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Grandeurs du monde numérique (6) : Réseaux en folie
Date 12/06/2016
Ico Dossier
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La petite souris est effrayée devant les réseaux en folie
"Ce chemin
Seule la pénombre d'automne
L'emprunte encore."

Matsuo Bashõ (1644-1695)


On clôt notre grand dossier sur les grandeurs numériques par un sujet brûlant d'actualité. Ils sont partout, ils nous écoutent, nous traversent, nous parlent dans notre sommeil, on ne peut pas leur échapper et David Vincent les a rencontrés, j'ai nommé : les Réseaux (rire sardonique sur fond de musique inquiétante).


On ne fait pas dans la dentelle aujourd'hui, on va inclure généreusement à peu près tous les types de réseaux sans distinction, mis à part peut-être celui des chemins de fer. Ah et les rézosocio aussi, qui de toute manière comme vous le voyez ne s'écrivent pas pareil. Une souris me demande si on parlera des réseaux de neurones ? Du réseau d'égoût ? Du réseau lymphatique ? Arrgh triple damned, je me fais prendre à mes propres mots. Je reprécise mon propos : on parle des réseaux informatiques, aussi bien ceux-là même qui sont dans l'ether épuré du néant du rien (qu'on appellera les réseaux sans fil) que ceux qui courent dans des gros tuyaux bien balèzes (qu'on dénommera les réseaux filaires).


Faisons ensemble ce constat : tout le monde possède un accès internet. Du moins c'est ce que pensent en général les gens qui ont un accès à internet. On peut même décliner cette petite mécanique à l'infini : tous les gens ayant un compte Facebook pensent que le monde entier est sur Facebook, tous les gens qui ont un téléphone portable prennent pour acquis que l'ensemble des terriens en possède un, tous les gens qui sont des souris pensent que tous les humains sont des souris, etc. Bien sûr on peut toujours faire le rabat-joie et rappeler qu'à peine plus de 40% de la planète a un accès internet, ou donner le taux important mais pas total d'équipement des appareils mobiles, mais il faut reconnaître qu'entre internet, les réseaux de téléphones cellulaires, la télévision, la radio, les radars d'autoroute et tout ce que j'oublie, notre sujet du jour touche une écrasante majorité de la population. Un article grand public ! Enfin !


Qui a peur du Gros Débit ?


On va tout de suite se lancer sur la mesure qui fait rêver les foules, celle qui fait se rouler dans l'herbe bon nombre de jeunes gens dans les spots publicitaires, à savoir la bande passante. Euh, la quoi ? Ah oui, si vous ne sautez pas encore au plafond d'enthousiasme, c'est peut-être que vous connaissez cet ami cher sous le petit nom dont l'a affublé l'industrie de la publicité : le débit. Comme pour la Haute Définition des écrans dont on a vu qu'elle était une manière chic de désigner la résolution, le Haut Débit (je préfèrerais Gros Débit mais on ne m'écoute pas assez à l'académie française) raconte la même chose que la bande passante mais avec des petits oiseaux et du soleil en plus.


Comment mesure-t-on la bande passante aka débit ? Pour ceux qui auraient oublié de se précipiter pour lire l'article proprement fascinant qui traitait du stockage, il est encore temps d'aller réviser. Pour les autres, vous vous souviendrez j'espère qu'on mesure une quantité d'information donnée en octets. Ici on va simplement mesurer combien d'information on peut s'échanger par seconde, donc ça sera en octets par seconde. Enfin, comme on ne veut pas seulement s'échanger nos initiales, mais plutôt du gros contenu multimédia qui tache, on va parler tout de suite en kilooctets ou en megaoctets par seconde.


Ah ah je vois une souris qui s'apprête à me contredire, alors je prends les devants : mais non pas du tout en fait. Car bien qu'on mesure tout en octet dans la vie numérique, ici on va parler exprès en bits. Pourquoi diantre mais pour quelle raison donc ? C'est tout simplement qu'un octet valant 8 bits, ça fait gonfler les chiffres et tourner les têtes. C'est vrai que dire que vous avez une connexion à 500 ko/s, c'est moyen quand même, alors que plus personne ne parle en kilos à part les magazines minceur à l'approche de l'été. Alors que dire "ma ligne fait du 4megabits" a de quoi épater la galerie et vous remporter un succès assuré en soirée. Sans compter qu'entretenir la confusion permanente entre megabits et megaoctets est le plus sûr moyen de semer la confusion la plus totale, et que finalement chacun s'en tienne à la règle de sagesse universelle quand il s'agit de faire un choix : si ça se compte en beaucoup alors c'est que c'est forcément bien. Pas d'affolement cependant, vous pouvez trouver facilement des convertisseurs en ligne qui vous aideront à jongler entre bits et octets, comme celui-ci par exemple, pour ne plus être à la merci des discours lénifiants des opérateurs réseaux diaboliques. Pour notre part, fidèle à notre logique et sourd aux appels des sirènes qui cherchent à nous enduire d'erreur et de peinture pas verte du tout, on va continuer à tout traduire en octets, et bien fait pour les sirènes non mais.


Maintenant qu'on sait mesurer notre débit, on va pouvoir essayer de répondre à la question qui est sur toutes les lèvres, celle qui fait trembler d'angoisse la presse magazine et les associations de consommateurs, qui enflamme les discussions au troquet du coin et provoque d'innombrables réunions ministérielles : la fibre optique met-elle vraiment la pâtée à l'ADSL ? Une question au moins aussi passionnante que celle de savoir qui est le plus grand du bonsaï géant ou du séquoïa nain. Ou qui est le plus vert entre une souris verte et une feuille d'eucalyptus.


Commençons par rappeler ce qu'est l'ADSL, surtout que c'est une technologie qui a un intérêt écologique évident : elle fonctionne sur les câbles de cuivre qui constituent notre ancien réseau de téléphone du bon vieux temps des PTT. Or qui utilise encore le réseau téléphonique pour téléphoner ? Ca fait pouffer de rire rien que d'y penser. Donc l'ADSL permet de donner une deuxième vie à tous ces câbles qui bordent nos routes et qui, autrement, auraient sombré dans l'oubli après tous les efforts qu'on a faits pour les acheminer aux six coins de l'hexagone (cette petite précision vient de la souris à lunette, quelle fayotte celle-là) et y raccorder votre chalet de ski ou votre maison perdue au fond des bois.


Côté débit, il y a plusieurs technologies qui se sont succédées et se sont progressivement améliorées. La plus répandue aujourd'hui est l'ADSL2+, dont le débit théorique maximal est de 24Mb/s. Hop une petite conversion, on divise par 8 rapido et on obtient du 3Mo/s.


Pas mal tout de même, si vous vous souvenez de nos articles précédents on voit que ça nous fait un peu plus d'une seconde pour se récupérer les Misérables. Mais vous avez dû constater si vous faites l'expérience chez vous que vous êtes loin de ce débit en pratique. Eh oui, c'est tout l'intérêt de la théorie, elle n'a pas de compte à rendre à la réalité. Et en l'occurrence, votre fournisseur d'accès n'a pas à vous en rendre non plus, il n'a pas d'obligation de débit minimal. En dessous de 2Mb/s (soit 250ko/s), il ne pourra cependant plus parler de Haut Débit (je ne sais pas ce qu'il dit dans ce cas là, Moyen Débit ? Débit Elevé mais pas Haut ? Débit Raisonnable Sans Plus ?).


C'est toute la magie des chiffres qui ne veulent rien dire, un peu comme si on vous vendait des bouquets avec une étiquette qui précise qu'ils contiennent 20 fleurs, et que chaque bouquet en comporte entre zéro et trois ; voilà un chouette cadeau à offrir aux amis qui vous accueillent. Avant que vous ne vous précipitiez écumant de rage pour changer de fournisseur d'accès et avoir un meilleur débit, sachez que, miracle de la concurrence, vous aurez la même chose avec tous les opérateurs, puisque vous empruntez le même chemin : votre ligne téléphonique. Donc à moins d'envisager de modifier vous même le câblage qui vous relie au Central vous l'avez dans le baba si vous trouvez que votre connexion évoque la tortue asthmatique évoluant dans des sables mouvants après une mauvaise nuit.


Pour vous consoler, et faire vibrer de nostalgie ceux qui ont grandi au milieu des mammouths durant l'ère glaciaire et se souviennent du tut tut tut tut (TM), le petit appareil qui se branchait sur votre ligne téléphonique et qu'on appelait un modem, sachez que la rolls-royce en la matière atteignait péniblement les 56kb/s (débit théorique là encore), soit 7ko/s. Autant dire qu'avec ça vous n'étiez pas près de voir votre film en Super HD.


Précisons une chose tout de même : toutes ces technologies de réseaux que nous évoquons ne concernent que la portion finale du trajet des communications, n'allez pas imaginer que vos mails se baladent le long des lignes téléphoniques françaises puis américaines ou chinoises. Dans tous les cas, 99% du trajet se fait sur de la fibre optique, avec des câbles maousse costauds, y compris les trajets transatlantiques qui empruntent des câbles placés au fond des océans. Toutes ces questions cruciales et choix cornéliens ne concernent donc que la partie qui relie le noeud du réseau le plus proche à votre palier.


Et la fibre optique justement ? Ne serait-ce pas une bonne idée de l'avoir chez nous puisque c'est justement ça qu'utilisent les professionnels pour leurs gros besoins ? N'est-ce pas la douce voix du futur, la promesse même d'un lendemain meilleur où le monde serait enfin débarrassé de la guerre et de la famine ? Depuis le temps déjà qu'on nous annonce Sa Venue en majesté à grand renfort de plans de communications, c'est un avenir qui appartient déjà un peu au passé sans doute, puisqu'il y a plus de 10 ans qu'on attend le fameux câblage de la France entière jusque dans les toilettes du train. Et ne rêvons pas trop, on ne va pas vous installer juste sous votre télé une fibre de qualité comparable à celle qui équipe les serveurs de la NASA. Il y a fibre et fibre, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon la question vaut d'être posée. Et le débit alors ? On nous promet du TrEs HaUT DéBiT à 100, voire pour les plus aventureux 200 Mb/s, soit entre 12,5Mo/s et 25Mo/s. Dans les comparatifs des Souris Vertes, ça se classerait donc avec la note Franchement Pas Mal : non seulement on peut s'envoyer l'intégrale de la pléïade en quelques minutes à l'aise, mais c'est aussi le débit qu'on obtient entre deux machines situées à 1m l'une de l'autre et connectées avec un câble ethernet standard.


Mais là encore il s'agit du débit théorique. Difficile de connaître le débit pratique, vu que les opérateurs ne passent pas leur temps à communiquer dessus pour des raisons évidentes, en conséquence on lit un peu tout et n'importe quoi sur le sujet, mais apparemment le débit moyen se situerait quelque part entre 20 et 50Mb/s (allez encore une conversion, même si vous devez avoir compris la division par 8 maintenant : 2,5Mo/s à 6,25Mo/s). Bon c'est bien quand même hein, mais en même temps si vous aviez déjà une ligne ADSL de bonne qualité vous allez rester dans les mêmes ordres de grandeur. Valait-il donc la peine de faire des tranchées dans les rues, de suspendre de nouveaux câbles et de vous faire payer l'abonnement une fois et demi plus cher pour ce résultat à l'arrivée ? Hum hum. Je ne voudrais pas risquer de briser le rêve de nos chers élus régionaux qui subventionnent à coups de millions des projets de déploiement de la fibre optique pour apporter le Savoir et la Technologie à la porte des pauvres citoyens victimes de l'insupportable fracture numérique, mais on est en droit d'émettre de sérieux doutes. Heureusement que personne ne demande l'avis des citoyens en la matière. C'est qu'il faut bien mener jusqu'au bout ses politiques ambitieuses : le 20ème siècle a eu les programmes d'instruction publique, le notre aura les tablettes dans les écoles primaires et la fibre optique dans les foyers.


Ne brossons tout de même pas un tableau trop négatif. Il y a bien un point sur lequel la fibre optique met une râclée conséquente à l'ADSL : le débit montant. Jusqu'à présent, et après avoir préalablement baillonné la souris à lunette qui fulminait devant un tel manque de rigueur, j'ai allègrement parlé de débit sans préciser ce fait essentiel et bouleversant que les communications se font généralement dans les deux sens. Autrement dit, non content de recevoir des informations, vous en envoyez vous aussi. Si si. C'est même vous qui avez l'initiative de toutes les communications, votre site favori ne passant pas son temps à vous relancer pour savoir si vous voulez sa page d'accueil. Donc quand vous surfez ailleurs qu'au mileu des requins hawaïens, vous passez votre temps à envoyer des messages à des serveurs distants pour leur demander s'il vous plaît les contenus merveilleux qu'ils ont à disposition. Et il se trouve que l'ADSL a cette petite particularité que ses débits ne sont pas symétriques. Le débit montant est limité à 1Mb/s (soit ? Bravo ! 125ko/s), autant dire que c'est tout pourri. Alors que la fibre optique permet des débits symétriques, miracle et ravissement, autrement dit on pourrait atteindre 100 ou même 200Mb/s ! 100 fois plus, ça c'est de la rouste.


Evidemment il faudra encore nuancer ces observations, étonnament et pour des raisons qui m'échappent, le débit montant constaté est toujours nettement inférieur au débit descendant même pour la fibre optique, mais effectivement bien supérieur à celui de l'ADSL. Je ne me risquerais toutefois pas à avancer de chiffres définitifs, mes recherches très poussées sur un corpus universitaire énorme m'ayant conduit à penser qu'On Ne Peut Rien Dire, vu qu'on peut trouver aussi bien des moyennes de 5Mb/s que de 50Mb/s. J'imagine que ça dépend un peu des clients qu'on considère dans ces études, sachant qu'il est probable que les labos du CEA aient un meilleur débit sur leur fibre que le boulanger du coin de la rue. Mais ne boudons pas notre plaisir, la conclusion est sans appel, formidable donc, voilà une raison claire pour changer notre vieille SourisBox ! Euh oui sans doute, mais remarquez tout de même que votre usage du réseau n'est pas exactement symétrique lui non plus ; à moins que vous ne passiez votre temps à uploader des gigas de données sur des serveurs distants, vous aurez du mal à vous sentir à l'étroit avec votre débit montant minuscule. Il faut dire qu'envoyer "balance moi tes pages" à un site web, même avec toutes les formes de politesse qui sont de mises entre serveurs de bonne éducation, ne requiert pas beaucoup de bande passante en soi. Donc si vous avez besoin d'un gros débit montant, c'est que vous êtes déjà un bon client de la surconsommation numérique et qu'il va falloir vous prescrire des séances quotidiennes de course dans les prés au milieu des souris vertes.  


Plus rapide que le facteur ?


Dites-moi, c'est bien beau de parler de débit pour les box internet, mais il n'y a pas qu'elles qui occasionnent des transferts de données, non ? Pourquoi ne pas en profiter pour examiner au passage tout ce qui permet d'échanger des données entre deux appareils ? Par exemple, posons nous cette petite question toute bête : je t'envoie un fichier par mail (aaaargh ! éviction immédiate du Rotary Club des Souris Vertes) et je te le donne sur une clé USB, qui arrivera le premier ? Top départ ! Bon pour le mail, on va oublier qu'il doit transiter par Panama et considérer gentiment qu'il arrive à la vitesse théorique de notre connexion, allez 100Mb/s si on est sympas, on prend le débit théorique d'une fibre optique. Et la clé USB alors ? Ben ça transfère à 480Mb/s théoriquement, soit 60Mo/s s'il vous plaît. Et bam. Et encore, là je parle de la clé USB 2.0 qui va vous valoir un regard apitoyé de la foule si vous osez la sortir en public, si vous avez investi dans une clé USB 3.0 on arrive carrément à 5gb/s, soit 625Mo/s, oui vous avez bien lu. Alors là encore, calmons nos chevaux, il s'agit de débits théoriques, j'ajouterais même "fantaisistes"pour rester poli. En pratique vous ne verrez jamais des transferts à ces vitesses, parce que un la vie n'est jamais telle qu'on la rêve, et que deux il y a plein plein d'autres composants dans le transfert qui vont jouer et vous empêcher d'atteindre ces sommets fabuleux. Mais vous aurez compris qu'on met la claque facile à notre fibre, gros tuyau ou pas.

Bien sûr, vous allez me dire que mon exemple est tout pourri, vous n'allez tout de même pas vous déplacer à chaque fois que vous avez des données à transférer tout de même. Et en plus il y a le temps de trajet de la personne qui porte la clé USB me signale une souris particulièrement maligne. Eh bien poussons notre petite expérience de pensée jusqu'au bout. Puisqu'on ne nous donne pas du Gros Débit pour s'envoyer quelques octets faméliques, supposons qu'on veuille se transférer 500Go de données d'un coup, vlan. Une paille, quelques vidéos et un album photo pris avec votre téléphone avec les réglages par défaut bien pensés pour vous faire racheter une demi-douzaine de cartes mémoires. Eh bien en route : 500Go à 100Mb/s, ça nous prend combien de temps ? Calcul méga compliqué, on sort au choix notre calculatrice (pour les collégiens, qui en ont encore une les pauvres, bien rangée à coté de leur flûte à bec), notre téléphone, notre boulier ou notre cerveau et on se lance : 500*1000 = 500 000 mégas, à la vitesse de 100/8=12,5Mo/s, ce qui nous donne si j'ôte le carré de 3,14159265 et que je retiens 4  : 500000/12,5=40000s. Encore un petit effort, on divise tout ça par 3600 et ça nous fait gentiment 11h et une poignée de minutes. C'est un peu long quand même. Et pour notre clé USB ? Pour se simplifier la tâche, on va dire qu'on a un débit de 1gb/s, 5 fois moins que le débit théorique de notre petit bidule. Pourquoi ça serait simple ? Eh bien ça fait exactement 10 fois le débit de notre fibre idéale qu'on vient juste de calculer. Et comme on est paresseux, on fonce de suite au résultat : 10 fois plus petit, soit environ 1h et une grappe de minutes. Vous avez donc tranquillement 10h pour acheminer la clé jusqu'à sa destination, autant dire que même à pied vous pouvez battre la Fibre Magique si vous envoyez vos données à moins de 50km.
 
Et là encore il faut dire qu'on a fait des hypothèses carrément débiles côté transfert par le réseau. Non seulement on a pris le débit maximal admissible descendant, mais on a supposé aussi que la personne qui envoie le fichier est capable de transmettre à la même vitesse, autrement dit que son débit montant est lui aussi pharaonique. Et puis, tant qu'on y est, qu'il est possible de transférer des données en continu pendant 11h sans aucun problème sur la connexion. Vu le taux d'erreur dans les transferts, il y aura bon nombre de morceaux qui vont s'éparpiller dans la nature et qu'il faudra renvoyer. Bref, concluons tout net : le Gros Débit c'est gentil, mais si vous avez des tonnes de données à envoyer il faudra envisager de revenir au facteur pour faire voyager votre petite clé, même si ça impliquera d'en passer par la pénible épreuve de devoir écrire l'adresse sur une enveloppe avec un vrai stylo, quelle angoisse.

Bien sûr, il ne s'agissait que d'un exemple en passant ; maintenant qu'on a bien compris comment comparer les débits, on va s'intéresser un peu à tout ce qui bouge côté transfert de données, on ratisse large, et en supposant les débits symétriques (ce qu'ils sont, sauf pour l'ADSL en fait) :
  • ADSL (on révise) : 24Mb/s au mieux du mieux, soit 3Mo/s
  • fibre optique : 100Mb/s avec beaucoup de bienveillance, soit 12,5 Mo/s
  • connexion par câble ethernet : en fonction du câble et du contrôleur ethernet, de 1,25 à 125Mo/s (le plus courant est le 100Mb/s, soit 12,5Mo/s). Je le mentionne parce que, contrairement aux autres, cette norme très robuste et très efficace est connue depuis la fin des années 1970. On mesure l'ampleur des non-progrès réalisés depuis, vu que ça reste de très loin le plus efficace pour créer un réseau filaire.
  • wifi : tiens c'est vrai ça, le ouiffi ! l'ancienne norme plafonne théoriquement à 54Mb/s, soit 6,75Mo/s, la plus récente (802.11n) promet du 450Mb/s, soit environ 56Mo/s. Bien mieux que la fibre et l'ADSL confondus ! Euh hum, vous êtes libre d'y croire, mais vous devriez lire cet article jusqu'au bout avant d'en faire votre nouvelle religion.
  • bluetooth, ou le syndrôme des dents bleues (inquiétant chez une souris verte) : 2,1Mb/s, soit 260Ko/s environ. Quoi ? On ose encore nous vendre de telles tortues numériques ? Quel toupet.
  • 3G : de base hein, car il y a plein de variantes en 3,5G et Jean passe : 1,9Mb/s en théorie, encore pire que les dents bleues de la mort : 240Ko/s avec le vent dans le dos. Etonnant comme les technologies dont la mention vous donne l'air le plus branché sont en fait les moins performantes.
  • 4G : 150Mb/ sur les plaquettes publicitaires, soit 18,75Mo/s chez les Souris Vertes. Génial ! Dommage que les débits pratiques n'aient rien à voir. Attendez la 5G pour du 50Gb/s ! Je ne ferai pas la conversion pour ne pas vous donner le tournis.
  • périphérique USB : on l'a dit, en 2.0 c'est théoriquement du 480Mb/s, donc 60Mo/s, en 3.0 5Gb/s soit 675Mo/s. En pratique des tests montrent qu'on est plutôt autour de 30Mo/s en USB 2 et 100 à 150 Mo/s en USB 3.
  • un disque dur de base : ça peut varier en fonction du modèle, mais on peut considérer que ça se situera quelque part entre 100 et 200Mo/s en pratique
  • un disque ssd (ou mémoire flash) : dans les 200Mo/s au mieux de sa forme, en réalité beaucoup moins, plutôt entre 50 et 100Mo/s. C'est donc moins bon qu'un disque dur de base et 10 fois plus cher ? Mais que se passe-t-il ?


Voilà bien un tableau hétéroclite s'il en est. Mais on n'y comprend plus rien il faut le dire : le disque SSD, la formule 1 de nos de nos espaces de stockage, est moins rapide qu'une vieille deux chevaux en forme de disque à plateaux toute rafistolée ? On m'aurait donc menti ? C'est que, mon cher ami, vous faites la confusion chère à toutes les agences marketing du monde : vous confondez débit et vitesse de transfert. Diantre, ventrebleu et triple-cornegidouille, appellons vite le Professeur Souriso en renfort pour nous expliquer ça !

Le paradoxe de la Reine Rouge


Comme le chocolat, on aime le débit, hmm ça oui, on en voudrait toujours plus. Et ce pour une raison très simple : c'est l'antithèse de cette abomination absolue qu'est la Connexion Lente. Enfin c'est ce que pensent les gens qui croient encore au père noël. Avant d'aller plus loin, je dois m'excuser platement auprès d'un prof dont j'ai suivi le cours de réseaux et qui m'aurait envoyé illico au coin avec un bonnet d'âne s'il avait lu cet article qui en colle des tartines sur la bande passante. Comme il aimait à le répéter à longueur de cours : le débit c'est de la Foutaise. Et bim. Malheureusement, c'est la triste vérité, on s'est laissé attraper au jeu des publicitaires à vouloir comparer joliment tout en octets par seconde, alors qu'en fait cette mesure ne sert pas à grand chose, sauf à redonner, grâce aux Souris Vertes, le respect dû à nos sympathiques facteurs.

Comme la Reine Rouge de Lewis Caroll, celle qui doit courir toujours plus vite pour rester à la même place, nous augmentons sans cesse notre débit pour des connexions toujours aussi lentes. On pourrait mettre ça assez facilement (et à bon droit) sur le compte de la politique assez largement répandue chez les programmeurs insouciants : "puisque tu as plus de ressources, j'en prends plus pour faire la même chose". Mais ça n'est pas, loin s'en faut, le seul facteur d'explication, et même si tous les programmeurs du monde étaient des petits rongeurs de la famille des muridés au pelage émeraude, ça ne vous mènerait pas bien loin de voir grossir sans arrêt les débits de transfert.

Aidons-nous d'une petite image bucolique pour comprendre ce phénomène curieux, et asseyons-nous un instant à côté de cette petite souris verte qui regarde défiler une feuille sur deux rivières qui coulent côte à côte :

Une souris regarde deux petites feuilles dérivant sur deux rivières

Comme c'est charmant. C'est vraiment formidable de voir ces deux petites feuilles descendre exactement à la même vitesse. Pourtant, la deuxième rivière est deux fois plus large (d'accord, ça n'est pas évident sur le dessin, vous excuserez l'artiste amateur qui a des problèmes avec la perspective). Elle a donc un débit deux fois plus élevé. Mais la feuille de la petite rivière arrive aussi vite à notre souris. Oups. Et si on prenait une rivière trois fois plus large, alors ? Quatre fois plus large ? Cent fois plus large ? Qui dit mieux ? Ben toujours pas. Le débit sera cent fois plus grand, c'est vrai, la rivière charriera des kilos de déchets toxiques en plus, mais la petite feuille continuera à son petit train train tranquille. En fait, pour que ça marche, il faudrait que le débit augmente mais que la largeur de la rivière, elle, reste constante, et là notre petite feuille irait plus vite.

Donc quand on parle d'augmenter le débit, on ne sait pas de quoi on parle en fait. Si c'est pour élargir nos tuyaux, ça n'a qu'un seul intérêt : on peut faire passer un paquebot à la place de notre petite feuille, comprendre envoyer du Gros Fichier, et ce gros machin bénéficiera de la même vitesse qu'un petit truc (oui je sais, cette phrase est particulièrement bien tournée, je compte la présenter à un concours d'écriture prochainement). Sur une petite rivière, il faudra tronçonner notre paquebot en pièces détachées et on mettra plus de temps à tout envoyer en file indienne. Mais qui s'échange des paquebots par internet ? Il faut vraiment être tordu.

Nous voilà donc bien avancés, on a une mesure de débit dont on ne peut rien tirer. Il doit bien y avoir un moyen quand même de mesurer la vitesse de notre connexion ? Fort heureusement, c'est possible, on ne va pas se quitter fâchés avec ces satanées souris vertes qui passent leur temps à nous casser la baraque. Ne me faites cependant pas dire ce que je n'ai pas dit : le débit n'est pas totalement anodin, ça peut vraiment être un facteur limitant, surtout en ces temps de dépense somptuaire en terme de transfert réseau. Si vous êtes en dessous d'un certain seuil (typiquement autour de 500Ko/s), vous allez le sentir passer pour afficher des sites bien gourmands. Mais au-delà, à moins d'être accroc aux vidéos en streaming et aux téléchargements en masse que vous attendez en tapant du pied au lieu d'en profiter pour dessiner une ou deux souris, vous ne ressentirez pas de gêne majeure dans votre usage quotidien. Le débit montant lui aussi peut brider votre connexion, même s'il n'a pas besoin d'être très élevé ; s'il commence à frôler le zéro vous aurez l'impression d'être revenu au minitel, quand bien même vous auriez un débit descendant De La Mort.

Avant d'apprendre enfin comment parler intelligemment des connexions réseaux (pas trop tôt), restons un instant à savourer un petit haïku au bord de notre rivière  :
"Feuille de chêne
Feuille de marronnier
Qui tombera la première ?"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Hi ho, c'est l'écho


Bien, de quel moyen disposons-nous pour mesurer concrètement la santé de notre connexion réseau ? On ne pourrait pas envoyer une petite feuille par exemple, et regarder en combien de temps elle nous arrive ? Bravo ! C'est exactement cela qu'on va faire, sauf que les images de nature ne faisant pas franchement partie du vocabulaire courant des informaticiens, on va appeler ça autrement. Non pas que ceux-ci ne sachent pas s'amuser comme vous allez le voir.

Initions-nous un peu à la joie des protocoles réseaux avec ce protocole élémentaire qu'est l'ICMP. Je ne vais même pas prendre la peine d'aller chercher ce que signifie cet acronyme (Il Croit Me Parler ? Ici C'est Moi le Patron ?), personne ne le connaissant sous son petit nom. Comme la plupart des protocoles réseaux les plus anciens, il a été inventé par une bande d'étudiants potaches qui avaient un peu trop de temps à tuer. L'idée simplissime est la suivante : on va envoyer un tout petit message (une petite feuille, si vous voulez) à une autre machine, elle va nous répondre un tout petit message aussi, et on va mesurer le temps que nous prend cette échange.

Et qu'est-ce qu'on peut envoyer de plus simple ? On imagine le débat au sommet, jusqu'à ce que quelqu'un ait cette idée de génie : je te dis "ping", tu me dis ? Eh oui, "pong". Sympa non ? Qui a dit que nos ingénieurs réseaux n'étaient pas de joyeux drilles ? Et encore, vous ne connaissez pas tous ces protocoles merveilleux sur le mode du "je te tiens, tu me tiens, ..." ou du "Jacques a dit" :
- Jacques a dit salut.
- Jacques a dit que Jacques a dit "salut". Jacques a dit bonjour !
- Jacaques a dit que Jacques a dit que Jacques a dit "bonjour !". Jacques a dit ça gaze ?
- ...
En général après un échange de quelques centaines de phrases de cet acabit les deux machines peuvent enfin commencer à bosser pour faire ce que vous leur avez demandé.

Mais revenons à notre protocole ICMP, comme vous pouvez l'appeler si vous voulez clouer le bec à vos administrateurs systèmes, ou bien le ping comme on l'appelle plus fréquemment. Il permet de mesurer ce temps d'aller-retour de notre communication, qu'on appelle la latence. C'est exactement la même chose que quand vous criez et que vous attendez que votre voix soit répercutée par l'écho. Ainsi, comme tous les fanatiques de jeux en réseau le savent pertinemment, c'est bien la latence qui va nous indiquer la réactivité de notre connexion réseau, et on peut s'asseoir bien gentiment sur la notion de bande passante. En plus c'est super facile, comme c'est un temps ça se mesure tout simplement en secondes, ou plutôt en millièmes de seconde (ou millisecondes) si vous n'êtes pas en train de communiquer avec un internaute vivant sur la lune.

Mesurons donc, puisque mesure nous avons. Etonnament, aucune publicité d'opérateur de réseau ou de téléphonie ne vient nous vanter les mérites d'une latence incroyablement basse, de 0,000000001ms à côté des promesses de débits ébouriffants. Pourtant la latence théorique serait un argument de vente formidable, on ne comprend pas pourquoi ils ne sautent pas dessus à pieds joints. En effet, vu qu'on considère que nos petits octets transitent par des courants électriques (sur nos fils de cuivre ADSL) ou des ondes lumineuses (dans les fibres optiques), on peut considérer qu'ils voyagent à la vitesse de la lumière, zoom zoom. Soit 300 000 km/s, excusez du peu. Je suis Ping à 150km de mon copain Pong, combien met-il de temps à me répondre ? Notre signal doit parcourir 300km (vous avez remarqué que je fais exprès de prendre des valeurs qui tombent juste ? vive la paresse), donc il le fera en 300/300 000 = 1/1000ème de seconde, soit 1ms. Ca calme. Même si je parle à l'autre côté de la terre, disons à 6000 km, ça ne fait jamais que 20 fois plus, donc 20ms de latence.

Et en pratique ? Vous vous en doutez, si on préfère généralement passer cette mesure pourtant essentielle sous silence, c'est qu'on n'atteint jamais ces valeurs sur sa petite connexion familiale. Pourtant, la plupart des grosses entreprises du web ont des serveurs disséminés un peu partout dans le monde histoire de ne pas avoir à faire emprunter des milliers de kilomètres à nos (et surtout à leurs) messages. On devrait donc normalement avoir des latences de l'ordre de la milliseconde, mais les centaines de millions de sites de tests de débit hyper perfectionnés qui maîtrisent l'art délicat du ping (vous allez comprendre un peu plus loin la valeur ajoutée incroyable qu'ils représentent) vous diront sans hésiter qu'autour de 20-30ms nous sommes en présence d'une connexion proprement remarquable. Et c'est vrai qu'en deça de 10ms vous avez le droit de vous extasier sur votre connexion.

Après, malgré certaines mires qui osent parler de ping à 400ms comme de simplement "mauvais", je considère qu'au-delà de 100ms en moyenne vous avez intérêt à toujours garder un livre à portée de main de votre écran. En effet, dans des conditions réelles ça n'est pas simplement un petit ping que vous allez attendre. Contemplez par exemple un instant ce blog et ses magnifiques illustrations : quand votre navigateur va chercher la page à afficher, en gros il va chercher une page principale, une page de style, peut-être un ou deux (ou 20 chez les gros bourrins) scripts, peut-être des éléments pour le bandeau de gauche s'ils sont servis à part, et surtout toutes les images une par une. Ca nous fait bien une bonne dizaine d'appels rien que pour notre petit blog pas bien gourmand. Et si tout ça se passe mal, on va donc attendre 100ms par appel, soit une bonne seconde d'attente pour voir la page complètement affichée. Ca reste supportable, surtout pour un contenu d'une telle qualité, mais imaginez le calvaire avec les sites en 3D interactive qui vous remplissent votre écran d'effets spéciaux et de pubs indésirables, là c'est plusieurs secondes d'attente à chaque clic. Ouille ouille ouille, voilà qui va vite nous courir sur le haricot, surtout en ces temps d'instantanéité où il faut que ça fuse et où la moindre lenteur nous impatiente.

Alors pourquoi on ne cherche pas à réduire les temps de latence ? Ah mais c'est sûr que s'il existait une potion magique pour ça on nous en déverserait des marmites sur la tête. Mais si l'on dispose de technologies maîtrisées qui permettent de faire augmenter régulièrement les débits, en gros celles des Plus Gros Tuyaux, la latence est un animal diablement plus difficile à apprivoiser. On sera bien en peine d'inventer des stratégies efficaces pour la contenir, mis à part réduire la distance qui vous sépare de votre interlocuteur. Avouez que ça n'est pas bien malin, c'est ce qu'on fait nous-mêmes spontanément quand on s'amuse avec l'écho. Sauf qu'en l'occurrence, même si on nous vante la mobilité à tous les étages, on ne peut pas décemment demander à l'utilisateur de se rapprocher de quelques milliers de kilomètres du serveur qu'il interroge le temps de lui poser sa question, donc il faudra se résigner à la sagesse des anciens en la matière, "latence pourrie, latence tant pis". 

Comme précédemment, on se donne des ordres de grandeur de latence d'à peu près n'importe quel appareil qu'on peut rencontrer au coin d'un bois, du moins pour ceux qui pensent que la forêt est un magasin d'électronique avec des petits arbres en plastique sur les côtés :
  • ADSL : on l'a dit, la latence se situera si tout va bien quelque part entre 10 et 100ms. Au-delà on fera bien d'apprendre quelques exercices de respiration profonde.
  • fibre optique : là il va falloir sortir notre joker. Théoriquement la fibre a une latence meilleure, et tous les sites bien en vue n'hésitent pas à dire "quasi nulle", nonobstant l'évidence de la limite théorique que nous avons calculée précédemment. Mais en pratique, on ne trouve rien sur le sujet à part quelques chiffres d'usages mécontents qui ont des pings abyssaux, ou d'une étude sommaire qui affirme que la moyenne constatée est autour de 40 à 50ms, autrement dire encore de l'ordre de grandeur de l'ADSL. Décidément la fibre a bien du mal à nous faire rêver.
  • wifi : une bonne nouvelle pour changer, vu les faibles distances, sauf problème de configuration matérielle la latence est négligeable sur un réseau wifi. Attention, ça ne couvre que la portion aérienne du trajet, une fois qu'on est arrivé à l'antenne on retrouve la latence du réseau filaire qui va dialoguer avec Hong-Kong...
  • bluetooth : ici encore vu la faible distance la latence est négligeable, ce qui est bienvenu pour ne pas s'énerver tout seul sur sa souris sans fil qui ne réagirait pas au quart de tour.
  • téléphonie mobile, 3G, 4G : cela dépend évidemment des conditions dans lequel on se place, surtout si vous aimez téléphoner en roulant à 150km/h dans la direction opposée à l'antenne, mais la latence est généralement assez mauvaise sur ces réseaux, de l'ordre de quelques centaines de millisecondes. Urgh.
  • liaison satellite : de l'ordre de la seconde. On comprend pourquoi on préfère utiliser des milliers de kilomètres de câble que des satellites pour l'internet, sans quoi tout le monde aurait depuis longtemps fermé son profil Facebook et descendu son ordinateur à la cave pour ressortir son bon vieil herbier du placard.
  • disque dur : tiens oui, c'est vrai ça, on se refait la comparaison avec le disque dur ? ben c'est assez décevant en fait, le temps d'accès sur une écriture d'un petit bout de fichier est de 1 à 10ms environ. Pas tellement mieux que le réseau finalement.
  • disque SSD : ouh là là là là là là : de l'ordre de 0,01 à 0,1 ms. Vous avez bien lu. Vous comprenez finalement pourquoi vous n'avez pas dépensé tous ces sous en vain : le débit est peut-être moins bon que celui d'un disque à plateaux traditionnel, mais côté réactivité on ne joue pas dans la même cour. Au passage, tous les dispositifs à mémoire flash (clé USB, cartes mémoires d'appareil photo, etc) ont une latence comparable.
  • mémoire vive : le champion toute catégorie, de l'ordre de 10 nanosecondes. Désolé mais là, il a fallu changer d'échelle, ça fait du 0,00001ms, incroyable mais vrai. Moralité : il vaut mieux parfois utiliser sa mémoire que de faire appel à Google. C'est vrai aussi pour les humains !

Je vous sens impatient de connaître la latence de votre ordinateur chéri et de la comparer à celles de vos collègues dès demain à la pause déjeuner. Rien de plus simple en vérité, n'en déplaise aux sites qui vous vendent ce service à gros coups d'avalanches de pubs. Allez faites l'expérience : vous ouvrez un terminal, et puis écrivez tout simplement

STOP!! On ouvre un quoi comment là ? Ah pardon les souris, vous avez bien raison, on avait dit article grand public, là, on va faire fuire tout le monde avec notre ligne de commande rébarbative. Mais allez, si si, essayez, tout le monde peut y arriver, ça vous donnera même des petits frissons d'excitation si vous n'avez jamais fait ça de votre vie. Promis, on ne fera rien de plus compliqué qu'un petit ping-pong rapide. Donc, je disais on ouvre un terminal : si vous êtes sous Linux ou Mac, je vais vous laisser trouver le menu approprié comme un grand. Si vous êtes sous Windows, vous avez peut-être moins l'habitude de vous en servir, alors je vous aide : vous allez dans votre menu, vous tapez 'cmd.exe' dans la barre de recherche d'applications et hop le voilà. Et là vous écrivez tout simplement 'ping www.wikipedia.fr'. Eh bien voilà, vous l'avez votre latence, en plusieurs essais quand même des fois qu'on ait pas de bol sur un paquet donné. Vous pouvez essayer avec d'autres sites pour voir la différence, c'est même recommandé car il peut y avoir des variations importantes.

Remarquez qu'on n'a parlé que de latence entre nous et un serveur distant, mais que le serveur peut avoir besoin d'appeler des copains pour vous répondre (le fameux appel à un ami quand on sèche devant une question), et donc vous rajouter une latence supplémentaire de son côté à lui. Le fait qu'il vous réponde très rapidement sur un ping ne signifie pas pour autant qu'il ne va pas horriblement ramer quand vous allez lui demander sa page d'accueil s'il a été victime d'une attaque féroce de Programmation Avec Les Pieds.


Si loin, si proche


On pourrait s'en tenir là pour nos grandeurs réseautales (ou réseautiques ?), on en a déjà deux, dont une qui ne sert à rien, c'est bien plus qu'il n'en faudrait pour animer une série de conférences high-tech d'un air docte et posé. Mais on pourrait difficilement parler de réseaux sans aborder la notion de portée. Je vous vois venir, vous savez qu'il s'agit de la distance à laquelle vous captez le Oui-Fils avec plein de barres de signal, mais vous allez me dire que ça ne concerne que les réseaux sans fil. Eh bien pas du tout, même s'il est vrai que les effets d'atténuation de signaux sont nettement plus prononcés dans le cas des réseaux sans fil, les réseaux filaires ont également une notion de portée pas du tout négligeable. Si vous ne me croyez pas, je vous invite à dérouler un câble ethernet d'un kilomètre de long, que vous vous serez préalablement fabriqué vous-même vu que personne n'aurait l'idée de vous vendre ça, et de regarder ce que vous avez en sortie de signal, je vous garantis que vous aller pleurer à chaudes larmes.


C'est donc une vérité universelle des réseaux que l'on peut énoncer sans trop de risque de la voir contredite par une Super Nouvelle Technologie : plus je m'éloigne, moins mon signal est bon. Dans ce domaine, on ne peut pas dire, la fibre optique a un avantage certain par rapport aux autres technologies, car les pertes y sont très faibles. Le fil de cuivre (ADSL, ethernet) est lui sujet à plein d'interférences électromagnétiques et autres joyeusetés. On parle d'atténuation du signal dans ce cas. On peut la mesurer en décibels, comme pour l'intensité des sons, mais très honnêtement ça ne nous servira pas à grand chose à part à constater notre manque de bol. On se rappellera simplement que la fibre optique peut se porter sur plusieurs kilomètres, voire dizaine de kilomètres en fonction de sa qualité, sans perte notable, alors que pour le fil de cuivre on serait plutôt de l'ordre de la centaine de mètres au mieux. Mais vous allez me dire que vous êtes généralement à plus d'un kilomètre de votre répartiteur réseau de quartier. Eh bien oui, mais c'est bien pour ça que vous êtes très loin du débit théorique que l'on vous fait miroiter, vous avez tranquillement perdu 20, 30 voire jusqu'à 90% de votre bande passante sur cette petite distance. Et croyez-moi, passé 1km chaque mètre supplémentaire fait bien mal au débit.


Les réseaux sans fils ne sont pas exempts de perturbations en tous genres, Ondes Maléfiques oblige, mais c'est surtout la physique élémentaire qui fait que leur portée est très vite limitée : à cause du fait qu'elle rayonne dans toutes les directions, la puissance du signal émis par une antenne est inversement proportionnelle au cube de la distance qui vous sépare d'elle, si vous me suivez. Autrement dit, chaque fois que vous reculez de 10 mm/cm/m/km par rapport à votre antenne, vous perdez 1000 sur la puissance du signal. Ouille ouille ouille, ça descend vite. Heureusement pour ce qui est de la téléphonie mobile, de la 3G, ou du wifi dans les gares qui sont totalement indispensables à la vie sur terre, on a bien vite trouvé la parade : inonder l'espace public d'antennes. Antennes sur les toits, antennes au sommet des montagnes, antennes au milieu des forêts, antennes dressées dans les champs de tournesol, antennes dans l'espace, antennes sous les mers, antennes dans votre slip comme les cactus de Jacques Dutronc. Un petit site nous dévoile l'état des antennes relais en France ; ne tremblez pas, mais on arrive tout de même à la bagatelle de quelques 50 000 antennes qui embellissent les paysages de notre belle France. Je serais vous, j'irais voir si un opérateur voyou n'a pas mis une antenne dans votre cave pendant que vous lisez cet article.


Quelques chiffres concernant la portée pour les réseaux les plus courants :

  • le wifi, commençons par lui puisqu'il y en a partout : une bonne centaine de mètres en théorie, mais le signal va généralement s'écraser comme une mouche sur quelques obstacles bien choisis, comme par exemple les murs qui ne sont pas en carton.
  • pour la téléphonie portable, 3G et consorts, on est à une portée de 1 à 10km en gros, en fonction de la puissance de l'antenne et de la fréquence à laquelle elle émet.
  • dans la catégorie saut de puce, nous avons le bluetooth : sa portée est de l'ordre de quelques mètres, et encore si personne ne vient respirer trop fort sur le trajet du signal. Mais bon ne nous moquons pas trop, il faut reconnaître que le bluetooth n'est conçu que pour connecter des appareils sans fils à des ordinateurs, il n'a pas besoin de nous envoyer des kilos d'ondes à la figure juste pour connecter votre souris à votre portable à 10cm.
  • pour ceux qui auraient eu l'occasion de voir les équipements radio d'urgence des militaires, qui accusent leur âge, on pourrait bien rigoler en voyant des appareils portatifs que seuls des haltérophiles bien dopés arriveront à soulever. En même temps, on pourra reconsidérer notre perspective en se souvenant que lesdits appareils, en général d'une belle couleur souris verte de camouflage, sont capables d'émettre à une distance de plusieurs kilomètres sans avoir besoin d'une antenne relais fixe de plusieurs mètres de haut ni d'être alimentés par l'énergie d'une petite centrale nucléaire. Les militaires qui nous donnent des leçons d'efficacité énergétique et réseautile (celui-là c'est le bon, non ?) ! On aura tout vu. 


La puissance et la portée des différents réseaux sans fils est liée également à la plage de fréquence sur laquelle elles émettent, notamment à cause des interférences que l'on peut rencontrer dans certaines gammes de fréquence. Par interférence, il faut comprendre les objets qui font obstacle au signal et vont en absorber ou réfléchir une partie, pour leur plus grand bien on s'en doute. La fréquence (en Hz, comme pour le processeur, rappelez-vous) est directement corrélée à la longueur d'onde, qui en retour vous donne la taille moyenne d'un objet qui va interférer avec l'onde. Vous trouverez ici un petit schéma explicatif qui vous donne la taille moyenne de l'onde en fonction de la gamme de fréquence. Si on n'est jamais très réjouis de voir que les fréquences de l'ordre du Ghz, les plus courantes pour les réseaux sans fils (2,4Ghz par exemple pour le wifi), sont de l'ordre de la dizaine de centimètres, soit parfaitement adaptée à l'échelle du corps humain ou d'une souris verte un peu bedonnante, les ondes de très hautes fréquences font carrément flipper car elles peuvent affecter des micro-organismes voire des éléments de la taille d'une cellule. Mais en l'absence de preuve scientifique irréfutable on s'abstiendra de penser que toutes ces ondes émises ont une incidence quelconque sur autre chose que nos petits appareils mobiles qui se délectent des octets qu'ils captent, miam miam.


Petit guide pratique de la connexion lente


Pour finir, les Souris Vertes vous offrent un guide pratique encore plus fort que SuperNumérique.com ou que Ma Connexion Pour les Nuls : un petit état des lieux rapide des problèmes de connexion sur les réseaux.


Alors, ma connexion est lente, mon débit est pourri, d'où cela vient-til-til ? De manière générale, si vous le pouvez, tirez un câble et oubliez les octets semés dans le vent : vous aurez toujours une connexion plus stable, plus rapide et moins énergivore en filaire.


Autrement, comme nous l'avons vu, la première chose à mesurer est la latence sur votre connexion. Celle-ci dépend directement de la distance à parcourir et de la qualité du lien qui vous relie (oubliez le fil de laine même si c'est moins cher et plus esthétique). Si votre latence est mauvaise vis-à-vis de plusieurs sites différents (rappelez vous qu'un serveur peut lui aussi être en train de pédaler dans la choucroute), pas besoin d'aller plus loin, vous êtes arrivés.


Autrement, si la latence est correcte mais que ça bagote tout de même, vous pouvez vérifier votre débit malgré tout le mal qu'on en a dit. Pour cela, vous pouvez tout simplement choisir de télécharger un fichier bien volumineux, comme l'intégrale de Proust ou une application comme libreoffice, et regarder votre vitesse moyenne de téléchargement. Mais comme on l'a bien précisé, il faut commencer à raser la moquette pour que ça devienne vraiment gênant pour une navigation basique. En revanche, si ça n'est toujours pas ça qui semble poser problème, il faudra tester votre débit montant, qui est souvent un grand oublié des suspects potentiels mais qui peut sérieusement vous faire passer en mode coma profond. Pour cela, malheureusement, il n'est pas évident de faire des tests par vous-même, soit vous disposez d'un endroit où vous pouvez envoyer du contenu, comme un partage de documents, et là vous regardez ce que ça donne d'y mettre un bon gros fichier, soit vous vous résignez à aller sur un site de test de débit en slalomant habilement entre les milliers de pubs.


Dans tous les cas, il faudra faire des tests à plusieurs reprises et à différentes heures de la journée pour savoir si vous êtes victime d'un Coup de Pas de Bol Passager ou de la Grosse Scoumoune. Et malheureusement, dans le deuxième cas vous n'aurez pas d'autre solution que de vous résigner à reprendre vos activités extra-réseaufiles (encore un synonyme !) ou bien à chercher à changer de crèmerie, en l'occurrence soit de lieu soit de type de connexion (l'équivalent en version réseau de monter un téléscope de 4m sur votre toit parce que votre antenne télé capte mal). En tout les cas, aucun problème pour suivre les souris vertes, vu la taille des articles il suffit de les ouvrir dans des onglets différents, et le temps que vous ayez fini de le lire croyez-moi le suivant sera déjà là !



Mais où est passé le RPFL (Résumé Pour les Fatigués de la Lecture) ?

Nulle part en fait, pas de résumé cette fois. Ni plus tard en fait. Désolé, il s'agissait d'une basse manoeuvre commerciale, une promotion de lancement pour le démarrage du blog un peu comme ces échantillons gratuits qu'on vous distribue pour votre plus grand bien à la sortie du métro. Mais maintenant que vous avez pris le rythme, que vous êtes même totalement accroc à l'infusion de souris verte, vous êtes capable de vous débrouiller comme des grands et d'aller lire les articles en entier, si si n'ayez pas peur. Vous l'aurez compris, aux Souris Vertes on milite pour le texte plutôt que pour l'image, et pour la lecture plutôt que pour le confort facile. Alors on dit au revoir aux résumés et à notre premier dossier, puisqu'on a fini notre petit tour des grandeurs et autres mesures du numérique. Mais on a encore plein de choses à découvrir, oh que oui !
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Grandeurs du monde numérique (4) : Les spectaculaires performances des jeux vidéos
Date 14/05/2016
Ico Dossier
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Jeux vidéos : une souris dans le viseur

"Le saule

Contemple à l’envers

L’image du héron."


Nagata Koi (1900-1997)


Attention, âmes sensibles s'abstenir.


Autant prévenir tout de suite, cet article va parler de jeux vidéos, ceux où on dégomme au bazooka des aliens mutants qui explosent dans des gerbes d'entrailles, ceux où une héroïne aux proportions très légèrement (si légèrement) exagérées saute à pied joint par-dessus des précipices De La Mort, ceux encore où l'on a à peine le temps d'admirer un superbe effet de lumière sur une surface d'eau qu'un développeur a mis 2 ans à concocter parce qu'il faut chasser une armée d'orcs sanguinaires à grand coup de masse d'arme.


On ne parlera donc pas de ces jeux où on doit envoyer une petite souris verte cueillir une pâquerette au bord du champ, ou bien encore de mon type de jeu préféré : celui où il faut

ramasser la-clé-au-fond-du-puits à l'aide de la-canne-à-pêche-dérobée-au-pêcheur-de-l'entrée-du-lac pour ouvrir la porte-qui-donne-accès-au-journal-déchiré-du-disparu-auquel-il-manque-une-page, mais pas de panique elle se trouve sous la pierre qui était située au pied de l'arbre devant lequel on est passé il y a 2 heures. Je ne plaisante pas, j'adore réellement ces jeux (cherchez 'point&click' sur votre moteur de recherche préféré et découvrez tous ces trésors cachés).


Mais pourquoi cette discrimination multimédiale s'indignent les souris ? Je pourrais répondre que c'est l'arbritraire de la vie, que c'est çui qui écrit le blog qui commande non mais, et encore ne me demandez pas de parler de ces jeux consternants où on peut passer 2 heures sur son téléphone à lancer des pingouins en l'air ou à faire skier des lapins qui ramassent des carottes au passage ; pourquoi aussi ne pas faire courir virtuellement un hamster dans sa cage (mais ça existe déjà sûrement).


Aïe ! Une souris vient de me tirer l'oreille : le sujet de l'article n'est pas de donner un cours d'esthétique du goût en matière de jeux vidéos, me dit-elle, alors venons-en au propos et que ça saute. Quel propos déjà ? Ah c'est vrai : aujourd'hui on va se demander comment mesurer le fait que notre ordinateur bichonné et lustré est bien équipé pour jouer à des jeux vidéos, si possible mieux que celui du voisin.


A la recherche de la mesure perdue


Pour revenir aux différents types de jeux vidéos, c'est un fait qu'aujourd'hui c'est essentiellement la catégorie Gros Bourrin qui alimente la course à la performance visuelle. Car, comme pour les téléviseurs et autres lecteurs vidéo, c'est toujours la qualité d'image qui nous fait bondir comme pour attraper la queue de Mickey au manège. Apparemment personne ne trouve à redire au fait qu'on puisse vendre un appareil portable ultra génial qui fait de la vidéo super haute définition mais dont les haut-parleurs par ailleurs crachotent un vieux souffle asthmatique qui fait quelque peu grimacer le mélomane.


Et puisque l'on mise tout sur l'image, comment fait-on pour mesurer les performances visuelles de nos machines ? L'enjeu est de taille tout de même, comme souvent le fait de quantifier les choses va permettre de vous faire honte avec votre vieille bécane et vous faire comprendre qu'il est temps de changer. Mais contrairement à ce que l'on a vu dans les articles précédents sur la mémoire, le stockage ou le CPU, on ne dispose pas de données physiques évidentes pour générer du Gros Chiffre : les performances des cartes vidéos dépendent plus de leur conception globale que d'une métrique unique comme le nombre d'unités de calcul ou la quantité de leur mémoire interne.

Il a donc fallu bosser dur, mais avec un peu de jus de cerveau et du temps on a finalement trouvé le Saint-Graal du comparatif numérique : le FPS. Ouh là qu'est-ce donc ? Le Front Populaire des Souris ? La Fondation Pastorale et Sociale ? Déjà on nage un peu dans le flou, car figurez-vous qu'il s'agit du même acronyme pour désigner un type de jeu qui se mesure justement souvent en FPS, le FPS. Traduire : le First Person Shooter, celui où on tire au bazooka (ou au lance-flammes si on préfère, il y a différentes écoles en la matière). Et pour mesurer tout ça, on va compter le nombre de Frames Per Seconds, c'est-à-dire le nombre d'images par secondes. Plus vous pouvez afficher d'images par seconde, plus fluide est le jeu, et par rebond plus puissant est l'ordinateur qui arrive à produire ce résultat fantastique. Donc si j'affiche en moyenne 120 images par secondes pendant que je tue mes aliens, et que le voisin lui n'en affiche que 60, eh bien ma machine est deux fois plus puissante et je peux lui rire au nez.

Le problème c'est que si vous observez l'écran de votre voisin et le votre pendant votre partie, vous risquez d'aller au devant d'une grave désillusion, car vous n'arriverez à déceler aucune différence de qualité entre les deux, même dans un état d'ébriété avancée. Damned ! Vous avez lu tous les tests de SuperMatos.fr, vous avez investi dans une machine plus chère, plus gourmande, qui chauffe plus que votre grille-pain, et tout ça au final pour vous retrouver avec le même rendu que le premier plouc venu ? Je voudrais qu'on m'explique !
 
Tout est une question de physiologie de l'oeil humain, qui a une structure comparable à celui de la souris verte :  selon un effet bien connu du cinéma et de la télévision, si l'on projette 25 images par seconde sur un écran, l'oeil ne perçoit pas les saccades entre les images et vous fait percevoir un mouvement continu. Même si l'oeil est encore capable de percevoir une différence de qualité subtile entre 25 et 30 voire 40 images par seconde pour ceux qui auraient l'oeil du lynx, au-delà ça devient tout simplement pareil pour lui : ça bouge, c'est fluide, et voilà. Bon disons-le tout de même, l'affichage des jeux vidéos ne suit pas exactement les mêmes mécanismes de perception que les films, et il y a débat sur le nombre de FPS qu'un oeil humain est capable de distinguer, on peut lire par exemple sur le sujet cet article intéressant.

Malgré ces controverses, et notre amour immodéré pour la castagne d'horribles monstres verts (aucun lien de parenté avec des souris vertes), il va tout de même être difficile de nous faire courir acheter du matériel si c'est pour passer de 300 à 400 images par secondes dans nos jeux préférés. Il va falloir actionner quelques leviers malins pour que les jeux qui sortent restent toujours à la limite où seuls les ordinateurs les plus récents peuvent les faire fonctionner proprement, c'est-à-dire garantir de manière constante une fluidité supérieure à 30 ou 40 FPS.

On aurait pu s'attendre à ce que l'industrie des jeux vidéos applique la stratégie bien connue des éditeurs de logiciels bureautiques, celle de la Programmation Avec Les Pieds, qui permet de faire ramer avec aisance un appareil 10 fois plus puissant avec chaque nouvelle version. Mais force est de constater que ce n'est pas le cas, les jeux vidéos sont au contraire généralement tellement optimisés qu'on ne peut qu'admirer une telle débauche d'énergie créatrice au service de la baston virtuelle ; pour ceux qui ne sont pas familiers avec cet univers, et pensent que les jeux sont conçus par un lunetteux à cheveux gras seul au fond d'une cave, il faut voir que la réalisation des jeux vidéos les plus en vue est aujourd'hui comparable en terme de budget et d'équipes à celle des plus gros blockbusters du cinéma.

Aubaine tout de même pour les fabricants de matériel, il faut préciser que l'augmentation régulière des résolutions des écrans a eu comme corollaire de réduire fortement les performances des jeux. Je confesse une profonde ignorance des algorithmes en oeuvre dans les moteurs 3D utilisés par les jeux, donc je ne peux que me contenter de ma boule de crystal pour dispenser des chiffres à la truelle magique, mais quand on sait qu'augmenter de 20% la diagonale d'un écran augmente déjà les calculs de surfaces de 44%, et de plus de 70% pour les volumes, on comprend que l'addition peut vite monter.


Effets partout, justice nulle part


Attention les souris, on ouvre grand les oreilles car je vais vous donner la méthode miracle pour mettre à genoux n'importe quel supercalculateur d'images 3D et lui conférer la démarche alerte du jeune escargot en montée dans la tempête avec le vent de face, j'ai nommé l'Effet Inutile et Coûteux. La recette est simple : on prend une image 3D qu'on a déjà bien sué à générer, et on décide qu'il reste plein de défauts, et qu'il faut lui appliquer un traitement de choc du type antibiotique à large spectre pour éliminer ces 150 pixels qui ont la mauvaise idée d'être mal placés par rapport à leurs 2 millions de copains.

La plus connue de ces méthodes de filtrage est l'anti-aliasing, qui a pour tâche de lisser par des effets de couleur les contours droits qui apparaissent irréguliers à cause du découpage en pixels de l'image, un défaut qui a tendance à capter le regard ; on peut en voir un exemple ici . Cette technique est utilisée très largement pour corriger les images, les vidéos ou même les polices de caractères, mais elle a ceci de particulier qu'il faut l'appliquer plusieurs fois de suite pour qu'elle soit efficace. Autrement dit, vous aviez généré une image, et il faut la retraiter 2, 4 voire 16 fois dans la foulée, bonjour la dépense d'énergie. On prendra garde à ne pas prendre ces AAAA qui désignent le degré de filtrage pour le label qualité de l'andouillette locale.

On commence à pouvoir ajouter une variable à notre équation Plein de FPS = Super Youpi, à savoir Plein de FPS+anti-aliasing 16x=Super Hyper Youpi. Et ça n'est pas fini, car il existe quantité de méthodes de filtrage toutes plus complexes et plus coûteuses les unes que les autres. Si vous avez aimé l'anti-crénelage de base, vous adorerez le filtrage anisotropique ou la projection sphérique du professeur Souris Verte. On peut même en rajouter une couche avec les ombres, les effets de lumière, de surface d'eau, etc qui sont également une valeur sûre si vous voulez faire mouliner gaiement votre machine.

J'entends déjà les cris effrayés des gens qui vont me dire qu'on ne va tout de même pas se mettre à vivre sans tous ces beaux effets juste parce que ça consomme une quantité astronomique de ressources pour une cerise minuscule sur un énorme gâteau. Eh bien moi je dis si, en fait si, on ferait bien de s'en passer. Pourquoi ? Tout simplement parce que, par un effet d'habituation du cerveau autant que par le fait qu'on se concentre sur le contenu du jeu, on fait très vite abstraction des qualités ou des défaults purement visuels. Et alors c'est l'atmosphère et la qualité du jeu qui priment, choses qui ne souffrirons certainement pas d'une légère dégradation de la qualité d'image ; quiconque a déjà pris du plaisir à jouer à un jeu un tant soit peu ancien comprendra bien cela. On pourra toujours faire l'expérience : on commence en activant toutes les options de filtrage De La Mort qu'on peut, on joue 15mn et on désactive tout ; 9 chances sur 10 qu'on ne remarque rien si on est suffisamment pris dans l'action. Et très honnêtement, si tout ce qui fait l'intérêt d'un jeu est la super texture de la peau du zombie qu'on essaie de trucider, autant sortir se promener, au moins on aura peut-être la chance d'apercevoir une petite souris au détour d'un chemin.


Le charme discret de la carte graphique


Ca pourrait étonner ceux qui n'utilisent pas leur ordinateur pour jouer, mais on devrait parler plutôt de moteur d'avion que de ronronnement délicat quand on évoque la carte graphique en fonctionnement. A tel point que tous les bancs d'essai qui nous vantent du FPS à gogo n'omettent jamais d'inclure un diagramme en décibels pour qu'on sache de quel modèle de casque de chantier se munir pour bénéficier de ces miraculeuses performances.

Je précise avant qu'une souris verte ne commence à me contredire que je sais bien que personne ou presque ne s'étonnera qu'un ordinateur fasse plein de bruit, vu le peu de soin apporté souvent à la conception des ventilateurs qui refroidissent les différents composants qui l'équipent, en revanche d'aucuns pourraient légitimement ne pas comprendre comment toute cette nuisance pourrait provenir de la carte graphique, un composant dont ils ne soupçonnaient peut-être même pas l'existence. C'est un paradoxe savoureux que n'importe quel ordinateur de bureau puisse tourner sans effort avec une carte vidéo d'il y a 20 ans de la taille d'une carte de crédit (on excluera tout de même la possibilité de lire des formats vidéos Méga Haute Définition qui réclameraient un modèle un tout petit peu moins vieux), mais qu'il faille tout de suite passer à l'échelle thermonucléaire si on souhaite jouer à des jeux 3D, même pas forcément récents. Dans la grande majorité des machines, la carte vidéo est donc LE composant au rabais et pas mis en avant par excellence, mais pour les furieux de l'image qui claque c'est un composant plus cher, plus gros, plus bruyant, plus tout ce que vous voulez, que tous les autres additionnés.

On constate l'ampleur du phénomène si l'on s'intéresse à des indicateurs bien terre à terre qui ne sont pas directement en rapport avec la qualité des jeux, comme par exemple la température dégagée qui explique la turbine d'avion nécessaire pour refroidir la bête, ou la taille réelle de ces cartes qui pourra vous obliger à investir dans une tour de la dimension d'un petit frigo. En contrepartie les performances sont bien là, on ne peut pas dire : une carte graphique haut de gamme a une capacité de calcul à faire pâlir les plus gros processeurs, à tel point que bon nombre de projets de recherche ont commencé à essayer de les utiliser à la place des processeurs pour faire tourner leurs algorithmes. Malheureusement, étant davantage conçues pour le rendu des gros monstres que pour faire avancer la science, ces composants restent encore largement sous-utilisés de ce point de vue.
 
Ecologie numérique oblige, on gardera surtout en tête de s'intéresser à la consommation en watts des cartes graphiques, qui n'a cessé d'augmenter malgré tous les progrès réalisés dans le domaine de la miniaturisation et de la consommation des unités de calculs. Les constructeurs ont tout de même fini par introduire un mode qui permet de consommer moins lorsque la carte n'est pas en train de faire des calculs 3D, soit la majeure partie du temps, mais on est encore loin du compte par rapport aux cartes toutes simples qui ne sont pas destinées au marché des gamers fous.

Les plus acharnés pourront aller jusqu'à coupler deux cartes graphiques en parallèle si leur matériel et leur porte-monnaie le supportent, pour un gain qui sera bien évidemment loin d'être doublé, même selon les mesures discutables qu'on a évoquées, mais une consommation et des nuisances qui, elles, seront bien strictement multipliées par deux. Mais que ne ferait-on pas pour voir ce miroitement parfait du lance-roquettes auquel on a appliqué un filtrage SAxAAAAA dernière génération ?


Et on finit en beauté par un petit RPFL (Résumé Pour les Fatigués de la Lecture)


La mesure qui tue pour les jeux vidéos : le FPS (Frame Per Second, ou image par seconde). Elle ne sert pas pas à grand chose à part dessiner de superbes diagrammes dans les comparatifs numériques.


On peut aussi s'amuser avec des chiffres comme le niveau d'anti-aliasing et une pléthore d'effets tous plus exotiques les uns que les autres.


Mais on regardera plutôt avec profit du côté des indicateurs bassement matériels qui nous feront réfléchir à deux fois avant de nous extasier sur la dernière carte graphique GreenMouseXT690 : la consommation en watts, le bruit généré en décibels, et même la taille des monstres en cm.


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Grandeurs du monde numérique (2) : Octets et compagnie, les rois du stockage
Date 06/05/2016
Ico Dossier
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Une souris stocke des petits bouts de papiers dans un carton

"Avec sa petite faucille

Comment pourra-t-elle

Faucher tout le champ?"


Paul-Louis Couchoud (1879-1959)


On parle de stockage numérique donc. Normalement pour bien faire il faudrait commencer par parler des bits, mais à vrai dire on s'en fiche pas mal du bit, c'est l'unité de langage de la machine mais ça fait bien longtemps qu'on ne parle plus à notre ordinateur avec ce genre de petit mot doux. Tout le monde sait qu'un bit c'est un 0 ou un 1, mais ça ne nous avance pas à grand chose de dire ça, surtout qu'on ne compte plus rien en bits, pour vous dire même en programmation on stocke généralement un 0 ou un 1 sur au moins un octet.


L'unité élémentaire pour stocker de l'information, c'est l'octet (byte en anglais, représenté avec un B). D'ailleurs quelle est la taille de ce fichier que je vois sur mon disque ? Eh oui, 10kB, soit 10 kilo-octets. Ou 10ko si vous avez un système qui francise aussi les unités.


Bon alors l'octet, c'est gros, c'est petit ? Ben c'est pas mal en fait, dans un octet on peut déjà mettre un chiffre, une lettre, minuscule ou majuscule, ou même une ponctuation. Bien sûr pour les accents ou les caractères cyrilliques on repassera, dans ce cas il faudra utiliser plusieurs octets (entre 2 et 4 généralement), mais bon ça nous donne déjà un ordre de grandeur assez simple. En gros un octet c'est un signe d'écriture, donc avec mon fichier de 10 kilo-octets j'ai déjà l'équivalent d'un texte de 10 000 signes. C'est déjà beaucoup sachant qu'un tweet c'est 140 signes maximum, et que dans la presse un feuillet contient 1500 signes, à peu près l'équivalent d'une page A4 dactylographiée. Autant dire que ça représente sans doute plus de mots que ce que je peux écrire par mail en un mois. Pourtant qui va vous dire qu'aujourd'hui un fichier de 10 kilo-octets c'est gros ? Sans doute pas grand monde, à part peut-être quelques rescapés de l'informatique des années 1980, qui ont connu cette grande période de privation où le kilo-octet restait bien la limite de stockage sur disque ou en mémoire et où le moindre octet comptait. On n'en est plus là, sans quoi croyez-moi je ferais des phrases moins longues.


Bien, l'octet, ça va, le kilo-octet aussi on a compris. Mais il y a plus gros non ? Ah ça oui, après on commence à énumérer les lettres grecques : le méga-octet (MB ou Mo), c'est mille fois plus qu'un kilo-octet, soit un million d'octets. Un million de caractères ! Ca commence à faire. Pour vous dire, l'intégrale des Misérables, de Victor Hugo est proposée sur l'excellent projet Gutenberg en un fichier texte qui pèse un peu plus de 3Mo. Avec 10Mo vous avez l'intégrale de Proust.


Mais il y a mieux : le giga-octet (GB ou Go), notre unité la plus répandue aujourd'hui (j'ai x gigas sur mon téléphone, sur mon baladeur mp3, voire sur mon GPS, mon frigo, etc), représente le milliard d'octets, rien que ça madame. Je pense qu'en prenant tout ce que j'aurai écrit durant ma vie, ce blog compris, on n'y arrivera pas : ça représente 100 fois A la recherche du temps perdu quand même.


Pourtant c'est en centaine de gigas qu'on compte maintenant, voire, puisqu'on finit toujours par aller plus loin, en tera-octets. Là on atteint des strates où personnellement moi je commence à perdre pied. Ca fait 1000 giga-octets, ça c'est d'accord, mais il y a un seuil à partir duquel plus gros que gros ça reste juste gros, si vous voyez ce que je veux dire. C'est du même ordre de grandeur que le nombre de cellules dans un corps humain par exemple.


Mais bon on ne peut pas s'arrêter là, en informatique industrielle, et ne doutons pas bientôt dans nos petites machines personnelles, on parle déjà de peta-octets, soit encore 1000 fois plus gros. Et pas de panique, on a encore quelques lettres grecques sous le coude pour ceux qui n'en auraient toujours pas assez (on se demande bien ce qu'ils peuvent avoir à se raconter, tout de même, pour avoir toute cette information à échanger ou stocker). Et si même l'alphabet grec n'y suffit plus, on pourra toujours rajouter le Très Gros Octet (TGo), le Vraiment Super Gros Octet (VSGo), et le plus géant de tous, plus gros que gros, le Grosse Souris Verte Octet (GSVo). Gageons qu'avec ça même les boulimiques effrénés de consommation numérique auront de quoi voir venir.


Et le multimédia dans tout ça ?


Je sens bien que les petites souris vertes ne sont pas convaincues. C'est bien beau de tout compter en kilos de Proust, mais on ne passe pas notre temps à s'échanger des livres ou des messages en pur texte. Ce qu'elles aiment les souris, c'est s'envoyer des photos de grenier ou des vidéos d'insectes. Et là tout de suite, on change d'échelle pour le stockage. Comment garder un point de comparaison avec ces types de fichier alors qu'on ne joue plus du tout dans la même catégorie ? Il faut dire que dès qu'on parle de multimédia on dégaine l'artillerie lourde côté stockage : on est tout de suite à quelques Mo pour la moindre photo ou le moindre morceau de musique, et des Go même pour des vidéos.


Ce qui nous inspire déjà une réflexion simple : parfois, il vaut mieux dire les choses avec des mots. Eh oui, plutôt que d'envoyer une photo de vous où vous avez marqué "Tu nous manques" ou "Joyeux anniversaire" sur photoshop, un bon vieux message peut faire l'affaire, et ça sera l'occasion de vous raconter davantage de choses, vu que vous avez le droit à autant de mots que les Misérables pour faire un fichier de même taille (et même davantage encore, car le texte peut se compresser de manière quasi magique).


Mais je reconnais qu'on ne peut pas toujours tout faire avec du texte, et des fois c'est bien pratique d'utiliser une photo ou une vidéo. C'est quand même déjà bien de prendre conscience de ce que ça représente en quantité d'information, ça permettra peut-être de considérer tout ça un peu moins à la légère, comme des objets vite créés et aussitôt oubliés.


La multiplication des formats de compression et d'encodage fait qu'on trouve un peu tout et n'importe quoi sur la taille des fichiers multimédia. Une image en format totalement brut peut peser plusieurs centaines de Mo, alors qu'elle peut peser moins d'un Mo si elle est correctement encodée. C'est la même chose avec les vidéos, en fonction de la qualité et du type d'encodage on peut varier d'un facteur 100. Il faudra revenir dans un autre article  sur la question de la compression des fichiers multimédias, mais en attendant on peut garder quelques ordres de grandeur en tête :

  • une photo correctement encodée (par exemple en jpeg ou en png), dans un format qui n'est pas destiné à être imprimé sur un mur de 30m de large, pèse quelque chose entre 500ko et et 2Mo. Quand on m'envoie une photo plus lourde, en général je commence à froncer les sourcils. Au delà de 5Mo je peste dans ma barbe, à 10Mo j'appelle la police.
  • une chanson encodée en mp3, ou encore mieux dans le format libre ogg, pèsera quelques Mo. Même si ça reste variable en fonction de la qualité, de la durée et du contenu, un album complet représentera souvent de l'ordre de 100 Mo. Si vous avez des albums de plus de 500Mo pour une heure de musique, consultez votre spécialiste.
  • une vidéo de deux heures dans un format pas trop gourmand (mpeg4 par exemple) pèsera 1 à 2Go maximum. C'est déjà énorme quand on pense à la quantité de texte, de photos ou de musique que ça représente pour un seul film. Disons le tout net, les vidéos sont ce qu'il y a de pire côté stockage, et là on parle de vidéos correctement encodées. Si vous faites une vidéo de deux heures avec votre téléphone en gardant les réglages par défaut, vous pouvez d'ores et déjà louer un espace de stockage dédié chez Amazon rien que pour votre petit film.


Evidemment on peut toujours vouloir la qualité maximale pour tout et tout le temps, comme de la Super Haute Définition de la Mort Qui Tue en 3D blue-ray intergalactique, pour voir nos petites souris vertes avec encore plus de détails. Moi personnellement je n'ai jamais trouvé que ça rendait le film ou la chanson meilleure (les petites souris restent chouettes quel que soit le format choisi), mais chacun est libre d'y trouver son compte, à condition tout de même de savoir que ce choix multiplie par 10, 20 ou même parfois 100 la quantité de données à stocker ou échanger pour un gain visuel ou auditif quasi nul au-delà d'un certain seuil. D'ailleurs ceci conditionne aussi la vitesse à laquelle vous allez remplir vos différents espaces de stockage. Si j'ai un disque de 100Go, je peux soit mettre une centaine de films bien compressés dessus, soit une dizaine de films en haute définition avant de retourner au magasin m'en trouver un plus gros.


Des troubles de mémoire ?


Tout ce qui vient d'être dit s'applique au stockage des fichiers, qui prennent donc une place plus ou moins grande sur les divers disques durs, clés USBs, CD-roms, DVD-roms, mémoire flash des téléphones, ou autres disquettes double-face. Tiens au passage, et pour rappel pour ceux qui vivraient encore au temps des cavernes et qui auraient encore des lecteurs de supports amovibles : une disquette contient 1,44 Mo, un CD 700Mo, un DVD 5Go environ.


Mais qu'en est-il de la mémoire vive, ou RAM, de nos petits appareils ? Vous aurez sûrement remarqué que, si on compte toujours avec les mêmes unités pour cette mémoire, en général on aura du mal à vous vanter des peta-octets de mémoire vive juste pour faire saliver le chaland ou par amour de débiter des Gros Chiffres. C'est que si la mémoire vive est netttement plus performante que les autres formes de stockage, elle est bien plus chère à produire et en quantité bien plus limitée pour pouvoir fonctionner à plein régime. On l'utilise donc avec parcimonie. On pourrait sans problème faire tourner un ordinateur avec un disque dur à la place de la mémoire, mais croyez-moi si on ne vous l'a jamais proposé (imaginez le discours des revendeurs de camelote numérique si on pouvait afficher 1To de mémoire !), c'est que c'est une très mauvaise idée, ça transforme votre carrosse en citrouille en un coup de baguette magique. Donc pour la mémoire vive, ceinture, on restera à quelques giga-octets, et pour supporter plus d'une dizaine de gigas il faudra même investir dans du matériel qui le supporte. Windows XP, par exemple, ne peut travailler qu'avec 2Go de mémoire maximum, au delà il ne se rendra même pas compte de toutes ces richesses que vous déversez à ses pieds, et la plupart des cartes mères pas trop récentes (rien à voir avec votre mère, il s'agit du composant qui fait dialoguer le processeur avec la mémoire, les disques durs, le réseau, etc) ne supporteront pas plus de 8Go de mémoire.


Mais alors c'est quoi cette machine qui n'a même pas assez de mémoire pour accueillir une vidéo digne de ce nom ? Qu'on se rassure, pour fonctionner un ordinateur n'a pas besoin de tout mettre en mémoire, sinon on serait mal, il suffit qu'il y écrive des petits bouts qui l'intéressent à chaque fois. C'est pourquoi la mémoire vive, si on excepte le processeur qui est l'objet de notre prochain article et qui joue vraiment dans une autre catégorie côté roulage de pouces, est sans doute un des composants les plus sous-utilisés dans nos appareils numériques. Même si, vu la course à l'armement numérique, les fabricants de logiciels ne prennent plus trop de gants et consomment des quantités astronomiques de mémoire pour nous afficher l'heure ou le temps qu'il fait dehors, on serait bien en peine de voir un système manquer de mémoire aujourd'hui si on n'est pas en train de lui faire séquencer un génome (de souris verte de préférence) ou autre chose du même ordre. Pour une utilisation purement bureautique, ou même pour des jeux, et quel que soit le système d'exploitation, on doit pouvoir fonctionner bien tranquillement avec 2Go de mémoire vive. Tenez, moi qui vous parle, j'ai 4Go de mémoire vive sur mon super ordi qui a de l'âge mais pas une ride. Je ne doute pas que pas mal de téléphones derniers cris auront davantage, mais en attendant même avec quantité de logiciels ouverts, qui s'allouent gentiment bien plus de mémoire que nécessaire au cas où parce qu'il y en a plein de disponible, eh bien même là j'utilise moins d'un tiers de la mémoire disponible. Et encore c'est parce que je suis bien dispendieux, j'utilise un système d'exploitation en 64 bits (tiens ? des bits ? eh oui des fois on en parle quand même), parce qu'avec un système en 32 bits, moins gourmand, c'était une vraie peine de voir 80% de ma mémoire jamais utilisée. Conclusion : n'écoutez pas ces sirènes qui vous disent que si votre machine ne tourne pas bien, c'est qu'elle manque de mémoire. Ou qu'il faut changer de machine. Soit vous changez de sirènes, soit vous installez un système d'exploitation moins gourmand. Ca sera l'objet d'une autre histoire sans doute.


Et pour finir, le RPFL (Résumé Pour les Fatigués de la Lecture)


  • un octet : un chiffre, une lettre ou plus généralement un signe en langage de presse
  • 1,5ko : environ 1500 signes, soit  un feuillet de journal ou une page A4 dactylographiée
  • 10Mo : tout Proust dans un seul fichier. Génial non ?
  • une photo de taille raisonnable et correctement encodée : 500ko à 2Mo
  • une chanson en mp3 ou équivalent : de 1 à 10 Mo. Un album complet correctement encodé : de 50 à 100Mo
  • une vidéo de deux heures correctement compressée : 1 à 2Go
  • une disquette : 1,44Mo
  • un CD-ROM : 700Mo
  • un DVD-ROM : 5Go
  • à partir de 2Go de mémoire vive, la mémoire n'est jamais un problème






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