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Cultiver l'attente...
Date 14/04/2017
Ico Divers
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"Sous la lune voilée

Les fleurs de Kaido

Sommeillent"


Nagata Koi (1900-1997)


Bon, d'accord, il faut le reconnaître, les souris vertes renâclent au travail en ces belles journées de printemps, et il est bien difficile de les faire assoir derrière un bureau pour qu'elles nous dispensent un peu de ces remarquables conseils dont elles ont le secret. Moi-même, je dois dire, je suis épuisé de courir après elles toute la journée sans parvenir à les rassembler plus de deux minutes consécutives pour une session experte de Petits Gestes en jus ou de confiture de Grand Dossier.


Mais, justement, cette situation bien inconfortable à la rédaction des Souris Vertes est l'occasion d'aborder un sujet qui, pour une fois, sera moins prosaïque que le réglage de la luminosité de l'écran ou le nombre d'octets traités par un processeur. Disons le tout net, ce blog est une honte qui méprise toutes les règles de l'art en la matière, en inondant les pauvres lecteurs de milliers de signes (fort heureusement encodés de manière très efficace, donc sans dommage notable pour l'environnement), alors que l'on sait bien qu'il faut faire court et percutant, et en suivant un rythme de publication qui ressemble à la course de l'escargot en pleine sieste.


Eh bien précisément, cher lecteur, puisqu'il va te falloir patienter encore et encore jusqu'à la publication d'un article digne de ce nom (on n'ose même plus espérer la suite de notre Grand Dossier du Moment, qui s'éternise alors même que le désarroi envahit les foules), prenons quelques instants pour méditer sur cette patience nécessaire, et sur notre rapport au Temps, et la majuscule n'est pas de trop.


Un des paradoxes de notre société ultra-numérisée actuelle est que, bien qu'elle nous offre des moyens de communications toujours plus efficaces, voire quasi instantanés, nous n'avons jamais vécu aussi peu dans le présent. Le passé, c'est entendu, n'a aucune valeur, bien vite obscurci par des flots d'information qui le recouvrent et l'ensevelissent en un clin d'oeil. Mais, bien que la liesse de consommation ambiante se présente sous des dehors hédonistes qui affirment que nous sommes de joyeux drilles qui savons jouir du présent comme personne, la vérité est que nous ne nous y arrêtons jamais, dans ce fameux présent. Pourtant, on ne peut pas dire que nous soyions tournés non plus vers l'avenir, qui n'est pas particulièrement radieux si on le regarde d'un peu trop près ou que l'on se prend à écouter un instant les prédictions de fin du monde dont nous sommes quotidiennement bombardés. Tout au plus pourra-t-on choisir son poison, guerre mondiale totale pour les ressources fossiles restantes, asphyxie par pollution généralisée de l'air et de l'eau, famine monumentale, désertification de toutes les régions habitables du globe. Brrr, non merci le futur.


Alors quel temps habitons-nous donc, à vivre ainsi à la vitesse de l'électron, connectés par tous ces appareils numériques ? Si je devais le qualifier, je l'appellerais le temps de l'instant d'après. Jamais totalement relâchés et attentifs à ce qui nous entoure, toujours en anticipation du message qui vient, de la nouvelle qui tombe, du rendez-vous qui suit, nous resterons rivés à nos écrans à attendre, mais attendre quoi ?, quand bien même ce que nous souhaitons de plus cher viendrait s'assoir discrètement à nos côtés. La consommation excessive de séries télévisées, dont l'auteur a dû suivre une cure de désintoxication carabinée pour s'extraire, participe très exactement de ce mouvement permanent vers l'après, la suite de la suite de la suite de la suite, la série parfaite étant celle qui n'aurait jamais de fin.


Ainsi, comme un joueur d'échecs frénétique en permanence en train de penser au coup d'après, nous sommes toujours tendus vers un ailleurs et un après et n'habitons que bien rarement l'instant et le lieu que notre corps occupe. Bien sûr, tous ces travers ne sont pas l'apanage des Technologies de Communication et d'Information ; il est tout à fait possible de s'évader dans un livre par exemple, ou même simplement dans ses pensées, et c'est sans aucun doute indispensable pour conserver un rapport équilibré au monde et à notre environnement. Mais, ce que permettent nos petits outils numériques et nos connexions permanentes, c'est un mode de retrait permanent et d'effacement total. Que vous soyez au fond de votre canapé, noyé dans la foule du marché, planté en plein désert ou perdu au milieu d'une forêt, quelques petits gestes suffisent pour bannir le monde et le tumulte ambiant et vous retrouver dans votre petit univers numérique familier. Pouvoir fascinant s'il en est, mais ô combien dangereux s'il finit par anesthésier notre relation au réél et à nous rendre incapable de sentir, de goûter, d'observer, et surtout d'attendre.


Car l'attente est le lieu formidable des petites surprises qui manquent cruellement à notre univers surdéterminé et entièrement prédictible. Parfois même la surprise naît du fait qu'il n'y a pas eu de suprise, et n'est-ce pas déjà un motif d'étonnement joyeux ? Alors, oui, militons pour l'attente partout et tout le temps, pour ces belles occasions de lever le nez au ciel, de regarder à nos pieds, de s'extasier sur les gens qui passent. Attendre au feu rouge, attendre le bus, arriver en avance même à nos rendez-vous pour nous offrir ces petits moments gagnés sur le temps qu'on ne veut pas perdre.


Attendre cet oiseau qui se pose à quelques pas. Attendre ce nuage qui ne se presse pas. Attendre la pluie qui ne vient pas.


Et surtout attendre le formidable prochain article des souris vertes !


"Mon reflet dans le miroir

J'attends

Qui bougera le premier ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)



>Voir le billet et ses commentaires...
 

L'inquiétant mariage de la science et du numérique
Date 27/02/2017
Ico Polémiquons
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La science dans ce qu'elle a de meilleur


"Il bat un morceau de charbon de bois

Contre un autre

Comme pour mesurer la profondeur des ténèbres"


Fuyuno Niji (1943-2002)


On ressort le  drapeau noir de la polémique la plus épidermique aujourd'hui, et pour une fois le titre explicite sans détours l'idée qui agite toute la fine équipe des souris vertes, absolument unanime sur le sujet. Même le Professeur Souriso, un scientifique de réputation planétaire, voire stellaire, galactique ou même cosmique, ne mâche pas ses mots quand il s'agit de décrire notre science contemporaine engagée dans une voie qui fait frissonner.


La recherche publique et privée, tel un rouleau compresseur géant et aveugle, s'engage à pieds joints dans une entreprise de numérisation du monde sans précédent, en s'appuyant avec entrain sur les possibilités formidables des nouveaux outils de l'information et de la communication. Comme nombre d'autres pans de la société, dont l'école sur laquelle nous avons déjà eu l'occasion de livrer le fond de notre pensée, elle s'engouffre ainsi les yeux fermés dans cette soi-disant révolution qui bouleverse le changement à coup de rien n'est plus pareil, et au passage, de par sa puissance symbolique et sa force de frappe industrielle, fait advenir effectivement un certain nombre de changements sociaux et environnementaux qui ne vont pas exactement dans le sens de l'amélioration de la qualité de vie de nos souris vertes. Et vu que ceux qui en sont les instigateurs, et semblent les plus sourds à toute forme de modération et de questionnement, sont censés être les élites intellectuelles de notre humanité si débrouillarde, on peut légitimement se demander quelle voix va pouvoir s'élever contre cette marche forcée qui nous entraîne joyeusement vers un futur toujours plus déshumanisé et désenchanté.


Précisons tout de même que, suivant en cela la ligne éditoriale de notre belle catégorie Polémiquons, cet article est absolument sans nuance et ne cherche pas à ménager la chèvre, le chou et leur copain papillon. Il va sans dire que, malgré tout ce qui va suivre, il existe une démarche scientifique utile à la société, voire à l'humanité, et de nombreuses personnes valeureuses qui oeuvrent dans son sens. Mais ceci n'interdit pas de déceler une tendance de fond et certains sous-bassements idéologiques à la science moderne qui la rendent bien peu désirable et, vu l'équilibre actuel du monde, d'affirmer qu'un peu moins de science et un peu plus de haïku serait sans aucun doute salutaire.


On passe donc au microscope cette science sans conscience qui fait trembler les souris dans leurs petites tannières.



Produire du savoir à n'importe quel prix


L'entreprise de la science est, au premier abord, d'une limpidité exemplaire : accumuler des connaissances sur le monde qui nous entoure. On peut s'interroger cependant à bon droit sur la finalité poursuivie. Toute nouvelle connaissance est-elle bonne en soi ? Force est de constater que la science, de manière générale, n'a pas pour simple projet de décrire le monde, mais bien de le prédire pour en retour le transformer. La démarche scientifique est donc à distinguer de celle de l'observateur curieux qui constate des régularités et des singularités dans son environnement, ce qui lui permet de construire le rapport le plus harmonieux possible, même si toujours imparfait, à cet environnement. En revanche, n'est scientifique que ce qui est reproductible, parfaitement contrôlé et maîtrisé, ce qui entraîne déjà une simplification et une mise au pas extrême du réel sur laquelle nous reviendrons.


Mais restons sur l'argument souvent avancé que "c'est pour faire progresser la connaissance", comme si cela seul justifiait toutes les pratiques. Pour faire progresser la connaissance, on se lancera sans état d'âme dans l'expérimentation sur les animaux (est-il besoin de rappeler les milliers de souris, vertes ou autres, torturées chaque jour dans des laboratoires à travers le monde, en toute impunité et sans que personne ne s'en émeuve outre mesure ?), voire les humains lorsque l'on peut le faire et s'en tirer sans trop outrager le badaud, dans la manipulation des gènes d'à peu près tout ce qui bouge (ou pas), le forage expéditionnaire aux quatre coins de la planète, de la pollution galactique à coups de déchets de missions spatiales que l'on pourra laisser dériver pour l'éternité, le tout saupoudré d'un peu de radioactivité bon cru pour ne pas être en reste sur terre, ou encore de construction d'appareils de mesure gigantesques et boulimiques d'énergie, et on pourrait continuer ainsi cette énumération jusqu'à la Sainte-Germaine, sainte patronne de la témérité sans frein.


Dans ce contexte, les comités d'éthique scientifique ne sont que de la pommade bon marché pour éviter que l'on y regarde de trop près, et que l'on commence à s'interroger trop sérieusement sur le bien fondé de certaines recherches et sur le credo de la fin qui justifie les moyens, porté par un système qui tourne en roue libre et sans aucun compte à rendre au citoyen lambda. Ne doutons pas un instant que les interdits d'aujourd'hui seront bien vite renvoyés aux oubliettes de demain, une fois l'opinion suffisamment travaillée et fatiguée de s'indigner. Après la manipulation génétique, le clonage des animaux et, prédisons-le sans sourciller (les souris vertes aussi peuvent prédire sans effort, et toc), le clonage humain prochain, gageons que le meurtre, pardon mort programmée au nom de la science, saura bientôt trouver sa place dans les expériences les plus audacieuses.


Et que dire des dépenses colossales d'énergie fossile, d'intelligence collective et de ressources en tout genre pour savoir si la constante de Planck est vraiment une constante, ou si elle varie en fonction de la météo, ou bien s'il y a eu des océans sur Neptune il a 3 milliards d'années, et si oui de quelle hauteur étaient les vagues ? L'attitude de nos scientifiques, hautaine voire franchement méprisante lorsque quelques voix timides essaient de questionner certains choix de recherche, nous annonce en filigrane que oui, toute connaissance est bonne à prendre, toute question bonne à poser, et à n'importe quel prix pour la société et l'humanité. Ainsi, lorsqu'un enfant se pose la question de savoir si son caca a la même couleur tous les jours, et observe avec intérêt les formes bigarrées qu'il peut prendre, les adultes responsables se permettront de le rappeler à l'ordre à des activités plus sérieuses. Mais qu'un scientifique ait l'idée de lancer un programme de recherche sur la question, et l'on verra immédiatement des assemblées entières de savants disserter d'un air docte sur ces questions de première importance pour la survie de l'humanité.


Selon une réplique du regretté Audiard, quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite, et on peut dire que la science n'en veut plus, des limites, son champ d'expérimentation devant s'étendre sans fin dans une quête insatiable de réponses qui n'appellent que de nouvelles questions. Est-il encore possible aujourd'hui de suggérer du bout des lèvres qu'on pourrait bien se dispenser de savoir certaines choses, non par dogmatisme et par obscurantisme profond, mais simplement parce que ces connaissances ne nous apprennent rien en réalité ? Savoir qu'il existe un 172ème élément à la classification de Mendeleïev ne nous aide pas beaucoup à vivre, aujourd'hui pas plus qu'hier, et à vrai dire l'humanité a su se dispenser de ces savoirs fondamentaux pendant quelques centaines de milliers d'années, aussi l'urgence annoncée de les accumuler à un rythme toujours plus effréné paraît plus que suspecte.


Ceci dit, il est bien évident que nous ne sommes pas opposés par principe à toute forme de recherche scientifique ; il est d'ailleurs bien heureux que certains aiment le tricot et d'autres la mécanique quantique, mais on ne voit pas qu'une part non négligeable des ressources de l'humanité soit consacrée à l'élaboration de nouveaux types de points révolutionnaires pour créer des pulls toujours plus élégants ou des écharpes toujours plus chaudes, donc il est difficile d'expliquer le favoritisme indécent dont jouit cette deuxième catégorie de passionnés.



Produire des connaissances ou produire des données ?


Ah ah, c'est là qu'il s'agit de mettre un grand coup de marteau sur l'enclume, et d'ajouter un peu de fumée et de bruit de tonnerre au passage. Car la science prétend produire des savoirs, alors qu'en réalité aujourd'hui, elle produit surtout des données. Et quand on dit elle, il faut comprendre en réalité : les machines. Parce que, dans ce domaine comme dans bien d'autres, cela fait bien longtemps que les humains ne se foulent plus à aller scruter  eux-mêmes les objets qu'ils étudient, ou à aller ramasser à la main des échantillons de je ne sais quoi. Confortablement assis derrière un écran, le scientifique regarde défiler des colonnes de nombres qu'analysent pour lui de gentils ordinateurs, après que d'autres machines auront été collecter in situ et à grand coup de pelleteuse ou de rayon X le substrat qui permettra cette production de nouvelles connaissances renversantes et jusqu'alors inconnues.


En fait de connaissances, ce sont de fait des gigatonnes de données numériques dont nous inondent les labos de recherche. Séquençages sans fin de nouveaux génomes, cartographie de milliards de bactéries, étude de la position relative de toutes les particules de l'univers à l'échelle du micron, analyse spectrale de toutes les étoiles de la voie lactée, on ne manque pas d'idées pour remplir des disques magnétiques de jolis zéros et de uns. La puissance de calcul des processeurs, alliée aux capacités de stockage toujours grandissantes, ont permis un essor sans précédent de la course à la nouvelle donnée.


Sachant que, dans le monde de la recherche, l'aura et le prestige sont mesurés au nombre de publications que l'on est capable d'aligner sans respirer, on comprend que l'on aura tout intérêt à faire travailler au maximum des machines véloces pour avoir toujours quelque chose de publiable sous le coude. Voici une bonne recette du Professeur Souriso quand il est en mal de financement : on prend un bon appareil de mesure, on le place quelque part avec une question profonde rapidement esquissée pour faire bonne figure, par exemple sur la variation du nombre de feuilles dans un arbre en fonction de son exposition et de sa prise au vent, on effectue quelques milliards de mesures, on concocte une petite conclusion, par exemple le fait bouleversant qu'il y a plus de feuilles (et plus grandes en plus, on peut ajouter une corrélation statistique sans supplément) si l'arbre reçoit plus de soleil et moins de vent, avec une courbe qui montre que la correspondance est sub-linéaire mais pas mal quand même, et hop vous avez un article prêt à sortir dans Science Weekly.


Cette production frénétique de données a deux corollaires intéressants. D'une part, la recherche mondiale est une pourvoyeuse généreuse de pollution numérique. Consommation réseau, mémoire, processeur, stockage, tout y passe pour des programmes de recherche toujours plus nombreux, et aucune discipline n'échappe au raz-de-marée de l'informatisation à outrance : même les humanités, comme on aime à les appeler, bénéficient des dernières innovations en terme de datatation carbone, numérisation de documents anciens ou analyse spectrale de restes fossiles.

Et rappelons que, bien que l'on pleure à chaudes larmes en pensant aux coupes sombres dans les budgets qui entravent cette aventure de la pensée si nécessaire, c'est en réalité la part du budget dans l'ensemble du fameux PIB qui n'arrive plus à se maintenir de manière aussi fringante avec la survenue de ces mesures liberticides. Mais, ce PIB étant lui même maintenu sous perfusion dans un état de croissance inexorable, l'effort de recherche absolu, lui, est en constante augmentation. Rappelons-nous qu'il n'y a jamais eu au cours de l'histoire autant d'argent, de ressources, de personnes mobilisées à cette entreprise de description numérique du monde que ce nous connaissons aujourd'hui.

D'autre part, ce constat, associé à la puissance croissante de nos gentils ordinateurs et à la précision sans cesse plus fine des appareils de mesure, contribue à nous produire un excès de données. En effet, il est nettement plus facile de produire des chiffres que d'en tirer quelque chose d'intelligent et d'exploitable. Inutile de dire que les humains sont largement à la remorque, incapables de traiter en un mois le millionième de ce qu'une machine va leur écrire en une minute, mais même les machines se révèlent impuissantes à les sortir de cette panade. Algorithmes intelligents, réseaux de neurones, apprentissage statistique, tout est bon pour essayer d'analyser ces flots de données qui nous arrivent et qu'on ne sait pas par quel bout prendre, mais rien n'y fait, car ces méthodes sont elles-même coûteuses à mettre en oeuvre, et de toute manière n'étant jamais beaucoup plus malignes que les gens qui les conçoivent, n'ont pas forcément beaucoup d'éclairs de génie à partager avec le genre humain qui les écoute religieusement comme l'oracle de Delphes.

Je me souviens d'une conférence donnée par une chercheuse qui s'intéressait à des méthodes de cartographie sismique, et qui avouait sans détour que son laboratoire produisait une quantité de données astronomique par rapport à ce qu'ils étaient capables de traiter. Autrement dit, plus le temps passait, et plus on avait de données collectées qui restaient sur le carreau, à attendre que quelqu'un veuille bien s'en occuper. Etant donné que la différence était exponentielle, on ne s'attendait pas à une révolution technologique permettant de remonter la pente, mais on continuait tout de même à produire gaiement de l'octet sans s'arrêter. Voilà, en plus de quelques menus désordres environnementaux, un autre leg intéressant à nos arrières-arrières-petits-enfants qui, s'ils disposent encore d'assez de minerais pour se construire des bouliers, auront quelques milliers d'années d'analyse numérique devant eux pour s'occuper les longues soirées d'hiver.


Capteurs partout, mesure nulle part


Il est bien connu que, plutôt que par un travail de construction patient et collectif, la science procède par révolutions, bonds de géant et découvertes bouleversantes, qui autorisent à traiter gentiment tous les gens qui ont vécu dans l'ignorance du Fait Scientifique du Jour avec une condescendance teintée de pitié. L'accélération des découvertes fait que, si auparavant on pouvait gentiment se moquer des occupants d'une autre ère, d'un autre siècle ou, tout au moins, des générations antérieures, on peut désormais appliquer ce traitement de faveur à toute publication qui date de moins de cinq ans, et on peut espérer que cette période va encore se réduire avec les progrès fulgurants qui nous attendent encore.


Bizarrement, cet état de fait qui devrait inciter l'ensemble des scientifiques à une grande humilité, étant donné que les donneurs de leçon d'aujourd'hui sont à l'évidence les benêts de demain, semble avoir décuplé l'arrogance ambiante qui permet de porter le regard subtil du civilisé sur le sauvage primitif sur tous ceux qui ne se sont pas mis à la page des dernières découvertes en date. Il semblerait donc que l'industrie de la mode n'ait qu'à bien se tenir et s'en fasse remontrer en terme de revirements capricieux et d'egos surdimensionnés.


Est-ce à dire que notre intelligence s'est tellement développée que nous fassions des avancées spectaculaires tous les deux jours ? Même si les médias nous abreuvent quotidiennement d'annonces de révolutions dans tous les domaines possibles, en vérité si l'on garde un peu la tête froide, on se rendra vite compte que la plupart des triomphes scientifiques récents sont en fait des triomphes de la technologie de détection : à force de construire des appareils de mesure toujours plus précis, d'analyser toujours plus de signaux et d'échantillons, on finit forcément par trouver quelque chose. Détecter des ondes gravitationnelles ? Les doigts dans le nez, si on se permet de construire un appareil de mesure ultra sensible de plusieurs dizaines de kilomètres de long, qu'on lui ajoute quelques algorithmes de réduction de bruit bien sentis et qu'on lui demande d'enregistrer quelques milliards de milliards d'événements. Doit-on réellement féliciter les physiciens qui ont appuyé sur un bouton pour enclencher cet appareillage, et confirmé ainsi quelque chose qui était admis théoriquement depuis près d'un siècle ? On serrerait plutôt la main aux entreprises de chantier qui ont réalisé la structure géante ; et, à vrai dire, en terme de prouesse scientifique, on saura contenir son enthousiasme face à une méthode qui a toute l'élégance et le raffinement du bazooka dégainé pour gagner la peluche au stand de tir de la kermesse de l'école.


Ainsi, les découvertes et autres annonces fracassantes, qui semblent toujours plus nombreuses ces dernières années, sont avant tout dues à la multiplication des capteurs et appareils de mesure en tous genres, autant de prothèses artificielles qui font que l'oeil augmenté de l'homme scrute le fond du monde de manière plus indiscrète que jamais, partout et à toutes les échelles. Rien n'échappe à ce regard impudique, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il aide à voir quoi que ce soit d'intelligible. Le fait que l'on analyse des échantillons de réel toujours plus improbables et auparavant inaccessibles nous fait entrevoir des réalités que nous sommes bien en peine d'expliquer, et au lieu d'une bonne connaissance bien solide c'est avec des flots de spéculations à l'emporte pièce que l'on se retrouve, à tenter de faire rentrer ces données disparates dans un ensemble à peu près cohérent.


On peut tout de même admirer légitimement ces nouvelles possibilités de mesures qui ne cessent de s'ouvrir à nous, bien qu'elles soient la contrepartie d'une consommation de ressources et d'impacts environnementaux sans équivalent. Car produire un téléscope à ultra haute résolution ou un miscoscope permettant de voir au micromètre nécessite toute une structure industrielle et technologique qui n'est pas accessible à la première souris verte venue au fond de son pré.


Il faut également déplorer la déconnexion complète entre ces méthodes de détection et l'expérience humaine sensible. "Scrute la nature, c'est là qu'est ton futur", écrivait Léonard de Vinci, mais on peut douter qu'il parlait d'utiliser un spectromètre à photons ou un laser interférométrique (ici, et ailleurs aussi, nous espérons secrètement que nos lecteurs ne sont pas suffisamment aguerris pour déceler que nous écrivons n'importe quoi pour faire bonne impression). Cet observateur infatigable, qui a dessiné sans relâche ce que la nature lui montrait de plus beau et de plus mystérieux, comme l'écoulement de la cascade ou le vol du rapace, aurait certainement deséspéré de voir ainsi l'observation déléguée à des petites machines qui clignotent, pendant que l'homme se sert essentiellement de ses sens pour trouver le chemin du bureau au parking.



Science de l'écologie, écologie de la science ?


Hmm bon, j'étais parti pour enfoncer encore un peu le clou, mais les souris autour de moi me signifient que j'ai assez dit déjà que la science gaspillait et polluait pour produire ses connaissances. Soit. On admet donc que la science contribue joyeusement à amplifier les dégâts environnementaux qu'elle s'efforce de décrire à ses heures perdues.


Que dire alors des progrès de la science écologique elle-même ? Sans nul doute voilà un domaine qui aura notre absolution, car il est bien clair que nous avons besoin d'une science de l'écologie et de l'environnement ? Tudieu, palsambleu et ventre saint-gris, il semblerait bien que nous ayons du mal à faire bonne figure aujourd'hui et à trouver un terrain d'entente pas trop accidenté pour que la discussion puisse se terminer sur une note positive et que tout le monde reste bons amis.


L'écologie, qui envahit maintenant les discours politiques autant que les discours scientifiques, est-elle exempte des travers que nous avons décrits précédemment ? Voyons un peu, entre la classification sans fin du vivant sous toutes ses formes, l'utilisation de la génétique et du séquençage à gogo, la dissémination de caméras, enregistreurs, capteurs et autres bracelets électroniques dont on affuble des populations d'oiseaux migrateurs ou de cétacés fortement menacés, on aura du mal à trouver une différence d'approche fondamentale, pas plus qu'une autre idée de la recherche que l'accumulation sans réserve de connaissances faites pour être bien proprement rangées et étiquetées au fond d'un tiroir.


On évitera également de trop s'interroger sur le fait qu'un manchot pourrait se trouver légèrement indisposé de devoir porter sa vie durant tout un appareillage électronique qu'il n'a pas demandé, sans même évoquer le fait que cette petite technologie, bien qu'incolore et inodore, pourrait avoir sur lui et son environnement un impact que nous ne percevons pas, ou ne cherchons pas à percevoir (on ne peut pas tout faire non plus).


Bref, il paraîtra difficile de sauter au plafond en pensant aux progrès de cette nouvelle discipline scientifique, surtout si, en fourrant ainsi ses gros doigts partout, elle permet essentiellement d'arriver à ces conclusions que personne n'aurait pu tirer sans son aide qu'il faut préserver la nature, l'environnement, la faune et la flore, arrêter les guerres et les famines et, surtout, surtout, arrêter de fourrer nos gros doigts partout.


Les souris vertes regardent également avec circonspection la tendance à sanctifier, voire cadenasser totalement, certaines zones encore relativement préservées de l'activité humaine, où des cohortes de spécialistes peuvent aller s'ébattre joyeusement et entre eux, et d'où ils peuvent faire la leçon au reste de l'humanité en agitant le doigt d'un air navré. Non, décidément non, nous n'attendons pas grand chose de ces écologues et de cette science écologique qui, bien loin de constituer un modèle alternatif de construction et de partage des savoirs, emprunte tous les chemins tracés par ses congénères avec un enthousiasme juvénile et débordant.



Numériser le réel en couleurs délavées


Arrivé à ce point, il nous faut partager avec les quelques lecteurs qui n'auront pas sauté par la fenêtre ou couru attraper par le collet un des profs descience de leur fille pour lui expliquer la vérité profonde sur sa discipline, le terrible projet de la science moderne, et son fantasme ultime. Car il est désormais bien établi que tout, absolument tout, peut se penser en terme d'information, chose qu'il est possible de représenter, comme c'est commode, sous la forme de séries de nombres, voire de zéros et de uns qui ne nous évoquent rien mais qui font parfaitement sens pour une machine adéquatement programmée.


Pour les plus curieux, nous citons au passage un ouvrage récent qui a l'air de parler justement de ce sujet : il s'agit de "Quand le monde s'est fait nombre", un ouvrage d'Olivier Rey, dont nous avons commenté le précédent livre il y a peu. Nous avouons à notre grande honte ne pas avoir lu ce dernier opus, ayant entendu l'auteur en faire un résumé qui établissait un constat très juste, mais pour ensuite se garder bien de jeter tout jugement sur les mécanismes à l'oeuvre, et donc toute vision alternative à cette numérisation sans fin du monde.


L'idée de la science est bien d'arriver à la représentation numérique de toute chose, une belle copie sur papier glacée de tout phénomène réel. On peut ainsi réduire commodément tout ce qui vit, ou pas d'ailleurs, à quelques mesures bien senties qui nous révèleront l'essence profonde de la chose que l'on inspecte. Un être vivant est par exemple facilement assimilable à sa séquence d'ADN, sauf l'homme quand même, voyons, auquel il faudra ajouter quelques caractéristiques anthropomorphiques qui figurent sur son passeport, en saupoudrant peut-être de quelques données sociologiques qui révéleront toute sa singularité : emploi (catégorie 16S de l'INSEE), éducation (bac+3), situation familiale (marié 2 enfants), commune de naissance (47 012), et ainsi de suite. Qu'est-ce qu'une pensée ? L'activation d'une zone de votre cortex frontal. Qu'est-ce qu'un geste ? Une impulsion électrique se propageant le long de votre système nerveux. Et l'on pourrait décrire de la sorte jusqu'aux domaines qui paraissent les plus éloignés des objets traditionnels de la science, comme les vagues, le vent, l'amour, le rêve, le deuil, etc.


Ah, quel bonheur que de suivre ce beau regard à base de suites de valeurs numériques qui encerclent et déterminent si précisément son objet. La poésie aura peut-être un peu de mal à se frayer un chemin au milieu de cet univers bien propre et bien mesuré, mais il se trouvera toujours des enthousiastes pour vous vendre la magie propre à cette démarche, car la science en marche n'a t-elle pas sa beauté propre ? En vérité, cette manière de décrire le réel n'en est souvent qu'une paraphrase incomplète qui ne l'explique ni ne l'épuise. Constater par exemple que votre hypophyse libère certaines substances lorsque vous êtes en colère n'explique pas ce phénomène étrange qu'est la colère, pas plus que mesurer la masse et la densité de toutes les planètes de la galaxie ne nous fait comprendre ce qu'est l'univers et la place que nous y occupons.


Pourtant, il est inquiétant de voir que nombre de personnes ont dès à présent adopté cette manière d'appréhender le monde, et s'évertuent à vivre leur vie à travers un prisme numérique permanent. Vivons-nous un instant priviliégié ? Vite, il faut le photographier ou le filmer, pour le fixer sur un support numérique plutôt que dans notre propre mémoire. Et ces quantités de documents que nous accumulons au cours de notre existence deviennent plus vraies à nos yeux que notre propre expérience sensible. Pas étonnant que certains rêvent ensuite de transférer éternellement tout ce moi numérique sur des supports autrement plus durables que ces vieux corps appelés à se décâtir. On pourrait bien se demander ce qu'il reste d'une personne dans ces témoignages sans relief, mais peut-être certains sont-ils tellement vidés de substance qu'ils sont devenus équivalents à leur copie numérique. Dans la même veine, bien que se sentant parfaitement alerte et raisonnablement content, on deviendra bien vite en mauvaise santé à la lecture du résultat d'une analyse biochimique qui nous révèle un taux de - mettez ici ce que vous voulez - relativement inquiétant. Ca n'est pas le patient lui même qui saura juger de son état de santé ou de l'intensité de ses symptômes, mais bien l'appareillage médical qui s'empressera de le lui apprendre sous la forme d'un beau rapport chiffré.


On aime dire que celui qui ne possède qu'un marteau voit tous les problèmes sous la forme d'un clou, et on peut dire que dans son domaine la science voit désormais tout sous la forme d'une problème à quantifier et mesurer d'urgence, en le réduisant au passage à des dimensions suffisamment raisonnables pour tenir dans une boîte informatisée de taille standard. Une des conséquences les plus graves de cette démarche, que l'on serait tenté de qualifier d'anti-scientifique tant elle est prête à s'assoir sur 99% des faits observés si elle est capable d'en expliquer 1% avec trois valeurs bien choisies, est la simplification à outrance de pratiquement tous les phénomènes. Plutôt que d'admettre qu'un phénomène est complexe et que la science n'a que peu de choses à contribuer à sa compréhension, on préfèrera le dessiner au gros feutre et en deux couleurs, puis justifier sans fin que cette représentation grossière est bien équivalente au tableau de Boticelli qui était son objet de départ.

Car s'il est bien une chose que la science se refuse à faire, c'est à avouer son impuissance à appréhender quelque chose. Cette tendance est particulièrement visible pour les sciences dites naturelles, où le moindre phénomène, observé à n'importe quelle échelle, est le résultat d'un nombre énorme d'interactions d'organismes ou de matières qui oblige à tirer une pelote sans fin, sans que personne ne se demande un moment si on pourrait un moment s'arrêter de pomper comme les shadoks.

Regardons donc cette petite plante qui pousse toute seule sans s'occuper de nous. Mais diable ! Elle est aidée par une cohorte de bactéries et de petits vers dans le sol. Et en plus elle profite de la présence de ces autres plantes pas loin. Ah oui, et de ces minéraux particuliers à la roche située quelques dizaines de mètres plus bas. Qui eux-même sont décomposés par une autre série d'organismes rigolos qui vivent à proximité. Mais ils ont besoin de ce petit champignon pour cela. Et lui-même ne viendra pas sans cette espèce d'arbre là. Ca tombe bien ! Il pousse justement très bien dans les déjections de souris vertes qui se promènent dans le coin.

Bref, on pourrait faire tourner la roue de la vie assez longtemps comme ça. Il est relativement étonnant de constater que les scientifiques, loin de se décourager de se prendre sans cesse des vestes avec leurs modèles et d'étendre sans arrêt à grand coup de bricolage le système qu'il décrive, n'en tirent pas la conclusion de bon sens que le vivant n'est en fait qu'un seul système, et qu'il échappera toujours à leur tentative maladroite de le décrire.

En vérité, la science a bien des utilités, mais jamais elle ne pourra saisir le réel, tout au mieux pourra-t-elle le détruire et le vider de sa substance à force de le marteler à grand coup de numérisation simplificatoire. Comme nombre de civilisations et de personnes l'ont compris, rien ne saurait faire le tour du réel, et seul l'art est capable d'en restituer une certaine vérité à travers son pouvoir de suggestion. Nos scientifiques seraient donc bien inspirés de se tourner d'urgence vers la pratique du haïku, qui permet de condenser l'expérience pour rendre à la fois l'éternité du monde et la fugacité de l'instant vécu. Les souris vertes ne prétendent pas être capables de ces hauts faits que nous enseignent les grands maîtres japonais, mais elles tentent de contribuer à leur manière à cet effort de description du monde qui, au moins, ne risque ni de le saccager ni de le désenchanter. On termine donc avec cette petite image :

"Goutte de pluie
C'est l'univers tout entier
Qui coule dans ma main"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)



Repeindre la science en vert pomme


Il est plus que temps d'achever notre propos ; affirmons à nouveau avec force qu'il n'est pas question de se débarrasser la science, mais bien de la remettre à sa juste place, et de dénoncer bien haut la tentative de prise de pouvoir numérique qu'elle tente d'accomplir sur à peu près tous les domaines de la vie et de l'expérience humaine. Vu la vitesse à laquelle elle s'enfonce dans cette direction inquiétante, il paraît urgent de fermer un peu le robinet à données qu'est devenu l'expérimentation scientifique, et de réhabiliter l'expérience sensorielle humaine, la seule qui nous permet de comprendre et d'apprécier le monde à sa juste valeur (infinie).


Pour notre part, et fidèles à nos habitudes, nous quittons cet article pour une petite promenade sous la pluie, et avec un peu de chance un peu de vent qui nous permettra ce petit cocktail de sensations simples qui font le sel de la vie. Diantre ! Cette phrase est tellement bucolique que je me demande bien si l'on parlait de science et de numérique aujourd'hui. Vous n'avez qu'à relire l'article pour vous en assurer !







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Au secours, mon ordi est lent ! (6) : J'adapte mon système à mes besoins
Date 17/02/2017
Ico Dossier
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Des souris ont chacune un système adapté
"Qui se soucie de regarder

La fleur de la carotte sauvage

Au temps des cerisiers ?"


Takano Suju (1893-1976)


On se lance avec entêtement et sans arrière-pensée dans la poursuite de notre Grand Dossier, en ajoutant une petite pierre taillée avec amour à notre édifice déjà conséquent. Certes, nos fidèles lecteurs en savent désormais un rayon sur les choses à faire et à ne pas faire pour entretenir ou secourir leur bel ordinateur chéri, mais nous n'avons pas encore eu l'occasion de parler de cette fameuse première rencontre entre l'homme et la machine, et de ces petits riens qui ont amené inconsciemment le consentement à une relation riche et épanouie. Pour le dire plus simplement, car je vois un certain nombre de souris vertes autour de moi qui me jettent des regards de panique et ne comprennent manifestement rien à ce que j'écris (je suis moi-même saisi de perplexité en relisant la phrase précédente, je dois dire), nous allons nous intéresser aujourd'hui aux critères qui guident vos choix d'équipement.


Quelles sont donc les raisons profondes qui me font choisir un appareil plutôt qu'un autre ? On peut dire que la plupart des achats que nous qualifierons d'impulsifs en la matière suivent les grandes lignes suivantes :

- parce que l'appareil est trop beau (i.e. plus beau que le précédent). Malheureusement, le design est bien vite périmé ces temps-ci, chaque nouvelle génération d'appareil ultra-fin

donnant immédiatement un air de ringardise balourde à la précédente, pour ne rien dire des plus anciennes qu'on hésitera à exhiber en public. Si vous êtes une victime consentante de ce type de mode numérique, malheureusement vous vous exposez à vivre dans une insatisfaction permanente et des déceptions à répétition de ne pas posséder le vraiment ultime dernier modèle Xzor en titanium ultra-léger et de 0,5 microns d'épaisseur.

- parce que l'appareil est Super Puissant. Il a 2000 Go de RAM et 75 péta-octets de disque dur, sans compter un processeur avec un nom à coucher dehors, bref il est certain qu'il s'agit d'une pure révolution technologique qui n'a rien à voir avec ce que vous avez connu. Reconnaissez en même temps qu'après quelques minutes de manipulation, vous ne constaterez pas de différence notable avec un modèle plus modeste. Il affiche la même chose et permet de faire les mêmes actions, avec le même système dessus. Mais bon il est super puissant ! Il suffit qu'on se le dise pour que ça nous réchauffe le coeur et nous conforte dans notre choix.

- parce que l'appareil n'est pas envahi de saletés logicielles qui le rendent proprement inutilisable, et que le moyen le plus simple de revenir à une situation tolérable avec celui que vous possédez est de vous en procurer un tout neuf. Qu'à cela ne tienne, vous êtes manifestement un bon client pour les autres articles de ce dossier, allez donner un petit coup de patine à votre machine et vous verrez qu'elle brillera comme au premier jour.

- parce qu'il est tout nouveau ! C'est le tout dernier modèle de la gamme eBidule même pas encore disponible dans l'hexagone, et il vous le faut tout simplement. Ce cas, très honnêtement, nous dépasse un peu, et les souris vertes vous orienteront plutôt vers un soutien psychologique et une thérapie à base de jardinage hebdomadaire pour vous libérer de ces pulsions de possession frénétique.


A l'évidence, chacun est libre de choisir ses appareils selon les critères qui lui conviennent, et il n'entre pas dans notre propos de concurrencer SuperNumérique.fr pour vous désigner du doigt votre prochain achat informatique. Mais, pour ceux qui souhaitent avant tout avoir à disposition une machine qui réponde à leurs attentes quotidiennes, et qui ne se transforme pas en un clin d'oeil en un déchet numérique inutile et non désiré, nous allons voir si on ne pourrait pas choisir notre matériel et nos logiciels de manière moins douloureuse pour notre portefeuille comme pour les populations d'éléphants.



Bien choisir son matériel

"Agir

Ou observer

Dilemme du jardinier"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Je vois quelques sourcils se froncer à l'approche de cette discussion nécessaire. Comment cela, on oserait sous-entendre que ce très bel appareil que nous possédons n'a pas été étudié avec soin, que l'on n'a pas énuméré avec passion toutes ses caractéristiques techniques avant de se ruer dessus lors de notre dernier achat en date ? Point du tout, très cher, nous savons fort bien que, si généralement les gens dédaignent le choix du système d'exploitation ou des logiciels installés pour se contenter du tout venant, ce sont bien les magnifiques promesses d'un matériel toujours plus à la pointe qui guident les choix d'équipement. Pour autant, la déception sera presque toujours au rendez-vous si l'on ne sait pas ce qu'il faut regarder réellement sur l'étiquette.


Premier écueil à éviter, sans doute, le fait de vouloir le mieux de tout et pour tout, parce que c'est possible, et que nous le valons bien. Ce n'est pas parce que certains modèles promettent plein de mémoire ET un super gros disque dur ET une résolution d'écran inimaginable qu'il faut les choisir. Pourquoi payer et gaspiller des ressources dont vous n'avez pas l'utilité réelle ? Il est donc important d'interroger son usage et de bien choisir son appareil, pour mettre l'effort là où il fera vraiment une différence.


Vous faites de la compression vidéo, du calcul intensif ? Alors oui, investissez dans un processeur maousse costaud. Vous voulez jouer à des jeux vidéos 3D de dernière génération ? Achetez vous une bonne carte graphique. Vous êtes un mélomane averti ? Procurez vous de belles enceintes et une carte audio digne de ce nom. Vous êtes graphiste ? Sans doute un bel écran chatoyant vous ravira. Mais, par pitié, ne croyez pas que vous trouverez la perle rare qui fait tout cela à la fois, si vous n'y investissez pas un temps considérable et une bonne partie de vos économies. Mais bon, gageons que vous n'êtes pas un graphiste mélomane qui joue aux jeux 3D pendant qu'il compresse ses vidéos et calcule des structures de protéines complexes, et que donc vous saurez identifier le ou les quelques éléments sur lesquels il ne faudra pas compter vos efforts.


Si nous avons déjà donné quelques petits critères simples au fil de nos précédentes discussions, comme par exemple celui de pouvoir avoir deux disques différents, un pour le système et un pour les données, il semble qu'il faille rappeler, marteler, et crier même, le critero noumero ouno qui devrait être à la tête du hit-parade des choix de matériel, j'ai nommé la robustesse. Tous ces beaux design extra-plats faits pour durer le temps d'un été et qui se brisent rien qu'à les regarder ont vraiment tout pour vous faire gaspiller menue monnaie (voire gros billets), temps, effort et ressources planétaires non renouvelables. Alors, même s'il est bien difficile de les quantifier, il vaut mieux y regarder à deux fois sur la fiabilité et la durabilité de votre modèle avant de sauter sans bouée dans le grand bassin des achats éclairs.



La performance enfin, tapie là où l'on ne l'attend pas

La lecture de ce blog doit normalement avoir immunisé nos fidèles lecteurs contre les fausses promesses du marketing du plus : plus de processeur, plus de capacité disque, plus de résolution, etc. Cela dit, il ne fait pas de mal de le redire, toutes ces belles valeurs numériques et ces comparatifs avantageux ne vous disent rien des performances constatées à l'arrivée, l'essentiel restant de savoir comment est installé et configuré votre système, et comment il est utilisé au quotidien. C'est vous qui faites que votre machine est performante, pas l'étiquette sur le processeur.

Il y a cependant un élément matériel qui est déterminant pour la réactivité de votre ordinateur, et qui est trop souvent oublié du grand public. En effet, la vitesse générale d'un ensemble est donnée par son élément le plus lent, et quel est l'élément le plus lent dans un ordinateur ? Lequel ? Hmm ? Arf, je vois que la souris à lunettes avait levé le doigt avant même que j'ai terminé ma question, bon allez on lui laisse la parole. Et, sans surprise, elle connaît la bonne réponse : le disque dur.

Ben oui, rappelez-vous notre fascinant dossier sur les grandeurs numériques, et notamment les comparaisons de débit entre le processeur, la mémoire et le disque dur. Même gonflé à l'hélium et aux stéroïdes, ce dernier est un minot par rapport à ses copains, et c'est bien lui que votre système va passer son temps à attendre. Conclusion, si vous voulez un ordinateur vif et alerte, c'est le disque dur qu'il faut changer. Déjà, dans les technologies traditionnelles de disque à plateau, vous avez généralement plusieurs vitesses de rotation : 5400 tours/minute, 7200 tours/minute, voire 15000 tours/minute pour des modèles exotiques et survoltés. Plus ça tourne vite, plus ça débite, donc si votre portable est équipé d'un vieux modèle du premier type, prendre un modèle avec une rotation plus élevée peut déjà soulager un peu la barque.

Mais la vraie différence se fera sentir si on passe sur une autre technologie, les disques SSD. Alors ils sont moins durables, moins fiables et vraiment vraiment chers, mais honnêtement il n'y a pas de comparaison en terme de réactivité. Aux souris vertes, on fait le choix de mettre un petit SSD pour notre système (rappelez vous, le système on peut le perdre, au pire si le disque défaille on le changera en un clin d'oeil), du gros stockage pas du tout rapide pour les données, et pour tout le reste un gros tas de composants bien vieillots pas changés depuis des années qui feraient pouffer narquoisement les compareurs numériques qui sillonnent l'internet mondial en quête de nouveaux appareils à déballer en direct. Ce qui n'empêche pas notre bel ordi de ressembler à une fusée par rapport à la plupart des machines censément survitaminées que l'on exhibe dans un bien triste état réel de fonctionnement. Donc, vous l'avez compris, si vous avez de l'argent à investir, mettez-le dans le disque dur et dans le timbre que vous utiliserez pour nous adresser un courrier de remerciement !



Bien choisir son système

"Le marcheur allonge le pas

Un seul chemin

Mille destinations"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Voilà bien un élément que peu de personnes penseraient à questionner. Le système vient souvent collé à votre ordinateur comme une feuille morte mouillée à la semelle de votre chaussure, sans que le marcheur inconscient n'ait l'idée de regarder ses pieds un seul instant. Les yeux rivés sur les belles promesses d'un matériel dernier cri, ou d'un logiciel qui va chercher la lune et vous la ramène dans votre salon, on se contente de subir sans même s'en rendre compte un système préinstallé par de parfaits inconnus qui ne brillent pas par leur sens de l'empathie envers l'utilisateur néophyte.


Car oui, oui, oui, il est possible, et même souhaitable, de choisir le système que l'on veut, et ensuite de le faire filer doux, car ça n'est tout de même pas lui qui va faire sa loi crénom di diou. Nous avons déjà invectivé le très méchant Windows à de nombreuses reprises, et avons même donné quelques savants conseils pour lui botter l'arrière-train quand c'est nécessaire, mais, pour une fois, embrassons du regard toute la grande famille des systèmes d'exploitation (Operating System, ou OS pour les polyglottes). A l'évidence, nous n'avons pas prétention de parcourir toute la galaxie de possibilités qui s'offrent à vous, mais de parler de quelques grandes familles qu'il est bon de connaître :

- les systèmes Microsoft, j'ai nommé Windows x ou y. Bon, vous les connaissez probablement, vu qu'ils ont bénéficié de décennies de vente forcée, où le chaland paie une licence dans le prix de sa machine, qu'il le veuille ou non. Il faut avoir conscience que ce ne sont pas des qualités exceptionnelles, mais bien cette stratégie commerciale agressive et parfaitement illégale, ajoutée à la méconnaissance des alternatives de la part du grand public, qui explique le taux d'utilisation bananier de ces systèmes dans le monde entier. Cela dit, malgré leurs nombreux défauts, ils sont tout de même capables de rendre un service non négligeable à qui sait s'en servir.

- les systèmes spécifiques aux produits à la pomme, j'ai nommé Mac OS avec des noms d'animaux exotiques qu'ils contribuent à éteindre. Ces systèmes, il faut le reconnaître, bien que produits par un Big Brother qui n'a rien à envier à celui précédemment cité, jouissent d'une ergonomie remarquable et d'une grande fiabilité. Malheureusement, ceci se fera à prix d'or, puisqu'ils ne tournent que sur des appareils de la marque éponyme, pas vraiment connus pour leur philosophie discount et leur souci des gens financièrement dans le besoin. D'autre part, ils sont totalement fermés et ne laisseront qu'une marge de manoeuvre relative à l'utilisateur sur sa machine ; même si c'est théoriquement possible, il faudra déployer des efforts titanesques pour sortir des clous prévus par Tonton Pommo. Précisons également que le coeur de ces OS est un système Unix relativement proche de la famille BSD dont nous allons parler dans un moment.

- nous arrivons maintenant à la grande famille des systèmes Linux. Il s'agit de systèmes présents depuis un bon moment dans le paysage, gratuits, open-source et développés par des communautés actives de joyeux programmeurs du dimanche, et des autres jours aussi. Ils sont hautement configurables et se déclinent en distributions, des systèmes complets avec leur lot de logiciels et leur identité graphique propre. Bien que très longtemps cantonnés à la catégorie restreinte de personnes chevelues, myopes et habitant un univers parallèle, ce monde s'est ouvert ces dernières années au Grand Public avec l'arrivée de distributions pensées pour des utilisateurs non spécialistes, comme Ubuntu ou Linux Mint pour ne citer que les plus utilisées.

- une famille proche de la précédente, mais pas tout à fait : les systèmes BSD. Franchement la différence avec Linux n'est pas évidente au premier coup d'oeil, ces systèmes partagent la même approche et 99% des logiciels qu'elles proposent. Sans rentrer dans des polémiques qui font s'assoupir aussi vite les souris vertes, on dira rapidement que les systèmes BSD sont sans doute plus robustes, mais plus confidentiels et techniquement plus délicats à utiliser, que leurs cousins Linux. On peut citer deux membres éminents de la famille, à savoir FreeBSD, le plus utilisé et le plus connu, et openBSD qui jouit du titre de système d'exploitation le plus sûr du monde, à condition d'être en mesure de l'installer sans se jeter par la fenêtre.


Il existe bien entendu quantité d'autres systèmes d'exploitation plus ou moins obscurs, notamment dans le domaine sérieux et compassé de l'Entreprise, mais on va s'en tenir là pour notre petite présentation.


Quel système donc choisira-t-on donc, parmi tous ceux énumérés plus haut ? Eh bien, à vrai dire, rien n'oblige à n'en choisir qu'un seul. Nous l'avons déjà évoqué, vous pouvez avoir autant de systèmes que vous le souhaitez si vous savez partitionner votre disque dur, donc pourquoi se priver ? Sans tomber dans l'excès constaté chez certains individus maniaques d'installer absolument toutes les distributions Linux de l'univers, rien n'empêche d'avoir deux ou trois systèmes concurrents pour choisir celui qui correspond le mieux à vos besoins du moment. Aux souris vertes, nous savons combien il est difficile de se passer du gros vilain Windows, qui a la mainmise sur un certain nombre d'applications et la quasi totalité des jeux vidéos, donc on ne s'interdit pas d'en avoir un sous le coude pour les jours de grand vent.


Mais, honnêtement, si vous voulez un système qui soit à la fois simple, puissant, et surtout très performant, économe en ressources, nous ne pouvons que vous inciter à vous tourner vers un digne représentant de la famille des systèmes Unix : Linux, BSD, voir Mac OS si votre portefeuille est bien garni. Nous recommandons tout particulièrement Linux Mint, une distribution Linux vraiment simple et élégante. Vous pouvez en plus l'essayer puis l'adopter sans rien installer, alors hop, sautez dessus sans plus tarder et vous nous en direz des nouvelles. C'est également une méthode bien plus efficace pour redonner un coup de fouet à votre vieille machine poussive que de rajouter des kilos de barettes mémoire ou de suivre d'autres conseils d'experts patentés de la réparation par ajout de matériel.


En passant, une manière alternative de disposer de plusieurs systèmes en même temps consiste à utiliser un système de virtualisation : ceci permet de lancer un système d'exploitation directement dans un autre, comme n'importe quel programme. Par exemple, de lancer un système Linux tout seul dans sa fenêtre depuis votre ordinateur sous Windows. Ou inversement. Pas mal quand même. Après, il faut savoir que le copain virtuel prend pas mal de plomb dans l'aile à être utilisé de cette manière, et qu'il ne pourra pas vous rendre tous les services d'un vrai système, notamment en matière graphique à base de grosse 3D ou autre accélération vertigineuse. Les lecteurs aventureux pourront aller voir du côté de Virtualbox, une solution de virtualisation open-source qui fonctionne plutôt bien, pour goûter ces charmantes gâteries.



Aversion pour la version


Une souris me fait remarquer que les titres de cet article sont particulièrement indigents, mais que voulez-vous, on ne peut pas toujours être au sommet sans quoi la routine s'installe. Et encore, elle n'a pas vu le sort que je réserve au paragraphe suivant. Bref, ce titre énigmatique et controversé a le mérite d'introduire une notion importante dans l'exercice de notre liberté informatique : non content de choisir notre système d'exploitation comme de grands, nous pouvons également en choisir la version, eh oui.


Il existe deux tendances en la matière, la prudence de celui qui cherche avant tout un système fonctionnel qui ne l'embête pas tous les jours, et l'audace de celui qui recherche l'aventure et la nouveauté d'horizons numériques toujours plus vastes. En fonction de votre inclination, vous serez donc bien inspiré de choisir une version de système suffisamment ancienne, mais pas trop quand même, pour que la plupart des applications y tournent sans mauvaise surprise, ou bien la toute dernière sortie si vous voulez bénéficier de toutes les innovations du moment, au prix de devoir essuyer quelques plâtres.


Il est difficile de trancher la question à votre place, mais en tout les cas ne vous sentez jamais obligé de mettre à jour votre système parce qu'on vous dit que c'est mieux. Dans l'univers Windows, en particulier, où les versions successives passent leur temps à casser ce qui fonctionnait et prennent un malin plaisir à changer tous les repères, la grande majorité des particuliers et des entreprises n'ont aucune honte à prendre 5 à 10 de retard sur les sorties de version sans s'en trouver particulièrement lésée. Ne parlons même pas du monde Linux ou BSD, où certaines distributions solides comme du roc peuvent contribuer à faire tourner des serveurs sans mise à jour ni redémarrage pendant des décennies.


Une dernière chose qu'il faut mentionner est la différence entre les versions 32 bits et 64 bits des systèmes d'exploitation. De quoi ? Ah oui, incroyablement personne n'a trouvé de nom marketeux plus suave pour cette caractéristique parfaitement imbitable, sans mauvais jeu de mot. En fait ceci désigne le nombre de bits sur lequel peut être stocké un entier, l'unité de calcul de base de notre système. Et alors, qui donc s'en soucie, me direz-vous.

Eh bien ceci n'est pas tout à fait sans conséquence, à vrai dire.


Une première conséquence est la promesse annoncée, qui consiste en l'augmentation infinitésimale des performances, et le fait d'être à la page si vous avez un système 64 bits. Sans compter que vous avez deux fois plus de bits, et plus est forcément mieux que moins, n'est-ce pas. Autre conséquence bien concrète, vous avez quasiment divisé votre capacité mémoire par deux. Eh bien oui, un entier a besoin maintenant de deux fois plus d'espace mémoire pour lui tout seul, donc on peut en mettre deux fois moins. Mazette et palsambleu. Alors, selon la loi universelle qui veut que l'on roule toujours vers le plus de dépense, les systèmes 32bits ont tendance à se faire de plus en plus rare, et ce même si, d'après l'équipe scientifique des souris vertes, il n'existe à ce jour aucune application qui tournerait uniquement sur un système 64 bits (le contraire est fréquent, mais les systèmes 64 bits embarquent naturellement la possibilité de faire tourner des applications 32 bits pour garder la compatibilité avec les anciens programmes). Donc vous ne prenez aucun risque à choisir un système 32 bits si vous le pouvez, et c'est même le choix de la rédaction si vous n'avez pas envie d'investir dans de la mémoire vive à la tonne.


Ave Caesar, mobituri te salutant


(Traduction libre de l'édition savante MurideVerde TM : Salut César, ton téléphone sonne on dirait)

Vous aurez sans doute remarqué que, bien qu'ils constituent un sujet préoccupant au premier chef de colonisation numérique de la planète, nous n'évoquons qu'assez rarement et sans beaucoup de détails tous ces supports mobiles que les gens tripotent à longueur de journée : téléphone malin, tablette, et autres appareils indispensables aux hommes d'affaires pressés ou aux enfants hyperactifs. Eh bien oui, nous l'avouons sans détour, ce sujet ne nous passionne pas franchement, car d'une part nous ne faisons pas partie des enthousiastes des services rendus par ce type de support, qui n'est finalement qu'un ordinateur en plus fragile, plus omniprésent, moins puissant, sans périphérique de saisie digne de ce nom (je vous invite à essayer d'écrire un article de ce blog sur un appareil dit nomade et d'en tirer les conclusions qui s'imposent), et qui pour achever de nous agacer est conçu pour vous donner le moins de latitude et d'autonomie possible dans l'administration réelle de ce qui est somme toute un bête système d'exploitation masqué par des icônes géantes.


Bref, c'est sans doute regrettable, mais les souris vertes ne sont pas de très bon conseil quand il s'agit de discuter de ces étranges petites bêtes, elles qui savent tout juste, et après de nombreux essais, trouver le bouton pour allumer ou éteindre un appareil de cette catégorie qui croiserait pas hasard leur chemin. Mais, une fois n'est pas coutume, nous allons nous permettre un petit aparté qui les concerne, puisque ces appareils sont équipés, cela va sans le dire, d'un système d'exploitation propre.


Soyons clair, nous n'allons pas folâtrer gaiement dans les prés à la recherche du meilleur système possible pour vous, car d'une part le panorama des systèmes mobiles ressemble à l'uniformité d'une élection présidentielle française (toute ressemblance avec une situation concrète ou ayant existé est une pure fiction), et que quand bien même vous vous mettriez en tête de préférer blanc bonnet à bonnet blanc, vous seriez bien en peine de changer de crèmerie car votre appareil n'a été conçu grosso modo que pour fonctionner avec le système avec lequel il a été livré, et pour la courte durée où les concepteurs dudit système le prendront gracieusement en charge.


Il est cependant possible de réaliser deux opérations de rébellion face à ce système inique. La première consiste à faire sauter les verrous logiciels qui vous empêchent d'être le chef à bord du navire, ce qu'on appelle rooter (pour devenir root, c'est-à-dire super utilisateur) votre appareil. La procédure est à chaque fois particulière, et parfois relativement acrobatique, mais nous semble un prérequis indispensable à l'accession à une autonomie minimale sur la petite machine. En même temps, cela aura pour effet de jeter aussi sec la garantie aux orties chez les fabricants les moins arrangeants.


La deuxième procédure, pour ceux qui disposent d'un appareil Android, qui bien qu'appartenant à l'affreux Google et largement aussi invasif que ses concurrents sur votre vie privée, est un système open-source qui a donc le mérite d'avoir des implémentations alternatives que l'on appelle des Roms custom. On ne change pas vraiment d'univers, l'analogie serait plutôt celle de la distribution, comme pour les systèmes Unix, mais la présentation et les outils proposés par le système sont différents et développés par des communautés plutôt que par des grosses entreprises multinationales. On ne citera pas de noms de Roms ici, la polémique faisant rage dans les milieux autorisés pour savoir si untel est vraiment aussi libre qu'il le dit, mais sachez que pour qui sait chercher, il y a moyen de trouver là des alternatives nettement moins gourmandes, plus configurables et moins envahissantes que le système propriétaire qui équipe votre appareil par défaut.


Tous ces conseils sont à manier avec des pincettes, car le risque est grand de porter dommage voire coup fatal à votre petit joujou, mais les plus militants, bricoleurs ou motivés de nos lecteurs pourront aller regarder avec intérêt sur l'internet mondial de quoi il retourne.



Bien choisir ses programmes

"Toutes ces fleurs

Offertes au papillon -

Comment peut-il choisir ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Une souris attentive me fait remarquer que nous avons déjà abordé le sujet de ce paragraphe dans les articles précédents. C'est vrai. En même temps, allons-nous pour autant nous interdire de radoter nos conseils sous prétexte d'épargner nos lecteurs fatigués ? Certainement pas. Permettons nous donc d'en remettre une fine couche sur le sujet, afin qu'à force de répétition opiniâtre notre message porte dans les chaumières les plus reculées et jusqu'au fin fond des forêts boréales.


Vous l'avez sans doute compris depuis qu'on le rabache, pour la santé de votre machine comme pour la vôtre, mais mentale, il est important de bien choisir les programmes installés. Mais, bien évidemment, l'attention que l'on portera à ce choix dépendra fortement de notre utilisation dudit programme ; il n'est peut-être pas nécessaire d'essayer une centaine d'applications différentes de gravure de CD-ROM si vous ne souhaitez graver qu'un seul CD dans les dix prochaines années. A l'inverse, il paraîtrait absurde de se contenter sans se poser de questions du navigateur par défaut de votre système alors que vous l'utilisez quotidiennement et pour un tas d'activités essentielles, comme consulter ce blog. Etonnamment, c'est pourtant ce que font la majorité des gens.


Pour s'éviter les complications futures, on se contentera du nombre minimal de programmes nécessaires à notre bonheur, et surtout on les choisira dans la catégorie des poids plumes plutôt que des Usines à Gaz, celles qui font le ménage tout en vous servant le café au premier clic dans une fenêtre. Après, tout cela est sans doute plus facile à énoncer qu'à mettre en pratique si vous ne passez pas vos journées sur votre ordinateur en quête de l'application-parfaite-qui-fait-juste-ce-que-je-veux.


Il faut reconnaître que les logiciels libres ne sont pas d'une grande aide en la matière, car ils représentent la quintessence ce qu'aux souris vertes on résume sobrement par : "trop de choix tue le choix". En effet, le moindre programmeur insatisfait de l'application X s'empresse de faire la sienne qui fait presque la même chose mais pas tout à fait, ce qui fait que, pour le quidam qui observe le champ de bataille depuis une position en retrait, il est bien difficile de s'y retrouver dans le capharnaüm des applications disponibles. Sans compter qu'entre les fanatiques de la ligne de commande monochrome et les partisans de l'interface avec un seul bouton de 2 mètres de large, on ne sait jamais trop où l'on va mettre les pieds. Et la situation est presqure pire sous Windows ou MacOS, où l'on risque à tout moment de tomber sur un logiciel faussement gratuit, un représentant émérite de l'école de Programmation Avec Les Pieds, voire sur un infâme Virus de La Mort.


C'est pourquoi, pour la plus grande joie des petits et des grands, les souris vertes vous livrent ici leur trousse à outils personnelle, leurs petites applications favorites qu'elles aiment et qu'elles cajolent. Un bon nombre d'entre elles ont déjà été citées dans nos articles précédents, mais compilation n'est pas raison, comme dit le sage, ce qui, vous en conviendrez, ne veut strictement rien dire mais rime magnifiquement.


Remarquons que, dans notre grande magnanimité, nous ne parlerons ici que d'applications légères, gratuites, open-source et multi-plateformes. Ce qui signifie en particulier que vous pouvez les installer partout où vous irez (enfin, demandez quand même si vous n'êtes pas chez vous). Certaines ont même des versions portables, que l'on peut embarquer sur une clé USB et exécuter directement sans installation requise. Diablement pratique.


Allez, on énumère nos petits compagnons informatiques :

- on commence tout de suite par le navigateur internet, qui est sans doute l'application la plus utilisée de votre machine. On ne se cache pas de préférer Mozilla Firefox aux souris vertes, bien que le choix soit pléthorique dans le domaine. On déconseillera tout de même pour leur indigence absolue tous les navigateurs Microsoft, Internet Explorer en tête, et en tant que grand amoureux de la liberté de penser on ne pourra que tiquer à l'idée d'utiliser Chrome, le navigateur de Google qui raconte tous vos faits et gestes à son papa sans se cacher.

- tant qu'à rester chez Mozilla, proposons tout de suite notre choix de client de messagerie, Mozilla Thunderbird. Alors oui, il est vieillot et n'évolue plus franchement, mais en même temps il sait tout faire, avec le sourire et sans effort. Les équipes du Professeur Souriso ont eu beau lancer un ambitieux programme de recherche sur le sujet, elles n'ont jamais trouvé mieux.

- application indispensable s'il en est, un bon lecteur de documents pdf s'impose, comme Evince, qui par dessus le marché lit tout un tas d'autres formats que vous ne rencontrez jamais.

- pour savoir lire tout le contenu multimédia de la galaxie sans additif ni arrachage de cheveux, audio, vidéo, support amovible comme fichier s'il vous plaît, on installera promptement VLC et on supprimera aussi vite tout le reste.

- ceux qui souhaitent retoucher des images pourront le faire avec bonheur avec GIMP. Attention, il fait clairement partie de la catégorie des gros costauds, autrement dit c'est un logiciel horriblement complexe mais qui permet de faire à peu près tout ce qui existe en terme de manipulation d'images. Aux souris vertes, on l'utilise avec deux doigts et en fermant les yeux pour retailler nos magnifiques dessins, afin de ne pas consommer inutilement de l'octet avec une image dix fois trop grosse.

- pour ceux qui utilisent parfois la calculatrice, oui, vous ne rêvez pas, on pourra la remplacer avantageusement par SpeedCrunch, toute simple mais vraiment puissante pour les passionnés du cosinus inverse.

- ceux qui souhaitent faire du traitement texte, tableur et autres applications bureautiques pénibles pourront se tourner vers la suite LibreOffice. S'il faut reconnaître qu'elle est loin d'égaler en qualité son équivalent propriétaire bien connu de chez Microsoft, elle a tout de même quelques atouts indéniables, comme le fait de ne pas avoir son interface mise sens dessus-dessous à chaque version, le fait de ne pas coûter un bras, voire deux, et surtout sa compatibilité universelle qui fait qu'elle ouvrira absolument tous les documents sans faillir, contrairement à son concurrent qui ne sait même plus reconnaître les fichiers écrits il y a quelques mois pourtant avec son aide.

- finissons par une petite exception spécifique aux pauvres hères qui doivent oeuvrer sous Windows. C'est en effet le seul système qui ne reconnaît absolument aucun format d'archives par défaut, mis à part le sien propre (le rigolotement nommé mais honteusement inefficace fichier zip). On ne nommera pas les alternatives propriétaires parfaitement ineptes auxquelles les personnes désespérées par cette situation ont tendance à se confier, pour désigner simplement un logiciel d'archivage sobre et redoutable qui saura combler toutes vos attentes en matière de compression et de décompression, oui, oui, même pour les fichiers zip, à savoir 7-zip.


Et bien voilà déjà un bel ensemble prêt à décorer avantageusement votre salon. Il s'agit même sans doute du lot de bienvenue minimal qui devrait se trouver sur toute machine digne de ce nom, à la place des innombrables merdouilles qu'y placent les fabricants peu scrupuleux. Il est cependant bien clair que cela ne suffira sans doute pas à votre bonheur, mais espérons que cette petite liste saura vous encourager à chercher dans la même veine toutes les applications plus spécialisées dont vous auriez besoin.


Etant donné qu'on ne va pas étaler notre vie, bien qu'elle soit passionnante et que le monde entier n'attende que cela, nous nous garderons d'énumérer l'ensemble des programmes un brin particuliers que nous utilisons. Mais, pour illustrer l'esprit qui nous guide, citons-en un exemple : nous aimons par exemple, aux souris vertes, jouer avec des enregistrements sonores pour mixer notre petit choeur de souris en fête. Nous nous servons donc naturellement et avec entrain d'Audacity, un allié sympathique en la matière, qui rend bien des services même s'il ne s'agit pas d'un logiciel professionnel. Alors vous souhaitez faire du montage vidéo ? Des albums photo ? Du dessin assisté par ordinateur ? Un plan de votre salon ? Eh bien à vous de jouer, bon courage pour trouver l'application simple et pratique qui vous aidera.


Mais, entendons-nous bien, on installe bien une application pour l'utiliser, autrement on se retient ou on désinstalle rapidement ; si vous ne faites que papillonner d'activité numérique en activité numérique sans jamais vous poser vous ne ferez que plomber votre machine.



Bien choisir sa conclusion


Ah, tout ce choix désormais ! Une myriade de mondes qui s'offrent à nous, quand auparavant notre seule latitude était d'opter pour le nouveau modèle Zorglub10 ou bien le dernier Schtroumpfor254, tous deux super bien notés par GrosComparateur.net. Guillerets et libérés de ces diktats faciles, nous pouvons observer avec acuité notre belle machine pour lui donner ce petit coup de pouce qui la rendra encore plus à même de nous faire plaisir. Une sorte d'écoute et de compréhension mutuelle, n'est-ce pas ce à quoi chacun aspire dans une relation ? Petit matériel, système, logiciels, choisissons, sélectionnons, bichonnons, pour davantage profiter et moins gaspiller.

On se quitte sur ces paroles excessivement profondes, en attendant de poursuivre ce dossier qui, c'est proprement incroyable, n'est toujours pas à son terme. Comment donc sera-t-il possible d'y ajouter ne serait-ce que deux phrases devant la somme de connaissances déjà accumulée ? On a hâte d'en savoir plus !








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