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Le Petit Geste Du Jour : je change les réglages de mon appareil photo
Date 20/05/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Une souris verte prend une photo

"Sur l'image sainte

Elle lâche une fiente

L'hirondelle"


Yosa Buson (1716-1783)

Aujourd'hui, et parce que c'est vous, nous transformons un Tout Petit Geste en un Effet de Manche tout à fait spectaculaire, un tour de prestidigitation à côté duquel faire disparaître la tour Eiffel devant cinquante mille personnes fait délicatement pouffer. Car nous nous promettons rien de moins qu'une transmutation alchimique profonde de tout appareil photographométronique, et je dis bien tout, et même plus encore puisque l'on peut ajouter sans vergogne téléphones, caméscopes, tablettes, webcam, souriscopes, et autres capteurs de contenu multimédia. En quelques instants, et sous les yeux ébahis de la foule en délire, nous allons changer le plomb de la grosse photo balourde en une fine couche  d'or fin sous la forme d'un fichier aussi léger qu'une plume.


Avant d'expliquer le mais pourquoi du comment donc de cette opération renversante, il me faut présenter platement mes excuses à toute la compagnie de souris vertes qui s'agite gaiement autour du bureau en cette belle matinée. Cela fait en effet plusieurs semaines, mois même, années peut-être ? des siècles ? Euh, ne nous emportons pas, ce blog a encore la fraîcheur du jeune souriceau, donc on ne saurait remonter si loin. Mais bref, cela fait bien longtemps que les souris unanimes militent pour la publication de cet article, qui est dans la filiation directe de nos formidables billets sur les grandeurs du monde numérique, dont nos plus anciens lecteurs se souviendront peut-être avec émotion.


Tu veux ma photo ?


Il était donc plus que temps de céder au lobbying incessant des petites souris bien remontées contre le phénomène absolument destructeur du Réglage Par Défaut Ridicule. D'autant que l'inondation à travers tous les systèmes de communication de contenu multimédia produit sans aucune précaution menace sérieusement de ravager la planète. Etant donné que le texte n'intéresse plus personne, et que la vidéo est encore difficile à diffuser à la pelleteuse vu la bande passante qu'elle consomme, ce sont bien les photos et images en tout genre qui constituent l'essentiel des échanges à travers les réseaux informatiques, et qui viennent ensuite gentiment s'inscruster dans des espaces de stockage dont le guichet reste ouvert 24h/24. Rien que sur FesseBouc, un service à l'odeur pour le moins douteuse, ce sont pas moins de 200 millions de photos qui sont ajoutées chaque jour, pour un total pour le moment de 90 milliards, rien que ça.


Bien entendu, il serait opportun de s'interroger sur l'utilité finale, et plus avant sur le sens profond de cette tendance à l'accumulation compulsive de données qui veut tout montrer et rien oublier ou simplement taire. Sans compter la possibilité parfaitement immature de consommer toujours plus d'objets numériques sans s'interroger sur leur devenir ni assumer aucune responsabilité dans leur cycle de vie ; voilà bien une possibilité de pollution par prolifération nettement démultipliée par rapport au monde réel finalement bien risible avec ses quelques centaines d'objets inutiles qui traînent à la cave ou au grenier.


Mais, même si ça n'est pas le désir de polémiquer joyeusement qui nous manque, nous laisserons là la discussion philosophique, anthropologique, sociologique, philogénétique et tout ce que vous voulez ajouter en -ique (une souris à droite me suggère le très mignon "souristémique", je m'en vais de ce pas pétitionner l'académie française pour son entrée dans le dictonnaire) pour nous concentrer sur notre geste salvateur du moment. Commençons déjà par nous assurer de ne pas consommer de l'octet à la tonne, ensuite chacun pointera son petit objectif vers ce qui lui plaira et en son âme et conscience.


Scandale inouï du réglage inique (et réciproquement)


Aux souris vertes, nous n'avons pas peur de prendre des risques, et nous allons de ce pas briser le silence complice, l'omerta tacite, la complaisance facile qui autorisent aujourd'hui la commercialisation de dizaines de milliers d'appareils numériques avec des réglages embarqués qui relèvent tout bonnement d'un scandale environnemental, social et de santé publique tout à la fois. Imaginez un instant que l'on ne propose plus à la vente que des biberons de 2 litres pour inciter nos nourrissons à consommer davantage, les fainéants, ou des rouleaux de papier toilette à cinquante épaisseurs que vous aurez même du mal à plier, pour soutenir la croissance mondiale qui en a bien besoin, et vous aurez une bonne idée de la finesse de conception et de l'intelligence stratégique qui anime l'industrie numérique au moment de vous produire un appareil photo.


Il est acquis que l'on peut désormais produire des capteurs ultra-sensibles à des coûts si risibles que l'on peut en habiller gentiment le moindre gadget électronique, tout cela dans une grande débauche débonnaire de métaux rares et d'énergie fossile. Mais, non content de nous équiper d'un matériel optique nettement plus performant que la plupart des missions spatiales du siècle dernier, ce dont nous commençons à nous blaser légérement du fait que même les jouets pour enfants en sont truffés, on va surtout nous ajouter des réglages toujours plus énormes pour nous produire du Super Méga Pixel inutile, mais qui offre un argument de vente bien commode. Nous n'allons pas refaire ici la démonstration percutante de la stupidité de ces ordres de grandeur publicitaires quand il s'agit de nous vanter du Méga Pixel sans retenue, nous vous laisserons pour cela relire l'étonnant article traitant de la taille des écrans, mais nous rappelons simplement la conclusion sans appel qu'il est permis d'en tirer : aujourd'hui, le moindre appareil photo embarqué sur le plus minuscule téléphone va vous générer des images dans un format qu'aucun écran au monde n'est capable d'afficher, ni aucune imprimante capable d'imprimer. Donc, non seulement vous transportez et stockez beaucoup trop d'information dans votre petite photo, mais en plus vous allez faire travailler les machines qui vont se charger de l'afficher en lui redonnant auparavant une taille un peu plus raisonnable que la longueur d'un porte-avion.


Alors, pour ajouter une subtile nuance de vert à notre tableau bien sombre, sans aller jusqu'à dire que les résolutions gigantesques que proposent les appareils photo sont réellement utiles car on saurait très bien s'en passer, on concèdera qu'il est possible d'en tirer parti si vous faites un certain type de photo ou de vidéo. La photographie naturaliste par exemple, celle qui consiste à essayer d'immortaliser des souris vertes tapies au milieu d'un buisson, peut bénéficier du raz-de-marée de pixels pour permettre ensuite de recadrer les images obtenues sur des détails qu'il serait bien difficile de capter directement à la bonne échelle. Mais bon, on est tout de même sur un usage très spécialisé, et dans ce cas il n'est pas question de diffuser la photo obtenue sans un traitement qui va ramener sa taille à des dimensions bien plus modestes. Et quoi qu'il en soit, on aura du mal à se persuader que ce sont des armées de botanistes et d'ornithologues amateurs qui alimentent aujourd'hui les réseaux dits sociaux et les millions d'images échangées à travers l'internet mondial à chaque milliseconde. Alors, pour tous les autres, on le fait ce petit geste ?


Travailler autant pour gagner moins (de pixels)


Ah vraiment quel beau programme, les souris. Ce n'est pas avec ce genre de titre honteusement décroissant qu'on va séduire le quidam, franchement non mais. C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit, nous allons baisser la résolution en pixels de notre appareil photo. Ceci aura plusieurs conséquences notables :

- la photo aura moins de pixels. Eh oui ! Bon, plus concrètement, la définition de l'image sera moins bonne, on perd des détails, mais comme nous l'avons déjà fait remarquer, au-delà d'une certaine résolution le gain en qualité est minime voire imperceptible, et la consommation d'espace proprement monstrueuse.

- le fichier en question sera moins gros. Eh oui ! Ce qui aura deux conséquences formidables : moins d'octets à envoyer par le réseau si vous diffusez votre oeuvre, donc un transfert plus rapide et plus économe en bande passante, et moins de stockage nécessaire chez vous comme chez Papi Gaston à qui vous avez envoyé le tout.

- vous économisez des ressources numériques partout où vous baladez vos petites images, autrement dit vous sauvez sans le savoir les phoques, les ours polaires et les bébés tigres, sans oublier toutes ces petites bestioles incroyables qui vivent dans les forêts équatoriales.


Concernant le deuxième point, quand on connaît le manque d'espace disque chronique dont souffrent les possesseurs d'appareils numériques prisonniers de modèles qui ne permettent pas de rajouter du disque dur à l'envie, on se demande bien pourquoi ils n'ont pas sauté sur ce petit geste plus tôt.


Allez, on donne enfin la procédure pour le geste que tout le monde attend :

- j'attrape mon appareil téléphotoscope d'une main, je l'allume de l'autre

- je localise dans les préférences les réglages d'image. Là ça dépend de l'appareil, à vous de trouver.

- je commence par changer le format de l'image, en choisissant un format directement compressé (surtout pas d'image brute ou 'raw', malheureux !) : jpeg ou png par exemple pour deux formats d'excellente tenue. Il y a parfois des réglages supplémentaires sur le niveau de compression, là il vaut mieux expérimenter avant d'arrêter son choix, pour ne pas dégrader notablement le rendu.

- je change ensuite la résolution de l'image, pour prendre quelque chose de raisonnable. 1920x1080 (pour un format 16:9, sinon 1920x quelque chose) correspond déjà au fameux SuperUltraFullHD des écrans qui se la racontent, donc aller au-delà paraît bien déraisonnable. L'appareil photo des souris vertes ne nous laisse pas une grande latitude de choix, donc on opte pour du 1600x1200, ce qui fait des images tout à fait sympathiques à voir sur un écran et nous garantit des fichiers d'une taille de 500ko à 1Mo. C'est toujours plus lourd que du texte, même que l'intégrale des articles des Souris Vertes (si si),  mais pour une photo grand angle ça reste tout de même modeste.


Juste pour illustrer le gain de place que l'on en retire immédiatement, avec ma vieille carte mémoire pas bien grosse je peux prendre 1200 photos en 4000x3000, la résolution par défaut n'importequoitesque de l'appareil, et en ajustant mes réglages, même sans tirer jusqu'au timbre poste en 4 couleurs, je peux en prendre 6500. Personnellement je préfère avoir une résolution pas trop grande mais choisir le format de compression le moins agressif.


Bon, après c'est à vous de faire vos essais aussi, jusqu'à trouver le bon compromis entre le poids du fichier, la dimension de la photo et la qualité finale. Tant que vous ne restez pas sur les réglages par défaut ça sera déjà un bel effort. Bravo !

Arrête ton cinéma

Ne partez pas ! Je vois des lecteurs qui s'apprêtent à lever l'ancre après cette petite séance de gesticulation salutaire. On a déjà bien oeuvré pour la planète, c'est sûr, mais on peut aller encore plus loin sans trop se fouler, maintenant qu'on y est. Car, généralement, les appareils qui savent prendre des photos savent aussi filmer, voyez-vous. Alors là, on ne le répétera jamais assez, aussi allons-y pour notre petite rengaine préférée, mais la vidéo est l'antithèse absolue de la sobriété numérique, elle vous dévore de l'octet encore pire que Grosbouf (qui A FAIM comme le reconnaîtront les fans des schtroumpfs, que forcément les souris vertes révèrent, elles qui aiment tous les animaux délicieusement colorés). Bref, si on peut s'abstenir, c'est aussi bien, mais si parfois on a du mal à s'en passer,  la moindre des choses sera d'aller chercher les réglages au même endroit que précédemment, et d'aller illico baisser la résolution des images prises. Bon, la qualité de l'image va bien vite se dégrader, mais celle du son n'en souffrira pas, et surtout vous aurez le droit de prendre des vidéos de plus d'un quart de seconde sans saturer votre carte mémoire d'un trait.

Comme précédemment, il vaut mieux expérimenter la résolution qui vous convient en fonction des possibilités de votre appareil. Pour ma part j'utilise plutôt le 640x400, pas forcément très joli à afficher sur un grand écran mais qui va bien pour les quelques rares fois où j'ai quelque chose à enregistrer. A vous de voir. Mais se poser la question, et savoir changer les réglages en fonction du contexte, c'est déjà un grand pas sur la Voie de l'Usage Numérique Maîtrisé.


Allez, c'est fini pour notre épisode du jour, vous pouvez allez vous reposer, sous les acclamations des souris en liesse.

On se quitte sur un petit haïku en écho à notre discussion :

"Reflet sur l'eau
Du reflet de mon oeil
Regardant la mer"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)









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Au secours, mon ordi est lent ! (7) : Je réinstalle mon système tout seul comme un grand
Date 11/05/2017
Ico Dossier
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Une sçuris verte qui réinstalle le système. Boum !

"Si seulement venait le printemps -

Dans mon coeur déjà

Fleurit le cerisier"


Takarai Kikaku (1661-1707)


Nous reprenons aujourd'hui le fil de notre Grand Dossier du Moment pour aborder un thème qui manquait à notre collection de services à se rendre soi-même en matière informatique. Mainte fois abordée, jamais vraiment traitée, la réinstallation d'un système est un nerf vital de notre savoir-faire numérique, celui par lequel nous pouvons nous affranchir de la grosse industrie du matériel qui brille, autant que des rituels d'exorcisme complexes des professionnels du dépannage informatique.


Vous l'aurez deviné à la présentation générale de cette modeste entreprise de partage de connaissance que constitue notre espace de discussion (à sens unique, il faut le dire, mais nous discutons avec nous-même et polémiquons à toute force entre souris vertes aussi), il n'entre pas dans notre projet de conquérir l'univers dans le domaine prolifique du tutoriel informatique. Aussi, bien que le sujet mériterait amplement force explications pédagogiques et détaillées, captures d'écran et astuces pour les néophytes, nous allons assumer le caractère excessivement lacunaire de cet article en vous référant pour les opérations de clic-clic à la vaste littérature disponible dans l'internet mondial et traitant du sujet, avec plus ou moins de bonheur il faut le dire.


De quoi diable allons nous bien pouvoir parler si l'on est résolument décidé à ne pas mettre les mains dans le cambouis pour soulever le capot et commencer à triturer les soupapes à grand coup de clé de douze ? C'est que, figurez-vous, réinstaller un système est une opération que tout le monde peut faire chez soi et sans risque pour la santé, mais à condition tout de même de ne pas s'y prendre n'importe comment et sans un minimum de préparation. Nous allons donc dispenser au bon peuple quelques menus conseils qui lui éviteront d'y passer une semaine ou de commettre quelques bévues irréparables dans l'opération.



Etape 1 : je me procure un support contenant le système à installer


Ne riez pas, car cette étape est de loin celle qui consomme le plus de temps lorsque l'on ne l'a pas anticipée. Quel que soit le système que vous choisissez, et l'on se rappellera à cet égard la longue liste des possibilités déjà énoncées dans nos articles précédents, il va bien falloir vous procurer le média d'où on l'extraira pour le mettre dans votre belle machine.


Le temps de la disquette et des films magnétiques étant révolu, ce fameux support sera soit un CD-ROM, ou DVD-ROM (quelqu'un fait encore la différence à part la souris à lunette qui me tape sur l'épaule ?), soit une clé USB, soit une partition dédiée de votre disque dur.


Commençons par l'option la plus simple : vous possédez un CDVD-ROM qui vous a été fourni, avec la petite licence qui l'accompagne gentiment, et pour couronner le tout votre ordinateur possède un lecteur de CDVD. Heureux élu, vous voilà paré pour passer au paragraphe suivant et vous éviter ainsi maints tracas. Malheureusement, cette situation est à peu près aussi probable de nos jours que le fait de remporter la grosse cagnotte du loto en ayant omis d'acheter son billet, étant donné que la plupart des ordinateurs portables sont trop minces pour être équipés d'un lecteur CD, et de toute manière ce type de support est désormais tellement en désuétude que plus aucun fabricant ne s'embarrasse de vous en fournir un exemplaire avec votre machine.


Toutefois, si vous avez acquis votre ordinateur tout fait-tout prêt avec le système préinstallé, et les tonnes de merdouilles imposées au passage, il y a fort à parier que le fabricant ait installé une partition de votre disque dur permettant de réinstaller le système à neuf. Cette partition peut être cachée, donc pour y accéder il faudra soit être attentif aux messages qui sont affichés au démarrage de la machine, soit vous tourner vers la documentation de votre appareil qui doit vous indiquer la marche à suivre pour l'activer. Bien évidemment, ceci suppose que vous n'avez pas supprimé purement et simplement cette partition en jouant à partitionner votre disque sur les conseils avisés des souris vertes. Personnellement, nous préférons généralement dégager ce genre de béquille qui vous mange une portion non négligeable d'espace disque, mais c'est aussi parce que savons nous en passer, nous ne conseillons pas ces attitudes radicales à tout un chacun qui ne souhaite pas s'instruire plus que de raison dans l'art délicat de réinstaller 76 fois son système d'affilée.


Si vous êtes toujours à lire ce paragraphe, c'est que vous voilà forcé d'aller courir la pampa à la recherche d'une copie de votre système. S'il s'agit d'un système open-source comme Linux ou BSD, aucun problème, on pourra sans problème télécharger une image et la graver nous-même. Vous avons-nous déjà vanté les mérites de Linux Mint par exemple ? Oui, trois fois oui, eh bien voici toujours un exemple de ce que ces systèmes sympathiques font pour vous simplifier la vie. Pour ceux qui utilisent un système propriétaire comme Mac Os ou Windows, eh bien là il faudra passer par des alternatives douteuses sur lesquelles nous ne nous étendrons pas. Quand bien même vous auriez une licence en bonne et due forme, il vous faudra travailler un peu pour trouver une image de la version qui correspond à ce que vous aviez initialement, car bien que tout se ressemble furieusement entre la SuperPro et la YoupiFamily Edition, votre clé refusera obstinément de fonctionner si vous n'avez pas exactement le bon label.


Bon, mais même à supposer que nous finissions par trouver une image disque de notre système (en général au format ISO, un format de disque virtuel que l'on peut graver sur DVD), comment allons-nous utiliser ce gros fichier si nous ne disposons pas d'un lecteur-graveur pour finir l'opération ? Pas de panique, il est possible, et réjouissez-vous sans frein car cela n'a pas toujours été le cas, de graver ledit système sur une clé USB, chose que vous aurez probablement sous la main ou que vous pourrez vous procurer à moindre frais. Un disque dur externe fait aussi l'affaire, mais ça serait dommage de l'utiliser à cette fin car on n'a en général pas besoin d'un aussi gros outil pour un petit CD d'installation de rien du tout.


Cela dit, vous n'êtes pas encore tout à fait au bout de vos peines car graver une image disque sur une clé USB n'est pas aussi simple qu'il y paraît : copier le fichier ne fonctionnera pas, tout simplement. Il faut en fait que la clé soit reconnue comme un système démarrable, ce qui nécessite d'utiliser un logiciel qui sait écrire ce qu'il faut où il faut, et comme il le faut. Et, il faut le dire, cette catégorie de logiciels étant rien moins que fiable, vous aurez parfois des déconvenues. Si le système installé sur la clé refuse avec entêtement de démarrer, recommencez avec un autre logiciel jusqu'à ce que cela fonctionne. Le choix ne manque pas, citons Unetbootin sous toute plateforme, LinuxLive USB Creator si vous êtes sous Linux, ou encore Win32 Disk Image sous Windows. Les plus aventuriers pourront aller saluer MultiBootUSB, qui permet de mettre plusieurs installeurs sur la même clé. C'est très pratique pour faire une clé USB couteau suisse qui contient différents installeurs, live CDs et autres fichiers de dépannage, mais soyez prévenu que tous les systèmes d'exploitation ne fonctionneront pas nécessairement par cette méthode.


Vous avez dû remarquer que, pour pouvoir résintaller votre système, il vous faut un accès à une autre machine ? Pour télécharger l'image, la graver, etc. De manière générale, il est nécessaire de toujours vous munir d'un ordinateur de secours, quitte à vous en faire prêter un le temps de l'opération, ne serait-ce que pour consulter internet en cas de grosse hésitation sur la marche à suivre.


Bon, maintenant que vous avez le support approprié prêt à l'emploi (je vous avais prévenu que c'était du boulot), on va pouvoir se lancer dans la réinstallation en deux temps trois mouvements. Mais pas si vite ! Déjà il vous faudra vous assurer que la machine démarre bien sur ledit support, ce que vous devrez sans doute faire en allant dans le BIOS, le programme tout moche qui s'affiche en premier au démarrage de la machine et vous invite à appuyer sur une combinaison de touches quelconque, F2, F8, Suppr ou je ne sais quoi. Une fois là-dedans, surtout on ne touche à rien, on cherche simplement les options de boot et on met en premier le lecteur DVD ou la clé USB chérie, on redémarre et hop c'est parti. Mais, de toute manière, avant d'en arriver là, il va nous falloir nous assoir un moment au calme avec un papier et un crayon, si si, non pas pour dessiner des souris vertes mais bien pour réfléchir un peu calmement avant d'envoyer le bulldozer au milieu du jardin.



Etape 2 : je liste les programmes installés


Arrivé à cette étape cruciale, on peut remercier chaleureusement les souris vertes de ne pas nous laisser foncer dans la mêlée la tête baissée et sans préparation. En effet, il est important de bien penser que vous n'allez pas simplement devoir réinstaller le système, mais aussi les applications que vous utilisez régulièrement. Et il est généralement bien difficile de se rappeler après coup de tous les mirifiques petits programmes dont on se sert sans en avoir conscience, mais qui vous manqueront cruellement sur un système vierge.


On prendra donc un peu de temps pour dresser la liste des programmes installés sur votre machine, et je suis sûr que vous saurez le faire sans notre aide. On pourra même en profiter pour faire un peu de ménage et ne pas réinstaller des choses manifestement inutiles ou périmées. Et c'est tout. Si si. Quand je pense qu'on me dit qu'on ne sait pas faire court aux souris vertes. Paragraphe suivant !



Etape 3 : je sauvegarde mes données


Cette étape est tout spécialement réservée aux personnes qui n'ont pas encore mis en oeuvre les avalanches de bon conseils sur le sujet dont est parsemé notre dossier. Si vous n'aviez pas encore sauvegardé vos précieuses données, il est plus que temps de le faire. Et pas sur le disque ou la partition du disque que vous allez effacer, cela va sans dire. Si vous pouvez vous en procurer un même temporairement, un disque dur externe serait votre compagnon idéal pour prévenir tout risque de Grosse Bêtise Irréparable. A vous de voir en fonction de votre confiance et de votre niveau d'expertise.


On rappelle tout de même à bon entendeur que les données en question concernent aussi les préférences des applications que l'on utilise de manière un peu intensive, souvent stockées dans un répertore à identifier et mettre dans un petit coin. On ne traîne pas davantage sur cette étape, vu les tartines que nous lui avons déjà consacrées, mais n'oubliez pas d'aller relire l'excellent article qui en traite !



Etape 3 bis : je récupère programmes d'installation et pilotes


Cette étape est faculative pour la plupart des systèmes qui reconnaissent facilement votre matériel et proposent des procédures d'installation standardisées, mais vous sauvera la vie si vous utilisez un système récalcitrant comme Windows, encore lui. En effet, une fois réinstallé, il est plus que probable qu'il aura du mal à faire fonctionner autre chose que la souris, et qu'il vous faudra vous assoir temporairement sur l'accès au réseau ou l'affichage de votre écran en caractères de moins de 10cm de large. Plutôt que de vous arracher copieusement les cheveux à ce stade et devoir appeler à l'aide, il vaut mieux avoir anticipé cette petite rigolade et avoir récupéré au préalable tous les pilotes de votre ordinateur, ainsi que les programmes d'installation de quelques logiciels bien utiles, comme le navigateur ou le décompresseur d'archives, voire de toutes vos applications si vous ne voulez pas vous embêter à les chercher plus tard.


Il en va pour les pilotes comme pour le système lui-même : soit vous avez la chance de les avoir sur un support déjà prêt, soit il va vous falloir courir l'internet pour essayer d'en récupérer une version à jour et correspondant à votre matériel. Bonne chance ! Les souris vertes recommandent fortement de les garder bien au chaud et pour longtemps une fois que vous avez le tout sous la main, car plus votre matériel prend de l'âge et moins vous aurez de chance de trouver facilement, voire tout court, les pilotes nécessaires à son fonctionnement.



Etape 4 : je lance l'installeur et zou


Eh bien, nous voilà enfin parés pour entrer dans le vif du sujet. En vérité, cette étape qui effraie tant de monde est simple et sans ambage, c'est tout le reste qui est compliqué. Clic, je choisis ma langue, clic j'annonce que je m'appelle Tintin et ma machine Milou, et que oui, je veux bien réinstaller le système, oui vraiment oui. Clic.


La seule étape où il faut être parfaitement réveillé est celle du choix du disque ou de la partition d'installation. Si vous avez un seul disque et juste le système dessus, vous pouvez y aller sans crainte, mais si vous avez adopté les pratiques des souris vertes, et que vous avez des disques ou des partitions supplémentaires avec vos belles données bien proprement rangées, il faudra prendre bien garde à ne surtout rien installer dessus. Pas de panique, mais ne vous endormez pas en cliquant machinalement écran après écran pendant l'installation, c'est tout.


Bon, le système est en train de s'installer, ça peut être long mais on peut en profiter pour se faire une petite séance de haïkus par exemple. Tiens, en voilà un rien que pour vous :


"Feu de forêt

Tout un monde qui meurt

Appelé à renaître"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Etape 5 : je remets bon ordre dans le bazar


Bon, le système est réinstallé, c'est là que les choses sérieuses commencent. Afin de retrouver rapidement notre environnement de travail habituel, et de ne pas pester pendant des semaines qu'il manque gnagna à tructruc, on va finir le travail proprement et une bonne fois pour toutes.


Pour ce faire, on procède par étapes et sans aller trop vite :


- on commence par réinstaller les pilotes de notre matériel si c'est nécessaire. C'est le minimum vital, sans eux, l'écran est tout flou, on n'a pas d'accès internet, les clés usb ne sont pas correctement reconnues, et tout un tas d'autres petites surprises joyeuses qui vous donneront envie de lancer le tout par la fenêtre. On n'oublie pas de redémarrer, n'est-ce pas.

- si l'on est une petite souris de niveau ceinture verte, et qu'on l'a bien assimilié les précédents articles de notre dossier, on profite du fait que le système est encore tout frais pour le reconfigurer aux petits oignons en désactivant tout un tas d'options par défaut consommatoires et inutiles. On peut encore redémarrer, allez zou.

- on lance les mises à jour du système, s'il y en a. Il faudra sans doute un peu de patience, des fois cette étape est bien plus longue que l'installation proprement dite. Bon, en même temps on n'est pas obligé de rester devant son écran non plus, rien n'interdit d'aller regarder quelques fleurs en attendant. Et devinez quoi ? Oui, on redémarre...

- on réinstalle les programmes. C'est là que notre petite liste précédente nous est bien utile, ainsi que les installeurs tout prêts si vous les avez téléchargés à l'avance. On en profite pour remettre également les préférences pour les applications quand on a prévu le coup (souvent juste un dossier à recopier au bon endroit). On peut se passer de redémarrer, mais si vous y avez pris goût ne vous privez surtout pas, nous n'allons pas vous frustrer pour si peu.

- on réinstalle les données s'il y a lieu. Si elles sont sur un autre disque ou un autre partition, normalement elles sont déjà là à vous accueillir les bras ouverts.


Et voilà, notre machine est maintenant propre comme un sou neuf, guillerette comme au premier jour, et en plus tout est là pour nous permettre de mener nos activités quotidiennes comme avant. Youpi !



Etape 6 : je recommence l'étape 4

Bienvenue dans l'univers magique de la réinstallation des systèmes ! Vous venez de tomber dans une phase spatio-temporelle qui vous fait recommencer encore et toujours les mêmes gestes, comme Sisyphe faisant rouler inlassablement son rocher. Non, sérieusement, si vous n'êtes pas un expert patenté de la réinstallation de système, il ne faut surtout pas s'interdire de reprendre tout calmement depuis le début. Il est très courant qu'on laisse passer des choses pas nettes à la première installation, qu'on ait oublié une option ou que le système nous jette des regards mauvais dès le premier démarrage.

Puisqu'on a fait tous ces beaux efforts pour en arriver là, il faut vraiment n'avoir aucune hésitation à recommencer l'étape 4 et les suivantes autant de fois que nécessaire pour que le système installé nous donne toutes les garanties de fiabilité, de stabilité et de gentille obéissance que l'on attend de lui. Vous perdrez quelques dizaines de minutes supplémentaires, pas bien épuisantes, à faire travailler la machine en faisant un sudoku ou en allant prendre une tasse de thé, mais vous vous éviterez de futurs maux de tête et force gesticulations agacées si vous avez laissé une réinstallation bancale par pure flemme. Allez, on y retourne !


Etape 7 : j'éteins mon ordinateur et je vais faire un tour


Si vous êtes arrivés à cette étape, c'est que vous êtes sorti de la boucle infinie de la mauvaise réinstallation qu'il faut sans cesse recommencer, et que vous êtes content de votre travail. Félicitations ! Vous voilà au terme de notre petit périple de réinstallation.


Simple, sans difficulté excessive ni risque de tour de rein, cette petite gymnastique est à la portée de tous et devrait faire partie du programme d'hygiène régulier de tout matériel informatique, au minimum une fois tous les deux ou trois ans, voire avec une période bien plus courte si l'on n'est pas encore passé expert dans l'art d'éviter les gestes imprudents qui plombent le système à coup sûr.


Nous voilà ainsi prêts à aborder la suite du programme, à savoir aller faire un tour pour se détendre, puis revenir bien vite consulter la suite de notre passionnant dossier. Hum, les souris autour de moi arborent un air exaspéré : ce n'était donc pas le dernier article du lot ? Eh bien non, pas du tout, mais nous l'annonçons solennellement et à la cantonnade, le prochain article signera la fin de l'Enorme Dossier de super secours aux ordis en peine. Et, pour maintenir le suspense, nous n'en dévoilons pas le contenu. On a hâte d'y être !

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L'inquiétant mariage de la science et du numérique
Date 27/02/2017
Ico Polémiquons
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La science dans ce qu'elle a de meilleur


"Il bat un morceau de charbon de bois

Contre un autre

Comme pour mesurer la profondeur des ténèbres"


Fuyuno Niji (1943-2002)


On ressort le  drapeau noir de la polémique la plus épidermique aujourd'hui, et pour une fois le titre explicite sans détours l'idée qui agite toute la fine équipe des souris vertes, absolument unanime sur le sujet. Même le Professeur Souriso, un scientifique de réputation planétaire, voire stellaire, galactique ou même cosmique, ne mâche pas ses mots quand il s'agit de décrire notre science contemporaine engagée dans une voie qui fait frissonner.


La recherche publique et privée, tel un rouleau compresseur géant et aveugle, s'engage à pieds joints dans une entreprise de numérisation du monde sans précédent, en s'appuyant avec entrain sur les possibilités formidables des nouveaux outils de l'information et de la communication. Comme nombre d'autres pans de la société, dont l'école sur laquelle nous avons déjà eu l'occasion de livrer le fond de notre pensée, elle s'engouffre ainsi les yeux fermés dans cette soi-disant révolution qui bouleverse le changement à coup de rien n'est plus pareil, et au passage, de par sa puissance symbolique et sa force de frappe industrielle, fait advenir effectivement un certain nombre de changements sociaux et environnementaux qui ne vont pas exactement dans le sens de l'amélioration de la qualité de vie de nos souris vertes. Et vu que ceux qui en sont les instigateurs, et semblent les plus sourds à toute forme de modération et de questionnement, sont censés être les élites intellectuelles de notre humanité si débrouillarde, on peut légitimement se demander quelle voix va pouvoir s'élever contre cette marche forcée qui nous entraîne joyeusement vers un futur toujours plus déshumanisé et désenchanté.


Précisons tout de même que, suivant en cela la ligne éditoriale de notre belle catégorie Polémiquons, cet article est absolument sans nuance et ne cherche pas à ménager la chèvre, le chou et leur copain papillon. Il va sans dire que, malgré tout ce qui va suivre, il existe une démarche scientifique utile à la société, voire à l'humanité, et de nombreuses personnes valeureuses qui oeuvrent dans son sens. Mais ceci n'interdit pas de déceler une tendance de fond et certains sous-bassements idéologiques à la science moderne qui la rendent bien peu désirable et, vu l'équilibre actuel du monde, d'affirmer qu'un peu moins de science et un peu plus de haïku serait sans aucun doute salutaire.


On passe donc au microscope cette science sans conscience qui fait trembler les souris dans leurs petites tannières.



Produire du savoir à n'importe quel prix


L'entreprise de la science est, au premier abord, d'une limpidité exemplaire : accumuler des connaissances sur le monde qui nous entoure. On peut s'interroger cependant à bon droit sur la finalité poursuivie. Toute nouvelle connaissance est-elle bonne en soi ? Force est de constater que la science, de manière générale, n'a pas pour simple projet de décrire le monde, mais bien de le prédire pour en retour le transformer. La démarche scientifique est donc à distinguer de celle de l'observateur curieux qui constate des régularités et des singularités dans son environnement, ce qui lui permet de construire le rapport le plus harmonieux possible, même si toujours imparfait, à cet environnement. En revanche, n'est scientifique que ce qui est reproductible, parfaitement contrôlé et maîtrisé, ce qui entraîne déjà une simplification et une mise au pas extrême du réel sur laquelle nous reviendrons.


Mais restons sur l'argument souvent avancé que "c'est pour faire progresser la connaissance", comme si cela seul justifiait toutes les pratiques. Pour faire progresser la connaissance, on se lancera sans état d'âme dans l'expérimentation sur les animaux (est-il besoin de rappeler les milliers de souris, vertes ou autres, torturées chaque jour dans des laboratoires à travers le monde, en toute impunité et sans que personne ne s'en émeuve outre mesure ?), voire les humains lorsque l'on peut le faire et s'en tirer sans trop outrager le badaud, dans la manipulation des gènes d'à peu près tout ce qui bouge (ou pas), le forage expéditionnaire aux quatre coins de la planète, de la pollution galactique à coups de déchets de missions spatiales que l'on pourra laisser dériver pour l'éternité, le tout saupoudré d'un peu de radioactivité bon cru pour ne pas être en reste sur terre, ou encore de construction d'appareils de mesure gigantesques et boulimiques d'énergie, et on pourrait continuer ainsi cette énumération jusqu'à la Sainte-Germaine, sainte patronne de la témérité sans frein.


Dans ce contexte, les comités d'éthique scientifique ne sont que de la pommade bon marché pour éviter que l'on y regarde de trop près, et que l'on commence à s'interroger trop sérieusement sur le bien fondé de certaines recherches et sur le credo de la fin qui justifie les moyens, porté par un système qui tourne en roue libre et sans aucun compte à rendre au citoyen lambda. Ne doutons pas un instant que les interdits d'aujourd'hui seront bien vite renvoyés aux oubliettes de demain, une fois l'opinion suffisamment travaillée et fatiguée de s'indigner. Après la manipulation génétique, le clonage des animaux et, prédisons-le sans sourciller (les souris vertes aussi peuvent prédire sans effort, et toc), le clonage humain prochain, gageons que le meurtre, pardon mort programmée au nom de la science, saura bientôt trouver sa place dans les expériences les plus audacieuses.


Et que dire des dépenses colossales d'énergie fossile, d'intelligence collective et de ressources en tout genre pour savoir si la constante de Planck est vraiment une constante, ou si elle varie en fonction de la météo, ou bien s'il y a eu des océans sur Neptune il a 3 milliards d'années, et si oui de quelle hauteur étaient les vagues ? L'attitude de nos scientifiques, hautaine voire franchement méprisante lorsque quelques voix timides essaient de questionner certains choix de recherche, nous annonce en filigrane que oui, toute connaissance est bonne à prendre, toute question bonne à poser, et à n'importe quel prix pour la société et l'humanité. Ainsi, lorsqu'un enfant se pose la question de savoir si son caca a la même couleur tous les jours, et observe avec intérêt les formes bigarrées qu'il peut prendre, les adultes responsables se permettront de le rappeler à l'ordre à des activités plus sérieuses. Mais qu'un scientifique ait l'idée de lancer un programme de recherche sur la question, et l'on verra immédiatement des assemblées entières de savants disserter d'un air docte sur ces questions de première importance pour la survie de l'humanité.


Selon une réplique du regretté Audiard, quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite, et on peut dire que la science n'en veut plus, des limites, son champ d'expérimentation devant s'étendre sans fin dans une quête insatiable de réponses qui n'appellent que de nouvelles questions. Est-il encore possible aujourd'hui de suggérer du bout des lèvres qu'on pourrait bien se dispenser de savoir certaines choses, non par dogmatisme et par obscurantisme profond, mais simplement parce que ces connaissances ne nous apprennent rien en réalité ? Savoir qu'il existe un 172ème élément à la classification de Mendeleïev ne nous aide pas beaucoup à vivre, aujourd'hui pas plus qu'hier, et à vrai dire l'humanité a su se dispenser de ces savoirs fondamentaux pendant quelques centaines de milliers d'années, aussi l'urgence annoncée de les accumuler à un rythme toujours plus effréné paraît plus que suspecte.


Ceci dit, il est bien évident que nous ne sommes pas opposés par principe à toute forme de recherche scientifique ; il est d'ailleurs bien heureux que certains aiment le tricot et d'autres la mécanique quantique, mais on ne voit pas qu'une part non négligeable des ressources de l'humanité soit consacrée à l'élaboration de nouveaux types de points révolutionnaires pour créer des pulls toujours plus élégants ou des écharpes toujours plus chaudes, donc il est difficile d'expliquer le favoritisme indécent dont jouit cette deuxième catégorie de passionnés.



Produire des connaissances ou produire des données ?


Ah ah, c'est là qu'il s'agit de mettre un grand coup de marteau sur l'enclume, et d'ajouter un peu de fumée et de bruit de tonnerre au passage. Car la science prétend produire des savoirs, alors qu'en réalité aujourd'hui, elle produit surtout des données. Et quand on dit elle, il faut comprendre en réalité : les machines. Parce que, dans ce domaine comme dans bien d'autres, cela fait bien longtemps que les humains ne se foulent plus à aller scruter  eux-mêmes les objets qu'ils étudient, ou à aller ramasser à la main des échantillons de je ne sais quoi. Confortablement assis derrière un écran, le scientifique regarde défiler des colonnes de nombres qu'analysent pour lui de gentils ordinateurs, après que d'autres machines auront été collecter in situ et à grand coup de pelleteuse ou de rayon X le substrat qui permettra cette production de nouvelles connaissances renversantes et jusqu'alors inconnues.


En fait de connaissances, ce sont de fait des gigatonnes de données numériques dont nous inondent les labos de recherche. Séquençages sans fin de nouveaux génomes, cartographie de milliards de bactéries, étude de la position relative de toutes les particules de l'univers à l'échelle du micron, analyse spectrale de toutes les étoiles de la voie lactée, on ne manque pas d'idées pour remplir des disques magnétiques de jolis zéros et de uns. La puissance de calcul des processeurs, alliée aux capacités de stockage toujours grandissantes, ont permis un essor sans précédent de la course à la nouvelle donnée.


Sachant que, dans le monde de la recherche, l'aura et le prestige sont mesurés au nombre de publications que l'on est capable d'aligner sans respirer, on comprend que l'on aura tout intérêt à faire travailler au maximum des machines véloces pour avoir toujours quelque chose de publiable sous le coude. Voici une bonne recette du Professeur Souriso quand il est en mal de financement : on prend un bon appareil de mesure, on le place quelque part avec une question profonde rapidement esquissée pour faire bonne figure, par exemple sur la variation du nombre de feuilles dans un arbre en fonction de son exposition et de sa prise au vent, on effectue quelques milliards de mesures, on concocte une petite conclusion, par exemple le fait bouleversant qu'il y a plus de feuilles (et plus grandes en plus, on peut ajouter une corrélation statistique sans supplément) si l'arbre reçoit plus de soleil et moins de vent, avec une courbe qui montre que la correspondance est sub-linéaire mais pas mal quand même, et hop vous avez un article prêt à sortir dans Science Weekly.


Cette production frénétique de données a deux corollaires intéressants. D'une part, la recherche mondiale est une pourvoyeuse généreuse de pollution numérique. Consommation réseau, mémoire, processeur, stockage, tout y passe pour des programmes de recherche toujours plus nombreux, et aucune discipline n'échappe au raz-de-marée de l'informatisation à outrance : même les humanités, comme on aime à les appeler, bénéficient des dernières innovations en terme de datatation carbone, numérisation de documents anciens ou analyse spectrale de restes fossiles.

Et rappelons que, bien que l'on pleure à chaudes larmes en pensant aux coupes sombres dans les budgets qui entravent cette aventure de la pensée si nécessaire, c'est en réalité la part du budget dans l'ensemble du fameux PIB qui n'arrive plus à se maintenir de manière aussi fringante avec la survenue de ces mesures liberticides. Mais, ce PIB étant lui même maintenu sous perfusion dans un état de croissance inexorable, l'effort de recherche absolu, lui, est en constante augmentation. Rappelons-nous qu'il n'y a jamais eu au cours de l'histoire autant d'argent, de ressources, de personnes mobilisées à cette entreprise de description numérique du monde que ce nous connaissons aujourd'hui.

D'autre part, ce constat, associé à la puissance croissante de nos gentils ordinateurs et à la précision sans cesse plus fine des appareils de mesure, contribue à nous produire un excès de données. En effet, il est nettement plus facile de produire des chiffres que d'en tirer quelque chose d'intelligent et d'exploitable. Inutile de dire que les humains sont largement à la remorque, incapables de traiter en un mois le millionième de ce qu'une machine va leur écrire en une minute, mais même les machines se révèlent impuissantes à les sortir de cette panade. Algorithmes intelligents, réseaux de neurones, apprentissage statistique, tout est bon pour essayer d'analyser ces flots de données qui nous arrivent et qu'on ne sait pas par quel bout prendre, mais rien n'y fait, car ces méthodes sont elles-même coûteuses à mettre en oeuvre, et de toute manière n'étant jamais beaucoup plus malignes que les gens qui les conçoivent, n'ont pas forcément beaucoup d'éclairs de génie à partager avec le genre humain qui les écoute religieusement comme l'oracle de Delphes.

Je me souviens d'une conférence donnée par une chercheuse qui s'intéressait à des méthodes de cartographie sismique, et qui avouait sans détour que son laboratoire produisait une quantité de données astronomique par rapport à ce qu'ils étaient capables de traiter. Autrement dit, plus le temps passait, et plus on avait de données collectées qui restaient sur le carreau, à attendre que quelqu'un veuille bien s'en occuper. Etant donné que la différence était exponentielle, on ne s'attendait pas à une révolution technologique permettant de remonter la pente, mais on continuait tout de même à produire gaiement de l'octet sans s'arrêter. Voilà, en plus de quelques menus désordres environnementaux, un autre leg intéressant à nos arrières-arrières-petits-enfants qui, s'ils disposent encore d'assez de minerais pour se construire des bouliers, auront quelques milliers d'années d'analyse numérique devant eux pour s'occuper les longues soirées d'hiver.


Capteurs partout, mesure nulle part


Il est bien connu que, plutôt que par un travail de construction patient et collectif, la science procède par révolutions, bonds de géant et découvertes bouleversantes, qui autorisent à traiter gentiment tous les gens qui ont vécu dans l'ignorance du Fait Scientifique du Jour avec une condescendance teintée de pitié. L'accélération des découvertes fait que, si auparavant on pouvait gentiment se moquer des occupants d'une autre ère, d'un autre siècle ou, tout au moins, des générations antérieures, on peut désormais appliquer ce traitement de faveur à toute publication qui date de moins de cinq ans, et on peut espérer que cette période va encore se réduire avec les progrès fulgurants qui nous attendent encore.


Bizarrement, cet état de fait qui devrait inciter l'ensemble des scientifiques à une grande humilité, étant donné que les donneurs de leçon d'aujourd'hui sont à l'évidence les benêts de demain, semble avoir décuplé l'arrogance ambiante qui permet de porter le regard subtil du civilisé sur le sauvage primitif sur tous ceux qui ne se sont pas mis à la page des dernières découvertes en date. Il semblerait donc que l'industrie de la mode n'ait qu'à bien se tenir et s'en fasse remontrer en terme de revirements capricieux et d'egos surdimensionnés.


Est-ce à dire que notre intelligence s'est tellement développée que nous fassions des avancées spectaculaires tous les deux jours ? Même si les médias nous abreuvent quotidiennement d'annonces de révolutions dans tous les domaines possibles, en vérité si l'on garde un peu la tête froide, on se rendra vite compte que la plupart des triomphes scientifiques récents sont en fait des triomphes de la technologie de détection : à force de construire des appareils de mesure toujours plus précis, d'analyser toujours plus de signaux et d'échantillons, on finit forcément par trouver quelque chose. Détecter des ondes gravitationnelles ? Les doigts dans le nez, si on se permet de construire un appareil de mesure ultra sensible de plusieurs dizaines de kilomètres de long, qu'on lui ajoute quelques algorithmes de réduction de bruit bien sentis et qu'on lui demande d'enregistrer quelques milliards de milliards d'événements. Doit-on réellement féliciter les physiciens qui ont appuyé sur un bouton pour enclencher cet appareillage, et confirmé ainsi quelque chose qui était admis théoriquement depuis près d'un siècle ? On serrerait plutôt la main aux entreprises de chantier qui ont réalisé la structure géante ; et, à vrai dire, en terme de prouesse scientifique, on saura contenir son enthousiasme face à une méthode qui a toute l'élégance et le raffinement du bazooka dégainé pour gagner la peluche au stand de tir de la kermesse de l'école.


Ainsi, les découvertes et autres annonces fracassantes, qui semblent toujours plus nombreuses ces dernières années, sont avant tout dues à la multiplication des capteurs et appareils de mesure en tous genres, autant de prothèses artificielles qui font que l'oeil augmenté de l'homme scrute le fond du monde de manière plus indiscrète que jamais, partout et à toutes les échelles. Rien n'échappe à ce regard impudique, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il aide à voir quoi que ce soit d'intelligible. Le fait que l'on analyse des échantillons de réel toujours plus improbables et auparavant inaccessibles nous fait entrevoir des réalités que nous sommes bien en peine d'expliquer, et au lieu d'une bonne connaissance bien solide c'est avec des flots de spéculations à l'emporte pièce que l'on se retrouve, à tenter de faire rentrer ces données disparates dans un ensemble à peu près cohérent.


On peut tout de même admirer légitimement ces nouvelles possibilités de mesures qui ne cessent de s'ouvrir à nous, bien qu'elles soient la contrepartie d'une consommation de ressources et d'impacts environnementaux sans équivalent. Car produire un téléscope à ultra haute résolution ou un miscoscope permettant de voir au micromètre nécessite toute une structure industrielle et technologique qui n'est pas accessible à la première souris verte venue au fond de son pré.


Il faut également déplorer la déconnexion complète entre ces méthodes de détection et l'expérience humaine sensible. "Scrute la nature, c'est là qu'est ton futur", écrivait Léonard de Vinci, mais on peut douter qu'il parlait d'utiliser un spectromètre à photons ou un laser interférométrique (ici, et ailleurs aussi, nous espérons secrètement que nos lecteurs ne sont pas suffisamment aguerris pour déceler que nous écrivons n'importe quoi pour faire bonne impression). Cet observateur infatigable, qui a dessiné sans relâche ce que la nature lui montrait de plus beau et de plus mystérieux, comme l'écoulement de la cascade ou le vol du rapace, aurait certainement deséspéré de voir ainsi l'observation déléguée à des petites machines qui clignotent, pendant que l'homme se sert essentiellement de ses sens pour trouver le chemin du bureau au parking.



Science de l'écologie, écologie de la science ?


Hmm bon, j'étais parti pour enfoncer encore un peu le clou, mais les souris autour de moi me signifient que j'ai assez dit déjà que la science gaspillait et polluait pour produire ses connaissances. Soit. On admet donc que la science contribue joyeusement à amplifier les dégâts environnementaux qu'elle s'efforce de décrire à ses heures perdues.


Que dire alors des progrès de la science écologique elle-même ? Sans nul doute voilà un domaine qui aura notre absolution, car il est bien clair que nous avons besoin d'une science de l'écologie et de l'environnement ? Tudieu, palsambleu et ventre saint-gris, il semblerait bien que nous ayons du mal à faire bonne figure aujourd'hui et à trouver un terrain d'entente pas trop accidenté pour que la discussion puisse se terminer sur une note positive et que tout le monde reste bons amis.


L'écologie, qui envahit maintenant les discours politiques autant que les discours scientifiques, est-elle exempte des travers que nous avons décrits précédemment ? Voyons un peu, entre la classification sans fin du vivant sous toutes ses formes, l'utilisation de la génétique et du séquençage à gogo, la dissémination de caméras, enregistreurs, capteurs et autres bracelets électroniques dont on affuble des populations d'oiseaux migrateurs ou de cétacés fortement menacés, on aura du mal à trouver une différence d'approche fondamentale, pas plus qu'une autre idée de la recherche que l'accumulation sans réserve de connaissances faites pour être bien proprement rangées et étiquetées au fond d'un tiroir.


On évitera également de trop s'interroger sur le fait qu'un manchot pourrait se trouver légèrement indisposé de devoir porter sa vie durant tout un appareillage électronique qu'il n'a pas demandé, sans même évoquer le fait que cette petite technologie, bien qu'incolore et inodore, pourrait avoir sur lui et son environnement un impact que nous ne percevons pas, ou ne cherchons pas à percevoir (on ne peut pas tout faire non plus).


Bref, il paraîtra difficile de sauter au plafond en pensant aux progrès de cette nouvelle discipline scientifique, surtout si, en fourrant ainsi ses gros doigts partout, elle permet essentiellement d'arriver à ces conclusions que personne n'aurait pu tirer sans son aide qu'il faut préserver la nature, l'environnement, la faune et la flore, arrêter les guerres et les famines et, surtout, surtout, arrêter de fourrer nos gros doigts partout.


Les souris vertes regardent également avec circonspection la tendance à sanctifier, voire cadenasser totalement, certaines zones encore relativement préservées de l'activité humaine, où des cohortes de spécialistes peuvent aller s'ébattre joyeusement et entre eux, et d'où ils peuvent faire la leçon au reste de l'humanité en agitant le doigt d'un air navré. Non, décidément non, nous n'attendons pas grand chose de ces écologues et de cette science écologique qui, bien loin de constituer un modèle alternatif de construction et de partage des savoirs, emprunte tous les chemins tracés par ses congénères avec un enthousiasme juvénile et débordant.



Numériser le réel en couleurs délavées


Arrivé à ce point, il nous faut partager avec les quelques lecteurs qui n'auront pas sauté par la fenêtre ou couru attraper par le collet un des profs descience de leur fille pour lui expliquer la vérité profonde sur sa discipline, le terrible projet de la science moderne, et son fantasme ultime. Car il est désormais bien établi que tout, absolument tout, peut se penser en terme d'information, chose qu'il est possible de représenter, comme c'est commode, sous la forme de séries de nombres, voire de zéros et de uns qui ne nous évoquent rien mais qui font parfaitement sens pour une machine adéquatement programmée.


Pour les plus curieux, nous citons au passage un ouvrage récent qui a l'air de parler justement de ce sujet : il s'agit de "Quand le monde s'est fait nombre", un ouvrage d'Olivier Rey, dont nous avons commenté le précédent livre il y a peu. Nous avouons à notre grande honte ne pas avoir lu ce dernier opus, ayant entendu l'auteur en faire un résumé qui établissait un constat très juste, mais pour ensuite se garder bien de jeter tout jugement sur les mécanismes à l'oeuvre, et donc toute vision alternative à cette numérisation sans fin du monde.


L'idée de la science est bien d'arriver à la représentation numérique de toute chose, une belle copie sur papier glacée de tout phénomène réel. On peut ainsi réduire commodément tout ce qui vit, ou pas d'ailleurs, à quelques mesures bien senties qui nous révèleront l'essence profonde de la chose que l'on inspecte. Un être vivant est par exemple facilement assimilable à sa séquence d'ADN, sauf l'homme quand même, voyons, auquel il faudra ajouter quelques caractéristiques anthropomorphiques qui figurent sur son passeport, en saupoudrant peut-être de quelques données sociologiques qui révéleront toute sa singularité : emploi (catégorie 16S de l'INSEE), éducation (bac+3), situation familiale (marié 2 enfants), commune de naissance (47 012), et ainsi de suite. Qu'est-ce qu'une pensée ? L'activation d'une zone de votre cortex frontal. Qu'est-ce qu'un geste ? Une impulsion électrique se propageant le long de votre système nerveux. Et l'on pourrait décrire de la sorte jusqu'aux domaines qui paraissent les plus éloignés des objets traditionnels de la science, comme les vagues, le vent, l'amour, le rêve, le deuil, etc.


Ah, quel bonheur que de suivre ce beau regard à base de suites de valeurs numériques qui encerclent et déterminent si précisément son objet. La poésie aura peut-être un peu de mal à se frayer un chemin au milieu de cet univers bien propre et bien mesuré, mais il se trouvera toujours des enthousiastes pour vous vendre la magie propre à cette démarche, car la science en marche n'a t-elle pas sa beauté propre ? En vérité, cette manière de décrire le réel n'en est souvent qu'une paraphrase incomplète qui ne l'explique ni ne l'épuise. Constater par exemple que votre hypophyse libère certaines substances lorsque vous êtes en colère n'explique pas ce phénomène étrange qu'est la colère, pas plus que mesurer la masse et la densité de toutes les planètes de la galaxie ne nous fait comprendre ce qu'est l'univers et la place que nous y occupons.


Pourtant, il est inquiétant de voir que nombre de personnes ont dès à présent adopté cette manière d'appréhender le monde, et s'évertuent à vivre leur vie à travers un prisme numérique permanent. Vivons-nous un instant priviliégié ? Vite, il faut le photographier ou le filmer, pour le fixer sur un support numérique plutôt que dans notre propre mémoire. Et ces quantités de documents que nous accumulons au cours de notre existence deviennent plus vraies à nos yeux que notre propre expérience sensible. Pas étonnant que certains rêvent ensuite de transférer éternellement tout ce moi numérique sur des supports autrement plus durables que ces vieux corps appelés à se décâtir. On pourrait bien se demander ce qu'il reste d'une personne dans ces témoignages sans relief, mais peut-être certains sont-ils tellement vidés de substance qu'ils sont devenus équivalents à leur copie numérique. Dans la même veine, bien que se sentant parfaitement alerte et raisonnablement content, on deviendra bien vite en mauvaise santé à la lecture du résultat d'une analyse biochimique qui nous révèle un taux de - mettez ici ce que vous voulez - relativement inquiétant. Ca n'est pas le patient lui même qui saura juger de son état de santé ou de l'intensité de ses symptômes, mais bien l'appareillage médical qui s'empressera de le lui apprendre sous la forme d'un beau rapport chiffré.


On aime dire que celui qui ne possède qu'un marteau voit tous les problèmes sous la forme d'un clou, et on peut dire que dans son domaine la science voit désormais tout sous la forme d'une problème à quantifier et mesurer d'urgence, en le réduisant au passage à des dimensions suffisamment raisonnables pour tenir dans une boîte informatisée de taille standard. Une des conséquences les plus graves de cette démarche, que l'on serait tenté de qualifier d'anti-scientifique tant elle est prête à s'assoir sur 99% des faits observés si elle est capable d'en expliquer 1% avec trois valeurs bien choisies, est la simplification à outrance de pratiquement tous les phénomènes. Plutôt que d'admettre qu'un phénomène est complexe et que la science n'a que peu de choses à contribuer à sa compréhension, on préfèrera le dessiner au gros feutre et en deux couleurs, puis justifier sans fin que cette représentation grossière est bien équivalente au tableau de Boticelli qui était son objet de départ.

Car s'il est bien une chose que la science se refuse à faire, c'est à avouer son impuissance à appréhender quelque chose. Cette tendance est particulièrement visible pour les sciences dites naturelles, où le moindre phénomène, observé à n'importe quelle échelle, est le résultat d'un nombre énorme d'interactions d'organismes ou de matières qui oblige à tirer une pelote sans fin, sans que personne ne se demande un moment si on pourrait un moment s'arrêter de pomper comme les shadoks.

Regardons donc cette petite plante qui pousse toute seule sans s'occuper de nous. Mais diable ! Elle est aidée par une cohorte de bactéries et de petits vers dans le sol. Et en plus elle profite de la présence de ces autres plantes pas loin. Ah oui, et de ces minéraux particuliers à la roche située quelques dizaines de mètres plus bas. Qui eux-même sont décomposés par une autre série d'organismes rigolos qui vivent à proximité. Mais ils ont besoin de ce petit champignon pour cela. Et lui-même ne viendra pas sans cette espèce d'arbre là. Ca tombe bien ! Il pousse justement très bien dans les déjections de souris vertes qui se promènent dans le coin.

Bref, on pourrait faire tourner la roue de la vie assez longtemps comme ça. Il est relativement étonnant de constater que les scientifiques, loin de se décourager de se prendre sans cesse des vestes avec leurs modèles et d'étendre sans arrêt à grand coup de bricolage le système qu'il décrive, n'en tirent pas la conclusion de bon sens que le vivant n'est en fait qu'un seul système, et qu'il échappera toujours à leur tentative maladroite de le décrire.

En vérité, la science a bien des utilités, mais jamais elle ne pourra saisir le réel, tout au mieux pourra-t-elle le détruire et le vider de sa substance à force de le marteler à grand coup de numérisation simplificatoire. Comme nombre de civilisations et de personnes l'ont compris, rien ne saurait faire le tour du réel, et seul l'art est capable d'en restituer une certaine vérité à travers son pouvoir de suggestion. Nos scientifiques seraient donc bien inspirés de se tourner d'urgence vers la pratique du haïku, qui permet de condenser l'expérience pour rendre à la fois l'éternité du monde et la fugacité de l'instant vécu. Les souris vertes ne prétendent pas être capables de ces hauts faits que nous enseignent les grands maîtres japonais, mais elles tentent de contribuer à leur manière à cet effort de description du monde qui, au moins, ne risque ni de le saccager ni de le désenchanter. On termine donc avec cette petite image :

"Goutte de pluie
C'est l'univers tout entier
Qui coule dans ma main"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)



Repeindre la science en vert pomme


Il est plus que temps d'achever notre propos ; affirmons à nouveau avec force qu'il n'est pas question de se débarrasser la science, mais bien de la remettre à sa juste place, et de dénoncer bien haut la tentative de prise de pouvoir numérique qu'elle tente d'accomplir sur à peu près tous les domaines de la vie et de l'expérience humaine. Vu la vitesse à laquelle elle s'enfonce dans cette direction inquiétante, il paraît urgent de fermer un peu le robinet à données qu'est devenu l'expérimentation scientifique, et de réhabiliter l'expérience sensorielle humaine, la seule qui nous permet de comprendre et d'apprécier le monde à sa juste valeur (infinie).


Pour notre part, et fidèles à nos habitudes, nous quittons cet article pour une petite promenade sous la pluie, et avec un peu de chance un peu de vent qui nous permettra ce petit cocktail de sensations simples qui font le sel de la vie. Diantre ! Cette phrase est tellement bucolique que je me demande bien si l'on parlait de science et de numérique aujourd'hui. Vous n'avez qu'à relire l'article pour vous en assurer !







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