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Au secours, mon ordi est lent ! (2) : Je dégage l'antivirus à coup de pied
Date 14/11/2016
Ico Dossier
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Une souris dit sa façon de penser à l'antivirus


"Sans chapeau

Une averse d’hiver tombe sur moi

- et alors ?"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


De comment, de comment ? Supprimer l'antivirus ? Ca y est, premier article du dossier et déjà on tombe dans la polémique la plus vile. Mais jusque dans quel tréfonds fangeux de l'absence totale d'objectivité devra-t-on se rendre dans cette nouvelle aventure des souris vertes ? Qu'on se rassure, on retrouvera bientôt une consensualité bienheureuse lorsqu'il s'agira de défaire trois vis pour changer un disque dur. Mais si l'on commence par un sujet délicat, qui froissera peut-être quelques susceptibilités et ne remportera pas d'emblée l'adhésion des foules, c'est que l'enjeu est de taille.


Car, comme tout bon discours bien ficelé, ce que l'on pourrait avoir tendance à perdre de vue en ces temps de campagne électorale où l'on débite de la parole premier prix au quintal, à l'hectolitre et au kilomètre en fonction de l'unité retenue, notre fantastique dossier suit un plan qui pour en être implicite n'en est pas moins redoutablement pertinent. On commence donc en toute logique par le premier geste de survie indispensable si vous estimez que votre ordinateur ne semble plus aussi vif et attentif à vos besoins que durant les premiers mois de votre relation commune.


Premier secours immédiat donc, avant la fibroplastie et la paragénèse intraveineuse (désolé, je recopie ce que me souffle la souris assise à ma gauche mais je doute un peu de ses connaissances médicales, je crois qu'elle invente n'importe quoi pour me faire plaisir), hop on dégage l'antivirus d'un bon coup de pied bien senti dans son arrière-train conséquent, on respire un grand coup et on constate avec plaisir que non seulement on ne vient pas de se faire envahir de gros virus noirs malveillants, mais qu'en plus notre ordinateur démarre maintenant en moins de 35 minutes. Magique !


Allez, je sens bien qu'il va me falloir argumenter bien plus que cela avant de vous faire essayer cette potion miracle, et vous aider à surmonter votre peur panique de l'attaque virale qui va faire exploser votre machine, et par là l'univers tout entier. J'espère que vous comprendrez ensuite qu'il est essentiel de passer envers ce type de logiciel d'une tolérance amusée teintée de léger agacement à la plus grande fermeté.


Terreur effroyable du virus de la peur


Avant de parler d'antivirus, commençons par rappeler rapidement de quelle menace sur l'espèce toute entière ce brave chevalier blanc est censé nous protéger. Qu'est-ce qu'un virus ? En toute rigueur, il s'agit d'un programme capable de se répliquer tout seul sur des ordinateurs à travers les périphériques d'échange : réseau, support amovible comme une clé usb, etc. C'est ce mode de réplication particulier qui lui donne ce petit vocable charmant qui fait immédiatement paniquer les gens à grand coup d'imaginaire de peste noire, ébola ou toute autre épidémie de votre choix qui vous tiendra éveillé la nuit.


Mais force est de constater qu'il y a bien longtemps que les stratégies de diffusion des logiciels dits malveillants ont évolué, et très franchement ce qui était un petit tour de force de programmation il y a 20 ou 30 ans devient risible dans un monde où tout le monde est connecté à travers des dizaines d'appareils, dans une ignorance bienheureuse de tous les mécanismes d'échange de données et donc des premiers gestes de sécurité élémentaire. Mais la visée même de ces petits programmes a changé. On peut dire qu'il s'agissait antérieurement d'infecter le maximum d'ordinateurs pour montrer que l'on était un super hacker chevelu, le programme lui-même étant relativement inoffensif, à quelques rares exceptions près de virus qui cherchaient à détruire en profondeur votre machine par pure méchanceté gratuite.


Or aujourd'hui, ce type de compétition s'est relativement tari pour se transformer en un sport beaucoup plus lucratif, à savoir utiliser les ordinateurs cibles comme des moyens pour soit, se faire de l'argent directement, soit accomplir des actions illégales sans risque en usurpant votre identité. Sympathique, non ? Aïe ! Une souris me tape sur le crâne pour me dire qu'il est temps de changer notre fusil d'épaule et de promouvoir les antivirus et la création d'une grande agence gouvernementale pour lutter contre ce fléau, à peu près aussi grave que le réchauffement climatique ou la disparition de la banquise. Allons allons, restons calme, et finissons notre petit musée des horreurs du virus qui tue.


Qu'est-ce qu'un virus aujourd'hui ? En vérité tout programme indésirable qui vous veut du mal plus ou moins directement. Malheureusement, la frontière est bien difficile à tracer entre un logiciel gentil est un logiciel méchant dans le paysage actuel. En effet, je pense que la plupart des gens considèreront Internet Explorer comme un programme parfaitement légitime sur leur machine. En ce qui me concerne je le classerais sans hésiter dans la catégorie des virus : il s'installe contre votre gré (il vient intégré dans le système), est impossible à supprimer (vous pouvez essayer mais il en restera toujours des traces), espionne votre système (essaie de se remettre comme navigateur par défaut sournoisement), envoie sans doute quelques informations dans votre dos à Microsoft, et permet comme tout bon virus de faire venir tous ses copains, puisqu'il jouit d'une indigence exemplaire en matière de sécurité. De la même manière, d'aucun pourront trouver qu'un logiciel qui renseigne vos coordonnées GPS à la terre entière est un programme espion de première main, quand d'autres trouveront super pratique cette application formidable qui s'adapte en permanence à votre localisation.


Evidemment, tout le monde ou presque s'accordera sans peine pour dire qu'un programme qui cherche à vous subtiliser votre numéro de carte bleue est un virus, mais au-delà de quelques cas de ce type on voit qu'il sera bien difficile de mettre de l'ordre dans cette catégorie fourre-tout qui pourrait peu ou prou contenir tout programme amené à dialoguer à travers le réseau, autrement dit tout sauf la calculatrice, et encore dieu seul sait comment elle est programmée de nos jours.


Arrivé à ce stade de notre raisonnement, la conclusion n'est pas bien réjouissante : au lieu d'avoir une peur saine du Gros Virus de la Mort et de se protéger à grand renfort d'antivirus qui nous empêche de nous poser trop de questions, voilà qu'on devrait se mettre à se méfier de tout et de tout le monde. Merci les souris vertes, vraiment ! Mais ce n'est pas ce qu'on dit, en fait.

Résumons notre pensée par une petite série de questions-réponses entre deux souris qui ont bien suivi notre propos :
 - les virus existent-ils ?
Oui ! Il y a des logiciels qui ne vous veulent pas du bien, ou au minimum vont vous casser les pieds.
 - Faut-il en avoir peur ?
Oui, il est raisonnable de s'en méfier et de savoir quoi faire pour s'en prémunir, non il n'est pas raisonnable de paniquer en tremblant chaque minute à l'idée d'une attaque dévastatrice qui va ruiner votre vie en un clin d'oeil.
- Comment lutter contre les virus ?

Stop ! Notre petite souris nous devance par ses questions pertinentes, c'est justement l'objet de ce qui va suivre.

Don Antivirus De la Vega à la rescousse


Dans cet univers inquiétant que nous avons brossé à grands traits, un espoir surgit de la nuit, car voici un cavalier fièrement dressé sur sa monture et se ruant dans la mêlée pour vous protéger au péril de sa vie : le bien-aimé antivirus, qui dans un geste d'altruisme stupéfiant ne compte pas ses heures pour tenir en sécurité la veuve et l'orphelin. Quand je pense que certaines voix mal intentionnées se permettent de le critiquer dans des articles à rallonge ! On aura tout vu, vraiment.


Mais faisons un petit arrêt sur image un instant sur cette scène sanglante, et regardons de plus près ce personnage étonnant qui bondit au milieu des cadavres de virus. Qui est cet antivirus ? D'où vient-il ? On écoute la souris à lunette qui a levé le doigt avant même que je pose la question : "l'antivirus est un logiciel chargé de lutter contre les virus". Excellent. Donc l'antivirus est lui-même un logiciel alors. Ceci pose tout un tas de questions philosophiques très profondes, mais pour le moment contentons-nous d'étudier la bête de loin, en jugeant sur ses résultats.


On a vu qu'il était bien difficile d'identifier un programme qui serait un virus d'un programme qui serait simplement un programme. Devant le nombre de logiciels en circulation, la diversité des modes de diffusion, les stratégies de malveillance toujours plus élaborées, comment fait notre petit antivirus pour s'en sortir ? Eh bien, en fait, il ne s'en sort pas trop bien figurez-vous. Comme le vaccin contre la grippe qu'on sait synthétiser avec brio pour l'épisode hivernal de l'année précédente, l'antivirus passe son temps à courir derrière les dernières trouvailles virales avec toujours un ou deux trains de retard. Et le pauvre est obligé d'avoir un oeil partout : surveiller vos mails, votre navigateur, vos logiciels, votre système d'exploitation, votre trafic réseau, votre disque dur externe, les possibilités d'infection sont sans fin et il n'en finit pas de s'arracher les cheveux à essayer de tout régenter.


Pour tout dire, c'est peut-être un coup de malchance pas de bol, et peut-être que des millions de personnes ont eu une expérience différente, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu un antivirus bloquer un programme malveillant à bon escient, en revanche j'en ai vu un certain nombre laisser gentiment passer tout un tas de saletés qu'il s'est agit d'aller nettoyer ensuite à l'huile de coude et sans son aide. Mais on ne peut pas en vouloir vraiment à notre ami d'être une passoire finie, tant la lutte est inégale et perdue d'avance. Aucun logiciel, aussi malin soit-il ne peut vous protéger significativement, comme vous allez le comprendre présentement.


Flic ou voyou ?


Avant d'en venir à la raison fondamentale qui explique le caractère dérisoire même du concept d'antivirus, faisons un petit détour pour regarder d'un peu plus près ce logiciel d'une bonhommie apparemment parfaitement inoffensive. Soulevons une petite question délicate : comment l'antivirus peut-il lutter contre d'autres logiciels ? Est-ce qu'il est plus fort qu'eux, comprendre est-ce qu'il a le droit de faire plus de choses, comme par exemple désinstaller un programme d'office, interdire une éxécution ?

Oui oui oui, absolument, pour qu'il puisse fonctionner, l'antivirus est un logiciel auquel on doit irrémédiablement remettre les clés de la maison. Ce qui fait qu'il est dans une position privilégiée pour vous faire des coups dans le dos qu'aucun virus ne serait capable de faire. C'est donc la question rituelle : qui nous protège de la police ? Qui nous garantit que l'antivirus est vraiment gentil ? De fait il y a eu suffisamment de scandales autour de logiciels qui s'auto-proclamaient meilleure protection dentaire de l'émail logiciel, triple action garantie, pour mieux installer leurs propres programmes espions, à côté desquels la YoupiBar qui persiste à s'installer toute seule fait figure d'enfant de choeur.

Et, même lorsqu'il est exempt de toute visée malveillante, on peut s'interroger sur le mode de fonctionnement de ce type de logiciel. Un logiciel qui ouvre votre courrier, surveille votre moindre action, écoute tous les programmes en train de tourner, démarre avant même le reste du système, est-ce que ce n'est pas précisément contre ce type d'intrusion qu'on essaie de se protéger en l'installant ? Franchement, la différence entre remède et poison devient bien floue.

Terminons par remarquer aussi que la petite guerre armée contre les virus est un business bien juteux. Bien que son efficacité soit pour le moins douteuse, l'antivirus est maintenant installé partout dans le monde professionnel. Le parallèle avec l'univers de la santé reste édifiant : comme ces normes sanitaires alambiquées qui ne protègent pas grand monde, mais donnent l'impression qu'on travaille à votre bien-être, les entreprises adoptent en masse des antivirus pour montrer qu'elles agissent en matière de sécurité informatique. Il s'agit bien moins de savoir si ces mesures protègent d'une manière ou d'une autre, que de les mettre en avant dans un grand plan de communication destiné à rassurer le bon peuple.

Autant dire qu'avec ce marché captif, additionné de tous les utilisateurs peu informés qui préfèrent ne pas courir de risque, les entreprises qui nous concoctent tous ces beaux antivirus ont encore de beaux jours devant elles. Et bien entendu elles ont tout intérêt à amplifier la panique en criant au loup dès qu'un adolescent imagine un programme capable de prendre la place d'une publicité sur votre site préféré pour exposer son propre contenu forcément illégitime et criminel. Ainsi, si on ne recense que quelques specimens de programmes aux effets réellement dévastateurs dans les tuyaux à une période donnée, les fabricants d'antivirus n'ont pas peur d'affirmer qu'ils vous protègent de dizaines de millions de logiciels tous plus malveillants les uns que les autres.

Et tout cela est, une fois de plus, parfaitement hypocrite, parce que sans objet. Tout simplement parce que :

Le virus, c'est vous


Devant le choc que vous cause cette proposition, je propose qu'on s'arrête un instant pour méditer un petit haïku parfaitement à propos :


"Après avoir contemplé la lune
Mon ombre avec moi
Revint à la maison"

Takano Suju (1893-1976)


Eh oui, l'ombre du gros virus qui semble s'abattre sur votre ordinateur chéri, c'est bien la votre en fait, penché que vous êtes sur votre clavier, et vous apprêtant à lui mettre en toute ingénuité un uppercut en pleine poire. Car, il faut le comprendre une fois pour toutes, aucun programme malintentionné, si fûté soit-il, ne pourrait s'immiscer sur votre machine sans votre complicité tacite.


Il ne faudrait pas trop s'imaginer non plus que des ennemis sont tapis en permanence dans la jungle informatique, armés jusqu'au dents et prêts à vous sauter dessus à la moindre occasion. En effet, je m'excuse de vous le dire crûment, mais en tant qu'individu, vous ne constituez pas une cible bien intéressante. S'il s'agit de mettre en oeuvre des stratégies complexes pour s'introduire sur des machines distantes, autant tout de suite viser le gros lot : attaquer les serveurs de grandes entreprises, hacker des sites de commerce, prendre le contrôle sur le site du gouvernement pour dessiner des moustaches à la ministre, et autres joyeusetés. Très franchement, vu le nombre de serveurs et de sites aujourd'hui à peine mieux sécurisés que mon abri de jardin, on ne manque pas de choix de cibles faciles bien plus savoureuses que vos albums de photos de famille.


Par ailleurs, il n'existe pas cent manières d'attraper un virus sur sa machine :

- on passe par un défaut de sécurité d'un des composants matériels (par exemple le processeur). Franchement ce genre de hack de haute voltige demande déjà un accès physique à votre machine,  un peu de matériel spécialisé, mais surtout des connaissances en informatique tellement impressionnantes qu'il est hautement improbable qu'on cherche à vous attaquer de cette manière, à moins que vous ne soyez président des Etats-Unis. De toute manière personne ne pourra vous sauver dans ce cas, ce n'est certainement pas un pauvre antivirus qui pourra faire quoi que ce soit, vu que, souvenons-nous, c'est un logiciel qui dépend lui-même du matériel. Si le matériel est compromis, c'est fini.

- le virus s'introduit à travers une faille de sécurité du système d'exploitation. Ce cas est nettement plus fréquent, particulièrement si vous utilisez Windows qui est connu pour en produire quelques milliards chaque fois que la maison mère décide de lui rajouter une nouvelle fonctionnalité. Sur tout autre système d'exploitation, la probabilité est infinitésimale de se faire attaquer de cette manière, mais elle existe quand même. La parade, dans tous les cas, est la même, et n'a aucun besoin d'antivirus : installer régulièrement les mises à jour de son système. Si vraiment votre paranoïa aigue vous empêche de profiter de la vie et que vous vous rongez le sang en pensant à toutes ces failles de sécurité qui tuent, utilisez OpenBSD, le système d'exploitation qui remporte haut la main la médaille de système le plus sûr de la galaxie. Ou bien débranchez simplement votre carte réseau, et là vous êtes tranquille, car même OpenBSD ne vous protègerera pas de la menace suivante.

- cas qui couvre 99,999999% des infections, le virus est installé en toute bonne foi par l'utilisateur de l'ordinateur qui au passage s'assoit gentiment sur tous les avertissements qu'on lui prodigue (le programme souhaite s'exécuter en tant que super-utilisateur. Voulez-vous continuer ? Oui oui répond l'inconscient), et donc outrepasse les prérogatives de l'antivirus qui ne peut tout de même pas vous empêcher de faire ce que vous voulez quand vous rappelez que c'est vous le chef.


Vous voyez que dans tous les cas cités, l'antivirus a joué son rôle pleinement, c'est-à-dire ne servir à rien. Si vous avez de la chance, dans 1% des cas, il reconnaîtra le programme que vous cherchez à installer comme une contrefaçon grossière et malveillante de Lance Ton Pingouin et vous lancera une alerte pour vous empêcher de commettre l'irréparable, mais sans garantie que vous l'écoutiez. Le reste du temps, il se contentera de continuer à vivre sa vie pépère pendant que vous ouvrez la boîte de Pandore qui va mettre votre système par terre en un tournemain.


Car, oui, malheureusement, aucun antivirus encore écrit n'est capable d'empêcher quelqu'un de faire une ânerie monumentale, comme de cliquer sur cette pièce jointe dans un mail dont on voit pourtant bien qu'il est d'une provenance douteuse. Croyez-vous réellement qu'on fait tourner des antivirus sur les ordinateurs vraiment sensibles, comme les serveurs qui hébergent vos données bancaires, votre serveur de messagerie, ou celui qui héberge bravement ce blog même les jours de grand vent ? Tout administrateur système qui se respecte devrait se faire hara-kiri illico s'il basait sa sécurité sur ces fadaises. A la place, sur quoi se repose-t-il ? Sur un contrôle strict des entrées et sorties sur le serveur (on ne fait pas n'importe quoi avec n'importe qui), et surtout, surtout, sur le présupposé que les gens qui administrent la machine savent ce qu'ils font.


Car voilà le postulat anthropologique caché derrière l'installation massive d'antivirus sur les postes attribués au bon peuple : "l'utilisateur final", comme on l'appelle, est une bille finie et il est impossible de lui accorder la moindre confiance. Même si on sait que l'antivirus ne résoudra pas tous les problèmes, on lui jette quand même ce bâton dans les roues en espérant que ça en arrêtera certains sur la pente du pourrissement de système généralisé.


Aux souris vertes, si l'on peut partager en partie ce constat certains jours où l'on n'en finit pas de s'extasier sur l'ingéniosité de certaines personnes à se mettre elle-même dans la panade informatique, on en tire des conclusions bien différentes, à savoir qu'il est urgent de donner un minimum de compréhension et d'autonomie aux gens sur des outils dont ils ont besoin au quotidien. Pour lutter efficacement contre les virus, il faut apprendre à faire deux choses : un, à éviter les gestes qui tuent, ceux qui vous font gagner le gros lot à tous les coups, et deux, à savoir vous remettre d'une attaque vilaine. Comme dans la plupart des sports, l'essentiel n'est pas de ne jamais tomber, ce qui est impossible, mais d'apprendre à tomber sans se faire mal. C'est ce que l'on verra dans la suite de cet extraordinaire dossier, on ne va tout de même pas tout dévoiler dès le premier article.


Mais pour aujourd'hui, on reste sur notre sujet de l'antivirus, et on aborde enfin la question qui compte, celle qui fait que c'est bien l'équipe éditoriale des souris vertes qui vous a concocté cet article et non CyberDépannage.com :


L'antivirus est-il écologiquement responsable ?


On a vu que notre ami l'antivirus avait une efficacité quasi nulle côté protection de votre ordinateur. En revanche, s'il est bien un domaine où il faut lui reconnaître des qualités impressionnantes, c'est dans sa capacité incroyable à mobiliser des ressources pour ne rien faire. On peut dire que l'antivirus est l'antithèse même du programme discret. Non seulement il démarre tout seul, prend des initiatives en permanence dans votre dos, se lance dans des analyses à rallonge, mais en plus il passe son temps à se signaler à votre attention (vos définitions de virus ont au moins 3 secondes de retard ! alerte rouge). Et, vous l'avez compris, comme il n'y a aucun domaine qui lui échappe, il est capable de vous alourdir absolument tout votre système dans sourciller, qu'il s'agisse de ralentir les pages internet, la consultation des mails, l'ouverture d'un programme, la copie d'un dossier, bref c'est la recette magique du plombage sans effort. Vous aviez investi dans du matériel dernier cri, grâce à lui vous voilà enfin revenu au temps de votre premier ordinateur à disquette.


A vrai dire, la méthode de protection des antivirus est d'une élégance rare : puisque vous craignez les chutes, pourquoi ne pas enfiler cette magnifique combinaison d'un mètre de mousse pour vos déplacements ? Même si on peut rester sceptique sur l'efficacité de la mesure en cas de collision avec une voiture, ceci va au moins avoir un effet certain sur vos mouvements alertes et sautillants. Comment en vouloir dans ces conditions à votre pauvre ordinateur qui paraît tout mou et cotonneux, quand vous lui imposez ce traitement de choc ?


Bon, les souris vertes me disent très bien, mais quel rapport avec l'écologie ? Ah, eh bien tout ce que nous venons de dire est hautement anti-écologique, jugez plutôt :

- au mieux, vous supportez le joug de ce despote, et votre ordinateur en pâtit quotidiennement. Vous utilisez alors quantité d'énergie et de ressources réseau, sans compter l'usure des disques par exemple qui passent leur temps à être sollicités, pour cet outil inutile.

- au pire, quand la situation devient vraiment insupportable, vous abandonnez le navire, vous vous débarrassez de la machine au profit d'une autre, qui deviendra bientôt du même acabit dès que le prochain antivirus aura gentiment pris ses marques.


Dans tous les cas, les ours polaires l'ont dans le baba.


Oui mais comment ?


Ah. C'est là qu'on arrive au moment douloureux de cet article. Il est bel et bon de proclamer la méchanceté absolue de notre antivirus et de réclamer à corps et à cri sa désinstallation immédiate et irrévocable, mais maintenant que nous avons convaincu la foule se pose la question : comment ? Comment procède-t-on pour dégager l'importun à coup de pied bien senti ?


C'est plus facile à dire qu'à faire en vérité. L'antivirus étant probablement ce qui se fait de plus invasif en terme de logiciel, il est incrusté dans votre système à un niveau tel que même frotter abondamment à la javel n'en viendra pas à bout. Si vous avez installé vous même l'indésirable dans un moment d'insouciance, peut-être vous sera-t-il possible d'utiliser la procédure de désinstallation standard de tout logiciel (comme de cliquer avec beaucoup de pertinence sur "désinstaller" dans la liste des programmes), mais très honnêtement je n'y crois pas un instant. Il existe peut-être même des logiciels spécialisés dans le fait de désinstaller les antivirus, encore un marché en perspective pour les entrepreneurs audacieux, mais si on suit cette logique on n'en verra jamais le bout, surtout qu'on ne sait toujours pas quel tas de boue on est en train d'inviter à nouveau dans son petit chez soi.


Non, la seule solution raisonnable pour se débarrasser durablement d'un antivirus est de réinstaller entièrement le système. Ce qui, en soi, en dit long sur leur prétendue innocuité, puisqu'ils se répandent sans contrôle à travers toute votre machine sans possibilité de les rappeler à l'ordre. Alors, bien évidemment, on comprendra que nombre de personnes hésitent à franchir le cap qui les sépare de la félicité de l'ordinateur qui fonctionne comme il devrait, s'il faut en passer par une étape aussi radicale. Mais c'est aussi qu'on se fait une montagne de ce que signifie réinstaller un système d'exploitation en fait. Ca sera justement discuté dans la suite de notre dossier, car toujours dans l'idée de bien tomber, le mieux est encore de savoir réinstaller son système en un tour de main sans perdre ses précieuses données, ses cheveux qu'on arrache et un maximum de temps. En attendant, imaginez simplement le gain financier, environnemental et même de temps que cela vous fera faire si cela vous évite de courir les magasins pour changer votre machine pourtant toujours fringante malgré les assauts combinés des antivirus et virus que vous avez invités imprudemment.


Alors, si vous n'êtes pas encore en mesure de vous précipiter immédiatement pour dégager votre antivirus local sans cérémonie, restez attentif aux articles suivants de ce dossier qui vous permettront, entre autres merveilles, de lui mettre enfin la râclée qu'il mérite. Et en attendant cette suite palpitante, on profite des dernières heures de jour pour aller méditer ces réflexions bouleversantes au milieu des champs et des souris vertes !



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Au secours, mon ordi est lent ! (1) : les souris vertes à la rescousse
Date 05/11/2016
Ico Dossier
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Un ordi lent comme un escargot

"La rivière coule

Plus lentement

Que la rive"


Malcolm de Chazal (1902-1981)


Cette semaine et les suivantes, rien que pour vous, pour de vrai et sans se pincer, voilà enfin le grand, le magnifique, l'extraordinaire dossier que la terre entière attendait. Combien sont-ils en effet qui désespèrent devant leur ordinateur poussif, infesté de Virus De La Mort, chauffant, crachant et renâclant à la moindre tâche, bref tous ces martyrs au bord de la crise de nerfs, et surtout à deux doigts de courir sans plus attendre sur SuperMatos.fr pour se racheter un modèle flambant neuf et balancer ce malotru à la décharge la plus proche ?


Il est temps que ça cesse, car les Souris Vertes l'affirment haut et fort : l'écrasante majorité des ordinateurs est aujourd'hui remplacée, non parce que le matériel est en défaut, mais par une négligence répétée qui a gentiment laissé s'accumuler une couche de boue logicielle innommable sur le système. Alors nous nous proposons, par une série d'articles tous plus renversants les uns que les autres, de vous apprendre enfin à dégraisser le mammouth, décrasser les tuyaux, en deux mots apprendre les quelques petits gestes élémentaires qui vous éviteront de changer d'appareil tous les 3 ans.


Rappelons tout de suite quelques évidences qui, je l'espère, s'imprimeront durablement dans votre esprit :

- il n'y a aucune fatalité à ce qu'un ordinateur passe de l'état printanier et sautillant de son déballage à un escargotement généralisé quelques mois plus tard. Il suffit d'une utilisation un peu disciplinée pour qu'il garde sa fraîcheur des premiers jours tout au long de sa vie.

- tout ordinateur de moins de 10 ans est capable les doigts dans le nez et comme une fusée d'assurer votre bonheur en matière de bureautique, multimédia ou autre surf sur internet, soit les besoins de la plupart des gens qui ne passent pas leur journée à faire du montage vidéo, à jouer en réseau frénétiquement ou n'ont pas une envie folle de séquencer un génome le matin au petit déjeuner.

- il est ultra facile de changer un composant défectueux (dans la limite de ce qui est remplaçable si vous avez un portable ou un Modèle Super Design), croyez bien que si l'auteur de ces lignes, bien qu'aux limites de ses talents de bricolage lorsqu'il s'agit de dévisser une ampoule, en est capable, c'est que tout le monde peut le faire sur une seule jambe, avec une main dans le dos et en tenue de soirée.


Eh bien voilà, donc, vous avez compris notre programme à venir : nous allons apprendre pas à pas à gérer notre système pour éviter les lourdeurs inutiles, réinstaller le machin ou le bidule s'il le faut, savoir reconnaître et changer un composant, et appliquer quelques électrochocs bien sentis pour les cas les plus désespérés. Et qu'on se le dise, notre dossier s'adressera au Grand Public dans son entièreté totale, sans connaissance requise mis à part savoir ce qu'est grosso modo un ordinateur et comment il s'allume (savoir l'éteindre sans tirer sur la prise serait un plus).


On s'excuse par avance auprès de nos collègues dépanneurs informatiques dont nous allons enlever une bonne partie du pain de la bouche, mais il est bien nécessaire que les gens acquièrent une maîtrise minimale d'un outil qu'ils utilisent tous les jours, et ne se retrouvent pas à la merci de marchands de paillettes qui leur vendent le Super Dernier Modèle comme solution magique à tous les problèmes pour les inciter à se séparer d'un ordinateur qui est capable de rendre de bons et loyaux services encore pendant des années, voire des siècles ! On manque encore un peu de recul sur la durabilité réelle de ces petites machines, étant donné qu'on les remplace systématiquement avant la moindre panne sérieuse. Alors, qui sait, peut-être que bientôt grâce aux souris vertes les ordinateurs se transmettront de génération en génération, comme autant d'outils familiaux choyés et entretenus avec le respect dû à ces productions prodigieuses de l'esprit humain, aujourd'hui bradées comme si elles étaient d'insignifiantes verroteries tout juste bonnes à nous divertir un temps avant de sauter sur la prochaine mode technologique d'un air blasé.


Essayons en tout cas de cheminer dans cette voie d'émancipation sans effort et de respect de l'outil technique, tout au long des articles de ce passionnant dossier ! Bonne lecture...


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Grandeurs du monde numérique (6) : Réseaux en folie
Date 12/06/2016
Ico Dossier
Comms Aucun commentaire
La petite souris est effrayée devant les réseaux en folie
"Ce chemin
Seule la pénombre d'automne
L'emprunte encore."

Matsuo Bashõ (1644-1695)


On clôt notre grand dossier sur les grandeurs numériques par un sujet brûlant d'actualité. Ils sont partout, ils nous écoutent, nous traversent, nous parlent dans notre sommeil, on ne peut pas leur échapper et David Vincent les a rencontrés, j'ai nommé : les Réseaux (rire sardonique sur fond de musique inquiétante).


On ne fait pas dans la dentelle aujourd'hui, on va inclure généreusement à peu près tous les types de réseaux sans distinction, mis à part peut-être celui des chemins de fer. Ah et les rézosocio aussi, qui de toute manière comme vous le voyez ne s'écrivent pas pareil. Une souris me demande si on parlera des réseaux de neurones ? Du réseau d'égoût ? Du réseau lymphatique ? Arrgh triple damned, je me fais prendre à mes propres mots. Je reprécise mon propos : on parle des réseaux informatiques, aussi bien ceux-là même qui sont dans l'ether épuré du néant du rien (qu'on appellera les réseaux sans fil) que ceux qui courent dans des gros tuyaux bien balèzes (qu'on dénommera les réseaux filaires).


Faisons ensemble ce constat : tout le monde possède un accès internet. Du moins c'est ce que pensent en général les gens qui ont un accès à internet. On peut même décliner cette petite mécanique à l'infini : tous les gens ayant un compte Facebook pensent que le monde entier est sur Facebook, tous les gens qui ont un téléphone portable prennent pour acquis que l'ensemble des terriens en possède un, tous les gens qui sont des souris pensent que tous les humains sont des souris, etc. Bien sûr on peut toujours faire le rabat-joie et rappeler qu'à peine plus de 40% de la planète a un accès internet, ou donner le taux important mais pas total d'équipement des appareils mobiles, mais il faut reconnaître qu'entre internet, les réseaux de téléphones cellulaires, la télévision, la radio, les radars d'autoroute et tout ce que j'oublie, notre sujet du jour touche une écrasante majorité de la population. Un article grand public ! Enfin !


Qui a peur du Gros Débit ?


On va tout de suite se lancer sur la mesure qui fait rêver les foules, celle qui fait se rouler dans l'herbe bon nombre de jeunes gens dans les spots publicitaires, à savoir la bande passante. Euh, la quoi ? Ah oui, si vous ne sautez pas encore au plafond d'enthousiasme, c'est peut-être que vous connaissez cet ami cher sous le petit nom dont l'a affublé l'industrie de la publicité : le débit. Comme pour la Haute Définition des écrans dont on a vu qu'elle était une manière chic de désigner la résolution, le Haut Débit (je préfèrerais Gros Débit mais on ne m'écoute pas assez à l'académie française) raconte la même chose que la bande passante mais avec des petits oiseaux et du soleil en plus.


Comment mesure-t-on la bande passante aka débit ? Pour ceux qui auraient oublié de se précipiter pour lire l'article proprement fascinant qui traitait du stockage, il est encore temps d'aller réviser. Pour les autres, vous vous souviendrez j'espère qu'on mesure une quantité d'information donnée en octets. Ici on va simplement mesurer combien d'information on peut s'échanger par seconde, donc ça sera en octets par seconde. Enfin, comme on ne veut pas seulement s'échanger nos initiales, mais plutôt du gros contenu multimédia qui tache, on va parler tout de suite en kilooctets ou en megaoctets par seconde.


Ah ah je vois une souris qui s'apprête à me contredire, alors je prends les devants : mais non pas du tout en fait. Car bien qu'on mesure tout en octet dans la vie numérique, ici on va parler exprès en bits. Pourquoi diantre mais pour quelle raison donc ? C'est tout simplement qu'un octet valant 8 bits, ça fait gonfler les chiffres et tourner les têtes. C'est vrai que dire que vous avez une connexion à 500 ko/s, c'est moyen quand même, alors que plus personne ne parle en kilos à part les magazines minceur à l'approche de l'été. Alors que dire "ma ligne fait du 4megabits" a de quoi épater la galerie et vous remporter un succès assuré en soirée. Sans compter qu'entretenir la confusion permanente entre megabits et megaoctets est le plus sûr moyen de semer la confusion la plus totale, et que finalement chacun s'en tienne à la règle de sagesse universelle quand il s'agit de faire un choix : si ça se compte en beaucoup alors c'est que c'est forcément bien. Pas d'affolement cependant, vous pouvez trouver facilement des convertisseurs en ligne qui vous aideront à jongler entre bits et octets, comme celui-ci par exemple, pour ne plus être à la merci des discours lénifiants des opérateurs réseaux diaboliques. Pour notre part, fidèle à notre logique et sourd aux appels des sirènes qui cherchent à nous enduire d'erreur et de peinture pas verte du tout, on va continuer à tout traduire en octets, et bien fait pour les sirènes non mais.


Maintenant qu'on sait mesurer notre débit, on va pouvoir essayer de répondre à la question qui est sur toutes les lèvres, celle qui fait trembler d'angoisse la presse magazine et les associations de consommateurs, qui enflamme les discussions au troquet du coin et provoque d'innombrables réunions ministérielles : la fibre optique met-elle vraiment la pâtée à l'ADSL ? Une question au moins aussi passionnante que celle de savoir qui est le plus grand du bonsaï géant ou du séquoïa nain. Ou qui est le plus vert entre une souris verte et une feuille d'eucalyptus.


Commençons par rappeler ce qu'est l'ADSL, surtout que c'est une technologie qui a un intérêt écologique évident : elle fonctionne sur les câbles de cuivre qui constituent notre ancien réseau de téléphone du bon vieux temps des PTT. Or qui utilise encore le réseau téléphonique pour téléphoner ? Ca fait pouffer de rire rien que d'y penser. Donc l'ADSL permet de donner une deuxième vie à tous ces câbles qui bordent nos routes et qui, autrement, auraient sombré dans l'oubli après tous les efforts qu'on a faits pour les acheminer aux six coins de l'hexagone (cette petite précision vient de la souris à lunette, quelle fayotte celle-là) et y raccorder votre chalet de ski ou votre maison perdue au fond des bois.


Côté débit, il y a plusieurs technologies qui se sont succédées et se sont progressivement améliorées. La plus répandue aujourd'hui est l'ADSL2+, dont le débit théorique maximal est de 24Mb/s. Hop une petite conversion, on divise par 8 rapido et on obtient du 3Mo/s.


Pas mal tout de même, si vous vous souvenez de nos articles précédents on voit que ça nous fait un peu plus d'une seconde pour se récupérer les Misérables. Mais vous avez dû constater si vous faites l'expérience chez vous que vous êtes loin de ce débit en pratique. Eh oui, c'est tout l'intérêt de la théorie, elle n'a pas de compte à rendre à la réalité. Et en l'occurrence, votre fournisseur d'accès n'a pas à vous en rendre non plus, il n'a pas d'obligation de débit minimal. En dessous de 2Mb/s (soit 250ko/s), il ne pourra cependant plus parler de Haut Débit (je ne sais pas ce qu'il dit dans ce cas là, Moyen Débit ? Débit Elevé mais pas Haut ? Débit Raisonnable Sans Plus ?).


C'est toute la magie des chiffres qui ne veulent rien dire, un peu comme si on vous vendait des bouquets avec une étiquette qui précise qu'ils contiennent 20 fleurs, et que chaque bouquet en comporte entre zéro et trois ; voilà un chouette cadeau à offrir aux amis qui vous accueillent. Avant que vous ne vous précipitiez écumant de rage pour changer de fournisseur d'accès et avoir un meilleur débit, sachez que, miracle de la concurrence, vous aurez la même chose avec tous les opérateurs, puisque vous empruntez le même chemin : votre ligne téléphonique. Donc à moins d'envisager de modifier vous même le câblage qui vous relie au Central vous l'avez dans le baba si vous trouvez que votre connexion évoque la tortue asthmatique évoluant dans des sables mouvants après une mauvaise nuit.


Pour vous consoler, et faire vibrer de nostalgie ceux qui ont grandi au milieu des mammouths durant l'ère glaciaire et se souviennent du tut tut tut tut (TM), le petit appareil qui se branchait sur votre ligne téléphonique et qu'on appelait un modem, sachez que la rolls-royce en la matière atteignait péniblement les 56kb/s (débit théorique là encore), soit 7ko/s. Autant dire qu'avec ça vous n'étiez pas près de voir votre film en Super HD.


Précisons une chose tout de même : toutes ces technologies de réseaux que nous évoquons ne concernent que la portion finale du trajet des communications, n'allez pas imaginer que vos mails se baladent le long des lignes téléphoniques françaises puis américaines ou chinoises. Dans tous les cas, 99% du trajet se fait sur de la fibre optique, avec des câbles maousse costauds, y compris les trajets transatlantiques qui empruntent des câbles placés au fond des océans. Toutes ces questions cruciales et choix cornéliens ne concernent donc que la partie qui relie le noeud du réseau le plus proche à votre palier.


Et la fibre optique justement ? Ne serait-ce pas une bonne idée de l'avoir chez nous puisque c'est justement ça qu'utilisent les professionnels pour leurs gros besoins ? N'est-ce pas la douce voix du futur, la promesse même d'un lendemain meilleur où le monde serait enfin débarrassé de la guerre et de la famine ? Depuis le temps déjà qu'on nous annonce Sa Venue en majesté à grand renfort de plans de communications, c'est un avenir qui appartient déjà un peu au passé sans doute, puisqu'il y a plus de 10 ans qu'on attend le fameux câblage de la France entière jusque dans les toilettes du train. Et ne rêvons pas trop, on ne va pas vous installer juste sous votre télé une fibre de qualité comparable à celle qui équipe les serveurs de la NASA. Il y a fibre et fibre, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon la question vaut d'être posée. Et le débit alors ? On nous promet du TrEs HaUT DéBiT à 100, voire pour les plus aventureux 200 Mb/s, soit entre 12,5Mo/s et 25Mo/s. Dans les comparatifs des Souris Vertes, ça se classerait donc avec la note Franchement Pas Mal : non seulement on peut s'envoyer l'intégrale de la pléïade en quelques minutes à l'aise, mais c'est aussi le débit qu'on obtient entre deux machines situées à 1m l'une de l'autre et connectées avec un câble ethernet standard.


Mais là encore il s'agit du débit théorique. Difficile de connaître le débit pratique, vu que les opérateurs ne passent pas leur temps à communiquer dessus pour des raisons évidentes, en conséquence on lit un peu tout et n'importe quoi sur le sujet, mais apparemment le débit moyen se situerait quelque part entre 20 et 50Mb/s (allez encore une conversion, même si vous devez avoir compris la division par 8 maintenant : 2,5Mo/s à 6,25Mo/s). Bon c'est bien quand même hein, mais en même temps si vous aviez déjà une ligne ADSL de bonne qualité vous allez rester dans les mêmes ordres de grandeur. Valait-il donc la peine de faire des tranchées dans les rues, de suspendre de nouveaux câbles et de vous faire payer l'abonnement une fois et demi plus cher pour ce résultat à l'arrivée ? Hum hum. Je ne voudrais pas risquer de briser le rêve de nos chers élus régionaux qui subventionnent à coups de millions des projets de déploiement de la fibre optique pour apporter le Savoir et la Technologie à la porte des pauvres citoyens victimes de l'insupportable fracture numérique, mais on est en droit d'émettre de sérieux doutes. Heureusement que personne ne demande l'avis des citoyens en la matière. C'est qu'il faut bien mener jusqu'au bout ses politiques ambitieuses : le 20ème siècle a eu les programmes d'instruction publique, le notre aura les tablettes dans les écoles primaires et la fibre optique dans les foyers.


Ne brossons tout de même pas un tableau trop négatif. Il y a bien un point sur lequel la fibre optique met une râclée conséquente à l'ADSL : le débit montant. Jusqu'à présent, et après avoir préalablement baillonné la souris à lunette qui fulminait devant un tel manque de rigueur, j'ai allègrement parlé de débit sans préciser ce fait essentiel et bouleversant que les communications se font généralement dans les deux sens. Autrement dit, non content de recevoir des informations, vous en envoyez vous aussi. Si si. C'est même vous qui avez l'initiative de toutes les communications, votre site favori ne passant pas son temps à vous relancer pour savoir si vous voulez sa page d'accueil. Donc quand vous surfez ailleurs qu'au mileu des requins hawaïens, vous passez votre temps à envoyer des messages à des serveurs distants pour leur demander s'il vous plaît les contenus merveilleux qu'ils ont à disposition. Et il se trouve que l'ADSL a cette petite particularité que ses débits ne sont pas symétriques. Le débit montant est limité à 1Mb/s (soit ? Bravo ! 125ko/s), autant dire que c'est tout pourri. Alors que la fibre optique permet des débits symétriques, miracle et ravissement, autrement dit on pourrait atteindre 100 ou même 200Mb/s ! 100 fois plus, ça c'est de la rouste.


Evidemment il faudra encore nuancer ces observations, étonnament et pour des raisons qui m'échappent, le débit montant constaté est toujours nettement inférieur au débit descendant même pour la fibre optique, mais effectivement bien supérieur à celui de l'ADSL. Je ne me risquerais toutefois pas à avancer de chiffres définitifs, mes recherches très poussées sur un corpus universitaire énorme m'ayant conduit à penser qu'On Ne Peut Rien Dire, vu qu'on peut trouver aussi bien des moyennes de 5Mb/s que de 50Mb/s. J'imagine que ça dépend un peu des clients qu'on considère dans ces études, sachant qu'il est probable que les labos du CEA aient un meilleur débit sur leur fibre que le boulanger du coin de la rue. Mais ne boudons pas notre plaisir, la conclusion est sans appel, formidable donc, voilà une raison claire pour changer notre vieille SourisBox ! Euh oui sans doute, mais remarquez tout de même que votre usage du réseau n'est pas exactement symétrique lui non plus ; à moins que vous ne passiez votre temps à uploader des gigas de données sur des serveurs distants, vous aurez du mal à vous sentir à l'étroit avec votre débit montant minuscule. Il faut dire qu'envoyer "balance moi tes pages" à un site web, même avec toutes les formes de politesse qui sont de mises entre serveurs de bonne éducation, ne requiert pas beaucoup de bande passante en soi. Donc si vous avez besoin d'un gros débit montant, c'est que vous êtes déjà un bon client de la surconsommation numérique et qu'il va falloir vous prescrire des séances quotidiennes de course dans les prés au milieu des souris vertes.  


Plus rapide que le facteur ?


Dites-moi, c'est bien beau de parler de débit pour les box internet, mais il n'y a pas qu'elles qui occasionnent des transferts de données, non ? Pourquoi ne pas en profiter pour examiner au passage tout ce qui permet d'échanger des données entre deux appareils ? Par exemple, posons nous cette petite question toute bête : je t'envoie un fichier par mail (aaaargh ! éviction immédiate du Rotary Club des Souris Vertes) et je te le donne sur une clé USB, qui arrivera le premier ? Top départ ! Bon pour le mail, on va oublier qu'il doit transiter par Panama et considérer gentiment qu'il arrive à la vitesse théorique de notre connexion, allez 100Mb/s si on est sympas, on prend le débit théorique d'une fibre optique. Et la clé USB alors ? Ben ça transfère à 480Mb/s théoriquement, soit 60Mo/s s'il vous plaît. Et bam. Et encore, là je parle de la clé USB 2.0 qui va vous valoir un regard apitoyé de la foule si vous osez la sortir en public, si vous avez investi dans une clé USB 3.0 on arrive carrément à 5gb/s, soit 625Mo/s, oui vous avez bien lu. Alors là encore, calmons nos chevaux, il s'agit de débits théoriques, j'ajouterais même "fantaisistes"pour rester poli. En pratique vous ne verrez jamais des transferts à ces vitesses, parce que un la vie n'est jamais telle qu'on la rêve, et que deux il y a plein plein d'autres composants dans le transfert qui vont jouer et vous empêcher d'atteindre ces sommets fabuleux. Mais vous aurez compris qu'on met la claque facile à notre fibre, gros tuyau ou pas.

Bien sûr, vous allez me dire que mon exemple est tout pourri, vous n'allez tout de même pas vous déplacer à chaque fois que vous avez des données à transférer tout de même. Et en plus il y a le temps de trajet de la personne qui porte la clé USB me signale une souris particulièrement maligne. Eh bien poussons notre petite expérience de pensée jusqu'au bout. Puisqu'on ne nous donne pas du Gros Débit pour s'envoyer quelques octets faméliques, supposons qu'on veuille se transférer 500Go de données d'un coup, vlan. Une paille, quelques vidéos et un album photo pris avec votre téléphone avec les réglages par défaut bien pensés pour vous faire racheter une demi-douzaine de cartes mémoires. Eh bien en route : 500Go à 100Mb/s, ça nous prend combien de temps ? Calcul méga compliqué, on sort au choix notre calculatrice (pour les collégiens, qui en ont encore une les pauvres, bien rangée à coté de leur flûte à bec), notre téléphone, notre boulier ou notre cerveau et on se lance : 500*1000 = 500 000 mégas, à la vitesse de 100/8=12,5Mo/s, ce qui nous donne si j'ôte le carré de 3,14159265 et que je retiens 4  : 500000/12,5=40000s. Encore un petit effort, on divise tout ça par 3600 et ça nous fait gentiment 11h et une poignée de minutes. C'est un peu long quand même. Et pour notre clé USB ? Pour se simplifier la tâche, on va dire qu'on a un débit de 1gb/s, 5 fois moins que le débit théorique de notre petit bidule. Pourquoi ça serait simple ? Eh bien ça fait exactement 10 fois le débit de notre fibre idéale qu'on vient juste de calculer. Et comme on est paresseux, on fonce de suite au résultat : 10 fois plus petit, soit environ 1h et une grappe de minutes. Vous avez donc tranquillement 10h pour acheminer la clé jusqu'à sa destination, autant dire que même à pied vous pouvez battre la Fibre Magique si vous envoyez vos données à moins de 50km.
 
Et là encore il faut dire qu'on a fait des hypothèses carrément débiles côté transfert par le réseau. Non seulement on a pris le débit maximal admissible descendant, mais on a supposé aussi que la personne qui envoie le fichier est capable de transmettre à la même vitesse, autrement dit que son débit montant est lui aussi pharaonique. Et puis, tant qu'on y est, qu'il est possible de transférer des données en continu pendant 11h sans aucun problème sur la connexion. Vu le taux d'erreur dans les transferts, il y aura bon nombre de morceaux qui vont s'éparpiller dans la nature et qu'il faudra renvoyer. Bref, concluons tout net : le Gros Débit c'est gentil, mais si vous avez des tonnes de données à envoyer il faudra envisager de revenir au facteur pour faire voyager votre petite clé, même si ça impliquera d'en passer par la pénible épreuve de devoir écrire l'adresse sur une enveloppe avec un vrai stylo, quelle angoisse.

Bien sûr, il ne s'agissait que d'un exemple en passant ; maintenant qu'on a bien compris comment comparer les débits, on va s'intéresser un peu à tout ce qui bouge côté transfert de données, on ratisse large, et en supposant les débits symétriques (ce qu'ils sont, sauf pour l'ADSL en fait) :
  • ADSL (on révise) : 24Mb/s au mieux du mieux, soit 3Mo/s
  • fibre optique : 100Mb/s avec beaucoup de bienveillance, soit 12,5 Mo/s
  • connexion par câble ethernet : en fonction du câble et du contrôleur ethernet, de 1,25 à 125Mo/s (le plus courant est le 100Mb/s, soit 12,5Mo/s). Je le mentionne parce que, contrairement aux autres, cette norme très robuste et très efficace est connue depuis la fin des années 1970. On mesure l'ampleur des non-progrès réalisés depuis, vu que ça reste de très loin le plus efficace pour créer un réseau filaire.
  • wifi : tiens c'est vrai ça, le ouiffi ! l'ancienne norme plafonne théoriquement à 54Mb/s, soit 6,75Mo/s, la plus récente (802.11n) promet du 450Mb/s, soit environ 56Mo/s. Bien mieux que la fibre et l'ADSL confondus ! Euh hum, vous êtes libre d'y croire, mais vous devriez lire cet article jusqu'au bout avant d'en faire votre nouvelle religion.
  • bluetooth, ou le syndrôme des dents bleues (inquiétant chez une souris verte) : 2,1Mb/s, soit 260Ko/s environ. Quoi ? On ose encore nous vendre de telles tortues numériques ? Quel toupet.
  • 3G : de base hein, car il y a plein de variantes en 3,5G et Jean passe : 1,9Mb/s en théorie, encore pire que les dents bleues de la mort : 240Ko/s avec le vent dans le dos. Etonnant comme les technologies dont la mention vous donne l'air le plus branché sont en fait les moins performantes.
  • 4G : 150Mb/ sur les plaquettes publicitaires, soit 18,75Mo/s chez les Souris Vertes. Génial ! Dommage que les débits pratiques n'aient rien à voir. Attendez la 5G pour du 50Gb/s ! Je ne ferai pas la conversion pour ne pas vous donner le tournis.
  • périphérique USB : on l'a dit, en 2.0 c'est théoriquement du 480Mb/s, donc 60Mo/s, en 3.0 5Gb/s soit 675Mo/s. En pratique des tests montrent qu'on est plutôt autour de 30Mo/s en USB 2 et 100 à 150 Mo/s en USB 3.
  • un disque dur de base : ça peut varier en fonction du modèle, mais on peut considérer que ça se situera quelque part entre 100 et 200Mo/s en pratique
  • un disque ssd (ou mémoire flash) : dans les 200Mo/s au mieux de sa forme, en réalité beaucoup moins, plutôt entre 50 et 100Mo/s. C'est donc moins bon qu'un disque dur de base et 10 fois plus cher ? Mais que se passe-t-il ?


Voilà bien un tableau hétéroclite s'il en est. Mais on n'y comprend plus rien il faut le dire : le disque SSD, la formule 1 de nos de nos espaces de stockage, est moins rapide qu'une vieille deux chevaux en forme de disque à plateaux toute rafistolée ? On m'aurait donc menti ? C'est que, mon cher ami, vous faites la confusion chère à toutes les agences marketing du monde : vous confondez débit et vitesse de transfert. Diantre, ventrebleu et triple-cornegidouille, appellons vite le Professeur Souriso en renfort pour nous expliquer ça !

Le paradoxe de la Reine Rouge


Comme le chocolat, on aime le débit, hmm ça oui, on en voudrait toujours plus. Et ce pour une raison très simple : c'est l'antithèse de cette abomination absolue qu'est la Connexion Lente. Enfin c'est ce que pensent les gens qui croient encore au père noël. Avant d'aller plus loin, je dois m'excuser platement auprès d'un prof dont j'ai suivi le cours de réseaux et qui m'aurait envoyé illico au coin avec un bonnet d'âne s'il avait lu cet article qui en colle des tartines sur la bande passante. Comme il aimait à le répéter à longueur de cours : le débit c'est de la Foutaise. Et bim. Malheureusement, c'est la triste vérité, on s'est laissé attraper au jeu des publicitaires à vouloir comparer joliment tout en octets par seconde, alors qu'en fait cette mesure ne sert pas à grand chose, sauf à redonner, grâce aux Souris Vertes, le respect dû à nos sympathiques facteurs.

Comme la Reine Rouge de Lewis Caroll, celle qui doit courir toujours plus vite pour rester à la même place, nous augmentons sans cesse notre débit pour des connexions toujours aussi lentes. On pourrait mettre ça assez facilement (et à bon droit) sur le compte de la politique assez largement répandue chez les programmeurs insouciants : "puisque tu as plus de ressources, j'en prends plus pour faire la même chose". Mais ça n'est pas, loin s'en faut, le seul facteur d'explication, et même si tous les programmeurs du monde étaient des petits rongeurs de la famille des muridés au pelage émeraude, ça ne vous mènerait pas bien loin de voir grossir sans arrêt les débits de transfert.

Aidons-nous d'une petite image bucolique pour comprendre ce phénomène curieux, et asseyons-nous un instant à côté de cette petite souris verte qui regarde défiler une feuille sur deux rivières qui coulent côte à côte :

Une souris regarde deux petites feuilles dérivant sur deux rivières

Comme c'est charmant. C'est vraiment formidable de voir ces deux petites feuilles descendre exactement à la même vitesse. Pourtant, la deuxième rivière est deux fois plus large (d'accord, ça n'est pas évident sur le dessin, vous excuserez l'artiste amateur qui a des problèmes avec la perspective). Elle a donc un débit deux fois plus élevé. Mais la feuille de la petite rivière arrive aussi vite à notre souris. Oups. Et si on prenait une rivière trois fois plus large, alors ? Quatre fois plus large ? Cent fois plus large ? Qui dit mieux ? Ben toujours pas. Le débit sera cent fois plus grand, c'est vrai, la rivière charriera des kilos de déchets toxiques en plus, mais la petite feuille continuera à son petit train train tranquille. En fait, pour que ça marche, il faudrait que le débit augmente mais que la largeur de la rivière, elle, reste constante, et là notre petite feuille irait plus vite.

Donc quand on parle d'augmenter le débit, on ne sait pas de quoi on parle en fait. Si c'est pour élargir nos tuyaux, ça n'a qu'un seul intérêt : on peut faire passer un paquebot à la place de notre petite feuille, comprendre envoyer du Gros Fichier, et ce gros machin bénéficiera de la même vitesse qu'un petit truc (oui je sais, cette phrase est particulièrement bien tournée, je compte la présenter à un concours d'écriture prochainement). Sur une petite rivière, il faudra tronçonner notre paquebot en pièces détachées et on mettra plus de temps à tout envoyer en file indienne. Mais qui s'échange des paquebots par internet ? Il faut vraiment être tordu.

Nous voilà donc bien avancés, on a une mesure de débit dont on ne peut rien tirer. Il doit bien y avoir un moyen quand même de mesurer la vitesse de notre connexion ? Fort heureusement, c'est possible, on ne va pas se quitter fâchés avec ces satanées souris vertes qui passent leur temps à nous casser la baraque. Ne me faites cependant pas dire ce que je n'ai pas dit : le débit n'est pas totalement anodin, ça peut vraiment être un facteur limitant, surtout en ces temps de dépense somptuaire en terme de transfert réseau. Si vous êtes en dessous d'un certain seuil (typiquement autour de 500Ko/s), vous allez le sentir passer pour afficher des sites bien gourmands. Mais au-delà, à moins d'être accroc aux vidéos en streaming et aux téléchargements en masse que vous attendez en tapant du pied au lieu d'en profiter pour dessiner une ou deux souris, vous ne ressentirez pas de gêne majeure dans votre usage quotidien. Le débit montant lui aussi peut brider votre connexion, même s'il n'a pas besoin d'être très élevé ; s'il commence à frôler le zéro vous aurez l'impression d'être revenu au minitel, quand bien même vous auriez un débit descendant De La Mort.

Avant d'apprendre enfin comment parler intelligemment des connexions réseaux (pas trop tôt), restons un instant à savourer un petit haïku au bord de notre rivière  :
"Feuille de chêne
Feuille de marronnier
Qui tombera la première ?"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Hi ho, c'est l'écho


Bien, de quel moyen disposons-nous pour mesurer concrètement la santé de notre connexion réseau ? On ne pourrait pas envoyer une petite feuille par exemple, et regarder en combien de temps elle nous arrive ? Bravo ! C'est exactement cela qu'on va faire, sauf que les images de nature ne faisant pas franchement partie du vocabulaire courant des informaticiens, on va appeler ça autrement. Non pas que ceux-ci ne sachent pas s'amuser comme vous allez le voir.

Initions-nous un peu à la joie des protocoles réseaux avec ce protocole élémentaire qu'est l'ICMP. Je ne vais même pas prendre la peine d'aller chercher ce que signifie cet acronyme (Il Croit Me Parler ? Ici C'est Moi le Patron ?), personne ne le connaissant sous son petit nom. Comme la plupart des protocoles réseaux les plus anciens, il a été inventé par une bande d'étudiants potaches qui avaient un peu trop de temps à tuer. L'idée simplissime est la suivante : on va envoyer un tout petit message (une petite feuille, si vous voulez) à une autre machine, elle va nous répondre un tout petit message aussi, et on va mesurer le temps que nous prend cette échange.

Et qu'est-ce qu'on peut envoyer de plus simple ? On imagine le débat au sommet, jusqu'à ce que quelqu'un ait cette idée de génie : je te dis "ping", tu me dis ? Eh oui, "pong". Sympa non ? Qui a dit que nos ingénieurs réseaux n'étaient pas de joyeux drilles ? Et encore, vous ne connaissez pas tous ces protocoles merveilleux sur le mode du "je te tiens, tu me tiens, ..." ou du "Jacques a dit" :
- Jacques a dit salut.
- Jacques a dit que Jacques a dit "salut". Jacques a dit bonjour !
- Jacaques a dit que Jacques a dit que Jacques a dit "bonjour !". Jacques a dit ça gaze ?
- ...
En général après un échange de quelques centaines de phrases de cet acabit les deux machines peuvent enfin commencer à bosser pour faire ce que vous leur avez demandé.

Mais revenons à notre protocole ICMP, comme vous pouvez l'appeler si vous voulez clouer le bec à vos administrateurs systèmes, ou bien le ping comme on l'appelle plus fréquemment. Il permet de mesurer ce temps d'aller-retour de notre communication, qu'on appelle la latence. C'est exactement la même chose que quand vous criez et que vous attendez que votre voix soit répercutée par l'écho. Ainsi, comme tous les fanatiques de jeux en réseau le savent pertinemment, c'est bien la latence qui va nous indiquer la réactivité de notre connexion réseau, et on peut s'asseoir bien gentiment sur la notion de bande passante. En plus c'est super facile, comme c'est un temps ça se mesure tout simplement en secondes, ou plutôt en millièmes de seconde (ou millisecondes) si vous n'êtes pas en train de communiquer avec un internaute vivant sur la lune.

Mesurons donc, puisque mesure nous avons. Etonnament, aucune publicité d'opérateur de réseau ou de téléphonie ne vient nous vanter les mérites d'une latence incroyablement basse, de 0,000000001ms à côté des promesses de débits ébouriffants. Pourtant la latence théorique serait un argument de vente formidable, on ne comprend pas pourquoi ils ne sautent pas dessus à pieds joints. En effet, vu qu'on considère que nos petits octets transitent par des courants électriques (sur nos fils de cuivre ADSL) ou des ondes lumineuses (dans les fibres optiques), on peut considérer qu'ils voyagent à la vitesse de la lumière, zoom zoom. Soit 300 000 km/s, excusez du peu. Je suis Ping à 150km de mon copain Pong, combien met-il de temps à me répondre ? Notre signal doit parcourir 300km (vous avez remarqué que je fais exprès de prendre des valeurs qui tombent juste ? vive la paresse), donc il le fera en 300/300 000 = 1/1000ème de seconde, soit 1ms. Ca calme. Même si je parle à l'autre côté de la terre, disons à 6000 km, ça ne fait jamais que 20 fois plus, donc 20ms de latence.

Et en pratique ? Vous vous en doutez, si on préfère généralement passer cette mesure pourtant essentielle sous silence, c'est qu'on n'atteint jamais ces valeurs sur sa petite connexion familiale. Pourtant, la plupart des grosses entreprises du web ont des serveurs disséminés un peu partout dans le monde histoire de ne pas avoir à faire emprunter des milliers de kilomètres à nos (et surtout à leurs) messages. On devrait donc normalement avoir des latences de l'ordre de la milliseconde, mais les centaines de millions de sites de tests de débit hyper perfectionnés qui maîtrisent l'art délicat du ping (vous allez comprendre un peu plus loin la valeur ajoutée incroyable qu'ils représentent) vous diront sans hésiter qu'autour de 20-30ms nous sommes en présence d'une connexion proprement remarquable. Et c'est vrai qu'en deça de 10ms vous avez le droit de vous extasier sur votre connexion.

Après, malgré certaines mires qui osent parler de ping à 400ms comme de simplement "mauvais", je considère qu'au-delà de 100ms en moyenne vous avez intérêt à toujours garder un livre à portée de main de votre écran. En effet, dans des conditions réelles ça n'est pas simplement un petit ping que vous allez attendre. Contemplez par exemple un instant ce blog et ses magnifiques illustrations : quand votre navigateur va chercher la page à afficher, en gros il va chercher une page principale, une page de style, peut-être un ou deux (ou 20 chez les gros bourrins) scripts, peut-être des éléments pour le bandeau de gauche s'ils sont servis à part, et surtout toutes les images une par une. Ca nous fait bien une bonne dizaine d'appels rien que pour notre petit blog pas bien gourmand. Et si tout ça se passe mal, on va donc attendre 100ms par appel, soit une bonne seconde d'attente pour voir la page complètement affichée. Ca reste supportable, surtout pour un contenu d'une telle qualité, mais imaginez le calvaire avec les sites en 3D interactive qui vous remplissent votre écran d'effets spéciaux et de pubs indésirables, là c'est plusieurs secondes d'attente à chaque clic. Ouille ouille ouille, voilà qui va vite nous courir sur le haricot, surtout en ces temps d'instantanéité où il faut que ça fuse et où la moindre lenteur nous impatiente.

Alors pourquoi on ne cherche pas à réduire les temps de latence ? Ah mais c'est sûr que s'il existait une potion magique pour ça on nous en déverserait des marmites sur la tête. Mais si l'on dispose de technologies maîtrisées qui permettent de faire augmenter régulièrement les débits, en gros celles des Plus Gros Tuyaux, la latence est un animal diablement plus difficile à apprivoiser. On sera bien en peine d'inventer des stratégies efficaces pour la contenir, mis à part réduire la distance qui vous sépare de votre interlocuteur. Avouez que ça n'est pas bien malin, c'est ce qu'on fait nous-mêmes spontanément quand on s'amuse avec l'écho. Sauf qu'en l'occurrence, même si on nous vante la mobilité à tous les étages, on ne peut pas décemment demander à l'utilisateur de se rapprocher de quelques milliers de kilomètres du serveur qu'il interroge le temps de lui poser sa question, donc il faudra se résigner à la sagesse des anciens en la matière, "latence pourrie, latence tant pis". 

Comme précédemment, on se donne des ordres de grandeur de latence d'à peu près n'importe quel appareil qu'on peut rencontrer au coin d'un bois, du moins pour ceux qui pensent que la forêt est un magasin d'électronique avec des petits arbres en plastique sur les côtés :
  • ADSL : on l'a dit, la latence se situera si tout va bien quelque part entre 10 et 100ms. Au-delà on fera bien d'apprendre quelques exercices de respiration profonde.
  • fibre optique : là il va falloir sortir notre joker. Théoriquement la fibre a une latence meilleure, et tous les sites bien en vue n'hésitent pas à dire "quasi nulle", nonobstant l'évidence de la limite théorique que nous avons calculée précédemment. Mais en pratique, on ne trouve rien sur le sujet à part quelques chiffres d'usages mécontents qui ont des pings abyssaux, ou d'une étude sommaire qui affirme que la moyenne constatée est autour de 40 à 50ms, autrement dire encore de l'ordre de grandeur de l'ADSL. Décidément la fibre a bien du mal à nous faire rêver.
  • wifi : une bonne nouvelle pour changer, vu les faibles distances, sauf problème de configuration matérielle la latence est négligeable sur un réseau wifi. Attention, ça ne couvre que la portion aérienne du trajet, une fois qu'on est arrivé à l'antenne on retrouve la latence du réseau filaire qui va dialoguer avec Hong-Kong...
  • bluetooth : ici encore vu la faible distance la latence est négligeable, ce qui est bienvenu pour ne pas s'énerver tout seul sur sa souris sans fil qui ne réagirait pas au quart de tour.
  • téléphonie mobile, 3G, 4G : cela dépend évidemment des conditions dans lequel on se place, surtout si vous aimez téléphoner en roulant à 150km/h dans la direction opposée à l'antenne, mais la latence est généralement assez mauvaise sur ces réseaux, de l'ordre de quelques centaines de millisecondes. Urgh.
  • liaison satellite : de l'ordre de la seconde. On comprend pourquoi on préfère utiliser des milliers de kilomètres de câble que des satellites pour l'internet, sans quoi tout le monde aurait depuis longtemps fermé son profil Facebook et descendu son ordinateur à la cave pour ressortir son bon vieil herbier du placard.
  • disque dur : tiens oui, c'est vrai ça, on se refait la comparaison avec le disque dur ? ben c'est assez décevant en fait, le temps d'accès sur une écriture d'un petit bout de fichier est de 1 à 10ms environ. Pas tellement mieux que le réseau finalement.
  • disque SSD : ouh là là là là là là : de l'ordre de 0,01 à 0,1 ms. Vous avez bien lu. Vous comprenez finalement pourquoi vous n'avez pas dépensé tous ces sous en vain : le débit est peut-être moins bon que celui d'un disque à plateaux traditionnel, mais côté réactivité on ne joue pas dans la même cour. Au passage, tous les dispositifs à mémoire flash (clé USB, cartes mémoires d'appareil photo, etc) ont une latence comparable.
  • mémoire vive : le champion toute catégorie, de l'ordre de 10 nanosecondes. Désolé mais là, il a fallu changer d'échelle, ça fait du 0,00001ms, incroyable mais vrai. Moralité : il vaut mieux parfois utiliser sa mémoire que de faire appel à Google. C'est vrai aussi pour les humains !

Je vous sens impatient de connaître la latence de votre ordinateur chéri et de la comparer à celles de vos collègues dès demain à la pause déjeuner. Rien de plus simple en vérité, n'en déplaise aux sites qui vous vendent ce service à gros coups d'avalanches de pubs. Allez faites l'expérience : vous ouvrez un terminal, et puis écrivez tout simplement

STOP!! On ouvre un quoi comment là ? Ah pardon les souris, vous avez bien raison, on avait dit article grand public, là, on va faire fuire tout le monde avec notre ligne de commande rébarbative. Mais allez, si si, essayez, tout le monde peut y arriver, ça vous donnera même des petits frissons d'excitation si vous n'avez jamais fait ça de votre vie. Promis, on ne fera rien de plus compliqué qu'un petit ping-pong rapide. Donc, je disais on ouvre un terminal : si vous êtes sous Linux ou Mac, je vais vous laisser trouver le menu approprié comme un grand. Si vous êtes sous Windows, vous avez peut-être moins l'habitude de vous en servir, alors je vous aide : vous allez dans votre menu, vous tapez 'cmd.exe' dans la barre de recherche d'applications et hop le voilà. Et là vous écrivez tout simplement 'ping www.wikipedia.fr'. Eh bien voilà, vous l'avez votre latence, en plusieurs essais quand même des fois qu'on ait pas de bol sur un paquet donné. Vous pouvez essayer avec d'autres sites pour voir la différence, c'est même recommandé car il peut y avoir des variations importantes.

Remarquez qu'on n'a parlé que de latence entre nous et un serveur distant, mais que le serveur peut avoir besoin d'appeler des copains pour vous répondre (le fameux appel à un ami quand on sèche devant une question), et donc vous rajouter une latence supplémentaire de son côté à lui. Le fait qu'il vous réponde très rapidement sur un ping ne signifie pas pour autant qu'il ne va pas horriblement ramer quand vous allez lui demander sa page d'accueil s'il a été victime d'une attaque féroce de Programmation Avec Les Pieds.


Si loin, si proche


On pourrait s'en tenir là pour nos grandeurs réseautales (ou réseautiques ?), on en a déjà deux, dont une qui ne sert à rien, c'est bien plus qu'il n'en faudrait pour animer une série de conférences high-tech d'un air docte et posé. Mais on pourrait difficilement parler de réseaux sans aborder la notion de portée. Je vous vois venir, vous savez qu'il s'agit de la distance à laquelle vous captez le Oui-Fils avec plein de barres de signal, mais vous allez me dire que ça ne concerne que les réseaux sans fil. Eh bien pas du tout, même s'il est vrai que les effets d'atténuation de signaux sont nettement plus prononcés dans le cas des réseaux sans fil, les réseaux filaires ont également une notion de portée pas du tout négligeable. Si vous ne me croyez pas, je vous invite à dérouler un câble ethernet d'un kilomètre de long, que vous vous serez préalablement fabriqué vous-même vu que personne n'aurait l'idée de vous vendre ça, et de regarder ce que vous avez en sortie de signal, je vous garantis que vous aller pleurer à chaudes larmes.


C'est donc une vérité universelle des réseaux que l'on peut énoncer sans trop de risque de la voir contredite par une Super Nouvelle Technologie : plus je m'éloigne, moins mon signal est bon. Dans ce domaine, on ne peut pas dire, la fibre optique a un avantage certain par rapport aux autres technologies, car les pertes y sont très faibles. Le fil de cuivre (ADSL, ethernet) est lui sujet à plein d'interférences électromagnétiques et autres joyeusetés. On parle d'atténuation du signal dans ce cas. On peut la mesurer en décibels, comme pour l'intensité des sons, mais très honnêtement ça ne nous servira pas à grand chose à part à constater notre manque de bol. On se rappellera simplement que la fibre optique peut se porter sur plusieurs kilomètres, voire dizaine de kilomètres en fonction de sa qualité, sans perte notable, alors que pour le fil de cuivre on serait plutôt de l'ordre de la centaine de mètres au mieux. Mais vous allez me dire que vous êtes généralement à plus d'un kilomètre de votre répartiteur réseau de quartier. Eh bien oui, mais c'est bien pour ça que vous êtes très loin du débit théorique que l'on vous fait miroiter, vous avez tranquillement perdu 20, 30 voire jusqu'à 90% de votre bande passante sur cette petite distance. Et croyez-moi, passé 1km chaque mètre supplémentaire fait bien mal au débit.


Les réseaux sans fils ne sont pas exempts de perturbations en tous genres, Ondes Maléfiques oblige, mais c'est surtout la physique élémentaire qui fait que leur portée est très vite limitée : à cause du fait qu'elle rayonne dans toutes les directions, la puissance du signal émis par une antenne est inversement proportionnelle au cube de la distance qui vous sépare d'elle, si vous me suivez. Autrement dit, chaque fois que vous reculez de 10 mm/cm/m/km par rapport à votre antenne, vous perdez 1000 sur la puissance du signal. Ouille ouille ouille, ça descend vite. Heureusement pour ce qui est de la téléphonie mobile, de la 3G, ou du wifi dans les gares qui sont totalement indispensables à la vie sur terre, on a bien vite trouvé la parade : inonder l'espace public d'antennes. Antennes sur les toits, antennes au sommet des montagnes, antennes au milieu des forêts, antennes dressées dans les champs de tournesol, antennes dans l'espace, antennes sous les mers, antennes dans votre slip comme les cactus de Jacques Dutronc. Un petit site nous dévoile l'état des antennes relais en France ; ne tremblez pas, mais on arrive tout de même à la bagatelle de quelques 50 000 antennes qui embellissent les paysages de notre belle France. Je serais vous, j'irais voir si un opérateur voyou n'a pas mis une antenne dans votre cave pendant que vous lisez cet article.


Quelques chiffres concernant la portée pour les réseaux les plus courants :

  • le wifi, commençons par lui puisqu'il y en a partout : une bonne centaine de mètres en théorie, mais le signal va généralement s'écraser comme une mouche sur quelques obstacles bien choisis, comme par exemple les murs qui ne sont pas en carton.
  • pour la téléphonie portable, 3G et consorts, on est à une portée de 1 à 10km en gros, en fonction de la puissance de l'antenne et de la fréquence à laquelle elle émet.
  • dans la catégorie saut de puce, nous avons le bluetooth : sa portée est de l'ordre de quelques mètres, et encore si personne ne vient respirer trop fort sur le trajet du signal. Mais bon ne nous moquons pas trop, il faut reconnaître que le bluetooth n'est conçu que pour connecter des appareils sans fils à des ordinateurs, il n'a pas besoin de nous envoyer des kilos d'ondes à la figure juste pour connecter votre souris à votre portable à 10cm.
  • pour ceux qui auraient eu l'occasion de voir les équipements radio d'urgence des militaires, qui accusent leur âge, on pourrait bien rigoler en voyant des appareils portatifs que seuls des haltérophiles bien dopés arriveront à soulever. En même temps, on pourra reconsidérer notre perspective en se souvenant que lesdits appareils, en général d'une belle couleur souris verte de camouflage, sont capables d'émettre à une distance de plusieurs kilomètres sans avoir besoin d'une antenne relais fixe de plusieurs mètres de haut ni d'être alimentés par l'énergie d'une petite centrale nucléaire. Les militaires qui nous donnent des leçons d'efficacité énergétique et réseautile (celui-là c'est le bon, non ?) ! On aura tout vu. 


La puissance et la portée des différents réseaux sans fils est liée également à la plage de fréquence sur laquelle elles émettent, notamment à cause des interférences que l'on peut rencontrer dans certaines gammes de fréquence. Par interférence, il faut comprendre les objets qui font obstacle au signal et vont en absorber ou réfléchir une partie, pour leur plus grand bien on s'en doute. La fréquence (en Hz, comme pour le processeur, rappelez-vous) est directement corrélée à la longueur d'onde, qui en retour vous donne la taille moyenne d'un objet qui va interférer avec l'onde. Vous trouverez ici un petit schéma explicatif qui vous donne la taille moyenne de l'onde en fonction de la gamme de fréquence. Si on n'est jamais très réjouis de voir que les fréquences de l'ordre du Ghz, les plus courantes pour les réseaux sans fils (2,4Ghz par exemple pour le wifi), sont de l'ordre de la dizaine de centimètres, soit parfaitement adaptée à l'échelle du corps humain ou d'une souris verte un peu bedonnante, les ondes de très hautes fréquences font carrément flipper car elles peuvent affecter des micro-organismes voire des éléments de la taille d'une cellule. Mais en l'absence de preuve scientifique irréfutable on s'abstiendra de penser que toutes ces ondes émises ont une incidence quelconque sur autre chose que nos petits appareils mobiles qui se délectent des octets qu'ils captent, miam miam.


Petit guide pratique de la connexion lente


Pour finir, les Souris Vertes vous offrent un guide pratique encore plus fort que SuperNumérique.com ou que Ma Connexion Pour les Nuls : un petit état des lieux rapide des problèmes de connexion sur les réseaux.


Alors, ma connexion est lente, mon débit est pourri, d'où cela vient-til-til ? De manière générale, si vous le pouvez, tirez un câble et oubliez les octets semés dans le vent : vous aurez toujours une connexion plus stable, plus rapide et moins énergivore en filaire.


Autrement, comme nous l'avons vu, la première chose à mesurer est la latence sur votre connexion. Celle-ci dépend directement de la distance à parcourir et de la qualité du lien qui vous relie (oubliez le fil de laine même si c'est moins cher et plus esthétique). Si votre latence est mauvaise vis-à-vis de plusieurs sites différents (rappelez vous qu'un serveur peut lui aussi être en train de pédaler dans la choucroute), pas besoin d'aller plus loin, vous êtes arrivés.


Autrement, si la latence est correcte mais que ça bagote tout de même, vous pouvez vérifier votre débit malgré tout le mal qu'on en a dit. Pour cela, vous pouvez tout simplement choisir de télécharger un fichier bien volumineux, comme l'intégrale de Proust ou une application comme libreoffice, et regarder votre vitesse moyenne de téléchargement. Mais comme on l'a bien précisé, il faut commencer à raser la moquette pour que ça devienne vraiment gênant pour une navigation basique. En revanche, si ça n'est toujours pas ça qui semble poser problème, il faudra tester votre débit montant, qui est souvent un grand oublié des suspects potentiels mais qui peut sérieusement vous faire passer en mode coma profond. Pour cela, malheureusement, il n'est pas évident de faire des tests par vous-même, soit vous disposez d'un endroit où vous pouvez envoyer du contenu, comme un partage de documents, et là vous regardez ce que ça donne d'y mettre un bon gros fichier, soit vous vous résignez à aller sur un site de test de débit en slalomant habilement entre les milliers de pubs.


Dans tous les cas, il faudra faire des tests à plusieurs reprises et à différentes heures de la journée pour savoir si vous êtes victime d'un Coup de Pas de Bol Passager ou de la Grosse Scoumoune. Et malheureusement, dans le deuxième cas vous n'aurez pas d'autre solution que de vous résigner à reprendre vos activités extra-réseaufiles (encore un synonyme !) ou bien à chercher à changer de crèmerie, en l'occurrence soit de lieu soit de type de connexion (l'équivalent en version réseau de monter un téléscope de 4m sur votre toit parce que votre antenne télé capte mal). En tout les cas, aucun problème pour suivre les souris vertes, vu la taille des articles il suffit de les ouvrir dans des onglets différents, et le temps que vous ayez fini de le lire croyez-moi le suivant sera déjà là !



Mais où est passé le RPFL (Résumé Pour les Fatigués de la Lecture) ?

Nulle part en fait, pas de résumé cette fois. Ni plus tard en fait. Désolé, il s'agissait d'une basse manoeuvre commerciale, une promotion de lancement pour le démarrage du blog un peu comme ces échantillons gratuits qu'on vous distribue pour votre plus grand bien à la sortie du métro. Mais maintenant que vous avez pris le rythme, que vous êtes même totalement accroc à l'infusion de souris verte, vous êtes capable de vous débrouiller comme des grands et d'aller lire les articles en entier, si si n'ayez pas peur. Vous l'aurez compris, aux Souris Vertes on milite pour le texte plutôt que pour l'image, et pour la lecture plutôt que pour le confort facile. Alors on dit au revoir aux résumés et à notre premier dossier, puisqu'on a fini notre petit tour des grandeurs et autres mesures du numérique. Mais on a encore plein de choses à découvrir, oh que oui !
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