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A bas le 'c'est pratique'
Date 06/03/2018
Ico Polémiquons
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"Voile de lune -

Une grenouille

Trouble l'eau et le ciel"


Yosa Buson (1716-1783) 


Nous nous contentons aujourd'hui d'un petit article tout en polémique et à teneur en information et autres gestes salutaires excessivement tenue, voire inexistante. C'est qu'une saine révolte gronde dans la rédaction des Souris Vertes, avec la proverbiale goutte d'eau qui n'en finit plus de faire déborder le vase partout sur notre beau tapis. Comment ne pas être exaspéré, en effet, quand une moitié de l'humanité passe le plus clair de son temps éveillé à inventer de nouvelles manières pour l'autre moitié de gaspiller toujours plus de ressources au nom d'un confort dont on se demande bien le sens qu'il a encore ? Peut-on être encore plus confortable que confortable ? Toujours plus douillet du doigt de pied ? Encore moins actif qu'une carpe dans un cours d'eau gelé ?


Non, il est temps enfin de tordre le cou à toutes ces fausses bonnes idées que l'on nous vend chaque jour comme des innovations technologiques et qui ne sont que de pâles verroteries, dont tout ce qu'on pourra en dire pour justifier leur existence et leur gaspillage inhérent sera "c'est pratique". Bannissons vite cette expression de notre vocabulaire, car elle signifie le plus souvent "merci pour ce surcroît de confort inutile et dont je me passais bien, mais qui va me permettre d'économiser quelques maigres efforts au prix d'un gaspillage de ressources que je peux oublier tranquillement". Alors, c'est pratique, vraiment ? La porte qui s'ouvre sans poignée quand vous approchez ? La lumière qui s'allume sans qu'on lui demande ? Le téléphone qui décroche quand on cligne de l'oeil droit ? Les toilettes qui se vident toutes seules quand je me relève du siège ? On n'arrête pas le progrès, décidément, ma bonne dame, mais aujourd'hui les souris vertes disent NON à toutes ces fadaises, et sans prendre de gants. Non mais !



Le confort, toujours et partout, ou le principe du moindre effort


Ah qu'il est doux de se laisser bercer par le ronron des petites machines qui travaillent pour nous. Nous pouvons désormais nous dispenser de penser, d'observer, de mémoriser, de nous déplacer par nos propres moyens, car une armée d'ordinateurs et de machines occupent leurs journées à le faire à notre place. Si l'on aime à s'esbaudir des innovations incroyablement modernes qui parsèment notre époque en révolutionnant chaque jour davantage le réel, on pourra admirer la magnifique extension de l'"innovation pratique" à absolument tous les domaines et toutes les dimensions. Quoique vous souhaitiez améliorer ou quel que soit le geste dont vous souhaitez vous dispenser, il y aura toujours un appareil pour le réaliser à votre place. Ah, une souris mutine sur mes pieds me fait remarquer qu'on n'a pas encore inventé une machine pour essuyer nos fesses à notre place aux toilettes. Eh bien, je dis que ça n'est pas certain, je ne parierais pas que quelqu'un n'ait pas déjà pensé à faire bénéficier l'humanité de cette amélioration bouleversante, et si ça n'est pas le cas, gageons que cette erreur sera bien vite rattrapée.


Pourtant les humains comme les souris vertes sont-ils réellement faits pour une vie de végétativité lascive ? Sommes-nous bien adaptés à un quotidien de prelassement douillet, où de tout notre corps, seul notre oeil parcourt quelques millimètres, et un ou deux doigts s'agitent de temps à autre ? En vérité l'expérience de l'immobilisation due à une blessure ou à une maladie devrait nous persuader que lorsqu'une partie de notre corps n'est pas sollicitée, elle finit par s'atrophier jusqu'à devenir totalement inutilisable. Ce petit confort que nous nous octroyons donc quotidiennement, comme celui de prendre un escalator au lieu d'un bête escalier par exemple, loin d'être un bienfait qu'on nous dispense généreusement, est une belle occasion manquée d'exercer notre faculté de marcher librement et, à plus long terme, de conserver notre autonomie de déplacement et une forme physique minimale.


C'est la raison pour laquelle tant de gens éprouvent d'ailleurs le besoin de compenser par une activité sportive parfois frénétique ces longs moments d'inactivité corporelle, subis quotidiennement au travail ou dans les déplacements, mais surtout infligés dès que possible à notre nous-même consentant, au moindre inconfort constaté (selon l'échelle de notre époque). Mais, plutôt que de devoir nous dépenser toujours plus ardemment quelques poignées de minutes par semaine, il serait peut-être plus simple d'arrêter de nous économiser tout le temps non ? Porter soi-même ses courses ou ses affaires, se garer plus loin, voire pas du tout, pour marcher autant que possible, faire ces millions de petits gestes pas bien épuisants mais qui nous maintiennent en activité et en éveil ?


Si l'on pense aux conditions de vie des générations précédentes, qui certes n'étaient pas l'idéal de la félicité sous un ciel rose et ouaté, et que l'on les rapporte à la tendance présente à trouver que tourner une clé dans une serrure ou appuyer soi-même sur un interrupteur constitue déjà un effort à déléguer d'urgence à un système électronique, il est tout de même permis de s'interroger sur l'hallucination collective numérisée qui nous fait préférer utiliser des ressources et de l'énergie en quantités considérables pour des améliorations de qualité de vie aussi risibles que des robinets qui coulent tous seuls quand on passe la main devant ou des phares qui s'allument automatiquement quand il fait sombre. N'était-ce déjà pas une aubaine incroyable qui nous ayons à disposition de l'eau ou de la lumière à volonté par un simple geste, faut-il encore en rajouter une couche de capteurs pour anticiper notre désir, et gaspiller gaiement en surplus de joyeuses minutes d'eau qui coule sans usage ou de lumière qui s'allume sans qu'on en ait besoin ?


Ne pensons pas, d'ailleurs, que les facultés cognitives échappent à la règle du je-m'atrophie-quand-on-ne-m'utilise-plus, et qu'elles vont se tenir gentiment à disposition même si nous renonçons à les employer le plus souvent possible. La mémoire, la réflexion, la capacité d'observation sont des facultés qui demandent un exercice quotidien pour se maintenir. Alors oui, si nous souhaitons devenir raides comme des robots et encore moins intelligents que nos cartes à puce, nous avons sans doute trouvé la bonne recette : laissons nous guider sans aucune distance vers toujours plus de bonheur appareillé et toujours moins d'effort physique et mental si vulgairement rétrograde.



L'innovation "bien pratique" ou comment se compliquer la vie pour rien


Surtout que derrière leurs dehors débonnaires de gentillesse sucrée toute à notre intention, ces petits riens si pratiques qu'on nous saupoudre délicatement sont à la fin des fins une manière bien perverse de nous pourrir la vie. Car la promesse n'est pas toujours au rendez-vous, mécanique en carton et capteur indigent oblige. Combien de fois avez-vous vu un robinet, un interrupteur mural ou une poignée de porte tomber en panne ? En revanche, son équivalent tout numérisé aura des vapeurs régulièrement et seulement quelques semaines après son installation, ce qui fait qu'on sera bien marron du confort supplémentaire s'il faut se déplacer à tâton car la lumière automatique ne s'est pas déclenchée.


Autrement dit, nous avons remplacé une invention parfaitement simple et entièrement mécanique, qui couvrait 99,99% de notre besoin, par une version numérique prompte à l'erreur, et bien sûr impossible à réparer par nos propres moyens, pour gagner ce petit centième de pourcent de confort dont il aurait été insupportable de ne pas bénéficier immédiatement.


Pire, comme nous nous reposons sur nos petites consciences numériques pour analyser les situations à notre place, leur absence momentanée nous permettra de commettre des Grosses Bourdes, comme ces gens qui emboutissent des voitures en comptant sur leur radar de recul, brusquement aux abonnés absents, voire ceux qui vont mourir silencieusement dans le désert où ils s'aventurent en voiture sur les conseils d'un GPS audacieux. Quand la technologie qui ne sert à rien nous met en plus en danger, on atteint des sommets d'inanité moderne, ou de modernité inane, même si sans doute aucune de ces deux expressions n'a de sens.


Mais encore, me font remarquer les souris, tout ceci ne serait qu'une affaire de choix personnel si cela n'avait d'autre conséquence que sa propre transformation en légume ou en grand blessé. Mais c'est que ceux qui utilisent ces merveillent ne sont pas seuls dans cette affaire, oh que non, et font par un rebond généreux des autres habitants de la planète leurs compagnons d'infortune.



Quand ce qui est pratique pour certains l'est moins pour le reste du monde


Eh oui, comme dans tout bon article des Souris Vertes, le hic n'est pas là où on l'attend, et à vrai dire il ne nous chaut que très peu de savoir que certains de nos prochains préfèrent énoncer un borborygme quelconque pour allumer leur chaîne hifi, plutôt que d'attraper une télécommande ou même, comble de ringardise, de se lever pour appuyer sur le petit bouton de l'appareil prévu à cet effet. Enfin, en théorie, car la numérisation rampante de toutes nos activités quotidiennes a un effet sur la consommation de ressources primaires et la pollution mondiale absolument vertigineux.


Comme nous l'avons déjà évoqué dans un excellent article consacré à l'automobile, c'est par exemple 40% du coût du véhicule qui revient à l'informatique embarquée désormais, et les fabriquants de composants électroniques se frottent à l'avance les mains de voir les besoins en processeurs et autres capteurs dépasser par ce marché naissant celui des ordinateurs, tablettes et autres téléphones intelligents, une industrie déjà pas vraiment réputée pour ses services rendus à l'écologie mondiale. Or, disons-le nettement, aucune révolution de la locomotion n'a été opérée dans ce déluge d'innovations "si pratiques", les voitures d'aujourd'hui se déplaçant peu ou prou, et au même coût environnemental et social, de la même manière qu'il y a un siècle. Donc, à part le droit de ne pas régler manuellement votre siège ou votre rétroviseur, de ne pas tourner de poignée pour ouvrir une fenêtre, et de subir des bips aigus dans votre habitacle à tout bout de champ, on voit mal de quelle amélioration fondamentale tout ce gaspillage d'intelligence, de ressources et d'énergie participe.


Autre exemple qu'une souris de la rédaction des Souris Vertes a ouï récemment lors d'une émission de radiodiffusion françoise, celui des beaux écrans lumineux commerciaux que l'on dispense désormais partout où c'est possible. En plus d'une pollution lumineuse parfaitement intolérable, et du fait qu'il est très difficile d'éviter leur contact oculaire tant le mouvement et la lumière qu'ils diffusent attirent l'oeil du chaland comme un aimant, ces charmants dispositifs ont la particularité de consommer chacun autant d'énergie que deux familles françaises raisonnablement confortables, une norme déjà bien élevée à l'échelle mondiale. Et pour quel service rendu ? La publicité par panneau géant, odeurs artificielles et autres agressions sonorisées de l'espace public à des fins commerciales de dépense collective ne suffisait manifestement pas à notre bonheur, il fallait franchir un pas supplémentaire d'urgence. Que quelques lunatiques se lancent dans une telle aventure en croyant qu'elle est un bienfait pour l'humanité, il n'y a rien là de surprenant, mais qu'il se trouve une filière industrielle de production, de transport, de réparation de ces machines inutiles, plus des dizaines de milliers d'élus locaux, de gérants de magasins, de dirigeants d'entreprises, d'associations pourquoi pas, pour les installer ensuite et les infliger au Grand Public, voilà qui nous laisse rêveur aux souris vertes.


Bref, pour synthétiser et passer sans attendre à la conclusion de notre petit article du jour, disons tout net que cette petite économie de geste, cette petite innovation qui semble si bénigne alors qu'elle est tout naturellement "bien pratique", cette petite indulgence que nous nous faisons si régulièrement, nous la faisons aux dépens du reste de l'humanité et des autres vivants de la planète. Rien que ça. Car ces ressources que nous gaspillons sans vouloir les regarder, ces pollutions que nous engendrons silencieusement, sont bien réelles, et souvent d'une échelle pas du tout anecdotique ou négligeable, comme on voudrait le sous-entendre par des discours bonhommes ou des petits sourires de connivence qui semblent dire "bon d'accord, c'est peut-être un peu gadget de vouloir allumer mon ordinateur avec mon téléphone portable, mais c'est rigolo et ça ne fait de mal à personne, non ?". Il n'est pas certain que les ours polaires et les habitants des régions sinistrées par les catastrophes climatiques partagent notre amusement désinvolte.


Pour une éthique sympathique du pas pratique


Bien, bien, une fois ce désolant constat admis et répété, que nous reste-t-il à faire si ce n'est sauter du haut d'un pont ? Surtout retenez votre geste, lecteurs malheureux, car la cause est loin d'être perdue en la matière. C'est que tout les fabricants de camelote et de faux bonheur numérique ont besoin de notre complicité pour écouler leurs stocks, il est donc tout à fait possible de leur rendre la vie dure en refusant d'utiliser leurs petits gadgets dispendieux.


Il s'agit donc, partout et tout le temps, de réhabiliter une éthique simple du petit geste que l'on fait soi-même,  de sa petite part d'autonomie que l'on réaffirme à la face du monde marchand et gaspillatoire. Dès que possible, on ouvre soi-même sa porte, on emprunte les escaliers, on fait les 3 pas qui nous séparent de notre but, on passe à l'improviste plutôt que de téléphoner. On dédaignera aussi toutes les confiseries numériques que l'on nous sert quotidiennement pour adopter la technologie là où elle sert vraiment à quelque chose ; montrons ainsi un peu de respect pour les véritables progrès, crénom di diou.


Et surtout, surtout, surtout, on bannira dare-dare de notre vocabulaire cet adjectif "pratique", si vague, informe et sans objet. On le remplacera au choix par mignon, gentil, rigolo ou sourisesque. Toute idée qui ne peut pas accueillir un de ces adjectifs ne mérite même pas d'être discutée !


Sur ce, bon vent à tous jusqu'à la prochaine fois, sous un tonnerre d'applaudissements de souris !

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Les 5 gestes totalement vraiment incontournables de l'écologie numérique
Date 05/01/2018
Ico Le Petit Geste du Jour
Comms Aucun commentaire


Nous bouleversons aujourd'hui la mise en page de notre superbe blog pour proposer un article en forme de bouée de sauvetage à nos lecteurs désespérés. Que sont devenus, en effet, ces magnifique Résumés Pour les Fatigués de la Lecture (RPFL pour les intimes) qui ornaient si délicatement notre tout premier dossier ? Et comment nos lecteurs pourraient-ils ne pas se noyer devant cette avalanche de conseils qu'ils ne savent par quel bout attraper, sans une lumière leur montrant le bout du tunnel, à quelques pas à peine ?


Alors, aujourd'hui, pour bien commencer l'année et rien que pour vous, nous allons sélectionner les 5 mesures que, s'il fallait n'en garder que 5 (remarquez que ça tombe bien, quand même, si on voulait en garder 6 ça ne marchait déjà plus), eh bien il faudrait les garder, justement. Un concentré de nos Petits Gestes les plus essentiels, avec un maximum de pulpe au fond et plein de belles vitamines pour l'hiver.


Avant d'aligner notre hit-parade et de briser le suspense haletant qui place la foule au bord de l'apoplexie, il nous faut confesser un péché inavouable à nos chers lecteurs. En effet, un de mes amis, qui a le bonheur de travailler dans le milieu du journalisme, m'a révélé une fois la botte secrète de l'article qui percute et fait venir des millions de lecteurs instantanément : précisément celui qui décline les 10 raisons de, les 50 les plus, les 20 mesures qui, etc. Apparemment ce type d'article bien polissé où tout est ordonné et compté fait le bonheur du badaud qui se promène nonchalamment sur l'internet mondial.


Si aux Souris Vertes nous aimons l'ambiance confinée de nos soirées de lectures intimes partagées avec nos fidèles lecteurs, et si nous ne souhaitons pas franchement faire exploser l'audience de notre site pour ensuite nous retrouver à inonder tous les médias de la terre de notre discours il est vrai si pertinent, nous avons décidé de tenter l'expérience, pour voir si la Loi de l'Article Vendeur se vérifie. Sachant qu'en plus ceci nous permet de recaser des dessins et du contenu tout prêt, autrement dit de ne pas nous fouler plus que de raison, et qu'au demeurant ce rappel salutaire pourra peut-être contribuer à sauver un ou deux phoques au passage, pourquoi bouder notre plaisir ?


Allez, c'est parti pour le Top 5 des actions tellement vertes qu'on a du mal à les distinguer de l'herbe du champ voisin.



Geste n°1 : je baisse dare-dare les réglages d'images de mes appareils numériques



"Brume matinale

Est-ce une flaque que je vois

Ou mon ombre ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Eh oui, voici donc le grand vainqueur de notre superbe palmarès, l'action élue la plus utile de toutes celles énumérées par les Souris Vertes, excusez du peu. Non pas que l'on manque de choix en la matière, mais le réglage par défaut des appareils numériques joue dans la cour des grands, voire carrément dans la salle des profs, en terme de gaspillage éhonté de ressources numériques. C'est qu'en effet notre petit clic a la puissance de l'aile du papillon qui va déverser une tornade d'octets inutiles sur l'ensemble du monde numérique, qu'on en juge plutôt :

- mon petit, ou minuscule, ou gros, ou super énormément géant, appareil numérique fait travailler son processeur à grand coup de traitement d'image dispendieux pour nous fournir cette superbe photographie en 112 millions de milliards de pixels. Et en plus, au passage, il sature sa propre carte mémoire pour la stocker, sympa.

- nous engorgeons la bande passante des réseaux numériques pour transférer la grosse image vers le partage Cloud, le site web, voire les boîtes de messagerie (horreur ! vous cumulez deux anti-gestes écologiques en un seul, voir ci-dessous) de notre choix.

- nous saturons les espaces de stockage où nous avons envoyé notre photo ingénue, qui ne se doute pas un instant de tout le mal qu'elle fait subir à la planète.

- nous faisons travailler inutilement le processeur de toutes les machines qui cherchent à afficher notre image et doivent la recadrer car ils ne disposent pas d'un écran de sortie de douze mètres de largeur (la taille réelle d'un affichage confortable de votre image).


Et quand on sait que les photos constituent le type de contenu le plus échangé à travers les réseaux (chiffre de l'Institut Statistique des Souris Vertes), comme en atteste la paille des 200 millions de photos postées chaque jour sur FesseBouc, bonjour l'odeur, il est grand temps pour toi, ami lecteur, de te précipiter sur l'ensemble de tes appareils numériques pour baisser d'urgence la résolution de tes images et de tes vidéos. Et bravo pour ce geste salutaire, les éléphants d'Afrique applaudissent de la trompe !



Geste n°2 : je me soigne sur l'envoi de pièces jointes dans les mails


"Elle semble si lourde

Sur la petite tortue

Sa carapace"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Ah, les pièces jointes. Autant vous dire qu'aux Souris Vertes, la réception d'une pièce jointe bien volumineuse nous fait à peu près le même effet qu'à certains le crissement des ongles sur une surface lisse, et qu'il nous faut généralement un petit exercice de respiration profonde pour absorber le choc de cette Pollution Numérique Majeure. Nous avons déjà consacré un article magistral à la question, qui figurera prochainement dans les manuels scolaires d'éducation civique, aussi nous n'allons pas détailler tous les arguments imparables qui font de la pièce jointe l'invention la moins écologique du web, mais rappelons à toutes fins utiles que :

- la pièce jointe pèse une fois et demi plus lourd que votre fichier de départ, car elle doit être encodée sous forme de texte dans le message.

- que les pièces jointes multiplient la taille des mails par Beaucoup, disons 1000 en moyenne, par rapport à un message en pur texte.

- que le, ou les, destinataires, ne peuvent pas choisir de ne pas récupérer la pièce jointe sur leur compte de messagerie.

- que les pièces jointes constituent la majeure partie du stockage présent sur les serveurs de messagerie, qui sont des serveurs ultra sensibles qui répliquent leurs données plein de fois et tiennent les messages à disposition immédiate de l'utilisateur sans se préoccuper de la pause dominicale ou d'aller faire un petit somme de temps à autre.


Pour toutes ces belles raisons, il va nous falloir nous soigner et arrêter d'envoyer des pièces jointes dans les mails, ainsi que supprimer dès que possible toutes celles qui traînent dans nos propres boîtes de messagerie. Alors effectuons au plus vite ces Petits Gestes avec grâce et élégance, olé !



Geste n°3 : j'éteins ma box nom di diou


"Les yeux fermés

Je vois encore

La caresse du soleil"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Au hit-parade des gros vilains, la box internet trône en bonne place magré son apparence parfaitement inoffensive. En effet, ce petit objet qui passe le plus clair de son temps à regarder le plafond, le rebord de l'étagère ou l'arrière du bureau, et sans doute à deviser doctement et à élaborer des théories philosophiques profondes dans la langue des box internet, ne semble pas affublé de gros besoins ni nécessiter une attention quelconque de notre part. Mais ceci ne l'empêche pas de nous réclamer une alimentation électrique permanente, quand bien même nous serions au fond du jardin ou en train de dormir, par exemple, autrement dit à des moments où nos besoins en connexion réseau vers l'internet mondial sont inexistants.


Et, vu que l'ensemble des habitants du monde civilisé déploie sa propre mini box personnelle, avec souvent très obligeamment son petit réseau wifi qui rajoute un peu d'ondes au tableau, toute cette activité joyeuse de veille silencieuse de nos boîboîtes finit par représenter plus d'1% de notre consommation électrique totale. Dit comme cela, ça n'a peut-être pas l'air impressionnant, mais c'est que vous n'avez pas en tête l'ordre de grandeur de l'énormitude de notre consommation totale. Sans essayer de rapporter tout cela à la consommation de la proverbiale ménagère et du foyer moyen, estimons grossièrement qu'il faut plus d'une demi centrale nucléaire françoise pour ce petit service que nous utilisons au mieux quelques heures par jour.


Autrement dit, on met vite un interrupteur sur notre petite box, et on lui coupe la chique au minimum du soir au matin. Et pan dans les dents !



Geste n°4 : j'arrête le streaming tout de suite et pour de vrai


"Ce tronc d'arbre

Au milieu du courant

Je l'ai pris pour un homme"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Ah, le streaming, encore un cas d'école, enfin à l'école des cancres de l'écologie numérique, plus près du radiateur que du tableau. Pour les non anglophones, la traduction exacte du dictionnaire de l'Académie Française est "n.m., dérivé de l'anglais 'streaming' (se prononce strimminngueu). Consommation forcenée de bande passante réseau à travers une lecture en temps réel de contenu multimédia sur des serveurs distants". Comme toujours, revenir aux sources et à la définition exacte de notre phénomène nous permet de comprendre tout le danger qu'il fait courir aux dauphins.


C'est pourquoi on ne cherchera pas à sauver l'importune méthode de diffusion de contenu, et on s'abstiendra tout de suite et pour l'éternité de :

- poster des vidéos ou sons sur des plateforme de diffusion de contenu mondialement mondialisées, et même sur celles qui seraient plus confidentielles

- consommer des vidéos ou des sons en lignes, d'où qu'ils viennent, sauf en cas de force majeure, par exemple si votre maison va exploser et que vous avez sous la main une vidéo qui montre comment faire pour éteindre le robinet de gaz.



Geste n°5 : j'utilise le mode avion et je prends les transports en commun


"Cette fourmi

Qui monte sur ma chaussure

Pour dominer l'univers"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Dernier geste simplissime mais non moins bénéfique pour vous, vos proches et les petits oiseaux, prendre la bonne habitude d'utiliser le mal-nommé "mode avion" des téléphones portables, tablettes et autres objets connectés. Il faut savoir qu'il n'y a pas que le pilote d'avion qui pourrait trouver à redire à toutes les ondes que vous envoyez gentiment à travers votre petit récepteur, notre Agence Nationale de l'Etude des Gros Problèmes Sanitaires Liés aux Pratiques Sociales, dont le sigle est l'ANSES, allez comprendre, nous signale timidement que ceci pourrait bien être dommageable pour le développement du cerveau chez l'enfant, rien que ça. On imagine que les effets sur le reste du monde vivant, humains adultes compris, doivent être d'une innocuité telle qu'on ne les détecteraient pas même avec notre plus grand téléscope spatial si on décidait de s'intéresser un peu sérieusement à la question.


Mais passons, car ce n'est pas même le risque de perdre la moitié de nos neurones ou de développer un cancer de l'hypothalamus qui doit nous inciter à utiliser le fameux mode flouf flouf (=bruit d'hélice chez les souris vertes), mais bien son bilan écologique incroyable : il vous permet en un tour de main d'économiser des milliers de cycles de votre batterie, en plus d'avoir l'heureux effet de vous couper un peu du tumulte du monde moderne ultra-connecté qui ne cesse de vous solliciter. Ainsi vous retrouvez un peu de calme, votre petit appareil s'essoufle moins, et vous pourrez continuer à vivre en harmonie pour de nombreuses années supplémentaires. N'est-ce pas tout simplement formidable ? Allez, vite, on le fait ce petit geste !





Bon, eh bien c'est terminé pour notre super meilleur absolu du top plus fort de tous nos Petits Gestes, autant dire la crème de l'écume du petit lait de tout le blog. Mais espérons que ceci vous a donné l'envie, non seulement de réaliser ces petites actions simples mais si utiles pour notre belle planète, mais aussi d'aller vous jeter à corps perdu dans tous les autres gestes, articles, vils pamphlets polémiques et trésors divers qui parsèment notre magnifique collection au fier logo de petit muridé vert pomme.


Et pour les lecteurs occasionnels et de passage, on se retrouvera lors d'un prochain palmarès, au choix, des 3 plus beaux dessins, des 10 meilleurs haïkus, des 20 titres les plus cocasses, ou encore des 50 expressions les plus incongrues. Vivement la suite !




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La Programmation Responsable (6) : des sites webs écologiques tu concevras
Date 16/12/2017
Ico Dossier
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"Un bébé moineau
Saute avec curiosité
Pour regarder mon coup de pinceau"

Mizuhara Shuoshi (1892-1981)

Nous terminons aujourd'hui notre grand dossier sur la responsabilité programmatique, ou le contraire, par un constat percutant qui risque d'en traumatiser plus d'un : non, l'internet mondial n'est pas cet univers éthéré où l'air est si pur et léger qu'il vole tout seul jusqu'aux étoiles, où tout est immatériel, écologique, mignon et gentil. Non, pour accéder à toutes ces merveilles/âneries (rayer la mention inutile), il faut bien que des machines pédalent silencieusement, ou du moins suffisamment loin de nos oreilles pour ne pas les entendre.

Autrement dit, l'internet fait mal à la planète au même titre que la plupart des activités humaines modernes, et ce n'est pas quelques plateformes collaboratives ou médias de diffusions d'idées écologiques qui y traînent qui vont équilibrer ce bilan alarmant. Alors, bien évidemment, on pointe toujours un gros doigt irrité en direction du consommateur irresponsable, ce vil coquin qui navigue de site en site sans aucun respect pour la belle terre sur laquelle il est né et le bien-être des ours polaires, mais il faut quand même bien de temps en temps s'adresser à ceux qui les conçoivent, ces fameux sites. Et c'est là que l'on te regarde droit dans les yeux, cher webdéveloppeur-lecteur, car oui cet article t'est directement consacré, youpi n'est-ce pas ?

Avant de commencer toute une série de considérations sur la forme, il faudrait tout de même parler du contenu et ainsi rappeler le problème de l'inondation de sites commerciaux, blogs, médias alternatifs, commentaires, photos, données en tout genre, qui est le quotidien de notre beau réseau d'échange mondial. Le développeur web, bien que souvent pauvre larbin chargé d'exécuter les moindres caprices d'un client ou d'une direction tyranniques, a tout de même une responsabilité en la matière, ne serait-ce que d'alerter les commanditaires sur le coût en ressources de leurs demandes importunes (et pourquoi j'aurais pas 13 vidéos en page d'accueil d'abord, en plus de mon carrousel de 2800 images ?).

Effectivement, comme me le rappelle la souris à lunettes d'un air navré, les Souris Vertes n'échappent pas à la tendance prolifératoire infernale, et contribuent à leur manière à la surenchère de contenu-personnel-à-propos-de qui caractérise notre douce époque. Ce qui ne nous empêchera pas de suggérer timidement que la diminution de l'impact écologique du net passe tout d'abord par un effort collectif pour arrêter d'y fourrer tout et n'importe quoi, et sous n'importe quelle forme numérique.

Dans cet esprit l'auteur-moi-même de cet article s'engage solennellement :
- à ne pas publier la photo de son chien, ni celle de souris même très mignonnes, la composition de son repas du midi ou sa marque de dentifrice préférée, bien que ces informations intéressent au premier chef l'ensemble des Français, et sans doute également le reste du monde.
- à dépublier ce blog de l'internet mondial lorsque son esprit et l'essentiel de son contenu aura largement été récupéré ou intégré par la société, autant dire vers 2100 si on suit les courbes de prévision des groupes d'experts sur le climat ou de suivi de la biodiversité.
- à maintenir l'empreinte écologique la plus basse possible pour ce blog, ainsi que pour toute autre réalisation informatique personnelle ou professionnelle qui serait amenée à être publiée sur l'internet mondial.

Et c'est justement ce dernier point que nous allons développer pour l'ultime article de notre fracassant dossier, pour permettre à tous les développeurs du monde, non pas de se donner la main, mais bien de concevoir des sites webs écologiques qui lavent encore plus vert que vert. On se lance dès qu'on a franchi notre petit haïku de mise en condition :

"Placardée sur la porte d'entrée
La photo
Du chat qui n'est jamais revenu"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Pas trop de multi dans le media

On commence sans tarder par le poste de dépense le plus important qui est, sans surprise pour nos lecteurs les plus fidèles, le contenu multimédia des sites web, celui-là même qui fait du mal à toutes les connections réseaux du monde. Lorsque l'internet a démarré, vu les vitesses de transfert et la bande passante abyssales que l'on rencontrait, l'essentiel d'un site web était constitué d'une page de texte, avec quelques liens et, si vraiment on était riche, agrémenté d'une ou deux images de faible taille. S'il nous est difficile de regretter l'austérité de présentation de cette époque antédiluvienne, force est de constater que nous avons foncé à corps perdu dans le contenu multimédia de tout poil pour en inonder nos sites toujours plus à la page (sans jeu de mots intentionnel), où il est parfois bien difficile de déceler un propos quelconque sous l'avalanche d'images, vidéos, sons et autres animations clignotantes. Le texte, lui, est passé à la portion congrue avec de moins en moins de rédaction, des commentaires ou explications toujours plus brefs, bref un rejeu grandeur nature de la guerre qui opposa la télévision à la presse écrite, avec à peu près les mêmes techniques qui triomphent.
 
Même si aux Souris Vertes, nous aimons le verbe, l'écrit, le haïku et tout ce que vous voudrez d'autre de la même famille, c'est surtout pour une raison écologique que nous soutenons qu'il faut changer de cap d'urgence. Comme nous l'avions montré dans notre excellent dossier sur les grandeurs numériques et l'un de nos tous premiers articles sur le stockage, la vidéo est incommensurablement plus consommatrice que l'image qui est incommensurablement plus consommatrice que le texte simple. Tout ce que vous écrirez sur les réseaux dans l'ensemble de votre vie ne suffira pas à produire autant de signes qu'une vidéo de quelques minutes postée sur internet, si si. En ce sens, le réseau social des petits oiseaux, Touiteur, qui limite la taille des commentaires mais incite les gens à laisser un tas de contributions multimédias, est l'antithèse absolue de l'écologie numérique. Il est d'ailleurs bien évident que cette limitation n'a pas été prise dans un souci écologique, mais plutôt pour assurer une dynamique instantanée à la discussion où les réponses fusent à la vitesse du pouce sur le téléphone portable. Hum, bon, ça n'est pas vraiment notre tasse de thé, mais comme ça n'a rien à voir avec notre sujet du jour, on revient bien vite à nos moutons qui bèlent en HTTP dans le texte.

Conséquence logique de toute ce qui précède, la première mission du Programmeur Web Responsable équipé d'une magnifique casquette avec des oreilles de souris vertes est de s'assurer qu'il n'y a pas trop de contenu multimédia dans son site web, notamment :
- qu'il n'y a pas de vidéos en streaming, dont nous rappelons au passage qu'il incarne le Mal Absolu en matière de consommation de ressources réseaux
- qu'il y a peu d'images, et qu'elles sont de dimensions modestes et aussi compressées que possible

Soulignons au passage l'hypocrisie ambiante qui consiste à minifier le moindre bout de javascript pour gagner une poignée d'octets, et ainsi se féliciter d'avoir économisé de la bande passante, pour ensuite abreuver nos pages web de photos grands formats et de vidéos.

Cela dit, une fois rendu à un serrage de ceinture multimédia bien senti, une bonne idée pour aller plus loin est de substituer dès que possible des icônes sous forme d'images par des caractères unicode qui représentent peu ou prou la même chose, mais n'induisent aucune consommation de bande passante particulière : on pourra ainsi trouver des caractères qui représentent des coeurs, des téléphones, des enveloppes, ou encore toutes sortes de flèches comme on pourra le voir ici, le choix est pléthorique en la matière. Dans la même veine, on essaiera de s'appuyer au maximum sur les possibilités intrinsèques de mise en page des navigateurs, à travers les directives CSS, pour éviter d'avoir à servir des bandeaux de couleur dégradée ou autre sous forme d'image.

Et surtout, il serait bien temps d'apprendre à mettre en valeur le texte sans avoir besoin d'un recours systématique à de la paillette multimédia dispendieuse. Il y a certainement tout un champ de recherche d'une ergonomie parcimonieuse du web à développer, que nous ne pouvons qu'inciter nos formidables lecteurs à créer et enrichir.


Le souci du dialogue


Il n'aura pas échappé à nos lecteurs judicieux que l'internet est le règne du connecté à toutes les sauces : et que tu me parles, et que je te réponds, et qu'on invite un troisième dans la discussion, etc. Ceci est vrai autant pour les humains que pour les machines, et, disons-le sans ambage, les machines sont encore bien plus bavardes que les humains, sans doute parce qu'elles sont capables d'aligner quelques millions de phrases dans le même temps que l'utilisateur amène son doigt jusqu'à la bonne touche du clavier.

Il est donc important de contrôler comment les machines communiquent entre elles, histoire qu'elles n'aillent pas gaspiller de l'octet à la tonne simplement parce que nous sommes trop lents pour suivre les échanges entre elles. Nous avons déjà vu un bel exemple de communication à réduire entre l'application et sa base de données. Ceci concernait plutôt le côté serveur web, mais c'est encore plus vrai si vous faites directement vos appels à la base de données à travers des APIs. On limitera donc au maximum des appels du client au serveur, du client à d'autres serveurs, et du serveur web lui-même à ses petits copains. Bien entendu, il ne s'agit pas de supprimer tous les échanges, simplement d'essayer de les mutualiser ou de les éviter dès que c'est possible.

Et s'il faut causer, autant que ça soit de manière la plus succinte possible, tout le contraire d'un article des Souris Vertes en gros, afin de limiter la bande passante réseau et les traitements de part et d'autre liés à la communication. Heureusement pour nous, la mode des années 2000 du XML partout, un des langages les plus verbeux de la terre, a succédé au standard d'échange JSON entre les applications, nettement plus léger.  On proscrira donc d'urgence tout ce qui est à base de XML ; alors oui, manque de chance, le code des pages web reste en HTML ultra redondant, mais en même temps on en transfère directement de moins en moins dans les pages de nos jours, pour préférer souvent le reconstruire à l'aide de code javascript.

Dernière chose, la tendance actuelle est de mettre des connexions sécurisées dès que possible (le fameux protocole HTTPS). Cette méthode de chiffrement est très importante lorsqu'il s'agit d'empêcher la lecture de mots de passe ou d'informations confidentielles qui transiteraient entre le navigateur de l'utilisateur inconscient du danger et le serveur web. Cependant, tout ceci s'avère relativement coûteux sur les canaux de communication, car le chiffrement augmente de manière non négligeable la quantité de données échangée, et demande un travail du processeur pour le produire à un bout comme pour le décrypter de l'autre. L'idéal serait donc que tous les sites ne passent en https que les pages vraiment confidentielles, comme l'endroit où vous tapez votre de carte bleue ou bien celle où vous révélez que vous présidez secrètement le fan-club local de Chantal Goya.


C'est le client qui paie


Et c'est bien la moindre des choses, non ? Notre dernier conseil est de faire travailler autant que possible la machine appelante, le client donc, à tous les sens du terme, et non le serveur lui-même. Pourquoi donc ? Tout d'abord, pour une question de justice sociale : c'est lui qui demande sa page peut-être super dispendieuse, il est normal qu'il en assume le coût informatique sous forme de consommation d'électricité, de chaleur et de cycles CPU.

D'autre part, en général seule une proportion minusculissime des ressources d'un ordinateur personnel sont mobilisées quotidiennement. Il serait donc dommage de s'obliger à construire des serveurs géants refroidis à l'azote liquide au lieu d'utiliser toute cette capacité de traitement disponible.  Enfin, de cette manière, vous êtes en mesure de servir nettement plus d'utilisateurs avec une consommation de ressources minimale de votre serveur. Si, au contraire, c'est le serveur qui pédale à chaque nouvelle requête pour construire une page super compliquée, si tout le monde s'avise de venir vous voir en même temps vous aurez du mal à assurer le service sans faire poireauter outrageusement le badaud.

De plus, tout déporter du côté du client va nous permettre d'éviter des ping-pong incessants entre client et serveur ; si on s'y prend bien, on peut envoyer toutes les informations nécessaires pour que la plupart des actions se réalisent dans le navigateur du client, sans aucun retour côté serveur. Malin, non ? En particulier, on prendra garde à ne recharger que les parties de page qui ont vraiment changé, afin de ne pas transférer inutilement le même contenu de requête en requête, et comme toujours à mutualiser les appels au(x) serveur(s) autant que possible. Donc, on garde comme horizon : les traitements se font du côté du client, le serveur ne faisant en général que servir le contenu à afficher, une seule fois de préférence, et les données contenues dans la page qui sont éventuellement rafraîchies en fonction des actions de l'utilisateur.

Il y a également une petite opération qui va nous permettre de libérer de la bande passante, c'est de compresser les fichiers texte envoyés (HTML, CSS, javascript). La plupart des serveurs web gèrent nativement le fait d'envoyer sous format gzip ces fichiers, et les navigateurs sont capables de les décompresser à la demande. Le serveur comme le client travailleront un tout petit peu plus à compresser d'un côté, décompresser de l'autre, mais le gain de compression est tellement énorme sur ce type de fichiers, particulièrement sur le HTML ultra redondant, que l'on aurait tort de s'en priver. A côté de cette mesure, la minification des fichiers javascript, qui supprime les espaces et autres symboles inutiles pour la syntaxe, fait figure de gagne-petit. On pourra toujours l'appliquer, ça ne coûte rien, mais il n'est même pas certain que le gain final sur un fichier compressé soit même visible à l'oeil nu.

Dernier point, une souris à ma droite me demande avec angoisse s'il vaut mieux faire le maximum possible en CSS, ou bien si on peut s'autoriser à faire du javascript même pour de l'affichage ou des petits composants qui existent nativement en HTML ? Eh bien, très honnêtement, je dois dire que j'aurais du mal à trancher pour l'une ou l'autre solution. En théorie, programmer uniquement en CSS devrait nous permettre d'être bien plus succinct que s'il faut coder en javascript, mais tout programmeur web sait que le CSS lui-même peut vite devenir aussi bavard que votre grand-père rappelant ses souvenirs de jeunesse au coin du feu les soirées d'hiver,  et comme la majorité des navigateurs interprètent aujourd'hui le javascript à la vitesse de l'éclair, il sera difficile d'affirmer que c'est moins efficace de recoder une fonction que d'utiliser une instruction native équivalente. Bref, à chacun de faire comme il le sent.


.Conclusion { title-text: "au revoir, petit dossier" };

Hum bon, ce titre n'est pas parfait niveau syntaxe, mais je n'ai pas le droit de mettre du faux HTML comme j'aurais souhaité le faire sans mettre le bazar dans l'affichage du blog, aussi vous excuserez la licence poétique .

Il est temps pour nous de dire au revoir à notre magnifique dossier au terme duquel tous nos lecteurs-programmeurs sont en mesure de sauver les espèces menacées chaque jour à grand coup de traitements informatisés efficaces. Au-delà des conseils généreusement dispensés, qui valent ce qu'ils valent comme on dit dans la cour de récré, c'est surtout la démarche proposée qui est importante : se poser, enfin, la question des ressources informatiques allouées pour faire tourner une application, web ou autre. Il restera à mettre lesdites ressources en regard de l'utilité sociale réelle et des bienfaits qu'elles procurent, mais ceci dépasse le cadre de la chaise en face du clavier pour déborder joyeusement dans l'arène de la décision politique collective.

En attendant de voir ces sujets polémiques à la une des journaux, on salue bien bas toutes les souris vertes qui ont participé au dossier, et on trépigne d'impatience de voir ce qu'elles vont encore pouvoir nous apprendre sur cet univers numérique qui regorge de surprises écologiques à tous les coins de rue !

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