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Le Petit Geste De La Rentrée : j'arrête le streaming
Date 10/09/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Le petit geste du jour

"Boue

Qui s’écoule

S’éclaircit"


Taneda Santoka (1882-1939)


Youpi ! Les souris vertes bondissent hors de leur tannière et saluent bien bas leurs fidèles lecteurs dans un retour son et lumière fracassant. Il est temps en effet pour elles d'interrompre leur retraite pour venir nous dispenser à nouveau ces conseils si sages dont elles ont le secret, elles qui étaient reparties tranquillement vaquer à leurs occupations de petits muridés avec la conscience du devoir accompli et la certitude que le monde avait entendu leur message. Mais le monde est-il sauvé pour autant ? Les déluges d'octets inutiles se sont-ils enfin taris ? La forêt amazonienne est-elle enfin libre de se régénérer, les mines à ciel ouvert sont-elles enfin fermées face à tous ces datacenters que l'on ne construira plus, toute cette énergie que l'on ne gaspillera plus ?


Que nenni. Au contraire, pendant que nous paressions doucement au rythme des nuits d'été, les projets avancent à grands pas pour nous promettre toujours plus de réseaux déployés, 4G, 5G et tous les G qu'on voudra, nouveau système GPS européen (on ne va tout de même pas laisser les Américains avoir le dernier mot, non ? Nous aussi on peut lancer des centaines de satellites en orbite pour localiser l'entrée d'autoroute ou le salon de coiffure le plus proche), tablettes par millions dans les établissments scolaires, et sans doute beaucoup d'autres bonnes idées qui nous offrent un horizon radieux de consommation d'octets sans besoin.


Il est donc temps pour notre joyeuse équipe de ressortir le bâton de pélerin pour aller prêcher la Bonne Parole Numérique dans un monde où adultes comme enfants ne souhaient vraiment pas entendre qu'il faudrait fermer un peu le robinet numérique. Et pour la rentrée, on attaque de front un sujet qui fait bien mal à la planète malgré son apparente innocuité, j'ai nommé le Vilain Streaming.


Octet, suspends ton vol


Qu'est-ce donc que cet objet au nom barbare que nous nous proposons d'étudier aujourd'hui ? Une technique de saut à ski ? Une méthode de composition de musique électronique ? En tout cas c'est nécessairement très moderne et chic, vu qu'on n'a pas trouvé de manière de traduire cela dans notre bonne langue françoise. Si l'on s'en tient au dictionnaire, cet étrange vocable désignerait dans la langue du Cheikh Spire un flux, ou plutôt quelque chose qui coule à flots. Et c'est bien de flots, gros bouillons et vagues géantes qu'il s'agit, comme nous allons le voir présentement.


En vérité, le streaming est cette petite pratique anodine qui consiste à regarder du contenu multimédia directement à travers le réseau, dans son navigateur ou à l'aide d'une application dédiée. Il n'est pas inutile de rappeler que, bien qu'il se soit répandu comme une traînée de poudre et paraisse aujourd'hui aussi naturel que l'air qu'on respire, cet usage est excessivement récent et aurait été bien impossible à réaliser techniquement il y a plus d'une dizaine d'années. Grâce à une ingénierie toujours plus fûtée et des tuyaux informatiques toujours plus gros, nous sommes maintenant en mesure de réaliser cette prouesse les doigts dans le nez et les yeux fermés, du soir au matin, et ainsi de regarder un film ou d'écouter une musique qui se trouvent stockés à des milliers de kilomètres. Formidable !


Malheureusement, comme beaucoup de promesses numériques qui semblent fleurer bon la liberté insouciante du consommateur ravi, cette proposition apparemment charmante cache un squelette de taille conséquente dans le placard (la taille mammouth plutôt que petite souris verte, dieu merci pour elles). Pour le dire sans détour, le streaming est probablement ce que l'on a inventé dernièrement de plus intense en consommation de ressources de tout poil : réseau, stockage, temps processeur, tout y passe, et pour une fois d'ailleurs, aussi bien sur les gros serveurs mondialisés que sur votre petit ordinateur personnel. Comment est-ce donc possible ? Allez, changeons de paragraphe pour essayer de comprendre tout cela.


Difficulté de la livraison à domicile


Que se passe-t-il rééllement lorsque nous appuyons innocemment sur le petit bouton pour lancer la vidéo qui créé le buzz du moment ? Eh bien, c'est le branle-bas de combat du côté du serveur GoopleSoftBook que nous interrogeons, car il doit se préparer à servir pendant une durée importante du contenu multimédia bien volumineux. Après quelques échanges de politesse avec votre ordinateur (ou tout appareil numérique de votre choix qui permet ce haut niveau de technologie), le serveur va vous dispenser la vidéo par petit morceau, pendant que vous les regardez au fur et à mesure. Et c'est là que le numéro de funambuliste est particulièrement délicat, car il s'agit de faire en sorte que votre lecture ne s'interrompe pas en permanence pour attendre le petit morceau suivant, sans quoi vous allez vite vous lasser et retourner à la cueillette de champignons sans avoir vu ce petit numéro burlesque que tout le monde s'arrache ces jours-ci, ou plutôt ces heures-ci.


Vous comprenez maintenant la difficulté que pose le streaming, qui doit assurer une lecture continue dans des conditions adverses où tous les paramètres sont fluctuants (bande passante réseau, latence avec les différents utilisateurs, activité des serveurs, nombre de personnes demandant la même vidéo, paquets perdus, etc). Dans ces conditions, on ne peut que saluer l'inventivité des informaticiens qui ont permis ces prouesses par des techniques de transfert toujours plus sophistiquées. Mais en vérité, bien plus qu'au génie de l'humanité, c'est surtout au fait qu'on ne compte pas à la dépense qu'on doit cette belle réalisation. Le streaming impose des exigences sur la qualité des liens réseaux et la taille des gros tuyaux de communication sans commune mesure avec toute autre utilisation d'internet, et c'est bien pour cet usage seul qu'aujourd'hui on nous vend toujours plus de bande passante, de la 15G et des connexions par la fibre optique toujours plus mirifiques. Car, sachez-le, le fait de relever son courrier électronique ou de consulter l'extraordinaire blog des souris vertes, même 100 fois par jour, ne permettraient pas cette escalade numérique du Besoin qui Grossit. C'est bien la promesse de la télévision par internet, de la vidéo à la demande, de l'écoute musicale illimitée qui nous pousse vers cet avenir radieux.


Une petite souris à ma droite me demande d'enfoncer encore un peu le clou. Il faut dire qu'aux Souris Vertes, nous sommes positivement effrayés par le développement incontrôlé du Streaming Partout, car nous y voyons le futur de ces milliers de datacenters qui consomment plus que des villes (occidentales) de 50 000 habitants pour le plaisir relatif de passer son temps à voir du contenu marrant ou curieux, autant dire toute expérience que vous auriez pu faire à moindre frais en vous asseyant un moment sur le premier banc public venu. Ah oui, le clou, le clou, on me rappelle en me mordillant la jambe.


Bon, résumons donc, le Streaming c'est mal, vilain et méchant tout à la fois parce que :

- ça nécessite des infrastructures réseau De Maboul, avec des liens de qualité incroyable, et ce jusqu'à votre salon (donc votre propre connexion internet doit être bien robuste).

- ça entraîne des besoins de stockage pharaoniques, pour stocker ces petites vidéos que vous filmez en un clin d'oeil sur des dizaines de serveurs différents afin qu'elles soient disponibles de partout et pour tous.

- ça demande des serveurs particulièrement performants et en grand nombre, capables de servir du contenu multimédia à tout moment et quel que soit le nombre de personnes en demande.

- ça met un serveur distant et votre ordinateur en état d'alerte maximal pendant la lecture multimédia : la gestion casse-tête par petits paquets et la décompression des flux fait bien travailler les processeurs.

- ça occupe la majeure partie de la bande passante réseau internet. Pour une vidéo regardée ou un disque écouté, vous consommez sans doute plus que le reste de votre consultation internet mensuelle, voire annuelle en fonction du format de compression. Eh oui.


Conclure sans désespérer


Gloups. Décidément, le Professeur Souriso continue à nous étonner par l'universalité de sa maxime dans le domaine numérique, "Petit Confort entraîne Grosse Dépense". Elle est d'une acuité particulière quand il s'agit de parler du streaming, car si on se gardera bien de mesurer le confort additionnel que vous apporte cette innovation fascinante (les souris vertes cachent bien leur enthousiasme, mais elles ne représentent pas forcément la majorité des habitants de la planète sur ces questions), on voit que côté dépense à gogo, le streaming se pose là. En terme de gaspillage de ressources informatiques, c'est sans doute le candidat le plus prometteur des années à venir.


Que faire donc ? Allons nous donc nous interdire de regarder des vidéos ou d'écouter de la musique sur internet ? A vrai dire, baisser un peu la consommation frénétique de contenu multimédia serait sans doute une bonne idée, surtout quand on a déjà tant d'autres moyens d'y avoir accès (cinéma, médiathèque, prêt entre amis, etc). Et passer un peu moins de temps à regarder des écrans et un peu plus à regarder les nuages serait sans doute bénéfique aussi bien aux personnes qu'à la planète. Mais, il est vrai qu'il serait dommage de se priver totalement de toute cette richesse de ressources disponibles à travers nos réseaux. Dans ce cas, et sans hésitation, on choisira dès que possible de télécharger le contenu pour le visionner sur sa machine. Ceci consommera de la bande passante, bien sûr, mais pendant un temps bien plus court et avec des contraintes sur la qualité des réseaux nettement moindres, sachant que vous saurez prendre votre mal en patience si le fichier met quelques secondes ou minutes de plus à se télécharger qu'à un autre moment.


Bien évidemment, le fait de parler de téléchargement n'est pas un appel vibrant au piratage de contenu de tout poil, sachant qu'aux souris vertes on considère que tout travail de qualité mérite rémunération, et que tout ce qui est gratuit sans être explicitement offert est généralement suspect de coûts cachés que vous assumez par ailleurs, en terme fiscal, social ou environnemental. Cela dit, pour les grand sites de streaming qui semblent s'assoir assez gentiment sur les notions de droits d'auteur, on pourra leur rendre la monnaie de leur pièce en trouvant des convertisseurs qui permettent de rapatrier le contenu multimédia sur votre machine et au format que vous préférez. Il en existe même en ligne, comme celui-ci par exemple. Cette solution n'est pas optimale car on fait alors travailler un deuxième serveur pour notre besoin, mais si on en garde un usage raisonnable on peut très bien s'en contenter.


Bien, il est temps de se quitter sur ce Petit Geste de rentrée des classes d'une efficacité remarquable dans la préservation du futur de l'espèce humaine et du reste de la galaxie. On remercie bien fort la souris vertes à lunettes pour son choix éditorial de rentrée d'une grande pertinence, et on acclame toutes nos gentilles souris qui courent rejoindre leur petit pré, en attendant avec impatience d'autres discussions passionnantes pour sauver le monde !










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Le Petit Geste Du Jour : j'écris un haïku pour me détendre
Date 06/05/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Tiens, aujourd'hui pour changer, on ne parlera pas de numérique, de réseaux, de gros câbles, ni d'antenne Oui-fils. Et pour couronner le tout on ne commence même pas par un haïku ! Tout ceci pour une bonne raison, puisque l'on se propose présentement de faire un Petit Geste en forme d'atelier d'écriture.


Aux Souris Vertes, de manière générale, on encourage les gens à faire-le-soi-même, alors on ne va pas se cantonner aux domaines habituels de la réparation informatique d'urgence ou de l'utilisation experte d'applications de tout poil, et on va vous lancer dans le grand bain en vous proposant d'écrire vous-même votre petit haïku du jour. Qui sait, peut-être même va-t-on bientôt demander à nos lecteurs d'illustrer les articles par leurs propres dessins, ce qui ne serait pas du luxe vu la flemme que votre serviteur entretient pour tailler ses crayons de couleur en ce moment, voire d'écrire eux-mêmes les articles ! Bon, pour le moment on va se calmer et en rester bien gentiment au haïku.


Oui, pourquoi toujours déléguer ce petit instant de fraîcheur à une ou deux souris volontaires, quand vous pouvez-vous aussi apporter votre petite touche personnelle de description du monde ? Alors la marche à suivre pour ce faire est d'une simplicité extrême :

- se munir d'un papier et d'un stylo

- écrire trois vers qui ne riment même pas

Et voilà ! En vérité en japonais il s'agit d'un seul vers en 3 parties à la métrique parfaitement codifiée, mais vu que le passage en français entraîne toujours débordement et absence totale de règle dans les sonorités et le rythme des phrases, on peut y aller gaiement et à pieds joints.


Enfin, je dis ça, mais j'espère que la Ligue de Protection du Haïku ne va pas nous tomber sur le dos, car nous n'avons suivi aucun cursus universitaire en la matière et nous contentons de relayer les quelques conclusions que nous avons pu tirer de nos lectures au coin du feu.


Voilà donc un petit geste diablement simple et qui ne coûte pas un roupie. Et soyez assuré qu'il est tout aussi salutaire que ceux que nous égrainons patiemment au fil de nos articles : non seulement, pendant que vous écrivez votre petit haïku, vous n'êtes pas en train de consommer de l'octet au quintal ou de faire toute autre activité qui a pour corollaire distant la déforestation de l'Amazonie et l'extinction des espèces marines, mais en plus cette petite gymnastique a un effet bénéfique immédiat de détente et de bien-être. Et l'on sait bien que le stress et la vie dans la course permanente constituent le carburant idéal pour consommer puis jeter toujours plus.


Cerise délicatement posée en équilibre sur le gâteau, vous vous rendrez rapidement compte qu'avant d'écrire, il va vous falloir vous arrêter pour observer : de par sa brièveté, le haïku nous invite à condenser une expérience intime et subtile ; qu'il s'agisse de décrire quelque chose que l'on voit, entend, ou ressent, il va falloir un petit travail d'introspection et d'écoute de soi et du monde pour réussir à mettre des mots là où il n'y avait rien que du perçu.


Bref, c'est pour nous une très bonne école d'éducation à l'environnement et à l'écoute du monde vivant comme de la société. Rien que ça.


Nous terminons en lançant un appel vibrant à nos fidèles lecteurs pour que notre formidable webmaster n'ait pas travaillé sur sa belle fonctionnalité de commentaires pour des prunes, alors venez contribuer sans retenue de votre petit poème ! Une fois de plus, les Souris Vertes donnent l'exemple en essayant de vous faire partager un de nos grands ravissements, à savoir le fait de regarder le ciel de sous un tilleul. Oui oui, cela fonctionne même sous les pauvres arbres qui bordent les avenues et qui sont régulièrement martyrisés par les services municipaux des espaces verts.


On y va pour notre Petit Geste :

"Sous le tilleul

Je lève les yeux

Eclat de lumière verte"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)








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Les souris vertes ont lu pour vous : la convivialité d'Ivan Illich
Date 25/03/2017
Ico Club de lecture
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"A la porte de l’auberge

Une carte de visite pour t’annoncer,

Coucou"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


Décidément, il faut croire que les souris vertes passent leur temps enfermées à lire plutôt que d'aller observer l'arrivée du printemps et écouter les petits oiseaux chanter gaiement. Mais le livre que nous recensons aujourd'hui est tout petit, minuscule, le genre d'objet qui se lit vite mais qui se médite longtemps.


Une fois de plus, et sans surprise pour nos fidèles lecteurs, nous prenons notre propre ligne éditoriale à contrepied pour recenser un livre qui ne parle ni d'écologie, ni de numérique. Il faut dire que La convivialité, d'Ivan Illich, est paru en 1973, dans un monde arriéré qui ne connaissait ni FesseBouc ni la magie du téléphone portable. Pour autant, les ravages de l'environnement étaient déjà bien connus pour l'essentiel, il est même vertigineux de voir à quel point on a tenu le cap sans férir alors que tous les constats qui remplissent aujourd'hui nos journaux et les vibrants discours de campagne avaient déjà été faits il y a 40 ans. Illich ne se prive pas de les dénoncer au passage, mais ce n'est pas là l'essentiel de son propos.


Dans ce cas, pourquoi donc faudrait-il se lancer dans une lecture qui ne parle nullement de petites souris vertes ? Le fait que ce livre ait introduit le terme et le concept même de convivialité, furieusement à la mode dans les discours alternatifs depuis quelques années, par exemple ches les adeptes de la décroissance, ou qui résonne étrangement avec la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, constituerait déjà une raison suffisante à toute personne un tant soit peu intéressée par l'idée de construire une société écologiquement et humainement soutenable. Mais, bien plus que cela, la pensée d'llich nous paraît d'une acuité particulière pour penser le développement de la société numérique auquel nous assistons en direct et assis au premier rang.


Terminons d'assumer l'incohérence totale entre le titre, la catégorie et le contenu de cet article, en précisant qu'il s'agit moins d'une recension en bonne et due forme d'un livre, que de l'exposé de deux points saillants de la pensée d'Illich qui nous paraissent judicieusement formulés pour penser l'univers des petits écrans qui clignotent. Mais lisez La convivialité, si si ! Et tout autre livre d'Illich qui vous tombera sous la main, même si l'auteur a tendance à se répéter un peu d'ouvrage en ouvrage, aucun risque de mal tomber dans cette oeuvre puissante. Et oui, vous l'aurez compris, la rédaction des souris vertes s'est mobilisée toute entière pour lire l'intégrale totale des oeuvres complètes de l'auteur, et en est ressortie bien satisfaite. Bon, modérez vos applaudissements, car comme nous l'avons dit, chaque ouvrage est en général court et incisif, on ne peut donc pas comparer cette performance à la lecture complète d'A la recherche du temps perdu ou des 87 tomes de la première saga de science fiction venue.


Ouïe ! Une souris me mordille le mollet pour me signaler qu'il est temps de commencer. On s'était promis de faire court aujourd'hui, c'est déjà plus ou moins raté. Allez, sortons notre plus belle paire de baskets et lançons nous à grands pas dans la pensée d'Illich.



Jouer au monopoly de manière radicale


La première notion que nous souhaitons introduire est celle de monopole radical. Il ne s'agit pas du bête monopole commercial qui fait que, malgré toutes les publicités vous vantant votre liberté fondamentale de consommateur, choisir la lessive X plutôt que Y vous fera invariablement tomber chez le même fabricant qui possède toutes les marques. Non, il y a monopole radical quand une entreprise ou une institution offre un produit ou un service dont la seule existence empêche toute alternative qui serait produite de manière autonome par les personnes. Les trois exemples principaux de monopole radical que donne Illich sont l'école, qui exerce un monopole sur l'éducation et empêche donc les gens d'apprendre par eux-mêmes en dévalorisant toute connaissance qui n'a pas été acquise à travers l'institution scolaire, l'hôpital qui empêche les gens de se soigner par eux-mêmes et les rend incapables de qualifier leur propre santé, et les moyens de transport motorisés (train, avion, voiture, ..), dont la vitesse rend impossible la cohabitation avec des modes de locomotion de moindre vitesse comme la marche ou la bicyclette.


Nous voyons immédiatement que l'analyse peut se rapporter à une grande variété de situations de notre société moderne, étant donné qu'on n'a pas arrêté le progrès durant les années écoulées depuis la parution du livre. On pourrait par exemple dire que la pédiatrie exerce aujourd'hui un monopole radical sur la manière d'élever les enfants, la classe politique professionnelle sur la décision collective, ou encore que l'industrie de la production artistique empêche la créativité individuelle en assurant qu'il faut être un artiste pour créer, et que le citoyen moyen ne s'occupe surtout pas de dessiner, composer une chansonnette ou écrire un haïku dans un coin de page.


Mais, comme ne manquera pas de le faire remarquer la souris à lunettes qui a bien écouté, on peut aisément revenir au domaine qui nous occupe pour dire que le numérique possède aujourd'hui un monopole radical sur la communication et la diffusion d'information. Il suffit de voir que la non possession et/ou la non maîtrise d'un ordinateur fera de vous immédiatement un paria de la société qui ne pourra bientôt ni déclarer ses impôts, ni bénéficier de remboursements santé, ni recevoir ses factures d'électricité et tout un tas d'activités joyeuses auxquelles nous sommes tenus de participer dans notre belle société moderne. Je ne parle même pas du fait d'exercer le moindre emploi, car que vous soyez enseignant, banquier, fleuriste ou agriculteur, vous passerez un nombre non négligeable d'heures rivé à un écran pour accomplir la partie visible et valorisée de votre métier (en gros celle qui vous vaudra votre salaire, la réalité ne comptant pas franchement, mais bien seulement ce qui est rendu public à travers la machine).


Chacun pourra pourtant facilement faire l'observation que l'informatique n'est pas un gain de temps pour tout le monde et en toute circonstance, loin de là, néanmoins elle a maintenant une emprise telle qu'il n'est plus question de s'en passer, même quand manifestement il faut passer plus de temps à essayer de faire faire ce que l'on veut à la machine que n'en aurait pris la même action par téléphone ou au moyen d'un papier et d'un crayon convenablement aiguisé.


Par ailleurs, le fait d'être un ami personnel des petits octets depuis belle lurette ne me rend pas aveugle au fait que tout le monde ne partage pas ma joie de converser avec la machine, et ne me donne pas une envie irrépressible de faire que le monde entier soit contraint d'imiter ce qui est pour moi un loisir agréable. Au contraire, je dirais que je ressens d'autant la violence qui est faite aux personnes ne trouvant plus d'alternative à la consultation quotidienne d'un terminal informatique, car, il faut le dire, l'informatique est devenue bien moins rigolote depuis qu'elle a envahi la galaxie et qu'elle fait souffrir tant de gens sous son joug. Sans doute la massification de la-voiture-pour-se-déplacer a eu le même effet de dénaturer le plaisir des vrais enthousiastes de la conduite automobile, tout en empêchant toute personne désireuse de ne pas se presser de continuer tranquillement son chemin à pied comme auparavant.


Toujours dans la même veine, on peut dire que le téléphone portable est en passe de devenir un monopole radical sur la communication. Avec son avènement planétaire, il devient impensable de communiquer à une vitesse moindre que celle de la lumière, et avec moins de contenu tangible que quelques milliers d'octets de photos. La transformation n'est peut-être pas encore totalement achevée, mais gageons que si la tendance se poursuit il sera bientôt demandé au particulier de justifier systématiquement son relevé de compteur par une photo envoyée par téléphone, ou de montrer son billet de train, son bulletin de vote ou son identité par un code-barre affiché sur son appareil mobile, peut-être directement greffé sur le bras. On peut sans doute ajouter un tas d'autres idées neuves et charmantes qui ne tarderont pas à se voir réalisées et diffusées illico, mais que nous nous garderons bien d'inventer par nous même, car un certain nombre de personnes bien intentionnées ont une imagination débordante en la matière avec laquelle il serait vain de vouloir rivaliser.



Un peu de convivialité que diable


Bien, nous sommes déjà armés d'un nouveau concept bien utile, même si légérèment déprimant devant la litanie inquiétante des applications dans laquelle on peut le décliner. Mais quid de la convivialité ? Oui, quid of the conviviality comme aurait dit Illich lui même lorsqu'il écrivait dans la langue du Cheikh Spire ? Comme précédemment, ne prenons pas trop le terme au pied de la lettre pour croire qu'il s'agit de la bonne entente cordiale autour d'une partie de belote animée, près d'un feu de cheminée devant lequel s'endort le chien de la patronne qui vous sert votre pastis d'un air débonnaire. Le terme de convivialité s'applique à ce qu'Illich nomme un outil, mais qui désigne en fait toute forme de médiation entre l'homme et son milieu. Par exemple, l'école est un outil d'éducation, de même que l'automobile est un outil de locomotion ou l'hôpital un outil de soin de la personne.


On dira alors qu'un outil est convivial s'il sert l'homme et lui permet d'accroître ce qu'il est capable de faire par lui-même, alors qu'un outil est non convivial lorsqu'il se substitue à l'action de l'homme. Typiquement, la bicyclette est un outil convivial, car elle accroît la vitesse de la marche avec une dépense d'énergie et un degré d'autonomie du même ordre, alors que l'automobile, le train ou l'avion ne sont pas des modes de transport conviviaux car ils se substituent purement et simplement à l'action de déplacement de l'homme pour le transformer en un objet passif simplemement translaté d'un point à un autre. Lorsqu'un outil est non convivial, il cesse de s'adapter à l'humain pour faire que l'humain s'adapte à lui : par exemple, les gens qui n'ont pas une taille moyenne devront subir l'inconfort de ces véhicules standardisés, alors qu'ils sont capables de marcher à la même vitesse et sans plus d'effort que les autres.


Dans le même ordre d'idée, l'éponge est sans aucun doute un outil convivial qui vous aide à faire votre vaisselle bien mieux que les doigts, en revanche le lave-vaisselle est un outil complexe qui rend la ménagère simple utilisatrice, la privant de toute autonomie sur l'outil qui nécessitera un réparateur spécialisé à la moindre incartade.


On voit que la tendance à la substitution par la machine de tous les gestes élémentaires de l'homme nous fait vivre dans un environnement sans cesse moins convivial au sens où l'entend l'auteur : le tapis roulant marche pour vous, la porte s'ouvre sans votre aide, l'air est climatisé ou chauffé pour prévenir la moindre adaptation thermique de votre organisme, et même au niveau microscopique l'antibiotique à large spectre évitera le travail de votre système immunitaire qui pourra se la couler douce en sirotant un cocktail.


Bien évidemment, Illich ne dit pas que l'outil est simplement gentil ou vilain en fonction de sa nature, car son contexte d'application est également très important. Il est certain que l'utilisation d'un véhicule motorisé, bien que coûteuse en ressources naturelles, est un accroissement certain des capacités de déplacement d'une personne handicapée. En même temps, dans une société qui se déplacerait tout entière à la vitesse de la marche, le handicap ne serait pas aussi grand et pourrait tout aussi bien être comblé par l'utilisation du fauteuil roulant, ou simplement par l'aide d'une personne l'aidant à avancer.


Alors, grande interrogation qui nous taraude, être ou ne pas être convivial, telle est la question que nous appliquons immédiatement à nos outils numériques favoris. Et, il faut le dire, l'avis est partagé au sein de l'équipe des souris vertes. Car, incontestablement, les outils numériques accroissent notre capacité à faire des choses : calculer plus vite, mieux classer les connaissances, communiquer à plus grande échelle. Mais, en même temps, on ne peut pas nier que le déploiement massif de ces outils dans toutes les strates de l'activité humaine nous transforme de plus en plus en spectateur de la machine plutôt qu'en la personne qui pense et dirige son action : consommation de divertissement à la chaîne, consultation d'algorithmes ultra perfectionnés pour savoir que penser de ci ou ça, communication réflexe vidée de sens et de contenu.


Bref, cet article se conclut abruptement, sans certitude et sans slogan facile, c'est bien dommage mais on pourra sans doute se tourner vers des médias généralistes pour assouvir notre soif de pensée simpliste à calquer partout. En revanche, nous tirons une révérence gracieuse et posthume à Ivan Illich pour sa pensée stimulante qui nous invite à regarder autrement le monde qui nous entoure, numérique compris mais pas que. Et, sachez le cher lecteur, la pensée d'Illich ne se résume pas aux deux concepts fracassants exposés maladroitement par nos soins, donc n'hésitez pas à vous jeter dessus avidement. Bonne lecture !




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