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A bas le 'c'est pratique'
Date 06/03/2018
Ico Polémiquons
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"Voile de lune -

Une grenouille

Trouble l'eau et le ciel"


Yosa Buson (1716-1783) 


Nous nous contentons aujourd'hui d'un petit article tout en polémique et à teneur en information et autres gestes salutaires excessivement tenue, voire inexistante. C'est qu'une saine révolte gronde dans la rédaction des Souris Vertes, avec la proverbiale goutte d'eau qui n'en finit plus de faire déborder le vase partout sur notre beau tapis. Comment ne pas être exaspéré, en effet, quand une moitié de l'humanité passe le plus clair de son temps éveillé à inventer de nouvelles manières pour l'autre moitié de gaspiller toujours plus de ressources au nom d'un confort dont on se demande bien le sens qu'il a encore ? Peut-on être encore plus confortable que confortable ? Toujours plus douillet du doigt de pied ? Encore moins actif qu'une carpe dans un cours d'eau gelé ?


Non, il est temps enfin de tordre le cou à toutes ces fausses bonnes idées que l'on nous vend chaque jour comme des innovations technologiques et qui ne sont que de pâles verroteries, dont tout ce qu'on pourra en dire pour justifier leur existence et leur gaspillage inhérent sera "c'est pratique". Bannissons vite cette expression de notre vocabulaire, car elle signifie le plus souvent "merci pour ce surcroît de confort inutile et dont je me passais bien, mais qui va me permettre d'économiser quelques maigres efforts au prix d'un gaspillage de ressources que je peux oublier tranquillement". Alors, c'est pratique, vraiment ? La porte qui s'ouvre sans poignée quand vous approchez ? La lumière qui s'allume sans qu'on lui demande ? Le téléphone qui décroche quand on cligne de l'oeil droit ? Les toilettes qui se vident toutes seules quand je me relève du siège ? On n'arrête pas le progrès, décidément, ma bonne dame, mais aujourd'hui les souris vertes disent NON à toutes ces fadaises, et sans prendre de gants. Non mais !



Le confort, toujours et partout, ou le principe du moindre effort


Ah qu'il est doux de se laisser bercer par le ronron des petites machines qui travaillent pour nous. Nous pouvons désormais nous dispenser de penser, d'observer, de mémoriser, de nous déplacer par nos propres moyens, car une armée d'ordinateurs et de machines occupent leurs journées à le faire à notre place. Si l'on aime à s'esbaudir des innovations incroyablement modernes qui parsèment notre époque en révolutionnant chaque jour davantage le réel, on pourra admirer la magnifique extension de l'"innovation pratique" à absolument tous les domaines et toutes les dimensions. Quoique vous souhaitiez améliorer ou quel que soit le geste dont vous souhaitez vous dispenser, il y aura toujours un appareil pour le réaliser à votre place. Ah, une souris mutine sur mes pieds me fait remarquer qu'on n'a pas encore inventé une machine pour essuyer nos fesses à notre place aux toilettes. Eh bien, je dis que ça n'est pas certain, je ne parierais pas que quelqu'un n'ait pas déjà pensé à faire bénéficier l'humanité de cette amélioration bouleversante, et si ça n'est pas le cas, gageons que cette erreur sera bien vite rattrapée.


Pourtant les humains comme les souris vertes sont-ils réellement faits pour une vie de végétativité lascive ? Sommes-nous bien adaptés à un quotidien de prelassement douillet, où de tout notre corps, seul notre oeil parcourt quelques millimètres, et un ou deux doigts s'agitent de temps à autre ? En vérité l'expérience de l'immobilisation due à une blessure ou à une maladie devrait nous persuader que lorsqu'une partie de notre corps n'est pas sollicitée, elle finit par s'atrophier jusqu'à devenir totalement inutilisable. Ce petit confort que nous nous octroyons donc quotidiennement, comme celui de prendre un escalator au lieu d'un bête escalier par exemple, loin d'être un bienfait qu'on nous dispense généreusement, est une belle occasion manquée d'exercer notre faculté de marcher librement et, à plus long terme, de conserver notre autonomie de déplacement et une forme physique minimale.


C'est la raison pour laquelle tant de gens éprouvent d'ailleurs le besoin de compenser par une activité sportive parfois frénétique ces longs moments d'inactivité corporelle, subis quotidiennement au travail ou dans les déplacements, mais surtout infligés dès que possible à notre nous-même consentant, au moindre inconfort constaté (selon l'échelle de notre époque). Mais, plutôt que de devoir nous dépenser toujours plus ardemment quelques poignées de minutes par semaine, il serait peut-être plus simple d'arrêter de nous économiser tout le temps non ? Porter soi-même ses courses ou ses affaires, se garer plus loin, voire pas du tout, pour marcher autant que possible, faire ces millions de petits gestes pas bien épuisants mais qui nous maintiennent en activité et en éveil ?


Si l'on pense aux conditions de vie des générations précédentes, qui certes n'étaient pas l'idéal de la félicité sous un ciel rose et ouaté, et que l'on les rapporte à la tendance présente à trouver que tourner une clé dans une serrure ou appuyer soi-même sur un interrupteur constitue déjà un effort à déléguer d'urgence à un système électronique, il est tout de même permis de s'interroger sur l'hallucination collective numérisée qui nous fait préférer utiliser des ressources et de l'énergie en quantités considérables pour des améliorations de qualité de vie aussi risibles que des robinets qui coulent tous seuls quand on passe la main devant ou des phares qui s'allument automatiquement quand il fait sombre. N'était-ce déjà pas une aubaine incroyable qui nous ayons à disposition de l'eau ou de la lumière à volonté par un simple geste, faut-il encore en rajouter une couche de capteurs pour anticiper notre désir, et gaspiller gaiement en surplus de joyeuses minutes d'eau qui coule sans usage ou de lumière qui s'allume sans qu'on en ait besoin ?


Ne pensons pas, d'ailleurs, que les facultés cognitives échappent à la règle du je-m'atrophie-quand-on-ne-m'utilise-plus, et qu'elles vont se tenir gentiment à disposition même si nous renonçons à les employer le plus souvent possible. La mémoire, la réflexion, la capacité d'observation sont des facultés qui demandent un exercice quotidien pour se maintenir. Alors oui, si nous souhaitons devenir raides comme des robots et encore moins intelligents que nos cartes à puce, nous avons sans doute trouvé la bonne recette : laissons nous guider sans aucune distance vers toujours plus de bonheur appareillé et toujours moins d'effort physique et mental si vulgairement rétrograde.



L'innovation "bien pratique" ou comment se compliquer la vie pour rien


Surtout que derrière leurs dehors débonnaires de gentillesse sucrée toute à notre intention, ces petits riens si pratiques qu'on nous saupoudre délicatement sont à la fin des fins une manière bien perverse de nous pourrir la vie. Car la promesse n'est pas toujours au rendez-vous, mécanique en carton et capteur indigent oblige. Combien de fois avez-vous vu un robinet, un interrupteur mural ou une poignée de porte tomber en panne ? En revanche, son équivalent tout numérisé aura des vapeurs régulièrement et seulement quelques semaines après son installation, ce qui fait qu'on sera bien marron du confort supplémentaire s'il faut se déplacer à tâton car la lumière automatique ne s'est pas déclenchée.


Autrement dit, nous avons remplacé une invention parfaitement simple et entièrement mécanique, qui couvrait 99,99% de notre besoin, par une version numérique prompte à l'erreur, et bien sûr impossible à réparer par nos propres moyens, pour gagner ce petit centième de pourcent de confort dont il aurait été insupportable de ne pas bénéficier immédiatement.


Pire, comme nous nous reposons sur nos petites consciences numériques pour analyser les situations à notre place, leur absence momentanée nous permettra de commettre des Grosses Bourdes, comme ces gens qui emboutissent des voitures en comptant sur leur radar de recul, brusquement aux abonnés absents, voire ceux qui vont mourir silencieusement dans le désert où ils s'aventurent en voiture sur les conseils d'un GPS audacieux. Quand la technologie qui ne sert à rien nous met en plus en danger, on atteint des sommets d'inanité moderne, ou de modernité inane, même si sans doute aucune de ces deux expressions n'a de sens.


Mais encore, me font remarquer les souris, tout ceci ne serait qu'une affaire de choix personnel si cela n'avait d'autre conséquence que sa propre transformation en légume ou en grand blessé. Mais c'est que ceux qui utilisent ces merveillent ne sont pas seuls dans cette affaire, oh que non, et font par un rebond généreux des autres habitants de la planète leurs compagnons d'infortune.



Quand ce qui est pratique pour certains l'est moins pour le reste du monde


Eh oui, comme dans tout bon article des Souris Vertes, le hic n'est pas là où on l'attend, et à vrai dire il ne nous chaut que très peu de savoir que certains de nos prochains préfèrent énoncer un borborygme quelconque pour allumer leur chaîne hifi, plutôt que d'attraper une télécommande ou même, comble de ringardise, de se lever pour appuyer sur le petit bouton de l'appareil prévu à cet effet. Enfin, en théorie, car la numérisation rampante de toutes nos activités quotidiennes a un effet sur la consommation de ressources primaires et la pollution mondiale absolument vertigineux.


Comme nous l'avons déjà évoqué dans un excellent article consacré à l'automobile, c'est par exemple 40% du coût du véhicule qui revient à l'informatique embarquée désormais, et les fabriquants de composants électroniques se frottent à l'avance les mains de voir les besoins en processeurs et autres capteurs dépasser par ce marché naissant celui des ordinateurs, tablettes et autres téléphones intelligents, une industrie déjà pas vraiment réputée pour ses services rendus à l'écologie mondiale. Or, disons-le nettement, aucune révolution de la locomotion n'a été opérée dans ce déluge d'innovations "si pratiques", les voitures d'aujourd'hui se déplaçant peu ou prou, et au même coût environnemental et social, de la même manière qu'il y a un siècle. Donc, à part le droit de ne pas régler manuellement votre siège ou votre rétroviseur, de ne pas tourner de poignée pour ouvrir une fenêtre, et de subir des bips aigus dans votre habitacle à tout bout de champ, on voit mal de quelle amélioration fondamentale tout ce gaspillage d'intelligence, de ressources et d'énergie participe.


Autre exemple qu'une souris de la rédaction des Souris Vertes a ouï récemment lors d'une émission de radiodiffusion françoise, celui des beaux écrans lumineux commerciaux que l'on dispense désormais partout où c'est possible. En plus d'une pollution lumineuse parfaitement intolérable, et du fait qu'il est très difficile d'éviter leur contact oculaire tant le mouvement et la lumière qu'ils diffusent attirent l'oeil du chaland comme un aimant, ces charmants dispositifs ont la particularité de consommer chacun autant d'énergie que deux familles françaises raisonnablement confortables, une norme déjà bien élevée à l'échelle mondiale. Et pour quel service rendu ? La publicité par panneau géant, odeurs artificielles et autres agressions sonorisées de l'espace public à des fins commerciales de dépense collective ne suffisait manifestement pas à notre bonheur, il fallait franchir un pas supplémentaire d'urgence. Que quelques lunatiques se lancent dans une telle aventure en croyant qu'elle est un bienfait pour l'humanité, il n'y a rien là de surprenant, mais qu'il se trouve une filière industrielle de production, de transport, de réparation de ces machines inutiles, plus des dizaines de milliers d'élus locaux, de gérants de magasins, de dirigeants d'entreprises, d'associations pourquoi pas, pour les installer ensuite et les infliger au Grand Public, voilà qui nous laisse rêveur aux souris vertes.


Bref, pour synthétiser et passer sans attendre à la conclusion de notre petit article du jour, disons tout net que cette petite économie de geste, cette petite innovation qui semble si bénigne alors qu'elle est tout naturellement "bien pratique", cette petite indulgence que nous nous faisons si régulièrement, nous la faisons aux dépens du reste de l'humanité et des autres vivants de la planète. Rien que ça. Car ces ressources que nous gaspillons sans vouloir les regarder, ces pollutions que nous engendrons silencieusement, sont bien réelles, et souvent d'une échelle pas du tout anecdotique ou négligeable, comme on voudrait le sous-entendre par des discours bonhommes ou des petits sourires de connivence qui semblent dire "bon d'accord, c'est peut-être un peu gadget de vouloir allumer mon ordinateur avec mon téléphone portable, mais c'est rigolo et ça ne fait de mal à personne, non ?". Il n'est pas certain que les ours polaires et les habitants des régions sinistrées par les catastrophes climatiques partagent notre amusement désinvolte.


Pour une éthique sympathique du pas pratique


Bien, bien, une fois ce désolant constat admis et répété, que nous reste-t-il à faire si ce n'est sauter du haut d'un pont ? Surtout retenez votre geste, lecteurs malheureux, car la cause est loin d'être perdue en la matière. C'est que tout les fabricants de camelote et de faux bonheur numérique ont besoin de notre complicité pour écouler leurs stocks, il est donc tout à fait possible de leur rendre la vie dure en refusant d'utiliser leurs petits gadgets dispendieux.


Il s'agit donc, partout et tout le temps, de réhabiliter une éthique simple du petit geste que l'on fait soi-même,  de sa petite part d'autonomie que l'on réaffirme à la face du monde marchand et gaspillatoire. Dès que possible, on ouvre soi-même sa porte, on emprunte les escaliers, on fait les 3 pas qui nous séparent de notre but, on passe à l'improviste plutôt que de téléphoner. On dédaignera aussi toutes les confiseries numériques que l'on nous sert quotidiennement pour adopter la technologie là où elle sert vraiment à quelque chose ; montrons ainsi un peu de respect pour les véritables progrès, crénom di diou.


Et surtout, surtout, surtout, on bannira dare-dare de notre vocabulaire cet adjectif "pratique", si vague, informe et sans objet. On le remplacera au choix par mignon, gentil, rigolo ou sourisesque. Toute idée qui ne peut pas accueillir un de ces adjectifs ne mérite même pas d'être discutée !


Sur ce, bon vent à tous jusqu'à la prochaine fois, sous un tonnerre d'applaudissements de souris !

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Le Petit Geste Du Jour : je me dirige sans GPS
Date 04/02/2018
Ico Le Petit Geste du Jour
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"Verse l'averse d'automne -

Le chemin

Encore et toujours"


Taneda Santôka (1882-1940)


Attenzione, attenzione, aujourd'hui, on se prépare à un Petit Geste qui décoiffe, une idée tellement incroyable que personne n'aurait raisonnablement pu l'émettre à part une souris verte totalement passée à côté de son éqoque (les souris grises ou violettes sont déjà, paraît-il, outrageusement équipées de petits appareils numériques), à savoir la Direction Non Assistée, la Navigation Sans Assistance, le Déplacement Hors Ligne, la Marche Déconnectée, bref toutes formes de transport excessivement exotiques qui se réaliseront sans l'aide du moindre appareil numérique, même pas le plus petit non non.


Je vois poindre ici la circonspection naturelle de nos chers lecteurs, qui savent bien que ceci est impossible et que toute navigation à pied, à cheval ou en vélo, voire en bateau, en train, ou en voiture à pédale, se fait nécessairement grâce à un formidable système mondialement mondial appelé GPS. Eh bien, nous nous promettons ci-devant et avec panache de vous livrer des astuces incroyables qui vont vous permettre de vous déplacer autrement et sans l'aide de vos petits compagnons numériques quotidiens. Si si ! Mais avant ces formidables conseils qui vont certainement changer la face du monde, n'en doutons pas, expliquons un peu la motivation du pourquoi on pourrait vouloir se passer de notre copain GPS. C'est parti !


Le problème


C'est étonnant, mais nous n'avons jusqu'ici jamais eu l'occasion de parler vraiment de ce petit système GPS qui nous aide tant. Pourtant, il est difficile à éviter, le bougre, étant donné qu'on le capte absolument partout. Car oui, le GPS, avant d'être un système de localisation, est avant tout un réseau : il s'agit d'un ensemble d'émetteurs qui, sur une plage de fréquence et selon un protocole spécifiques, vous envoie très gentiment votre position où que vous soyez sur terre. Mais comme il ne s'agit ni d'un de vos amis qui vous suit partout, ni d'un medium particulièrement performant, il faut bien qu'il y ait un petit trucage à cette prouesse digne des plus grands magiciens de ce siècle, et celui-ci n'est pas particulièrement subtil : le système GPS est en réalité  composé d'un ensemble de satellites disposés en orbite un peu partout au-dessus de la planète. Grâce à une méthode géométrique bien connue de triangulation, si vous pouvez connaître votre distance à 3 points fixes, donc à 3 satellites, vous pouvez en déduire votre position absolue partout dans l'espace. Formidable !


Remarquez au passage que votre petit récepteur GPS communique donc avec pas moins de 3 satellites à chaque fois qu'il souhaite connaître sa position. Autrement dit, pour me localiser, il me faut donc : une trentaine de satellites dans l'espace, plus une puce GPS ultra minuscule dans mon appareil capable de leur parler doucement. Mais, à vrai dire, comme vous ne ferez pas grand chose de vos coordonnées sphériques à la surface du globe, il faut tout de même rajouter une petite couche logicielle supplémentaire, et un peu de réseau traditionnel pour nous afficher une carte au dessous de notre point qui clignote. Ce système est diablement efficace, mais c'est à peu près le plus coûteux qu'on aurait pu imaginer si on se donne comme proposition le fait de s'orienter simplement (même en restant sur le même modèle, par exemple, on pourrait sans doute trianguler à partir d'objets légèrement plus près que 30 km dans l'espace).


D'ailleurs, si l'on trouve désormais pas mal de monde pour s'indigner des géants américains du web qui colonisent notre univers mental, personne ne semble s'inquiéter outre mesure du fait que l'ensemble du système GPS, satellites et protocoles inclus, appartient à l'armée américaine qui l'avait certainement mis en place pour des raisons altruistes et bienveillantes, et dans un souci constant d'amour du prochain. Il est bien pratique qu'elle n'ait plus besoin de se démener pour espionner les gens, puisque la moitié de la population lui signale bien obligeamment sa position plusieurs centaines de fois par jour.


Mais, au-delà de l'aspect inquiétant de Big Brother Is Watching You From Space, c'est surtout côté débauche environnementale que tout cela commence à piquer le nez. Si l'on considère qu'en moins de 40 années d'existence, le programme GPS a déjà lancé 70 satellites (on pourra voir le détail ici de tous ceux qui ont déjà été décommissionnés de cette belle opération), on voit que l'addition va commencer à être salée s'il faut continuer à construire des fusées et des satellites à un rythme effréné pour continuer à trouver notre chemin jusqu'à la pizzeria.


D'autant que tout le monde n'est pas resté insensible au fait qu'une fois de plus, et à notre grand dam, les Etats-Unis dominent le monde et nous regardent de haut. L'Europe a donc décidé de créer son propre système de localication, dans un branle-bas généralisé d'une envergure telle qu'elle aurait pu le nommer Opération Puma des Neiges ou Objectif Gros Oeil de Lynx, mais qui est plus modestement appelé Galileo. Le contribuable sera donc bien rassuré de savoir qu'il finance avec bonheur le lancement prochain d'une nouvelle salve d'une trentaine de satellites, afin de faire la même chose qu'avant, mais nous-même tout seuls. Nous confessons aux Souris Vertes une profonde ignorance dans le domaine des déchets spatiaux, vu que nous n'avons pas la joie d'en croiser tous les jours au fond du jardin, mais il y aurait sans doute un excellent sujet à creuser pour les gens qui s'intéressent à la pollution spatiale. Surtout que ces appareils sont judicieusement placés de manière à hanter notre ciel direct pendant quelques milliards d'années si personne ne s'avise de trop les déranger, ou s'ils ne nous tombent pas sur la tête avant.


Rappelons également que la puce GPS de votre copain électronique, qui émet constamment dans votre dos, est une consommatrice de batterie bien sérieuse, et qu'il est également intéressant pour la durée de vie de votre appareil et son autonomie de lui couper le sifflet aussi souvent que possible.


Bref, le système GPS est "bien pratique", pour reprendre une expression que nous bannissons aux Souris Vertes car elle se traduit généralement par "situation qui m'économise un geste que j'aurais pu réaliser sans effort, mais dont je suis bien aise de me dispenser en contrepartie d'un gaspillage de ressources que je ne suis pas obligé de voir", mais on peut sans doute imaginer de réaliser nos déplacements quotidiens de manière aussi efficace sans faire appel à de la Technologie de l'Espace De la Mort.



La solution


Avant d'aborder une série de conseils fracassants concoctés par l'équipe de choc du professeur Souriso, reposons-nous un moment et accordons-nous un petit instant de contemplation haïkale (un adjectif que nous inventons pour la circonstance, il faut ce qu'il faut).

"Sans dévier

Il se dirige vers la mer

Le bébé tortue"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Bien, nous voilà prêts désormais à affronter la possibilité vertigineuse d'un déplacement sans aide électronique. Ceci peut paraître fou, voire dangereux tant le risque est grand de se perdre dans la forêt et de finir dévoré par les loups. Cela dit, les logiciels de navigation GPS ne sont pas exempts d'erreurs et constituent apparemment une cause de mortalité importante parmi les personnes qui s'aventurent dans le désert nord-américain. Autrement dit, vouloir quitter la chaleur de notre couette au petit matin, GPS sous le bras ou pas, constitue toujours un danger qu'il nous faut assumer vaillamment. Fort de notre volonté sans faille, comment allons donc pouvoir nous rendre à la boulangerie du coin, au travail, à la jardinerie la plus proche ?


C'est ici qu'après des années d'étude sur le sujet, le professeur Souriso est en mesure de formuler trois propositions incroyables qui résolvent ces questions délicates :

- l'utilisation d'un plan de ville (si l'on est en ville), d'une carte de randonée (si l'on est à pied mais pas en ville, c'est précis et ça marche même si l'on n'est pas en tenue de Super Marcheur Dynamique), ou d'une carte routière (pour tout autre moyen de transport visant une plus grande distance). A ce point, faisant fi de tout principe de neutralité commerciale, les Souris Vertes n'hésitent pas à recommander chaudement l'atlas Michelin des routes françaises qui, même pour quelqu'un qui ne possède pas de véhicule à moteur, est sans doute ce qui se fait de mieux pour trouver son chemin par tous les temps et sur toutes les routes. Et en plus il fonctionne sans pile, et même dans les coins les plus reculés du territoire où les réseaux finissent par s'évaporer dans l'air enfin pur.

- l'utilisation judicieuse des panneaux de signalisation. Il faut se rendre compte du nombre de panneaux routiers, même en ville, disposés et maintenus avec amour par une administration toujours soucieuse de ne voir personne s'égarer, qui sont maintenant snobés avec application depuis que chacun s'oriente avec l'aide du GPS mondial. Et pourtant ce système a fait ses preuves pendant plusieurs dizaines d'années, voire plus, et est diablement efficace, aussi bien pour diriger des piétons autant que des automobilistes. Ne laissons pas tous ces beaux efforts de signalisation se perdre dans le néant de l'oubli !

- le recours à la sagesse ancestrale des autochtones. Demander son chemin à quelqu'un d'autre qu'à Goût-Gueule peut sembler cocasse, mais à vrai dire il arrive très souvent que les gens aussi sachent s'orienter et donner des directions intelligentes pour aller quelque part. C'est également un moyen simple de goûter, sans excès et en toute sécurité, à l'exotisme du contact avec La Personne Du Cru, une expérience hors du commun que beaucoup doivent aller chercher à l'autre bout de la planète, quand ils pouvaient la réaliser sans attendre en éteignant leur smartphone quelques minutes. Renversante révélation !



Marche tout droit (ouwap)


On voit que notre professeur préféré n'a pas ménagé sa peine pour nous proposer ces belles alternatives à la navigation par GPS, raison pour laquelle nous n'hésitons pas une seconde à lui rendre ce vibrant hommage sous la forme de titre d'un paragraphe tiré d'une des meilleures chansons du regretté Claude François. On trouverait sans doute bien d'autres idées pour se déplacer simplement sans se perdre, et sans assistance numérique intégrée.


Alors, pour aujourd'hui et le restant de nos jours, débranchons le GPS, faisons taire la dame qui parle dans l'auto, et orientons-nous avec notre bon sens et quelques moyens low tech bien sentis. Et surtout, redécouvrons la joie d'errer sans autre but précis que celui de contempler toute la surprenante vie qui fourmille dans notre environnement familier, et que nous ne voyons plus à garder les yeux rivés sur des petits écrans. Cessons de réduire le vaste monde à une carte pixellisée et à quelques centimètres de largeur !


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Les souris vertes ont lu pour vous : l'économie symbiotique, d'Isabelle Delannoy
Date 21/01/2018
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"Soir de printemps

De bougie en bougie

La flamme se transmet"


Yosa Buson (1716-1783)


Tiens, tiens, ça faisait longtemps que les Souris Vertes ne nous avaient pas proposé une de ces lectures stimulantes dont elles ont le secret. Alors, quel beau livre a retenu leur attention cette fois-ci ? Hum. Autant le dire tout de suite, toutes les souris n'étaient pas emballées à l'idée de parler de notre ouvrage du jour, qui s'intitule "L'économie symbiotique", d'Isabelle Delannoy, vu qu'il peut sembler bien rébarbatif de prime abord, et pour être honnête les choses ne s'arrangent pas toujours, même après un contact prolongé.


Il s'agit en fait, ni plus ni moins, ni autant, que d'un essai d'économie. Déjà ce genre littéraire parfaitement respectable ne fait généralement pas l'unanimité sur les plages en été, ou pour une lecture décontractée au coin du feu, mais on peut bien se demander quelle mouche a piqué les souris vertes de vouloir nous en entretenir, vu le rapport apparemment absolument nul avec notre excellente ligne éditoriale habituelle.


Eh bien qu'on se détrompe, et qu'on batte sa coulpe en place publique sans attendre, car non seulement notre petit livre aborde en détail les sujets favoris qui nous font courir d'article en article, mais en plus dans une prose nettement moins ennuyeuse et empesée que ce que l'on serait en droit d'attendre d'un Traité d'Economie Très Sérieux.


Allez, sans plus attendre on se lance dans le vif de la discussion, et dans un élan de générosité vis-à-vis de nos lecteurs, on structure un peu le machin à grand coup de paragraphes, et avec un plan remarquable, s'il vous plaît : on donne d'abord l'intrigue générale, et ensuite on en viendra aux aspects d'écologie numérique que tout le monde attend avec impatience.



Le fond du fond


Alors, l'économie symbiotique, quésaco ? S'agit-il des principes économiques appliqués par des micro-organismes marins, tu me donnes un peu de plancton et je te rends un peu d'algue plus les intérêts ? Pas du tout, non non très cher (chère ?), nous parlons bien de l'économie humaine, celle qui dévaste les forêts et dépeuple les océans. Enfin jusqu'à présent. Car l'auteur (auteure ?) ne partage pas ce constat défaitiste que tout système économique un tant soit peu structuré mène naturellement et sans coup férir à la destruction la plus joyeuse de tout ce qui nous environne. Certes, l'économie actuelle est extractive, polluante, génératrice d'inégalités sans précédent, mais ça n'est pas une fatalité, enfin du moins c'est ce qu'on espère.


Le livre s'attache donc à bâtir une théorie économique complète, qui n'ait pas tous ces défauts grossiers, et qui permette de faire fonctionner une ou des sociétés humaines avec un niveau de technologie élevé sans le nécessaire dommage collatéral pour le reste des espèces vivantes qui aimeraient bien aussi un peu de place, tout de même.


Et, pour bâtir son Nouveau Super Système Economique, notre courageuse économiste se fonde sur un certain nombre d'expériences qui, en apparence, n'ont rien en commun, mais partagent toutes à l'insu de leur plein gré les mêmes principes fondateurs : permaculture, gestion des eaux usées, modes d'urbanisation alternatifs, nouveaux modes d'organisation des entreprises, sont autant d'éléments disparates de la fameuse transition écologique déjà en marche (mais à petits pas, NDLR).


Ici, à vrai dire, le lecteur qui a déjà croisé au détour de son chemin l'un ou l'autre de ces sujets n'apprendra pas énormément de nouveautés les concernant. En revanche, pour éparses qu'elles puissent paraître, ces expériences illustrent toutes à leur manière les grands principes de l'économie symbiotique, celle qui pourrait nous permettre de sauver le monde et les bébés phoques. Et quels sont ces principes, donc ? Justement, nous y venons.



Les grands principes de l'économie symbiotique


Ah ah ! J'inclus un nouveau paragraphe mystère de dernière minute, car je me rends compte que mon plan initial ne tient pas la route, comme toute bonne planification militaire qui, comme le dit le fameux adage, ne survit pas à la première rencontre avec l'ennemi. Bon, qu'on se rassure, nous ne sommes pas en train de nous tirer dessus à la rédaction des Souris Vertes, tout au plus terminons nous notre bataille de polochons un peu plus échevelés et essouflés.


Reprenons donc, car il est temps de recopier, sans reversement de droits d'auteur (auteuse ?) et sans vergogne les six grands principes de l'économie symbiotique qui doivent désormais guider notre pensée et notre action politique quotidienne. Il s'agit donc de construire des systèmes qui :

  • offrent une coopération libre et directe entre les entités
  • constituent des territoires de flux communs également accessibles à tous
  • font intervenir une diversité d'acteurs et de ressources respectant l'intégrité de chacun
  • utilisent en priorité les services rendus par les écosystèmes
  • recherchent l'efficience maximale de l'utilisation des ressources
  • favorisent la compatibilité des activités humaines avec les grands équilibres de la biosphère
 
Bon, bien que la prose du livre soit généralement très lisible et fluide, l'énoncé des ces principes a un petit côté austère et générique qui fait quelque peu grincer des dents. On voit tout de même que l'opposition traditionnelle entre l'action publique de l'état et l'action privée des entreprises montre bien vite son inanité : les deux contredisent grossièrement la plupart, voire l'intégralité des principes énoncés. On pourrait d'ailleurs faire une liste exactement inverse en caractérisant la manière dont est gérée l'action collective dans notre belle société :
  • des liens forcés entre entités sous des pressions économiques ou règlementaires
  • des territoires de flux et de ressources confisqués à la majorité des citoyens
  • un nombre restreint de décideurs et d'acteurs qui cultivent l'entre-soi de la décision en lieu et place des autres
  • une utilisation prioritaire de ressources fossiles et de processus artificiels nécessitant des ressources primaires énormes et un haut niveau de technologie
  • un gaspillage de ressources à tous les étages, et presque symboliquement ostentatoire, la recherche d'économie de ressources faisant vraiment figure de pauvre type
  • une perturbation abyssale d'à peu-près tous les grands équilibres de la biosphère : cycle de l'eau, océans, climat, cycles d'évolution des espèces, etc


Autant dire qu'on est loin du compte, et qu'il va sans doute falloir un peu plus que la publication de "l'économie symbiotique"pour nous faire changer de trajectoire. Cela dit, bien plus que ces grands principes qui restent somme toute un peu trop généraux à notre goût, nous avons été bien plus intéressé par un petit diagramme qui explique, dans une société fondée symbiotiquement, les interactions entre le monde vivant, un système industriel toujours en place et la société humaine elle-même. Pour ne pas abuser, nous n'allons pas reproduire le schéma en question, mais nous en dévoilons la substance ; il faut pour cela distinguer trois types d'écosystèmes :

  • les écosystèmes vivants. Bon, ce sont les écosystèmes que l'on connaît habituellement sous ce vocable, qui allient gaiement la fleur et son papillon compagnon, etc.
  • les écosystèmes sociaux. Ce sont les écosystèmes qui intègrent les échanges d'information et de savoir au sein des sociétés humaines. Enfin c'est que j'ai compris.
  • les écosystèmes technosphériques, qui correspondent peu ou prou à un système industriel banal, mais en plus propre quand même.

Le constat qui nous a le plus intéressé, aux Souris Vertes, est le fait que les écosystèmes technosphériques ne peuvent qu'être extractifs ; d'une manière ou d'une autre, ils ont besoin de ressources primaires pour fonctionner, et quelle que soit la manière dont on tourne la chose ils consomment toujours plus qu'ils ne produisent, les voyous.

La seule manière d'arriver à fonder une économie durable en les intégrant est alors d'utiliser les écosystèmes vivants et sociaux qui, eux, produisent plus de matière et de ressource qu'ils n'en consomment si tout va bien, pour équilibrer l'ensemble. Et, bien évidemment, les produits secondaires de chaque type d'écosystème doivent servir d'entrée aux autres, comme la chaleur dégagée par une usine qui pourra chauffer une piscine d'aquaculture, par exemple. Evidemment, tout ceci repose sur un postulat d'efficacité des écosystèmes vivants et sociaux, ce qui nous paraît un tantinet optimiste, comme nous en débattrons un peu plus loin.

Mais il est temps, enfin, d'en venir au coeur de la quintessence du centre de l'essentiel de notre propos du jour :


Numérique, loup y es-tu ?


Bien, on parle on parle, mais où le numérique dans tout ça ? Eh bien, à vrai dire, pour aussi intéressants que soient tous les propos que nous avons rapportés jusqu'à présent, nous n'aurions probablement pas consacré de petite recension à notre lecture du jour, si elle ne donnait pas une place de choix, et avec force détails, aux nouvelles technologies dans cette belle économie symbiotique à venir. Enthousiasmée par les possibilités de partage de savoir au niveau planétaire permis par les réseaux de communication modernes, de création et d'invention rendus possibles au plus grand nombre par les fablabs ou les imprimantes 3D, notre auteure(auteur?) en fait le pilier même des fameux écosystèmes sociaux, qui sont en fait davantage des flux d'échange d'information sous forme de petits octets que de vrais écosystèmes matériels.


Il faut reconnaître ici un réel effort, bien rafraîchissant pour les souris vertes qui n'arrêtent pas de mettre ce sujet sur la table dans un silence débatoire assourdissant, pour penser sérieusement et jusqu'au bout les conséquences d'une économie fondée sur des technologies numériques dont il faudrait pérenniser la production et l'utilisation sur le long terme. Extraction de métaux, de terres rares, obsolescence programmée, Isabelle Delannoy ne s'abrite pas derrière son petit doigt et essaie de répondre à tous ces problèmes qui menacent l'industrie numérique actuelle de périr sous le poids de ses propres déchets électroniques et de sa dévastation environnementale silencieuse.


Cependant, vu l'ampleur desdits problèmes, sans compter leur nécessaire extension à de nombreuses régions du monde non encore colonisées par ces outils numériques indispensables, puisqu'il est nécessaire que tout le monde soit relié par ces réseaux d'échange mondiaux et équipés de sa petite panoplie numérique pour que l'économie symbiotique puisse symbioser comme il se doit, nous sommes très dubitatifs aux souris vertes sur les propositions qui sont avancées. Par exemple, le recyclage des métaux, comme nous l'a bien montré "l'âge des Low Tech", un autre excellent ouvrage commenté ici-même précédemment, ne peut se faire à l'infini, mais au mieux sur quelques cycles vu les pertes inévitables, même sur les appareils les mieux conçus en vue d'être recyclés. On a donc du mal à voir comment une super filière de recyclage des métaux rares pourrait nous sauver d'une pénurie fatale de petits processeurs dans quelques dizaines de générations.



Bon, mais est-ce qu'on est d'accord, alors, vraiment ?


Argh et triple ugh, notre plan initial vient encore d'en prendre un coup dans l'aile, mais bon nous étions de toute manière résigné à son inconsistance congénitale. Ca nous apprendra à annoncer notre plan, tiens, on aurait mieux fait de se taire que d'appliquer ces bons principes d'écolier scrupuleux, voire franchement fayot.


Alors, nous avons essayé de présenter succintement les propos de notre bel ouvrage, mais nos fidèles lecteurs se doutent bien qu'il y a fennec sous cactus, voire souris sous buisson, car on aura plus vite fait d'attendre le jour du jugement dernier plutôt que le jour où les souris vertes n'auront aucune remarque critique à faire sur des idées offrant pourtant toutes les garanties de sérieux et de bon sens du cru. Eh oui, que voulez-vous, nous aimons la discussion, voire parfois la polémique la plus vile, on ne se refait pas. Polémiquons donc, prestement mais sans excès.


Nous avons en vérité deux points fondamentaux de désaccord, avec les parti-pris de l'écrivain (écrivaine ?). Tout d'abord et premièrement, nous considérons qu'il est dangereux de remplacer un optimisme et une confiance béats dans l'efficacité technique des réalisations artificielles, autrement dit le discours scientifico-totalitaire de notre belle modernité actuelle, par un optimisme en miroir sur l'efficacité des processus naturels. Certes, la nature fait fort bien les choses, ça n'est pas les souris qui vont me contredire, mais elle bien loin d'atteindre les critères d'efficacité et d'optimisation que l'espèce humaine s'est mise en devoir d'exiger dans tous les domaines.


Non, vraiment, les processus naturels ne sont pas des outils super optimaux qu'il suffirait d'exploiter, substituant àr nos rayons laser ultra-fins ou nos navettes spatiales du compostage super efficient ou de la photosynthèse dernière génération. La nature, enfin la vie en générale, ne cherche pas l'efficacité à tout crin, et les processus naturels ne sont pas exempts de perte, de déchet, d'érosion des ressources, enfin du moins aux échelles de temps et de matière qui nous concernent. Aussi, il nous paraît essentiel de nous préparer psychologiquement à ce que, même dans une société symbiotique idéale et parfaitement transitionnée écologiquement, aucun cycle de matière ne soit parfaitement refermable, et aucune ressource intégralement renouvelable sur la longue durée.


L'action de l'humanité, et du reste des vivants, ne pourra jamais être parfaitement neutre de ce point de vue, aussi nous pensons aux souris vertes qu'il serait temps d'en prendre notre parti une fois pour toutes, ce qui aurait pour conséquence qu'en plus de la recherche nécessaire de systèmes cycliques de consommation et production, il faudrait également s'attacher à réduire l'échelle de ces systèmes, pour que les pertes inévitables restent négligeables et nous promettent encore quelques ères géologiques de survie sans avoir à nous entretuer sérieusement pour les maigres ressources encore disponibles.


Notre deuxième point d'achoppement concerne, sans surprise, l'utilisation extensive de la panoplie numérique actuelle dans notre future économie symbiotique. Honnêtement, bien qu'elle nous permette de gagner notre croûte à la sueur de nos extrémités digitales, nous avons tendance à considérer l'informatisation galopante de la société comme un phénomène transitoire qui finira par se dégonfler, d'une part à cause de sa profonde inutilité intrinsèque (avons-nous réellement besoin que des machines effectuent des actions ou nous communiquent des données que nous sommes parfaitement capables de produire de manière autonome ?), et surtout de par son coût en ressources exhorbitant par rapport au service rendu.


Evidemment, les services rendus par les outils numériques ne sont pas tous superflus, même s'ils sont tous dispensables, comme en attestent les générations qui nous ont précédé sur la planète et qui ont, on se demande comment, réussi à faire leur chemin sans tout ce fourbi. Maintenant que nous les possédons, il n'est sans doute pas question de les mettre totalement de côté, mais comme la plupart des enthousiastes du numérique au service de l'écologie, notre auteur (autrice ?) ne questionne aucune des applications qui sont faites de ces nouvelles technologies, comme si elles étaient toutes légitimes et donc naturellement destinées à être pérennisées des siècles durant à travers toute l'humanité, dans un système économique qui intègrerait pleinement le droit pour tous de jouer à Lance Ton Pingouin en réseau mondial. En ce qui nous concerne, aux Souris Vertes, nous militons activement pour dégonfler la baudruche avant de poser la question de comment il faudrait faire pour l'inclure dans notre belle construction de la société durable de demain.



Lire ou ne pas lire, telle est la question


Bon, il est vrai qu'aux Souris Vertes, il nous est arrivé de parler de livres dont nous ne recommandions pas franchement la lecture, un comble tout de même quand ceux-ci ne nous ont rien demandé. Mais cette fois-ci, nous allons clairement et sans ambage recommander à tous ceux qui le peuvent et le souhaitent de lire "L'économie symbiotique", si si. Nous avons beau émettre de sérieuses réserves sur l'enthousiasme insouciant avec lequel l'auteure nous convie à intégrer les technologies numériques au coeur même de sa société de demain, il n'en reste pas moins que l'effort pour tenter de penser, au-delà de notre science économique moribonde, qui égrenne en boucle les relevés de la bourse à longueur d'antenne, une pensée économique qui ne soit pas en contradiction directe avec tous les principes écologiques et de préservation du vivant, mérite d'être salué bien bas.


Si nous ne sommes pas certain que les grands principes de l'économie symbiotique qui sont exposés suffiront à nous construire une société durable et équilibrée, il paraît important que ces notions émergent puissamment et distinctement dans l'espace public pour qu'elles puissent être débattues comme elles le méritent. Le cadre conceptuel proposé a le double mérite de sortir l'action politique au service de l'écologie de la multiplication de micro-actions qui parfois n'entretiennent aucune cohérence entre elles, voire se contredisent l'une l'autre, et d'offrir une alternative, y compris en terme de vocabulaire, à la théorie économique standard en grave danger de fossilisation terminale sur ses propres positions de principe, fût-ce au prix de laisser mourir l'entièreté des espèces vivant sur la planète, humains compris.


Bref, amis lecteurs, lisez sans tarder "l'économie symbiotique" d'Isabelle Delannoy, puis repassez l'ouvrage à vos voisins, vos souris, vos amis, et même vos ennemis !


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