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Les 5 gestes totalement vraiment incontournables de l'écologie numérique
Date 05/01/2018
Ico Le Petit Geste du Jour
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Nous bouleversons aujourd'hui la mise en page de notre superbe blog pour proposer un article en forme de bouée de sauvetage à nos lecteurs désespérés. Que sont devenus, en effet, ces magnifique Résumés Pour les Fatigués de la Lecture (RPFL pour les intimes) qui ornaient si délicatement notre tout premier dossier ? Et comment nos lecteurs pourraient-ils ne pas se noyer devant cette avalanche de conseils qu'ils ne savent par quel bout attraper, sans une lumière leur montrant le bout du tunnel, à quelques pas à peine ?


Alors, aujourd'hui, pour bien commencer l'année et rien que pour vous, nous allons sélectionner les 5 mesures que, s'il fallait n'en garder que 5 (remarquez que ça tombe bien, quand même, si on voulait en garder 6 ça ne marchait déjà plus), eh bien il faudrait les garder, justement. Un concentré de nos Petits Gestes les plus essentiels, avec un maximum de pulpe au fond et plein de belles vitamines pour l'hiver.


Avant d'aligner notre hit-parade et de briser le suspense haletant qui place la foule au bord de l'apoplexie, il nous faut confesser un péché inavouable à nos chers lecteurs. En effet, un de mes amis, qui a le bonheur de travailler dans le milieu du journalisme, m'a révélé une fois la botte secrète de l'article qui percute et fait venir des millions de lecteurs instantanément : précisément celui qui décline les 10 raisons de, les 50 les plus, les 20 mesures qui, etc. Apparemment ce type d'article bien polissé où tout est ordonné et compté fait le bonheur du badaud qui se promène nonchalamment sur l'internet mondial.


Si aux Souris Vertes nous aimons l'ambiance confinée de nos soirées de lectures intimes partagées avec nos fidèles lecteurs, et si nous ne souhaitons pas franchement faire exploser l'audience de notre site pour ensuite nous retrouver à inonder tous les médias de la terre de notre discours il est vrai si pertinent, nous avons décidé de tenter l'expérience, pour voir si la Loi de l'Article Vendeur se vérifie. Sachant qu'en plus ceci nous permet de recaser des dessins et du contenu tout prêt, autrement dit de ne pas nous fouler plus que de raison, et qu'au demeurant ce rappel salutaire pourra peut-être contribuer à sauver un ou deux phoques au passage, pourquoi bouder notre plaisir ?


Allez, c'est parti pour le Top 5 des actions tellement vertes qu'on a du mal à les distinguer de l'herbe du champ voisin.



Geste n°1 : je baisse dare-dare les réglages d'images de mes appareils numériques



"Brume matinale

Est-ce une flaque que je vois

Ou mon ombre ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Eh oui, voici donc le grand vainqueur de notre superbe palmarès, l'action élue la plus utile de toutes celles énumérées par les Souris Vertes, excusez du peu. Non pas que l'on manque de choix en la matière, mais le réglage par défaut des appareils numériques joue dans la cour des grands, voire carrément dans la salle des profs, en terme de gaspillage éhonté de ressources numériques. C'est qu'en effet notre petit clic a la puissance de l'aile du papillon qui va déverser une tornade d'octets inutiles sur l'ensemble du monde numérique, qu'on en juge plutôt :

- mon petit, ou minuscule, ou gros, ou super énormément géant, appareil numérique fait travailler son processeur à grand coup de traitement d'image dispendieux pour nous fournir cette superbe photographie en 112 millions de milliards de pixels. Et en plus, au passage, il sature sa propre carte mémoire pour la stocker, sympa.

- nous engorgeons la bande passante des réseaux numériques pour transférer la grosse image vers le partage Cloud, le site web, voire les boîtes de messagerie (horreur ! vous cumulez deux anti-gestes écologiques en un seul, voir ci-dessous) de notre choix.

- nous saturons les espaces de stockage où nous avons envoyé notre photo ingénue, qui ne se doute pas un instant de tout le mal qu'elle fait subir à la planète.

- nous faisons travailler inutilement le processeur de toutes les machines qui cherchent à afficher notre image et doivent la recadrer car ils ne disposent pas d'un écran de sortie de douze mètres de largeur (la taille réelle d'un affichage confortable de votre image).


Et quand on sait que les photos constituent le type de contenu le plus échangé à travers les réseaux (chiffre de l'Institut Statistique des Souris Vertes), comme en atteste la paille des 200 millions de photos postées chaque jour sur FesseBouc, bonjour l'odeur, il est grand temps pour toi, ami lecteur, de te précipiter sur l'ensemble de tes appareils numériques pour baisser d'urgence la résolution de tes images et de tes vidéos. Et bravo pour ce geste salutaire, les éléphants d'Afrique applaudissent de la trompe !



Geste n°2 : je me soigne sur l'envoi de pièces jointes dans les mails


"Elle semble si lourde

Sur la petite tortue

Sa carapace"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Ah, les pièces jointes. Autant vous dire qu'aux Souris Vertes, la réception d'une pièce jointe bien volumineuse nous fait à peu près le même effet qu'à certains le crissement des ongles sur une surface lisse, et qu'il nous faut généralement un petit exercice de respiration profonde pour absorber le choc de cette Pollution Numérique Majeure. Nous avons déjà consacré un article magistral à la question, qui figurera prochainement dans les manuels scolaires d'éducation civique, aussi nous n'allons pas détailler tous les arguments imparables qui font de la pièce jointe l'invention la moins écologique du web, mais rappelons à toutes fins utiles que :

- la pièce jointe pèse une fois et demi plus lourd que votre fichier de départ, car elle doit être encodée sous forme de texte dans le message.

- que les pièces jointes multiplient la taille des mails par Beaucoup, disons 1000 en moyenne, par rapport à un message en pur texte.

- que le, ou les, destinataires, ne peuvent pas choisir de ne pas récupérer la pièce jointe sur leur compte de messagerie.

- que les pièces jointes constituent la majeure partie du stockage présent sur les serveurs de messagerie, qui sont des serveurs ultra sensibles qui répliquent leurs données plein de fois et tiennent les messages à disposition immédiate de l'utilisateur sans se préoccuper de la pause dominicale ou d'aller faire un petit somme de temps à autre.


Pour toutes ces belles raisons, il va nous falloir nous soigner et arrêter d'envoyer des pièces jointes dans les mails, ainsi que supprimer dès que possible toutes celles qui traînent dans nos propres boîtes de messagerie. Alors effectuons au plus vite ces Petits Gestes avec grâce et élégance, olé !



Geste n°3 : j'éteins ma box nom di diou


"Les yeux fermés

Je vois encore

La caresse du soleil"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Au hit-parade des gros vilains, la box internet trône en bonne place magré son apparence parfaitement inoffensive. En effet, ce petit objet qui passe le plus clair de son temps à regarder le plafond, le rebord de l'étagère ou l'arrière du bureau, et sans doute à deviser doctement et à élaborer des théories philosophiques profondes dans la langue des box internet, ne semble pas affublé de gros besoins ni nécessiter une attention quelconque de notre part. Mais ceci ne l'empêche pas de nous réclamer une alimentation électrique permanente, quand bien même nous serions au fond du jardin ou en train de dormir, par exemple, autrement dit à des moments où nos besoins en connexion réseau vers l'internet mondial sont inexistants.


Et, vu que l'ensemble des habitants du monde civilisé déploie sa propre mini box personnelle, avec souvent très obligeamment son petit réseau wifi qui rajoute un peu d'ondes au tableau, toute cette activité joyeuse de veille silencieuse de nos boîboîtes finit par représenter plus d'1% de notre consommation électrique totale. Dit comme cela, ça n'a peut-être pas l'air impressionnant, mais c'est que vous n'avez pas en tête l'ordre de grandeur de l'énormitude de notre consommation totale. Sans essayer de rapporter tout cela à la consommation de la proverbiale ménagère et du foyer moyen, estimons grossièrement qu'il faut plus d'une demi centrale nucléaire françoise pour ce petit service que nous utilisons au mieux quelques heures par jour.


Autrement dit, on met vite un interrupteur sur notre petite box, et on lui coupe la chique au minimum du soir au matin. Et pan dans les dents !



Geste n°4 : j'arrête le streaming tout de suite et pour de vrai


"Ce tronc d'arbre

Au milieu du courant

Je l'ai pris pour un homme"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Ah, le streaming, encore un cas d'école, enfin à l'école des cancres de l'écologie numérique, plus près du radiateur que du tableau. Pour les non anglophones, la traduction exacte du dictionnaire de l'Académie Française est "n.m., dérivé de l'anglais 'streaming' (se prononce strimminngueu). Consommation forcenée de bande passante réseau à travers une lecture en temps réel de contenu multimédia sur des serveurs distants". Comme toujours, revenir aux sources et à la définition exacte de notre phénomène nous permet de comprendre tout le danger qu'il fait courir aux dauphins.


C'est pourquoi on ne cherchera pas à sauver l'importune méthode de diffusion de contenu, et on s'abstiendra tout de suite et pour l'éternité de :

- poster des vidéos ou sons sur des plateforme de diffusion de contenu mondialement mondialisées, et même sur celles qui seraient plus confidentielles

- consommer des vidéos ou des sons en lignes, d'où qu'ils viennent, sauf en cas de force majeure, par exemple si votre maison va exploser et que vous avez sous la main une vidéo qui montre comment faire pour éteindre le robinet de gaz.



Geste n°5 : j'utilise le mode avion et je prends les transports en commun


"Cette fourmi

Qui monte sur ma chaussure

Pour dominer l'univers"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Dernier geste simplissime mais non moins bénéfique pour vous, vos proches et les petits oiseaux, prendre la bonne habitude d'utiliser le mal-nommé "mode avion" des téléphones portables, tablettes et autres objets connectés. Il faut savoir qu'il n'y a pas que le pilote d'avion qui pourrait trouver à redire à toutes les ondes que vous envoyez gentiment à travers votre petit récepteur, notre Agence Nationale de l'Etude des Gros Problèmes Sanitaires Liés aux Pratiques Sociales, dont le sigle est l'ANSES, allez comprendre, nous signale timidement que ceci pourrait bien être dommageable pour le développement du cerveau chez l'enfant, rien que ça. On imagine que les effets sur le reste du monde vivant, humains adultes compris, doivent être d'une innocuité telle qu'on ne les détecteraient pas même avec notre plus grand téléscope spatial si on décidait de s'intéresser un peu sérieusement à la question.


Mais passons, car ce n'est pas même le risque de perdre la moitié de nos neurones ou de développer un cancer de l'hypothalamus qui doit nous inciter à utiliser le fameux mode flouf flouf (=bruit d'hélice chez les souris vertes), mais bien son bilan écologique incroyable : il vous permet en un tour de main d'économiser des milliers de cycles de votre batterie, en plus d'avoir l'heureux effet de vous couper un peu du tumulte du monde moderne ultra-connecté qui ne cesse de vous solliciter. Ainsi vous retrouvez un peu de calme, votre petit appareil s'essoufle moins, et vous pourrez continuer à vivre en harmonie pour de nombreuses années supplémentaires. N'est-ce pas tout simplement formidable ? Allez, vite, on le fait ce petit geste !





Bon, eh bien c'est terminé pour notre super meilleur absolu du top plus fort de tous nos Petits Gestes, autant dire la crème de l'écume du petit lait de tout le blog. Mais espérons que ceci vous a donné l'envie, non seulement de réaliser ces petites actions simples mais si utiles pour notre belle planète, mais aussi d'aller vous jeter à corps perdu dans tous les autres gestes, articles, vils pamphlets polémiques et trésors divers qui parsèment notre magnifique collection au fier logo de petit muridé vert pomme.


Et pour les lecteurs occasionnels et de passage, on se retrouvera lors d'un prochain palmarès, au choix, des 3 plus beaux dessins, des 10 meilleurs haïkus, des 20 titres les plus cocasses, ou encore des 50 expressions les plus incongrues. Vivement la suite !




>Voir le billet et ses commentaires...
 

La Programmation Responsable (6) : des sites webs écologiques tu concevras
Date 16/12/2017
Ico Dossier
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"Un bébé moineau
Saute avec curiosité
Pour regarder mon coup de pinceau"

Mizuhara Shuoshi (1892-1981)

Nous terminons aujourd'hui notre grand dossier sur la responsabilité programmatique, ou le contraire, par un constat percutant qui risque d'en traumatiser plus d'un : non, l'internet mondial n'est pas cet univers éthéré où l'air est si pur et léger qu'il vole tout seul jusqu'aux étoiles, où tout est immatériel, écologique, mignon et gentil. Non, pour accéder à toutes ces merveilles/âneries (rayer la mention inutile), il faut bien que des machines pédalent silencieusement, ou du moins suffisamment loin de nos oreilles pour ne pas les entendre.

Autrement dit, l'internet fait mal à la planète au même titre que la plupart des activités humaines modernes, et ce n'est pas quelques plateformes collaboratives ou médias de diffusions d'idées écologiques qui y traînent qui vont équilibrer ce bilan alarmant. Alors, bien évidemment, on pointe toujours un gros doigt irrité en direction du consommateur irresponsable, ce vil coquin qui navigue de site en site sans aucun respect pour la belle terre sur laquelle il est né et le bien-être des ours polaires, mais il faut quand même bien de temps en temps s'adresser à ceux qui les conçoivent, ces fameux sites. Et c'est là que l'on te regarde droit dans les yeux, cher webdéveloppeur-lecteur, car oui cet article t'est directement consacré, youpi n'est-ce pas ?

Avant de commencer toute une série de considérations sur la forme, il faudrait tout de même parler du contenu et ainsi rappeler le problème de l'inondation de sites commerciaux, blogs, médias alternatifs, commentaires, photos, données en tout genre, qui est le quotidien de notre beau réseau d'échange mondial. Le développeur web, bien que souvent pauvre larbin chargé d'exécuter les moindres caprices d'un client ou d'une direction tyranniques, a tout de même une responsabilité en la matière, ne serait-ce que d'alerter les commanditaires sur le coût en ressources de leurs demandes importunes (et pourquoi j'aurais pas 13 vidéos en page d'accueil d'abord, en plus de mon carrousel de 2800 images ?).

Effectivement, comme me le rappelle la souris à lunettes d'un air navré, les Souris Vertes n'échappent pas à la tendance prolifératoire infernale, et contribuent à leur manière à la surenchère de contenu-personnel-à-propos-de qui caractérise notre douce époque. Ce qui ne nous empêchera pas de suggérer timidement que la diminution de l'impact écologique du net passe tout d'abord par un effort collectif pour arrêter d'y fourrer tout et n'importe quoi, et sous n'importe quelle forme numérique.

Dans cet esprit l'auteur-moi-même de cet article s'engage solennellement :
- à ne pas publier la photo de son chien, ni celle de souris même très mignonnes, la composition de son repas du midi ou sa marque de dentifrice préférée, bien que ces informations intéressent au premier chef l'ensemble des Français, et sans doute également le reste du monde.
- à dépublier ce blog de l'internet mondial lorsque son esprit et l'essentiel de son contenu aura largement été récupéré ou intégré par la société, autant dire vers 2100 si on suit les courbes de prévision des groupes d'experts sur le climat ou de suivi de la biodiversité.
- à maintenir l'empreinte écologique la plus basse possible pour ce blog, ainsi que pour toute autre réalisation informatique personnelle ou professionnelle qui serait amenée à être publiée sur l'internet mondial.

Et c'est justement ce dernier point que nous allons développer pour l'ultime article de notre fracassant dossier, pour permettre à tous les développeurs du monde, non pas de se donner la main, mais bien de concevoir des sites webs écologiques qui lavent encore plus vert que vert. On se lance dès qu'on a franchi notre petit haïku de mise en condition :

"Placardée sur la porte d'entrée
La photo
Du chat qui n'est jamais revenu"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Pas trop de multi dans le media

On commence sans tarder par le poste de dépense le plus important qui est, sans surprise pour nos lecteurs les plus fidèles, le contenu multimédia des sites web, celui-là même qui fait du mal à toutes les connections réseaux du monde. Lorsque l'internet a démarré, vu les vitesses de transfert et la bande passante abyssales que l'on rencontrait, l'essentiel d'un site web était constitué d'une page de texte, avec quelques liens et, si vraiment on était riche, agrémenté d'une ou deux images de faible taille. S'il nous est difficile de regretter l'austérité de présentation de cette époque antédiluvienne, force est de constater que nous avons foncé à corps perdu dans le contenu multimédia de tout poil pour en inonder nos sites toujours plus à la page (sans jeu de mots intentionnel), où il est parfois bien difficile de déceler un propos quelconque sous l'avalanche d'images, vidéos, sons et autres animations clignotantes. Le texte, lui, est passé à la portion congrue avec de moins en moins de rédaction, des commentaires ou explications toujours plus brefs, bref un rejeu grandeur nature de la guerre qui opposa la télévision à la presse écrite, avec à peu près les mêmes techniques qui triomphent.
 
Même si aux Souris Vertes, nous aimons le verbe, l'écrit, le haïku et tout ce que vous voudrez d'autre de la même famille, c'est surtout pour une raison écologique que nous soutenons qu'il faut changer de cap d'urgence. Comme nous l'avions montré dans notre excellent dossier sur les grandeurs numériques et l'un de nos tous premiers articles sur le stockage, la vidéo est incommensurablement plus consommatrice que l'image qui est incommensurablement plus consommatrice que le texte simple. Tout ce que vous écrirez sur les réseaux dans l'ensemble de votre vie ne suffira pas à produire autant de signes qu'une vidéo de quelques minutes postée sur internet, si si. En ce sens, le réseau social des petits oiseaux, Touiteur, qui limite la taille des commentaires mais incite les gens à laisser un tas de contributions multimédias, est l'antithèse absolue de l'écologie numérique. Il est d'ailleurs bien évident que cette limitation n'a pas été prise dans un souci écologique, mais plutôt pour assurer une dynamique instantanée à la discussion où les réponses fusent à la vitesse du pouce sur le téléphone portable. Hum, bon, ça n'est pas vraiment notre tasse de thé, mais comme ça n'a rien à voir avec notre sujet du jour, on revient bien vite à nos moutons qui bèlent en HTTP dans le texte.

Conséquence logique de toute ce qui précède, la première mission du Programmeur Web Responsable équipé d'une magnifique casquette avec des oreilles de souris vertes est de s'assurer qu'il n'y a pas trop de contenu multimédia dans son site web, notamment :
- qu'il n'y a pas de vidéos en streaming, dont nous rappelons au passage qu'il incarne le Mal Absolu en matière de consommation de ressources réseaux
- qu'il y a peu d'images, et qu'elles sont de dimensions modestes et aussi compressées que possible

Soulignons au passage l'hypocrisie ambiante qui consiste à minifier le moindre bout de javascript pour gagner une poignée d'octets, et ainsi se féliciter d'avoir économisé de la bande passante, pour ensuite abreuver nos pages web de photos grands formats et de vidéos.

Cela dit, une fois rendu à un serrage de ceinture multimédia bien senti, une bonne idée pour aller plus loin est de substituer dès que possible des icônes sous forme d'images par des caractères unicode qui représentent peu ou prou la même chose, mais n'induisent aucune consommation de bande passante particulière : on pourra ainsi trouver des caractères qui représentent des coeurs, des téléphones, des enveloppes, ou encore toutes sortes de flèches comme on pourra le voir ici, le choix est pléthorique en la matière. Dans la même veine, on essaiera de s'appuyer au maximum sur les possibilités intrinsèques de mise en page des navigateurs, à travers les directives CSS, pour éviter d'avoir à servir des bandeaux de couleur dégradée ou autre sous forme d'image.

Et surtout, il serait bien temps d'apprendre à mettre en valeur le texte sans avoir besoin d'un recours systématique à de la paillette multimédia dispendieuse. Il y a certainement tout un champ de recherche d'une ergonomie parcimonieuse du web à développer, que nous ne pouvons qu'inciter nos formidables lecteurs à créer et enrichir.


Le souci du dialogue


Il n'aura pas échappé à nos lecteurs judicieux que l'internet est le règne du connecté à toutes les sauces : et que tu me parles, et que je te réponds, et qu'on invite un troisième dans la discussion, etc. Ceci est vrai autant pour les humains que pour les machines, et, disons-le sans ambage, les machines sont encore bien plus bavardes que les humains, sans doute parce qu'elles sont capables d'aligner quelques millions de phrases dans le même temps que l'utilisateur amène son doigt jusqu'à la bonne touche du clavier.

Il est donc important de contrôler comment les machines communiquent entre elles, histoire qu'elles n'aillent pas gaspiller de l'octet à la tonne simplement parce que nous sommes trop lents pour suivre les échanges entre elles. Nous avons déjà vu un bel exemple de communication à réduire entre l'application et sa base de données. Ceci concernait plutôt le côté serveur web, mais c'est encore plus vrai si vous faites directement vos appels à la base de données à travers des APIs. On limitera donc au maximum des appels du client au serveur, du client à d'autres serveurs, et du serveur web lui-même à ses petits copains. Bien entendu, il ne s'agit pas de supprimer tous les échanges, simplement d'essayer de les mutualiser ou de les éviter dès que c'est possible.

Et s'il faut causer, autant que ça soit de manière la plus succinte possible, tout le contraire d'un article des Souris Vertes en gros, afin de limiter la bande passante réseau et les traitements de part et d'autre liés à la communication. Heureusement pour nous, la mode des années 2000 du XML partout, un des langages les plus verbeux de la terre, a succédé au standard d'échange JSON entre les applications, nettement plus léger.  On proscrira donc d'urgence tout ce qui est à base de XML ; alors oui, manque de chance, le code des pages web reste en HTML ultra redondant, mais en même temps on en transfère directement de moins en moins dans les pages de nos jours, pour préférer souvent le reconstruire à l'aide de code javascript.

Dernière chose, la tendance actuelle est de mettre des connexions sécurisées dès que possible (le fameux protocole HTTPS). Cette méthode de chiffrement est très importante lorsqu'il s'agit d'empêcher la lecture de mots de passe ou d'informations confidentielles qui transiteraient entre le navigateur de l'utilisateur inconscient du danger et le serveur web. Cependant, tout ceci s'avère relativement coûteux sur les canaux de communication, car le chiffrement augmente de manière non négligeable la quantité de données échangée, et demande un travail du processeur pour le produire à un bout comme pour le décrypter de l'autre. L'idéal serait donc que tous les sites ne passent en https que les pages vraiment confidentielles, comme l'endroit où vous tapez votre de carte bleue ou bien celle où vous révélez que vous présidez secrètement le fan-club local de Chantal Goya.


C'est le client qui paie


Et c'est bien la moindre des choses, non ? Notre dernier conseil est de faire travailler autant que possible la machine appelante, le client donc, à tous les sens du terme, et non le serveur lui-même. Pourquoi donc ? Tout d'abord, pour une question de justice sociale : c'est lui qui demande sa page peut-être super dispendieuse, il est normal qu'il en assume le coût informatique sous forme de consommation d'électricité, de chaleur et de cycles CPU.

D'autre part, en général seule une proportion minusculissime des ressources d'un ordinateur personnel sont mobilisées quotidiennement. Il serait donc dommage de s'obliger à construire des serveurs géants refroidis à l'azote liquide au lieu d'utiliser toute cette capacité de traitement disponible.  Enfin, de cette manière, vous êtes en mesure de servir nettement plus d'utilisateurs avec une consommation de ressources minimale de votre serveur. Si, au contraire, c'est le serveur qui pédale à chaque nouvelle requête pour construire une page super compliquée, si tout le monde s'avise de venir vous voir en même temps vous aurez du mal à assurer le service sans faire poireauter outrageusement le badaud.

De plus, tout déporter du côté du client va nous permettre d'éviter des ping-pong incessants entre client et serveur ; si on s'y prend bien, on peut envoyer toutes les informations nécessaires pour que la plupart des actions se réalisent dans le navigateur du client, sans aucun retour côté serveur. Malin, non ? En particulier, on prendra garde à ne recharger que les parties de page qui ont vraiment changé, afin de ne pas transférer inutilement le même contenu de requête en requête, et comme toujours à mutualiser les appels au(x) serveur(s) autant que possible. Donc, on garde comme horizon : les traitements se font du côté du client, le serveur ne faisant en général que servir le contenu à afficher, une seule fois de préférence, et les données contenues dans la page qui sont éventuellement rafraîchies en fonction des actions de l'utilisateur.

Il y a également une petite opération qui va nous permettre de libérer de la bande passante, c'est de compresser les fichiers texte envoyés (HTML, CSS, javascript). La plupart des serveurs web gèrent nativement le fait d'envoyer sous format gzip ces fichiers, et les navigateurs sont capables de les décompresser à la demande. Le serveur comme le client travailleront un tout petit peu plus à compresser d'un côté, décompresser de l'autre, mais le gain de compression est tellement énorme sur ce type de fichiers, particulièrement sur le HTML ultra redondant, que l'on aurait tort de s'en priver. A côté de cette mesure, la minification des fichiers javascript, qui supprime les espaces et autres symboles inutiles pour la syntaxe, fait figure de gagne-petit. On pourra toujours l'appliquer, ça ne coûte rien, mais il n'est même pas certain que le gain final sur un fichier compressé soit même visible à l'oeil nu.

Dernier point, une souris à ma droite me demande avec angoisse s'il vaut mieux faire le maximum possible en CSS, ou bien si on peut s'autoriser à faire du javascript même pour de l'affichage ou des petits composants qui existent nativement en HTML ? Eh bien, très honnêtement, je dois dire que j'aurais du mal à trancher pour l'une ou l'autre solution. En théorie, programmer uniquement en CSS devrait nous permettre d'être bien plus succinct que s'il faut coder en javascript, mais tout programmeur web sait que le CSS lui-même peut vite devenir aussi bavard que votre grand-père rappelant ses souvenirs de jeunesse au coin du feu les soirées d'hiver,  et comme la majorité des navigateurs interprètent aujourd'hui le javascript à la vitesse de l'éclair, il sera difficile d'affirmer que c'est moins efficace de recoder une fonction que d'utiliser une instruction native équivalente. Bref, à chacun de faire comme il le sent.


.Conclusion { title-text: "au revoir, petit dossier" };

Hum bon, ce titre n'est pas parfait niveau syntaxe, mais je n'ai pas le droit de mettre du faux HTML comme j'aurais souhaité le faire sans mettre le bazar dans l'affichage du blog, aussi vous excuserez la licence poétique .

Il est temps pour nous de dire au revoir à notre magnifique dossier au terme duquel tous nos lecteurs-programmeurs sont en mesure de sauver les espèces menacées chaque jour à grand coup de traitements informatisés efficaces. Au-delà des conseils généreusement dispensés, qui valent ce qu'ils valent comme on dit dans la cour de récré, c'est surtout la démarche proposée qui est importante : se poser, enfin, la question des ressources informatiques allouées pour faire tourner une application, web ou autre. Il restera à mettre lesdites ressources en regard de l'utilité sociale réelle et des bienfaits qu'elles procurent, mais ceci dépasse le cadre de la chaise en face du clavier pour déborder joyeusement dans l'arène de la décision politique collective.

En attendant de voir ces sujets polémiques à la une des journaux, on salue bien bas toutes les souris vertes qui ont participé au dossier, et on trépigne d'impatience de voir ce qu'elles vont encore pouvoir nous apprendre sur cet univers numérique qui regorge de surprises écologiques à tous les coins de rue !

>Voir le billet et ses commentaires...
 

La Programmation Responsable (2) : de ricaner en cours d'algorithmique tu arrêteras
Date 04/11/2017
Ico Dossier
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"Devrait-on rire ou pleurer

Quand ma belle-de-jour

Se fane ?"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


On entame aujourd'hui notre belle croisière dans les eaux de la programmation estampillée souris verte, et sans se prélasser sous les cocotiers, on franchit tout de suite le Cap Horn en bravant la tempête, et en attaquant de front et par vent de face le sujet le plus austère de tout le dossier, j'ai nommé l'Algorithmique. Rien qu'à lire ce mot, je vous vois plisser des yeux, mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? C'est bien simple, sa seule mention fera sortir aussitôt de la salle tout étudiant en informatique qui n'est pas assoupi, ainsi sans doute que des hordes entières de lycéens qui sont désormais sommées de se farcir une version édulcorée de cette matière peu réjouissante.


Car oui, bien qu'on nous rebatte les oreilles à longueur de journal télévisé sur les merveilles réalisées par les incroyables algorithmes qui changent le monde, il ne se trouve pas grand monde en vérité pour défendre cette science des algorithmes qui exerce le même entrain guilleret qu'une marche funèbre sous un crachin hivernal. Les algorithmes changent peut-être le monde (inutile de me mordiller l'orteil, chère souris sous le bureau, nous remettrons la discussion de ce point à un autre article percutant, pour aujourd'hui on tient notre cap), mais c'est avant tout en distillant un ennui profond à notre jeunesse désabusée. Et alors ? L'informatique n'est-elle pas censée être ludique ? Où sont les couleurs qui clignotent, les rires qui fusent, les images qui percutent ?


Eh bien non, c'est malheureux, vraiment, mais l'algorithmique appartient à la face cachée théorique de l'informatique, avec par exemple la logique qui est une autre matière qui fait bien mal au slip, pour le dire poliment, mais qu'on passera sous silence pour ne pas achever de terroriser nos lecteurs. Donc, effectivement, on ne s'amuse pas autant en cours d'algorithmique qu'à programmer Lance Ton Pingouin sur son téléphone mobile, et pourtant c'est un prérequis fondamental à tout programmeur digne de ce nom, c'est-à-dire tout programmeur qui souhaite maîtriser la Programmation ResponsableTM et sauver la planète tous les jours devant son clavier.


Allez, on plonge tout nu dans le grand bain glacé, puisque c'est pour notre bien et celui de l'humanité. Snif.



Avoir le sens du algorithme


Mouais, les souris, on nous enjoint d'aller en cours (un scandale !), mais encore faudrait-il nous dire ce qu'on est censé y apprendre, vu que le prof a l'air de débarquer directement de l'espace et de parler dans un patois martien que même les petits hommes verts (tiens, tiens, nos copains de l'autre bout du système solaire seraient-ils des écologistes convaincus ?) doivent avoir du mal à suivre. On y vient, justement. L'algorithmique est la science des algorithmes. Donc on y apprend des algorithmes. Et voilà ! Bon, ne partez pas, on va essayer d'en dire un peu plus quand même.


Tout d'abord, qu'est-ce qu'un algorithme ? Bigre, la souris verte à lunettes a levé le doigt avant même que je n'aie commencé à formuler ma question. Quelle fayote celle-là, vraiment. Allez, on lui laisse la parole : "un algorithme est une séquence ordonnée d'instructions dans un langage compréhensible par un humain, ou une souris". Pas mal, même si on aura du mal à garantir que TOUS les humains (ou toutes les souris aussi d'ailleurs) seront capables de le lire, puisqu'il faut tout de même maîtriser un minimum le vocabulaire utilisé pour décrire les instructions, qui peut être assez spécialisé.


En tout cas il y a quelques caractéristiques de notre algorithme qu'il faut souligner :

- il doit être sans ambiguité, donc si deux personnes le mettent en oeuvre, le résultat doit être rigoureusement le même.

- les instructions sont bien des notions élémentaires manipulables par un être humain, pas par une machine, donc il y a un certain niveau d'abstraction par rapport à la programmation, pas question de sombre manipulation d'octet ou d'adressage mémoire ici.


A vrai dire, que vous soyez chamois d'or de la programmation acrobatique ou simple citoyen, vous avez déjà eu maille à partir avec pas mal d'algorithmes dans votre vie, et tel monsieur Jourdain qui fait de la prose sans s'en rendre compte, vous mettez en oeuvre des algorithmes quasi quotidiennement, en ignorant simplement de le savoir. Suivre une recette de cuisine, participer à un exercice incendie, même conduire en respectant le code de la route, tout cela peut plus ou moins être associé à la mise en oeuvre d'algorithmes dans des domaines divers. Pour rester dans un domaine un poil plus scientifique, l'addition posée que vous avez apprise à coup de baguette sur les doigts dans votre enfance est un bel exemple d'algorithme mathématique. Si vous appliquez à la lettre les instructions, vous réalisez votre opération sans faillir, que vos nombres aient 2 chiffres ou bien 300.


On voit tout de suite une des raisons de la désaffection pour la matière pointer son nez : l'application d'un algorithme est totalement mécanique, et on ne pourra pas se féliciter de bien d'autre chose que d'être un gentil petit robot si on le met en oeuvre avec brio. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on cherche à déléguer un maximum de ce travail fastidieux à nos amis les ordinateurs. Bien que la répétition de certaines tâches ait une vertu pédagogique indéniable, et soit partie intégrante de l'apprentissage, il est clair que si l'on reste strictement cantonné à l'exécution d'algorithmes, on va vite sombrer dans une déprime et une apathie généralisées. Non, l'intérêt de l'algorithmique est de concevoir des algorithmes, ce qui est une autre paire de manches et nous fait tout de suite basculer du côté de l'intuition et de la créativité les plus débridées.


Et à vrai dire, même si tu te cures le nez en affichant un air de profond ennui devant nos propos, cher lecteur-programmeur, de l'algorithmique tu en fais, en fis et en feras que tu le veuilles ou non. Car qu'est-ce que c'est finalement que d'écrire un programme informatique, sinon enchaîner une série d'algorithmes qui résolvent chacun à leur manière un petit problème isolé ? Je dois isoler une valeur au milieu d'un gros tas de données ? Je dois traiter une information en provenance d'un utilisateur ? Je dois calculer comment afficher correctement un texte à l'écran ? Que des algorithmes, tout cela. Les seules questions qui se posent sont : est-ce que j'écris mes propres algorithmes, ou est-ce que j'utilise ceux des autres ? Est-ce que je maîtrise leur impact en terme de temps de calcul et de ressources machine utilisées ?



Ne soyons pas trop décomplexés


Avec toutes ces belles considérations, on n'a pas encore vraiment dit ce que l'on apprenait concrètement dans notre cours de gymnastique algorythmique  (sans les collants ridicules, vous voyez qu'il y a du bon dans cette matière tout de même). En général, on étudie des classes d'algorithmes existants de plus en plus complexes, et si tout va bien on apprend comment concevoir les nôtres. On commence par exemple par trier des tableaux dans tous les sens (une grande joie du programmeur débutant, l'équivalent du rite initiatique dans les sociétés traditionnelles), et quand on devient Jedi on peut étudier les algorithmes super monstrueux utilisés par GoogleBook pour coloniser l'internet mondialisé.


Mais surtout, surtout, surtout, on apprend à évaluer les performances d'un algorithme, et c'est bien ce à quoi nous voulions en venir, la compétence clé du Programmeur Responsable qui a son petit badge couleur éméraude. Ce que nous enseigne l'agorithmique, c'est que toute méthode doit être évaluée non par le temps qu'elle prend (qui dépend de conditions locales d'exécution qui peuvent varier), le nombre de litres de pétrole qu'elle consomme ou son signe zodiacal, mais par sa complexité, qui est un ordre de grandeur du nombre d'instructions réalisées en fonction de la taille des entrées de ladite méthode. Et oui, les souris, je sais bien que c'est formulé de façon aussi claire que le fond du ruisseau saturé de boues d'épandage qui court à côté de notre jardin. On va tâcher de prendre un exemple pour éviter de se fouler le néo-cortex.


Attention, cependant, rien à voir avec la soi-disant complexité du monde réel qu'on invoque à toutes les sauces pour nous demander poliment de passer notre chemin et nous signifier de laisser penser les éditorialistes parisiens à notre place, ici il s'agit d'une théorie tout ce qu'il y a de plus sérieux et et scientifique. La complexité ne désigne pas les profondeurs insondables d'une pensée qui nous échappe, pauvres mortels débiles que nous sommes, mais la complexité en nombre d'étapes de calculer un résultat pour une machine qui ne dispose que d'opérations élémentaires pour le mener à bien.


Avant d'aller plus loin, je sens qu'il est urgent d'opérer une petite pause contemplative salutaire, méditons donc un instant sur un petit haïku : 

"Si difficile

De dire ce que voit

Cette souris tournée vers moi"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Notre vraiment super exemple


Ouf. Puisque nous voici à nouveau frais, dispos, et prêts à en découdre avec les concepts les plus tarabiscotés, revenons à nos moutons virtuels et à notre fameuse complexité, et prenons un exemple issu de la Vraie Vie, comme on dit dans les salons. Donnons nous par exemple la tâche bien utile de dénombrer les feuilles d'un arbre. Pours nos lecteurs qui passent trop de temps devant un écran à coder et ne savent pas ce qu'est un arbre, nous les enjoignons à sortir prendre un peu l'air jusqu'à apercevoir un grand truc marron en bas, et vert au dessus qui semble pousser dans le sol, ou à tout le moins à se renseigner sur internet.


Bon, comptons donc. Ca paraît bête, comme cela, mais déjà trouver une méthode qui permette de le faire sans se tromper n'est pas si aisé, vu que vous avez pu remarquer qu'un arbre n'a pas forcément une structure bien régulière, qu'il y a des feuilles dans tous les sens, et en plus s'il y a du vent au secours. Si l'on suppose que l'on a quand même accès à toutes les feuilles, quitte à se munir d'une échelle bien costaude, il va falloir se débrouiller pour ne pas perdre le fil et ne pas compter les mêmes feuilles plusieurs fois.


Une bonne idée pour ce faire nous est donnée par le professeur Souriso lui-même, qui adore ce genre d'expérience : on compte une feuille, puis on fait une petite marque (discrète et qui partira à l'eau de pluie, hein, on n'est pas des sauvages) pour ne pas la compter à nouveau. On continue à énumérer les feuilles de l'arbre jusqu'à ce que toutes les feuilles soient marquées, et zou, on a notre total.


C'est formidable, mais il ne vous aura pas échappé que ceci risque de prendre un certain temps, voire un temps certain, et de vous faire mourir d'épuisement avant d'arriver même à la moitié du quart du dixième de votre tâche. Peut-on optimiser un peu notre algorithme, avant d'y passer notre vie ? Cest là que le Programmeur Lambda, celui qui n'a pas suivi de cours d'algorithmique ou y a trop roupillé pour en avoir retiré quelque chose d'utile, va se tourner vers la solution standard de l'informatique en panique : on offre une paire de lunettes à la personne qui fait le décompte, ou bien on lui donne une échelle plus longue, ou même une paire de jumelles si on ne compte pas à la dépense. Bref, on augmente le matériel. Pour un vrai programme informatique on mettra plus de mémoire, un plus gros disque, du SSD, etc. Super, mais vous voyez qu'au lieu d'y passer 107 ans, notre fidèle collaborateur en passera 105 ou 106, bref c'est bien gentil de votre part mais ça ne résout strictement rien.


Qu'à cela ne tienne, on va sortir les grands moyens et paralléliser les calculs, on va mettre non pas une, mais deux personnes qui comptent. Et bim ! C'est aussi une très belle promesse, mais il faut compter que les deux personnes vont se marcher un peu sur les pieds, donc on n'ira pas strictement deux fois plus vite. Mais même comme ça, on mettra 50 ans environ, c'est mieux mais pas franchement jouable quand vos crédits de recherches sont alloués sur 10 mois. Et même en mettant 10 personnes en même temps, bof bof, vous restez toujours avec le même ordre de grandeur, donc si c'était franchement impossible ça deviendra juste-un-peu-moins-impossible mais toujours pas raisonnablement réalisable. Donc ici encore, la fameuse méthode de la parallélisation, si souvent dégainée pour se sortir d'une ornière informatique, outre qu'elle demande un doigté particulier dans la manière de programmer sans se prendre des problèmes de processus concurrents à tous les étages, ne fera jamais gagner significativement en performance.


Deux solutions s'offrent alors à nous : soit on renonce à notre projet, en le repoussant à une époque où la technologie viendra nous aider à le résoudre en un temps raisonnable (avec un ordinateur quantique, pourquoi pas ? On peut toujours rêver), soit on sort une feuille blanche, sa plus belle plume et on change d'algorithme pour réduire sa complexité.


Ici, une suggestion tout à fait passionnante d'une souris débrouillarde nous permet de nous sortir d'affaire : on simplifie le problème, en fait on ne veut pas vraiment le nombre exact de feuilles dans notre arbre, une bonne estimation nous suffira. Nous allons donc estimer le nombre de feuilles sur une branche, et simplement compter le nombre de branches au lieu du nombre de feuilles. Et il y en a beaucoup beaucoup moins, c'est l'affaire d'une heure tout au plus. Et voilà comment un travail qui aurait pu nous prendre jusqu'à l'extinction du soleil est terminé en une petite après-midi de travail, sieste incluse.


Dans notre petit exemple, nous sommes passé d'une complexité qui était proportionnelle au nombre de feuilles dans l'arbre, à une complexité proportionnelle au nombre de branches dans l'arbre. Alors ici c'était facile, mais il n'est pas toujours facile de calculer la complexité d'un algorithme, et encore moins de la faire baisser ; surtout quand ledit algorithme avance masqué dans plusieurs milliers de lignes de code qui semblent parler d'autre chose que de ce que vous raconte le prof martien.


Mais une valeur sûre pour repérer de la complexité sauvage et déchaînée est de repérer de multiples structures de boucles imbriquées dans un programme. Pour chaque niveau de boucle, hop, un ordre de grandeur supplémentaire. Et se souvenir aussi que le meilleur endroit pour améliorer les performances est TOUJOURS au milieu du code et de la logique qu'il déroule, et non dans les solutions de facilité de toujours plus de matériel, ou encore de programmes tiers censés booster les performances, comme des systèmes de cache tout-terrain qui ne savent pas sur quoi ils travaillent, et n'amélioreront donc jamais la complexité intrinsèque d'une méthode.



Savoir s'abstenir de ne pas faire


S'il y a une chose que nous enseigne l'algorithmique et qui doit nous marquer à vie, c'est que ce n'est pas parce que l'on sait écrire un programme qui résout une certaine tâche que l'on est capable de le mettre en oeuvre. Je peux écrire un programme qui sait calculer la factorielle d'un nombre à 130 chiffres, qui fera les mêmes trois lignes que pour la factorielle de 5, mais il n'a aucune chance d'aller jusqu'au bout, vu qu'il lui faudra réaliser plus d'opérations qu'il n'y a d'atomes dans l'univers.


Aussi, si on me demande d'écrire un tel programme, je me dois de refuser car ce serait un gaspillage de ressources éhonté pour un résultat qui n'a aucune chance d'aboutir. Et toi aussi, ami programmeur, refuse de mettre en oeuvre des méthodes à la complexité trop élevée : soit tu trouves une meilleure façon de procéder, soit on dit au client, tant pis, il n'a qu'à se trouver des besoins plus modestes auxquels l'informatique saura répondre sans y sacrifier l'énergie d'une supernova.


Précisons tout de même que toutes ces considérations ne s'appliquent que lorsque l'on traite un volume conséquent de données ; en fonction du type de traitement que l'on cherche à faire, on commencera à se poser de sérieuses questions de complexité au-delà de 1000 à 10000 entrées à gérer d'un coup. En deçà, on peut bien se permettre de privilégier une programmation simple, naturelle et sans nécessité de stockage massif de boîtes d'aspirine sous le bureau.


Et dans le cas où il nous faut optimiser les performances d'une application, on procèdera toujours dans l'ordre d'efficacité croissant, en appuyant d'abord là où ça peut faire le plus de différence :

1 - on étudie complexité générale du ou des algorithmes sous-jacents, et on essaie d'améliorer cela. Plus facile à dire qu'à faire, n'est-ce pas.

2 - on applique les formidables conseils qui vont suivre dans ce dossier, et on optimise donc en particulier les appels aux bases de données, aux disques, etc.

3 - on utilise un système de cache ou des outils d'optimisation de code écrits par d'autres. Si on est en rendus là, c'est que soit on est désespéré, soit on a déjà atteint un niveau d'optimisation tellement énorme qu'on ne peut plus rien faire simplement au niveau du code.

4 - on rajoute des ressources matérielles, et, si on le peut, on parallélise les étapes qui prennent le plus de temps. Ca c'est la solution qui apporte le moins de gain pour le plus de ressources consommées, autant dire qu'on ne la dégainera qu'à bon escient.



Une lueur d'espoir au fond du tunnel


Bon, disons le tout net, il est bien difficile de comprendre quel algorithme vous mettez en oeuvre quand vous programmez au quotidien, même si vous faites à votre insu des parcours d'arbres ou de graphes, des tris de tableaux, etc. Autrement dit, à moins que vous n'ayez une application très spécialisée qui fait du calcul intensif De Maboul, par exemple une méthode d'apprentissage sur un grand nombre de données, vous aurez peu de chances d'arriver à utiliser directement les notions algorithmiques chèrement  apprises. Il n'en reste pas moins qu'elles sont essentielles pour donner des points de repère, et surtout pour vous faire sentir à quel point la méthode de programmer tout ce qui vous vient à l'esprit sans jamais analyser le nombre d'opérations en jeu est délétère, et à l'origine d'une part non négligeable de ces superbes applications Programmées Avec Les Pieds (TM) qui font tant ramer nos belles puces de silicium.

Mais, pour être tout à fait honnête, vous vous en sortirez très bien sans un doctorat en algorithmique si vous mettez en oeuvre les petites astuces et mises en garde qui vont suivre dans cet épatant dossier. Alors surtout ne ratez pas la suite !

D'ici là, nous avons tous gagné le droit à une bonne promenade automnale sous les feuilles d'arbre qui tombent (non non, vous n'êtes pas obligé de les compter). Youpi !









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