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Le Petit Geste Du Jour : je change les réglages de mon appareil photo
Date 20/05/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
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Une souris verte prend une photo

"Sur l'image sainte

Elle lâche une fiente

L'hirondelle"


Yosa Buson (1716-1783)

Aujourd'hui, et parce que c'est vous, nous transformons un Tout Petit Geste en un Effet de Manche tout à fait spectaculaire, un tour de prestidigitation à côté duquel faire disparaître la tour Eiffel devant cinquante mille personnes fait délicatement pouffer. Car nous nous promettons rien de moins qu'une transmutation alchimique profonde de tout appareil photographométronique, et je dis bien tout, et même plus encore puisque l'on peut ajouter sans vergogne téléphones, caméscopes, tablettes, webcam, souriscopes, et autres capteurs de contenu multimédia. En quelques instants, et sous les yeux ébahis de la foule en délire, nous allons changer le plomb de la grosse photo balourde en une fine couche  d'or fin sous la forme d'un fichier aussi léger qu'une plume.


Avant d'expliquer le mais pourquoi du comment donc de cette opération renversante, il me faut présenter platement mes excuses à toute la compagnie de souris vertes qui s'agite gaiement autour du bureau en cette belle matinée. Cela fait en effet plusieurs semaines, mois même, années peut-être ? des siècles ? Euh, ne nous emportons pas, ce blog a encore la fraîcheur du jeune souriceau, donc on ne saurait remonter si loin. Mais bref, cela fait bien longtemps que les souris unanimes militent pour la publication de cet article, qui est dans la filiation directe de nos formidables billets sur les grandeurs du monde numérique, dont nos plus anciens lecteurs se souviendront peut-être avec émotion.


Tu veux ma photo ?


Il était donc plus que temps de céder au lobbying incessant des petites souris bien remontées contre le phénomène absolument destructeur du Réglage Par Défaut Ridicule. D'autant que l'inondation à travers tous les systèmes de communication de contenu multimédia produit sans aucune précaution menace sérieusement de ravager la planète. Etant donné que le texte n'intéresse plus personne, et que la vidéo est encore difficile à diffuser à la pelleteuse vu la bande passante qu'elle consomme, ce sont bien les photos et images en tout genre qui constituent l'essentiel des échanges à travers les réseaux informatiques, et qui viennent ensuite gentiment s'inscruster dans des espaces de stockage dont le guichet reste ouvert 24h/24. Rien que sur FesseBouc, un service à l'odeur pour le moins douteuse, ce sont pas moins de 200 millions de photos qui sont ajoutées chaque jour, pour un total pour le moment de 90 milliards, rien que ça.


Bien entendu, il serait opportun de s'interroger sur l'utilité finale, et plus avant sur le sens profond de cette tendance à l'accumulation compulsive de données qui veut tout montrer et rien oublier ou simplement taire. Sans compter la possibilité parfaitement immature de consommer toujours plus d'objets numériques sans s'interroger sur leur devenir ni assumer aucune responsabilité dans leur cycle de vie ; voilà bien une possibilité de pollution par prolifération nettement démultipliée par rapport au monde réel finalement bien risible avec ses quelques centaines d'objets inutiles qui traînent à la cave ou au grenier.


Mais, même si ça n'est pas le désir de polémiquer joyeusement qui nous manque, nous laisserons là la discussion philosophique, anthropologique, sociologique, philogénétique et tout ce que vous voulez ajouter en -ique (une souris à droite me suggère le très mignon "souristémique", je m'en vais de ce pas pétitionner l'académie française pour son entrée dans le dictonnaire) pour nous concentrer sur notre geste salvateur du moment. Commençons déjà par nous assurer de ne pas consommer de l'octet à la tonne, ensuite chacun pointera son petit objectif vers ce qui lui plaira et en son âme et conscience.


Scandale inouï du réglage inique (et réciproquement)


Aux souris vertes, nous n'avons pas peur de prendre des risques, et nous allons de ce pas briser le silence complice, l'omerta tacite, la complaisance facile qui autorisent aujourd'hui la commercialisation de dizaines de milliers d'appareils numériques avec des réglages embarqués qui relèvent tout bonnement d'un scandale environnemental, social et de santé publique tout à la fois. Imaginez un instant que l'on ne propose plus à la vente que des biberons de 2 litres pour inciter nos nourrissons à consommer davantage, les fainéants, ou des rouleaux de papier toilette à cinquante épaisseurs que vous aurez même du mal à plier, pour soutenir la croissance mondiale qui en a bien besoin, et vous aurez une bonne idée de la finesse de conception et de l'intelligence stratégique qui anime l'industrie numérique au moment de vous produire un appareil photo.


Il est acquis que l'on peut désormais produire des capteurs ultra-sensibles à des coûts si risibles que l'on peut en habiller gentiment le moindre gadget électronique, tout cela dans une grande débauche débonnaire de métaux rares et d'énergie fossile. Mais, non content de nous équiper d'un matériel optique nettement plus performant que la plupart des missions spatiales du siècle dernier, ce dont nous commençons à nous blaser légérement du fait que même les jouets pour enfants en sont truffés, on va surtout nous ajouter des réglages toujours plus énormes pour nous produire du Super Méga Pixel inutile, mais qui offre un argument de vente bien commode. Nous n'allons pas refaire ici la démonstration percutante de la stupidité de ces ordres de grandeur publicitaires quand il s'agit de nous vanter du Méga Pixel sans retenue, nous vous laisserons pour cela relire l'étonnant article traitant de la taille des écrans, mais nous rappelons simplement la conclusion sans appel qu'il est permis d'en tirer : aujourd'hui, le moindre appareil photo embarqué sur le plus minuscule téléphone va vous générer des images dans un format qu'aucun écran au monde n'est capable d'afficher, ni aucune imprimante capable d'imprimer. Donc, non seulement vous transportez et stockez beaucoup trop d'information dans votre petite photo, mais en plus vous allez faire travailler les machines qui vont se charger de l'afficher en lui redonnant auparavant une taille un peu plus raisonnable que la longueur d'un porte-avion.


Alors, pour ajouter une subtile nuance de vert à notre tableau bien sombre, sans aller jusqu'à dire que les résolutions gigantesques que proposent les appareils photo sont réellement utiles car on saurait très bien s'en passer, on concèdera qu'il est possible d'en tirer parti si vous faites un certain type de photo ou de vidéo. La photographie naturaliste par exemple, celle qui consiste à essayer d'immortaliser des souris vertes tapies au milieu d'un buisson, peut bénéficier du raz-de-marée de pixels pour permettre ensuite de recadrer les images obtenues sur des détails qu'il serait bien difficile de capter directement à la bonne échelle. Mais bon, on est tout de même sur un usage très spécialisé, et dans ce cas il n'est pas question de diffuser la photo obtenue sans un traitement qui va ramener sa taille à des dimensions bien plus modestes. Et quoi qu'il en soit, on aura du mal à se persuader que ce sont des armées de botanistes et d'ornithologues amateurs qui alimentent aujourd'hui les réseaux dits sociaux et les millions d'images échangées à travers l'internet mondial à chaque milliseconde. Alors, pour tous les autres, on le fait ce petit geste ?


Travailler autant pour gagner moins (de pixels)


Ah vraiment quel beau programme, les souris. Ce n'est pas avec ce genre de titre honteusement décroissant qu'on va séduire le quidam, franchement non mais. C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit, nous allons baisser la résolution en pixels de notre appareil photo. Ceci aura plusieurs conséquences notables :

- la photo aura moins de pixels. Eh oui ! Bon, plus concrètement, la définition de l'image sera moins bonne, on perd des détails, mais comme nous l'avons déjà fait remarquer, au-delà d'une certaine résolution le gain en qualité est minime voire imperceptible, et la consommation d'espace proprement monstrueuse.

- le fichier en question sera moins gros. Eh oui ! Ce qui aura deux conséquences formidables : moins d'octets à envoyer par le réseau si vous diffusez votre oeuvre, donc un transfert plus rapide et plus économe en bande passante, et moins de stockage nécessaire chez vous comme chez Papi Gaston à qui vous avez envoyé le tout.

- vous économisez des ressources numériques partout où vous baladez vos petites images, autrement dit vous sauvez sans le savoir les phoques, les ours polaires et les bébés tigres, sans oublier toutes ces petites bestioles incroyables qui vivent dans les forêts équatoriales.


Concernant le deuxième point, quand on connaît le manque d'espace disque chronique dont souffrent les possesseurs d'appareils numériques prisonniers de modèles qui ne permettent pas de rajouter du disque dur à l'envie, on se demande bien pourquoi ils n'ont pas sauté sur ce petit geste plus tôt.


Allez, on donne enfin la procédure pour le geste que tout le monde attend :

- j'attrape mon appareil téléphotoscope d'une main, je l'allume de l'autre

- je localise dans les préférences les réglages d'image. Là ça dépend de l'appareil, à vous de trouver.

- je commence par changer le format de l'image, en choisissant un format directement compressé (surtout pas d'image brute ou 'raw', malheureux !) : jpeg ou png par exemple pour deux formats d'excellente tenue. Il y a parfois des réglages supplémentaires sur le niveau de compression, là il vaut mieux expérimenter avant d'arrêter son choix, pour ne pas dégrader notablement le rendu.

- je change ensuite la résolution de l'image, pour prendre quelque chose de raisonnable. 1920x1080 (pour un format 16:9, sinon 1920x quelque chose) correspond déjà au fameux SuperUltraFullHD des écrans qui se la racontent, donc aller au-delà paraît bien déraisonnable. L'appareil photo des souris vertes ne nous laisse pas une grande latitude de choix, donc on opte pour du 1600x1200, ce qui fait des images tout à fait sympathiques à voir sur un écran et nous garantit des fichiers d'une taille de 500ko à 1Mo. C'est toujours plus lourd que du texte, même que l'intégrale des articles des Souris Vertes (si si),  mais pour une photo grand angle ça reste tout de même modeste.


Juste pour illustrer le gain de place que l'on en retire immédiatement, avec ma vieille carte mémoire pas bien grosse je peux prendre 1200 photos en 4000x3000, la résolution par défaut n'importequoitesque de l'appareil, et en ajustant mes réglages, même sans tirer jusqu'au timbre poste en 4 couleurs, je peux en prendre 6500. Personnellement je préfère avoir une résolution pas trop grande mais choisir le format de compression le moins agressif.


Bon, après c'est à vous de faire vos essais aussi, jusqu'à trouver le bon compromis entre le poids du fichier, la dimension de la photo et la qualité finale. Tant que vous ne restez pas sur les réglages par défaut ça sera déjà un bel effort. Bravo !

Arrête ton cinéma

Ne partez pas ! Je vois des lecteurs qui s'apprêtent à lever l'ancre après cette petite séance de gesticulation salutaire. On a déjà bien oeuvré pour la planète, c'est sûr, mais on peut aller encore plus loin sans trop se fouler, maintenant qu'on y est. Car, généralement, les appareils qui savent prendre des photos savent aussi filmer, voyez-vous. Alors là, on ne le répétera jamais assez, aussi allons-y pour notre petite rengaine préférée, mais la vidéo est l'antithèse absolue de la sobriété numérique, elle vous dévore de l'octet encore pire que Grosbouf (qui A FAIM comme le reconnaîtront les fans des schtroumpfs, que forcément les souris vertes révèrent, elles qui aiment tous les animaux délicieusement colorés). Bref, si on peut s'abstenir, c'est aussi bien, mais si parfois on a du mal à s'en passer,  la moindre des choses sera d'aller chercher les réglages au même endroit que précédemment, et d'aller illico baisser la résolution des images prises. Bon, la qualité de l'image va bien vite se dégrader, mais celle du son n'en souffrira pas, et surtout vous aurez le droit de prendre des vidéos de plus d'un quart de seconde sans saturer votre carte mémoire d'un trait.

Comme précédemment, il vaut mieux expérimenter la résolution qui vous convient en fonction des possibilités de votre appareil. Pour ma part j'utilise plutôt le 640x400, pas forcément très joli à afficher sur un grand écran mais qui va bien pour les quelques rares fois où j'ai quelque chose à enregistrer. A vous de voir. Mais se poser la question, et savoir changer les réglages en fonction du contexte, c'est déjà un grand pas sur la Voie de l'Usage Numérique Maîtrisé.


Allez, c'est fini pour notre épisode du jour, vous pouvez allez vous reposer, sous les acclamations des souris en liesse.

On se quitte sur un petit haïku en écho à notre discussion :

"Reflet sur l'eau
Du reflet de mon oeil
Regardant la mer"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)









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Le Petit Geste Du Jour : j'écris un haïku pour me détendre
Date 06/05/2017
Ico Le Petit Geste du Jour
Comms 1 commentaire

 



Tiens, aujourd'hui pour changer, on ne parlera pas de numérique, de réseaux, de gros câbles, ni d'antenne Oui-fils. Et pour couronner le tout on ne commence même pas par un haïku ! Tout ceci pour une bonne raison, puisque l'on se propose présentement de faire un Petit Geste en forme d'atelier d'écriture.


Aux Souris Vertes, de manière générale, on encourage les gens à faire-le-soi-même, alors on ne va pas se cantonner aux domaines habituels de la réparation informatique d'urgence ou de l'utilisation experte d'applications de tout poil, et on va vous lancer dans le grand bain en vous proposant d'écrire vous-même votre petit haïku du jour. Qui sait, peut-être même va-t-on bientôt demander à nos lecteurs d'illustrer les articles par leurs propres dessins, ce qui ne serait pas du luxe vu la flemme que votre serviteur entretient pour tailler ses crayons de couleur en ce moment, voire d'écrire eux-mêmes les articles ! Bon, pour le moment on va se calmer et en rester bien gentiment au haïku.


Oui, pourquoi toujours déléguer ce petit instant de fraîcheur à une ou deux souris volontaires, quand vous pouvez-vous aussi apporter votre petite touche personnelle de description du monde ? Alors la marche à suivre pour ce faire est d'une simplicité extrême :

- se munir d'un papier et d'un stylo

- écrire trois vers qui ne riment même pas

Et voilà ! En vérité en japonais il s'agit d'un seul vers en 3 parties à la métrique parfaitement codifiée, mais vu que le passage en français entraîne toujours débordement et absence totale de règle dans les sonorités et le rythme des phrases, on peut y aller gaiement et à pieds joints.


Enfin, je dis ça, mais j'espère que la Ligue de Protection du Haïku ne va pas nous tomber sur le dos, car nous n'avons suivi aucun cursus universitaire en la matière et nous contentons de relayer les quelques conclusions que nous avons pu tirer de nos lectures au coin du feu.


Voilà donc un petit geste diablement simple et qui ne coûte pas un roupie. Et soyez assuré qu'il est tout aussi salutaire que ceux que nous égrainons patiemment au fil de nos articles : non seulement, pendant que vous écrivez votre petit haïku, vous n'êtes pas en train de consommer de l'octet au quintal ou de faire toute autre activité qui a pour corollaire distant la déforestation de l'Amazonie et l'extinction des espèces marines, mais en plus cette petite gymnastique a un effet bénéfique immédiat de détente et de bien-être. Et l'on sait bien que le stress et la vie dans la course permanente constituent le carburant idéal pour consommer puis jeter toujours plus.


Cerise délicatement posée en équilibre sur le gâteau, vous vous rendrez rapidement compte qu'avant d'écrire, il va vous falloir vous arrêter pour observer : de par sa brièveté, le haïku nous invite à condenser une expérience intime et subtile ; qu'il s'agisse de décrire quelque chose que l'on voit, entend, ou ressent, il va falloir un petit travail d'introspection et d'écoute de soi et du monde pour réussir à mettre des mots là où il n'y avait rien que du perçu.


Bref, c'est pour nous une très bonne école d'éducation à l'environnement et à l'écoute du monde vivant comme de la société. Rien que ça.


Nous terminons en lançant un appel vibrant à nos fidèles lecteurs pour que notre formidable webmaster n'ait pas travaillé sur sa belle fonctionnalité de commentaires pour des prunes, alors venez contribuer sans retenue de votre petit poème ! Une fois de plus, les Souris Vertes donnent l'exemple en essayant de vous faire partager un de nos grands ravissements, à savoir le fait de regarder le ciel de sous un tilleul. Oui oui, cela fonctionne même sous les pauvres arbres qui bordent les avenues et qui sont régulièrement martyrisés par les services municipaux des espaces verts.


On y va pour notre Petit Geste :

"Sous le tilleul

Je lève les yeux

Eclat de lumière verte"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)








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Cultiver l'attente...
Date 14/04/2017
Ico Divers
Comms Aucun commentaire

"Sous la lune voilée

Les fleurs de Kaido

Sommeillent"


Nagata Koi (1900-1997)


Bon, d'accord, il faut le reconnaître, les souris vertes renâclent au travail en ces belles journées de printemps, et il est bien difficile de les faire assoir derrière un bureau pour qu'elles nous dispensent un peu de ces remarquables conseils dont elles ont le secret. Moi-même, je dois dire, je suis épuisé de courir après elles toute la journée sans parvenir à les rassembler plus de deux minutes consécutives pour une session experte de Petits Gestes en jus ou de confiture de Grand Dossier.


Mais, justement, cette situation bien inconfortable à la rédaction des Souris Vertes est l'occasion d'aborder un sujet qui, pour une fois, sera moins prosaïque que le réglage de la luminosité de l'écran ou le nombre d'octets traités par un processeur. Disons le tout net, ce blog est une honte qui méprise toutes les règles de l'art en la matière, en inondant les pauvres lecteurs de milliers de signes (fort heureusement encodés de manière très efficace, donc sans dommage notable pour l'environnement), alors que l'on sait bien qu'il faut faire court et percutant, et en suivant un rythme de publication qui ressemble à la course de l'escargot en pleine sieste.


Eh bien précisément, cher lecteur, puisqu'il va te falloir patienter encore et encore jusqu'à la publication d'un article digne de ce nom (on n'ose même plus espérer la suite de notre Grand Dossier du Moment, qui s'éternise alors même que le désarroi envahit les foules), prenons quelques instants pour méditer sur cette patience nécessaire, et sur notre rapport au Temps, et la majuscule n'est pas de trop.


Un des paradoxes de notre société ultra-numérisée actuelle est que, bien qu'elle nous offre des moyens de communications toujours plus efficaces, voire quasi instantanés, nous n'avons jamais vécu aussi peu dans le présent. Le passé, c'est entendu, n'a aucune valeur, bien vite obscurci par des flots d'information qui le recouvrent et l'ensevelissent en un clin d'oeil. Mais, bien que la liesse de consommation ambiante se présente sous des dehors hédonistes qui affirment que nous sommes de joyeux drilles qui savons jouir du présent comme personne, la vérité est que nous ne nous y arrêtons jamais, dans ce fameux présent. Pourtant, on ne peut pas dire que nous soyions tournés non plus vers l'avenir, qui n'est pas particulièrement radieux si on le regarde d'un peu trop près ou que l'on se prend à écouter un instant les prédictions de fin du monde dont nous sommes quotidiennement bombardés. Tout au plus pourra-t-on choisir son poison, guerre mondiale totale pour les ressources fossiles restantes, asphyxie par pollution généralisée de l'air et de l'eau, famine monumentale, désertification de toutes les régions habitables du globe. Brrr, non merci le futur.


Alors quel temps habitons-nous donc, à vivre ainsi à la vitesse de l'électron, connectés par tous ces appareils numériques ? Si je devais le qualifier, je l'appellerais le temps de l'instant d'après. Jamais totalement relâchés et attentifs à ce qui nous entoure, toujours en anticipation du message qui vient, de la nouvelle qui tombe, du rendez-vous qui suit, nous resterons rivés à nos écrans à attendre, mais attendre quoi ?, quand bien même ce que nous souhaitons de plus cher viendrait s'assoir discrètement à nos côtés. La consommation excessive de séries télévisées, dont l'auteur a dû suivre une cure de désintoxication carabinée pour s'extraire, participe très exactement de ce mouvement permanent vers l'après, la suite de la suite de la suite de la suite, la série parfaite étant celle qui n'aurait jamais de fin.


Ainsi, comme un joueur d'échecs frénétique en permanence en train de penser au coup d'après, nous sommes toujours tendus vers un ailleurs et un après et n'habitons que bien rarement l'instant et le lieu que notre corps occupe. Bien sûr, tous ces travers ne sont pas l'apanage des Technologies de Communication et d'Information ; il est tout à fait possible de s'évader dans un livre par exemple, ou même simplement dans ses pensées, et c'est sans aucun doute indispensable pour conserver un rapport équilibré au monde et à notre environnement. Mais, ce que permettent nos petits outils numériques et nos connexions permanentes, c'est un mode de retrait permanent et d'effacement total. Que vous soyez au fond de votre canapé, noyé dans la foule du marché, planté en plein désert ou perdu au milieu d'une forêt, quelques petits gestes suffisent pour bannir le monde et le tumulte ambiant et vous retrouver dans votre petit univers numérique familier. Pouvoir fascinant s'il en est, mais ô combien dangereux s'il finit par anesthésier notre relation au réél et à nous rendre incapable de sentir, de goûter, d'observer, et surtout d'attendre.


Car l'attente est le lieu formidable des petites surprises qui manquent cruellement à notre univers surdéterminé et entièrement prédictible. Parfois même la surprise naît du fait qu'il n'y a pas eu de suprise, et n'est-ce pas déjà un motif d'étonnement joyeux ? Alors, oui, militons pour l'attente partout et tout le temps, pour ces belles occasions de lever le nez au ciel, de regarder à nos pieds, de s'extasier sur les gens qui passent. Attendre au feu rouge, attendre le bus, arriver en avance même à nos rendez-vous pour nous offrir ces petits moments gagnés sur le temps qu'on ne veut pas perdre.


Attendre cet oiseau qui se pose à quelques pas. Attendre ce nuage qui ne se presse pas. Attendre la pluie qui ne vient pas.


Et surtout attendre le formidable prochain article des souris vertes !


"Mon reflet dans le miroir

J'attends

Qui bougera le premier ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)



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