrier ou aller consulter le site des Souris Vertes, si on analyse froidement les besoins de la grande majorité des gens en matière d'informatique on se rend rapidement compte que lesdits besoins sont couverts les doigts dans le nez par le premier téléphone venu. Pourquoi donc ne pas s'inspirer des composants les plus simples et les plus économes pour faire un pc minuscule, qui tient en fait sur l'équivalent d'une clé usb ? Autrement dit vous avez votre petite clé qui ne consomme rien, vous la connectez sur un écran, un clavier et une souris et zou vous voilà parti. Et ces petites bestioles existent déjà, pour tout vous dire, ça s'appelle PC-on-a-stick, comme ça se prononce.


Le problème, c'est qu'évidemment chacun y va de son petit design personnel et qu'on risque vite de retomber dans un schéma de miniaturisation extrême où rien n'est réparable. Heureusement il y a des projets qui tentent timidement de normaliser les designs et les composants embarqués pour rendre le tout plus robuste, et même des projets qui donnent un peu d'espoir de sortir de la spirale de la concurrence joyeuse à l'obsolesence généralisée, comme ce projet d'un ordinateur générique aux plans et au code entièrement libres lancé par l'excellent site de matériel ThinkPenguin, tenu par un pingouin très élégant qui vous fournit des composants génériques, libres, simples et fonctionnels. Espérons que ce genre d'initiative finira par percer et nous produire des ordinateurs plus simples et plus écologiques.


Allez, il est temps d'arrêter sur ce sujet, vous avez suffisamment de matière pour alimenter vos réflexions, et peut-être vous poser quelques questions au moment de remplacer l'ordinateur de tante Germaine qui vient de rendre l'âme. On félicite bien fort nos deux équipes de souris vertes qui ont mené ce débat dans les règles de l'art et l'esprit olympique et, vu la saison, on court avec elles chercher des champignons dans les bois !



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