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Le Petit Geste Du Jour : j'écris un haïku pour me détendre
Date 06/05/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Tiens, aujourd'hui pour changer, on ne parlera pas de numérique, de réseaux, de gros câbles, ni d'antenne Oui-fils. Et pour couronner le tout on ne commence même pas par un haïku ! Tout ceci pour une bonne raison, puisque l'on se propose présentement de faire un Petit Geste en forme d'atelier d'écriture.


Aux Souris Vertes, de manière générale, on encourage les gens à faire-le-soi-même, alors on ne va pas se cantonner aux domaines habituels de la réparation informatique d'urgence ou de l'utilisation experte d'applications de tout poil, et on va vous lancer dans le grand bain en vous proposant d'écrire vous-même votre petit haïku du jour. Qui sait, peut-être même va-t-on bientôt demander à nos lecteurs d'illustrer les articles par leurs propres dessins, ce qui ne serait pas du luxe vu la flemme que votre serviteur entretient pour tailler ses crayons de couleur en ce moment, voire d'écrire eux-mêmes les articles ! Bon, pour le moment on va se calmer et en rester bien gentiment au haïku.


Oui, pourquoi toujours déléguer ce petit instant de fraîcheur à une ou deux souris volontaires, quand vous pouvez-vous aussi apporter votre petite touche personnelle de description du monde ? Alors la marche à suivre pour ce faire est d'une simplicité extrême :

- se munir d'un papier et d'un stylo

- écrire trois vers qui ne riment même pas

Et voilà ! En vérité en japonais il s'agit d'un seul vers en 3 parties à la métrique parfaitement codifiée, mais vu que le passage en français entraîne toujours débordement et absence totale de règle dans les sonorités et le rythme des phrases, on peut y aller gaiement et à pieds joints.


Enfin, je dis ça, mais j'espère que la Ligue de Protection du Haïku ne va pas nous tomber sur le dos, car nous n'avons suivi aucun cursus universitaire en la matière et nous contentons de relayer les quelques conclusions que nous avons pu tirer de nos lectures au coin du feu.


Voilà donc un petit geste diablement simple et qui ne coûte pas un roupie. Et soyez assuré qu'il est tout aussi salutaire que ceux que nous égrainons patiemment au fil de nos articles : non seulement, pendant que vous écrivez votre petit haïku, vous n'êtes pas en train de consommer de l'octet au quintal ou de faire toute autre activité qui a pour corollaire distant la déforestation de l'Amazonie et l'extinction des espèces marines, mais en plus cette petite gymnastique a un effet bénéfique immédiat de détente et de bien-être. Et l'on sait bien que le stress et la vie dans la course permanente constituent le carburant idéal pour consommer puis jeter toujours plus.


Cerise délicatement posée en équilibre sur le gâteau, vous vous rendrez rapidement compte qu'avant d'écrire, il va vous falloir vous arrêter pour observer : de par sa brièveté, le haïku nous invite à condenser une expérience intime et subtile ; qu'il s'agisse de décrire quelque chose que l'on voit, entend, ou ressent, il va falloir un petit travail d'introspection et d'écoute de soi et du monde pour réussir à mettre des mots là où il n'y avait rien que du perçu.


Bref, c'est pour nous une très bonne école d'éducation à l'environnement et à l'écoute du monde vivant comme de la société. Rien que ça.


Nous terminons en lançant un appel vibrant à nos fidèles lecteurs pour que notre formidable webmaster n'ait pas travaillé sur sa belle fonctionnalité de commentaires pour des prunes, alors venez contribuer sans retenue de votre petit poème ! Une fois de plus, les Souris Vertes donnent l'exemple en essayant de vous faire partager un de nos grands ravissements, à savoir le fait de regarder le ciel de sous un tilleul. Oui oui, cela fonctionne même sous les pauvres arbres qui bordent les avenues et qui sont régulièrement martyrisés par les services municipaux des espaces verts.


On y va pour notre Petit Geste :

"Sous le tilleul

Je lève les yeux

Eclat de lumière verte"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)








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Les souris vertes ont lu pour vous : la convivialité d'Ivan Illich
Date 25/03/2017
Ico Club de lecture
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"A la porte de l’auberge

Une carte de visite pour t’annoncer,

Coucou"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


Décidément, il faut croire que les souris vertes passent leur temps enfermées à lire plutôt que d'aller observer l'arrivée du printemps et écouter les petits oiseaux chanter gaiement. Mais le livre que nous recensons aujourd'hui est tout petit, minuscule, le genre d'objet qui se lit vite mais qui se médite longtemps.


Une fois de plus, et sans surprise pour nos fidèles lecteurs, nous prenons notre propre ligne éditoriale à contrepied pour recenser un livre qui ne parle ni d'écologie, ni de numérique. Il faut dire que La convivialité, d'Ivan Illich, est paru en 1973, dans un monde arriéré qui ne connaissait ni FesseBouc ni la magie du téléphone portable. Pour autant, les ravages de l'environnement étaient déjà bien connus pour l'essentiel, il est même vertigineux de voir à quel point on a tenu le cap sans férir alors que tous les constats qui remplissent aujourd'hui nos journaux et les vibrants discours de campagne avaient déjà été faits il y a 40 ans. Illich ne se prive pas de les dénoncer au passage, mais ce n'est pas là l'essentiel de son propos.


Dans ce cas, pourquoi donc faudrait-il se lancer dans une lecture qui ne parle nullement de petites souris vertes ? Le fait que ce livre ait introduit le terme et le concept même de convivialité, furieusement à la mode dans les discours alternatifs depuis quelques années, par exemple ches les adeptes de la décroissance, ou qui résonne étrangement avec la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, constituerait déjà une raison suffisante à toute personne un tant soit peu intéressée par l'idée de construire une société écologiquement et humainement soutenable. Mais, bien plus que cela, la pensée d'llich nous paraît d'une acuité particulière pour penser le développement de la société numérique auquel nous assistons en direct et assis au premier rang.


Terminons d'assumer l'incohérence totale entre le titre, la catégorie et le contenu de cet article, en précisant qu'il s'agit moins d'une recension en bonne et due forme d'un livre, que de l'exposé de deux points saillants de la pensée d'Illich qui nous paraissent judicieusement formulés pour penser l'univers des petits écrans qui clignotent. Mais lisez La convivialité, si si ! Et tout autre livre d'Illich qui vous tombera sous la main, même si l'auteur a tendance à se répéter un peu d'ouvrage en ouvrage, aucun risque de mal tomber dans cette oeuvre puissante. Et oui, vous l'aurez compris, la rédaction des souris vertes s'est mobilisée toute entière pour lire l'intégrale totale des oeuvres complètes de l'auteur, et en est ressortie bien satisfaite. Bon, modérez vos applaudissements, car comme nous l'avons dit, chaque ouvrage est en général court et incisif, on ne peut donc pas comparer cette performance à la lecture complète d'A la recherche du temps perdu ou des 87 tomes de la première saga de science fiction venue.


Ouïe ! Une souris me mordille le mollet pour me signaler qu'il est temps de commencer. On s'était promis de faire court aujourd'hui, c'est déjà plus ou moins raté. Allez, sortons notre plus belle paire de baskets et lançons nous à grands pas dans la pensée d'Illich.



Jouer au monopoly de manière radicale


La première notion que nous souhaitons introduire est celle de monopole radical. Il ne s'agit pas du bête monopole commercial qui fait que, malgré toutes les publicités vous vantant votre liberté fondamentale de consommateur, choisir la lessive X plutôt que Y vous fera invariablement tomber chez le même fabricant qui possède toutes les marques. Non, il y a monopole radical quand une entreprise ou une institution offre un produit ou un service dont la seule existence empêche toute alternative qui serait produite de manière autonome par les personnes. Les trois exemples principaux de monopole radical que donne Illich sont l'école, qui exerce un monopole sur l'éducation et empêche donc les gens d'apprendre par eux-mêmes en dévalorisant toute connaissance qui n'a pas été acquise à travers l'institution scolaire, l'hôpital qui empêche les gens de se soigner par eux-mêmes et les rend incapables de qualifier leur propre santé, et les moyens de transport motorisés (train, avion, voiture, ..), dont la vitesse rend impossible la cohabitation avec des modes de locomotion de moindre vitesse comme la marche ou la bicyclette.


Nous voyons immédiatement que l'analyse peut se rapporter à une grande variété de situations de notre société moderne, étant donné qu'on n'a pas arrêté le progrès durant les années écoulées depuis la parution du livre. On pourrait par exemple dire que la pédiatrie exerce aujourd'hui un monopole radical sur la manière d'élever les enfants, la classe politique professionnelle sur la décision collective, ou encore que l'industrie de la production artistique empêche la créativité individuelle en assurant qu'il faut être un artiste pour créer, et que le citoyen moyen ne s'occupe surtout pas de dessiner, composer une chansonnette ou écrire un haïku dans un coin de page.


Mais, comme ne manquera pas de le faire remarquer la souris à lunettes qui a bien écouté, on peut aisément revenir au domaine qui nous occupe pour dire que le numérique possède aujourd'hui un monopole radical sur la communication et la diffusion d'information. Il suffit de voir que la non possession et/ou la non maîtrise d'un ordinateur fera de vous immédiatement un paria de la société qui ne pourra bientôt ni déclarer ses impôts, ni bénéficier de remboursements santé, ni recevoir ses factures d'électricité et tout un tas d'activités joyeuses auxquelles nous sommes tenus de participer dans notre belle société moderne. Je ne parle même pas du fait d'exercer le moindre emploi, car que vous soyez enseignant, banquier, fleuriste ou agriculteur, vous passerez un nombre non négligeable d'heures rivé à un écran pour accomplir la partie visible et valorisée de votre métier (en gros celle qui vous vaudra votre salaire, la réalité ne comptant pas franchement, mais bien seulement ce qui est rendu public à travers la machine).


Chacun pourra pourtant facilement faire l'observation que l'informatique n'est pas un gain de temps pour tout le monde et en toute circonstance, loin de là, néanmoins elle a maintenant une emprise telle qu'il n'est plus question de s'en passer, même quand manifestement il faut passer plus de temps à essayer de faire faire ce que l'on veut à la machine que n'en aurait pris la même action par téléphone ou au moyen d'un papier et d'un crayon convenablement aiguisé.


Par ailleurs, le fait d'être un ami personnel des petits octets depuis belle lurette ne me rend pas aveugle au fait que tout le monde ne partage pas ma joie de converser avec la machine, et ne me donne pas une envie irrépressible de faire que le monde entier soit contraint d'imiter ce qui est pour moi un loisir agréable. Au contraire, je dirais que je ressens d'autant la violence qui est faite aux personnes ne trouvant plus d'alternative à la consultation quotidienne d'un terminal informatique, car, il faut le dire, l'informatique est devenue bien moins rigolote depuis qu'elle a envahi la galaxie et qu'elle fait souffrir tant de gens sous son joug. Sans doute la massification de la-voiture-pour-se-déplacer a eu le même effet de dénaturer le plaisir des vrais enthousiastes de la conduite automobile, tout en empêchant toute personne désireuse de ne pas se presser de continuer tranquillement son chemin à pied comme auparavant.


Toujours dans la même veine, on peut dire que le téléphone portable est en passe de devenir un monopole radical sur la communication. Avec son avènement planétaire, il devient impensable de communiquer à une vitesse moindre que celle de la lumière, et avec moins de contenu tangible que quelques milliers d'octets de photos. La transformation n'est peut-être pas encore totalement achevée, mais gageons que si la tendance se poursuit il sera bientôt demandé au particulier de justifier systématiquement son relevé de compteur par une photo envoyée par téléphone, ou de montrer son billet de train, son bulletin de vote ou son identité par un code-barre affiché sur son appareil mobile, peut-être directement greffé sur le bras. On peut sans doute ajouter un tas d'autres idées neuves et charmantes qui ne tarderont pas à se voir réalisées et diffusées illico, mais que nous nous garderons bien d'inventer par nous même, car un certain nombre de personnes bien intentionnées ont une imagination débordante en la matière avec laquelle il serait vain de vouloir rivaliser.



Un peu de convivialité que diable


Bien, nous sommes déjà armés d'un nouveau concept bien utile, même si légérèment déprimant devant la litanie inquiétante des applications dans laquelle on peut le décliner. Mais quid de la convivialité ? Oui, quid of the conviviality comme aurait dit Illich lui même lorsqu'il écrivait dans la langue du Cheikh Spire ? Comme précédemment, ne prenons pas trop le terme au pied de la lettre pour croire qu'il s'agit de la bonne entente cordiale autour d'une partie de belote animée, près d'un feu de cheminée devant lequel s'endort le chien de la patronne qui vous sert votre pastis d'un air débonnaire. Le terme de convivialité s'applique à ce qu'Illich nomme un outil, mais qui désigne en fait toute forme de médiation entre l'homme et son milieu. Par exemple, l'école est un outil d'éducation, de même que l'automobile est un outil de locomotion ou l'hôpital un outil de soin de la personne.


On dira alors qu'un outil est convivial s'il sert l'homme et lui permet d'accroître ce qu'il est capable de faire par lui-même, alors qu'un outil est non convivial lorsqu'il se substitue à l'action de l'homme. Typiquement, la bicyclette est un outil convivial, car elle accroît la vitesse de la marche avec une dépense d'énergie et un degré d'autonomie du même ordre, alors que l'automobile, le train ou l'avion ne sont pas des modes de transport conviviaux car ils se substituent purement et simplement à l'action de déplacement de l'homme pour le transformer en un objet passif simplemement translaté d'un point à un autre. Lorsqu'un outil est non convivial, il cesse de s'adapter à l'humain pour faire que l'humain s'adapte à lui : par exemple, les gens qui n'ont pas une taille moyenne devront subir l'inconfort de ces véhicules standardisés, alors qu'ils sont capables de marcher à la même vitesse et sans plus d'effort que les autres.


Dans le même ordre d'idée, l'éponge est sans aucun doute un outil convivial qui vous aide à faire votre vaisselle bien mieux que les doigts, en revanche le lave-vaisselle est un outil complexe qui rend la ménagère simple utilisatrice, la privant de toute autonomie sur l'outil qui nécessitera un réparateur spécialisé à la moindre incartade.


On voit que la tendance à la substitution par la machine de tous les gestes élémentaires de l'homme nous fait vivre dans un environnement sans cesse moins convivial au sens où l'entend l'auteur : le tapis roulant marche pour vous, la porte s'ouvre sans votre aide, l'air est climatisé ou chauffé pour prévenir la moindre adaptation thermique de votre organisme, et même au niveau microscopique l'antibiotique à large spectre évitera le travail de votre système immunitaire qui pourra se la couler douce en sirotant un cocktail.


Bien évidemment, Illich ne dit pas que l'outil est simplement gentil ou vilain en fonction de sa nature, car son contexte d'application est également très important. Il est certain que l'utilisation d'un véhicule motorisé, bien que coûteuse en ressources naturelles, est un accroissement certain des capacités de déplacement d'une personne handicapée. En même temps, dans une société qui se déplacerait tout entière à la vitesse de la marche, le handicap ne serait pas aussi grand et pourrait tout aussi bien être comblé par l'utilisation du fauteuil roulant, ou simplement par l'aide d'une personne l'aidant à avancer.


Alors, grande interrogation qui nous taraude, être ou ne pas être convivial, telle est la question que nous appliquons immédiatement à nos outils numériques favoris. Et, il faut le dire, l'avis est partagé au sein de l'équipe des souris vertes. Car, incontestablement, les outils numériques accroissent notre capacité à faire des choses : calculer plus vite, mieux classer les connaissances, communiquer à plus grande échelle. Mais, en même temps, on ne peut pas nier que le déploiement massif de ces outils dans toutes les strates de l'activité humaine nous transforme de plus en plus en spectateur de la machine plutôt qu'en la personne qui pense et dirige son action : consommation de divertissement à la chaîne, consultation d'algorithmes ultra perfectionnés pour savoir que penser de ci ou ça, communication réflexe vidée de sens et de contenu.


Bref, cet article se conclut abruptement, sans certitude et sans slogan facile, c'est bien dommage mais on pourra sans doute se tourner vers des médias généralistes pour assouvir notre soif de pensée simpliste à calquer partout. En revanche, nous tirons une révérence gracieuse et posthume à Ivan Illich pour sa pensée stimulante qui nous invite à regarder autrement le monde qui nous entoure, numérique compris mais pas que. Et, sachez le cher lecteur, la pensée d'Illich ne se résume pas aux deux concepts fracassants exposés maladroitement par nos soins, donc n'hésitez pas à vous jeter dessus avidement. Bonne lecture !




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Le Petit Geste Du Jour : j'enlève la signature automatique des messages
Date 09/03/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Un petit geste pour la planète


"Sur les signes et le sens des mots

Promenade indifférente

D’une mouche d’hiver"


Mukai Kyorai (1651-1704)


Bon. Il était temps de proposer à nos lecteurs assoiffés d'idées novatrices un Petit Geste supplémentaire, maintenant qu'ils maîtrisent les yeux fermés la chorégraphie joyeuse des gestes précédents. Aujourd'hui, c'est un geste minuscule, de la taille d'une fourmi, voire encore plus petit, que nous allons réaliser, tout en minutie et avec doigté. Et, puisque c'est un sujet qui passionne les foules au moins autant que notre grand dossier du moment sur le secours aux ordinateurs qui ont le réveil matinal difficile, nous revenons avec plaisir sur le thème de la messagerie, qui reste décidément hanté par de bien mauvaises habitudes.


Celle vers laquelle nous portons notre regard aiguisé est la pratique désormais courante de signer ses mails de manière automatique, ce qui ne vous fera pas tomber de votre chaise si vous avez commencé par lire le titre de cet article. Mais attention ! Quand on dit signer, il ne s'agit pas du petit zigouigoui que vous ajoutez gentiment à votre post-it pour saluer dignement votre interlocuteur, mais bien de la grosse artillerie qui indique vos activités depuis la dernière glaciation, avec photos, logo et guirlande de noël à l'appui. Pourquoi se priver en effet, quand c'est la machine qui travaille à notre place à disperser tous ces octets inutiles dans le réseau ?


Il n'aura pas échappé à votre attention que vous êtes automatiquement identifiés par les serveurs de messagerie, aussi votre interlocuteur voit votre adresse ou même votre nom et tout le tralala si vous étiez déjà un contact connu. Autrement dit, la signature contenue dans votre message est redondante, vous n'avez même pas idée à quel point d'ailleurs car un courrier électronique contient deux millions d'entrées cachées dont un grand nombre justement pour vous identifier. Il nous faudra certainement ouvrir une discussion à ce sujet un jour ou l'autre, mais pour l'heure j'entends une souris qui tape à la fenêtre pour me rappeler la possibilité permanente d'ursupation d'identité qui, selon elle, justifie ces signatures à la bombe de peinture antirouille bien épaisse.


Ne paniquez pas et respirez un grand coup, mais il est tout à fait exact qu'il est relativement simple à toute personne un peu avertie ou ayant une motivation suffisante de se faire passer pour le concierge, votre grand-mère ou votre poisson rouge. Tous les trésors d'ingéniosité déployés par les architectes des serveurs de messagerie n'y changent pas grand chose, le protocole d'échange de mails a été fondé sur la confiance mutuelle entre les interlocuteurs et sans penser que quelqu'un pourrait avoir envie de mentir. C'est une belle leçon d'humanité, en même temps cela semble mettre du plomb dans l'aile à notre geste du jour. Raison de plus pour en remettre une couche côté signature, donnez votre date de naissance, votre arbre généalogique sur 5 générations et une photo de votre chat, et là aucune ambiguité n'est possible !


Malheureusement, il sera tout aussi facile de reproduire votre signature, si alambiquée soit-elle, étant donné que vos messages transitent en clair dans le réseau, il suffit d'avoir une oreille bien placée pour vous la piquer aussitôt. Je reconnais que ça n'est pas si facile que ça, mais c'est une possibilité bien réelle, donc on oublie bien vite l'argument de sécurité. Si vraiment vous souhaitez garantir l'identité de votre destinataire, la seule solution valable est d'échanger au préalable avec lui des clés de chiffrement, puis de signer respectivement vos messages de manière cryptographique, quelque chose que personne ne peut contrefaire, du pur béton armé renforcé au titane et enrobé d'acier galvanisé. Vous pouvez en profiter pour crypter aussi le contenu, et le dissimuler ainsi aux yeux des vilains pirates et de la CIA. Evidemment, cela ne fonctionne que si vous contactez d'abord tous vos amis pour ce petit échange de signe de reconnaissance numérique, ce qui n'est pas forcément pratique si vous en avez quelques dizaines de milliers rencontrés sur FesseBouc. Si la plupart des serveurs de la planète fonctionnent avec ce type de sécurité pour dialoguer entre eux, pour les particuliers il faudra sans doute attendre quelques scandales et cataclysmes médiatiques bien sentis avant qu'une frange non négligeable de la population ne se décide à adopter ces outils bien commodes. En attendant ce jour, les plus curieux peuvent aller regarder du côté de GnuPG, une petite trousse à outils de sécurité qui permet un tas de choses utiles, notamment la sécurisation des mails mais pas que.


Aaaaargh. Une fois de plus, je m'égare dans la campagne et nous voilà rendu bien loin de notre petit geste initial, autant dire qu'on n'est pas près de se bouger pour la planète à ce rythme, j'entends la forêt amazonienne qui pleure et les ours polaires qui mugissent au loin. La faute à cette satanée souris contradicteuse aussi, elle devrait bien savoir pourtant que je ne vais pas me laisser faire aussi facilement, depuis le temps. Cependant, maintenant que nous avons dissipé tout malentendu sur la possibilité improbable d'une utilité quelconque de la signature à rallonge dans les messages, nous pouvons y aller gaiement et dégager toutes ces options inutiles qui vous l'y remettent à chaque fois.


Et, par pitié, profitez en pour retirer les avertissements hypocrites sur le fait de ne pas imprimer ce message si on aime les oiseaux et les papillons, ou totalement risibles sur le fait que ce message est strictement confidentiel alors qu'il peut être lu par la terre entière aussi simplement que si vous l'aviez mis en annonce dans le journal local. Rien de plus navrant que de voir ces messages écrits en HTML, manifestement par des gens qui ont soigneusement évité de lire les articles époustouflants des Souris Vertes sur la messagerie, truffés d'images et de pièces jointes et une signature à rallonge plus longue que le propos lui même, s'essayer à vous culpabiliser par des grandes leçons d'écologie numérique. Très honnêtement, vu la consommation actuelle des datacenters pour héberger notamment les messageries inondées par ce type de pollution numérique, je ne suis pas certain que l'utilisation du bon vieux papier soit réellement plus dommageable pour l'environnement que ces pratiques de messagerie incontrôlées. Et quelle prétention de croire que le récipidiendaire n'a qu'une envie à la lecture de leur prose, celle d'aller l'imprimer immédiatement pour immortaliser ces propos renversants ! Non mais, franchement.


Alors n'allons pas trop loin, tout de même, nous n'avons jamais dit qu'il fallait supprimer toute signature à vos messages. Il est toujours de bon ton de signer ce que l'on écrit, c'est une manière de créer un lien avec votre correspondant. Nous en avons simplement après la signature automatique, celle qui vient sans s'en occuper alors que précisément l'attention à l'autre nous imposerait de signer de manière différenciée en fonction de la situation : décontractée ou simple avec les amis, plus guindée avec le service des impôts ou le chauffagiste, et avec toute la puissance du son et lumière qui en met plein la vue quand il s'agit d'affirmer votre position de prestige de personne importante avec qui on ne rigole pas, nous savons que c'est bien malheureusement nécessaire dans la plupart des contextes professionnels où, hélas, on passe son temps à rivaliser avec ses collègues pour montrer que l'on est vraiment le plus fort, bien plus encore que Musclor et Skeletor réunis.


Eh bien voilà, vous avez votre petite contribution volontaire à la préservation de la faune marine et à la lutte contre l'effet de serre toute tracée, non non, ne nous remerciez pas car vraiment tout le plaisir est pour nous. Sur ce, toute l'équipe des souris vertes saute joyeusement sur place pour vous saluer avec entrain et vous laisser aller vous reposer après ces geticulations harassantes. Et, pour achever de finir en dissonance cognitive majeure et contradiction flagrante avec nos propres propos, nous terminons en signant non pas d'une, deux, ni même trois lignes supplémentaires, mais bien d'un haïku complet :


"Soleil couchant -

Trace à peine visible

De mes pas sur le sable"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)




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