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Au secours, mon ordi est lent ! (3) : J'apprends à ne pas polluer mon ordinateur
Date 27/11/2016
Ico Dossier
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Une petite souris constate un ordinateur irrémédiablement pollué

"Dans la rosée du matin

Maculé de boue

Un melon frais"


Matsuo Bashõ (1644-1695)

Oyez, oyez, braves gens, accourez en masse prêter l'oreille aux souris vertes qui vous contoient miracles et incroyablitudes. Soyez toute ouïe, canalisez votre attention, aiguisez votre regard, ouvrez votre esprit, affinez votre concentration, car il va s'agir ici de considérations fondamentales, centrales, vitales, cruciales et bien d'autres adjectifs en -ales.


Le présent article est en effet le pilier sur lequel repose tout l'édifice que nous construisons patiemment aux souris vertes, la pièce maîtresse du puzzle, la pierre angulaire, à tel point que si vous ne deviez lire qu'un seul texte, un seul, oui, parmi tous les trésors entassés dans notre petit jardin d'articles, ce serait sans conteste et sans effort celui-ci. Evidemment, nous sommes loin de recommander cette attitude minimaliste et toute la joyeuse équipe des souris vertes vous enjoint vivement à sauter à pieds joints sur l'ensemble des billets formidables qui y sont à votre disposition, mais pour l'heure restez avec nous, car ça va décoiffer.


Quel sujet nous occupe donc qu'il soit si important ? C'est bien simple, dans le droit fil de notre grand dossier des premiers secours à l'ordinateur qui rame, qui rame, et n'en finit pas de ramer même sans courant et vent contraire, nous donnons ici une série de conseils percutants, élémentaires et simplissimes pour vous empêcher de faire ce que l'on appelle communément des Grosses Âneries. Comme un condensé de Petits Gestes en huile essentielle, en mille, dix mille fois plus efficace. Croyez-moi, si vous appliquez ces quelques principes simples vous n'aurez plus jamais besoin de SuperDépannage.com, ou de repartir en quête d'une nouvelle machine sur GrosMatos.fr, car votre petit ordinateur se portera comme un charme des siècles durant.


C'est bien simple, vu sa portée pédagogique universelle, cet article devrait être immédiatement diffusé dans toutes les écoles, tous les bureaux, placardé dans le métro, en une de la presse, en début de journal télévisé et émis à travers tout l'espace à la place de la symphonie de Beethoven que l'on inflige aux martiens dans une version effroyablement mièvre. En attendant ce moment qui ne saurait tarder, vu l'engouement planétaire pour nos petites souris vertes, on se propose déjà de s'expliquer auprès du public sympathique qui vient de se rassembler dans notre modeste salle des fêtes, n'hésitez pas à vous approcher pour mieux entendre.


Rappelons tout de même, pour ceux qui nous auraient pris au mot et décidé de ne lire que ce billet parmi toute notre collection, l'enjeu essentiel de notre sujet du jour : nous nous proposons non seulement de contribuer à votre bonheur et votre épanouissement personnel, de renforcer votre autonomie informatique quotidienne, mais surtout de vous aider à sauver le corail australien, les pingouins arctiques et les girafes africaines en vous permettant de contrôler drastiquement votre consommation de ressources numériques, aussi bien en terme de nouveau matériel à ne pas acheter que de facture électrique à ne pas dépenser. Ambitieux programme, mais comme vous allez le voir tout cela va se faire les doigts dans le nez et les mains dans le dos (une position hautement inconfortable) tant les principes énoncés sont à la portée de la première souris venue.


Et en bonus et sans supplément, vous pourrez glaner au passage les gestes de sécurité élémentaire qui vous permettront d'oublier une fois pour toute le vilain antivirus dont nous avons dit tant de mal dans notre article précédent. Avant de rentrer dans le vif du sujet, cependant, une fois n'est pas coutume, un petit haïku surprise pour se mettre en jambes :

"Au moment de cueillir le pissenlit

Le promeneur

Retient son doigt"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Règle numéro un : je n'installe pas n'importe quoi


Eh oui, commençons par enfoncer quelques portes ouvertes et énoncer quelques évidences, mais si vous voulez nager dans la félicité informatique du jamais de problème il va falloir vous discipliner un peu. En effet, une étude menée au laboratoire du professeur Souriso a montré que l'installation d'Applications Inutiles et Gaspillatoires est la première cause de mortalité des ordinateurs dans le monde. La prolifération des applications de ce type est une vraie maladie de ce début de siècle, et il est vrai qu'il est bien difficile de résister aux sirènes qui vous proposent de vous faire le café, avec le doigt de crème et le petit sucre à côté pour le prix modique de rien du tout.


Il est donc urgent de prendre conscience d'un fait inquiétant mais bien réel, à savoir que les logiciels informatiques n'ont pas échappé à la manie généralisée du marketing qui ment, et qu'au lieu des belles promesses qu'on vous conte sur la jaquette vous vous retrouvez la plupart du temps avec au mieux un produit inutile conçu par une équipe sortie de la meilleure école de Programmation Avec Les Pieds, au moins mieux avec un programme pénible qui va essayer de vous faire acheter ci ou ça quand vous essaierez simplement de consulter votre courrier, et au pire avec un Virus de La Mort qui va vous permettre de mettre votre machine au rebut si vous n'avez pas encore pu lire jusqu'au bout ce superbe dossier des souris vertes.


Il faut aussi souligner que, si l'on est encore loin de la valse des applications mobiles que l'on installe et désinstalle au bout de quelques secondes et par dizaines, le zapping permanent d'installations et désinstallations de programmes sur votre ordinateur nuit gravement à sa santé sur le long terme. Une désinstallation laisse TOUJOURS des traces dans votre système, qu'il s'agisse de fichiers temporaires non effacés, de pseudo préférences utilisateur qu'on vous ressortira quand vous réinstallerez le programme, voire si vous utilisez Windows comme la majorité des malheureux de cette planète, des clés de registre soigneusement incrustées dans votre système pour ne servir à rien. Et encore, on ne parle ici que des programmes les plus dociles qui ne cherchent pas à coloniser votre système coûte que coûte, car ceux-là seront bien plus difficiles à extraire à coup de pioche.


Autrement dit, il est important d'être circonspect en matière de choix de programmes, et de ne pas passer son temps à essayer de nouvelles applications si vous n'en avez pas d'utilité réelle, à moins que vous ne soyez déjà résigné à réinstaller complètement votre système régulièrement.


Evidemment, notre propos n'est pas de dire de ne rien installer sur votre petite machine, mais de choisir vos programmes avec parcimonie et un peu de réflexion préalable. On pourra ainsi suivre quelques conseils en la matière pour s'éviter des déconvenues :

- toujours vérifier la provenance du programme que vous installez. Sans sombrer dans une paranoïa des plus pathologiques, un peu de bon sens devrait vous faire vous arrêter au moment de télécharger un exécutable au milieu d'une page remplie de photos suggestives de personnes dénudées ou sur un site qui semble tout droit bricolé par une paire d'étudiants en un week-end.

- limiter le nombre de programmes installés à votre usage réel. Pourquoi s'acharner à garder un logiciel de retouche d'images que vous n'utilisez jamais, ou 3 lecteurs audios différents si vous n'en utilisez qu'un ? Tout comme vous ne souhaitez pas forcément encombrer votre salon des objets inutiles que vous offre Tante Germaine avec application, il n'y a pas de raison de laisser un capharnaüm sans nom sur votre ordinateur au motif que ça  ne se voit pas quand il est éteint.

- prendre le temps de bien choisir vos programmes. Souvent on ne souhaite pas réellement un logiciel précis, mais simplement un usage comme un lecteur vidéo, un navigateur, un traitement de texte, etc, et on se tourne par facilité vers ce qui est déjà installé sur l'ordinateur ou ce que l'on connaît de nom. Or il vaut mieux parfois passer un peu de temps avant d'arrêter son choix, histoire de ne pas avoir à y revenir tous les mois soit parce que le logiciel ne fait pas ce que l'on veut, soit parce qu'il met gentiment votre ordinateur à genoux à chaque fois qu'il démarre.


En l'occurrence, pour ce dernier point on pourra suivre le précepte qui guide les systèmes Linux, à savoir "une application pour une tâche". Evitons les gros machins qui se promettent de tout gérer à votre place, il y a une petite application sympathique et efficace pour tout ce que vous voulez faire, il suffit de la trouver. Choisissez lorsque c'est possible des logiciels open source, non pas parce que c'est gratuit, mais parce que c'est généralement la garantie d'une certaine fiabillité et, sauf pour des projets obscurs ou abandonnés, d'un développement qui ne sera pas interrompu ou complètement repensé la tête en bas par le fait du caprice d'une équipe de commerciaux mal réveillés. Sans compter qu'il y a également beaucoup moins de risque de tomber sur un logiciel malveillant, vu que même si vous ne comprenez rien au code qui est rendu public, soyez assuré qu'une communauté industrieuse veille au grain pour vérifier que ce qu'on vous refile n'est pas un loup subrepticement déguisé en grand-mère.


Nous donnerons plus tard une petite trousse à outil élémentaire des gentils petits programmes qu'on aime bien aux souris vertes, mais voici déjà un petit exemple pour mieux vous faire comprendre l'esprit qui nous guide : il paraît difficile de se passer aujourd'hui de lire des fichiers pdf, vu que c'est un standard bien pratique pour consulter des documents imprimables. Et il existe des centaines de lecteurs pdf qui vous rendront ce service sans sourciller, mais invariablement la majorité se tournera vers Acrobat Reader, un logiciel de la société Adobe (qui porte bien son nom, me fait remarquer une souris verte mutine) qui occupe le paysage depuis des décennies et jouit donc d'une certaine réputation malgré sa parfaite inutilité. Il pèse en effet le poids d'un rhinocéros, est parfaitement propriétaire voire payant pour sa version complète, lourdingue, fait tourner en permanence ses mises à jour dans votre dos si vous n'y mettez pas bon ordre, et prend 10 secondes pour ouvrir le moindre fichier d'une page en consommant une bonne partie de votre mémoire pour ce service inestimable. Alors, si vous ne souhaitez pas utiliser une des 14000 options exotiques qu'il vous offre, et que vous ne faites comme le commun des mortels que lire des pdfs, les imprimer et parfois rechercher du texte dedans, vous vous tournerez avec bonheur vers une application bien plus légère et plus adaptée à votre besoin, comme Evince, un lecteur de documents tout simple, open source et multi-plateforme qui répondra toujours à l'appel mais ne viendra jamais vous pourrir le quotidien par ses actions intempestives.



Règle numéro deux : je suis un paranoïaque fini face à ma messagerie


Aïe aïe aïe caramba, voilà bien une règle qui a son petit piquant de cactus. En général on essaie de rassurer le bon peuple aux souris vertes, et de vous faire vous sentir bien à l'aise dans vos basquettes au moment de saisir votre souris (verte de préférence), mais là en ce qui concerne la messagerie on ne pourra jamais exagérer assez l'importance de la méfiance systématique et du doigt posé sur la gâchette. En effet, étant donné la bienveillance crédule d'une bonne partie de nos concitoyens, les mails sont devenus une des sources privilégiées pour ferrer le pigeon, qu'il s'agisse de vous soutirer de l'argent, de vous faire installer un gros virus ou de vous identifier comme un amateur potentiel de viagra qu'il est urgent d'ajouter à toutes les listes de diffusion sur ce thème.


Etant donné également l'occurrence non négligeable des piratages de messagerie, où j'espère que vous ne stockez plus de mots de passe depuis l'article époustouflant qui traitait du sujet, il est essentiel de prendre un certain nombre de mesures et de ne n'y déroger sous aucun prétexte :

- mettre un mot de passe bien costaud à votre boîte de messagerie. Là encore, se référer à notre discussion précédente sur la question si vous manquez d'inspiration en la matière.

- s'interdire absolument de répondre à un message qui vous paraît douteux dans sa provenance ou son contenu. Enormément de robots envoient des messages en essayant des adresses au hasard, et sont bien contents que les gens leur indiquent d'eux-mêmes sur quelles cibles taper plus précisément. Sachez de plus qu'il est d'une simplicité enfantine de se faire passer pour une autre personne par mail, vu que le protocole sous-jacent n'a jamais été prévu pour vérifier l'identité de l'émetteur. Ce n'est pas parce que l'adresse de messagerie de l'émetteur est celle de votre copain Charlie qu'il faut cliquer sur le lien qu'il vous envoie s'il semble avoir bizarremment perdu (ou retrouvé, je ne connais pas votre copain Charlie) toute son orthographe d'un seul coup. Ceci vaut également et superlativement pour les pseudos alertes de votre banque qui vous demandent de leur envoyer votre code de carte bleue.

- ne jamais installer un programme qu'on vous envoie en pièce jointe, ne jamais cliquer sur un lien dans un message si vous avez le moindre doute sur sa provenance. Il vaut mieux parfois ne pas ouvrir la carte de noël que Charlie, encore lui, vient de vous envoyer plutôt que de vous retrouver avec un Virus De la Mort qui vient de chiffrer l'intégralité de votre disque dur et vous propose de le déchiffrer contre quelques milliers d'euros, une arnaque récente bien réelle qui a rendu riches quelques pirates peu scrupuleux. Dans le doute, et pour ne pas froisser votre ami qui n'est pas un grand lecteur des souris vertes et continue à vous inonder de pièces jointes au lieu de vous écrire ce qu'il a à dire, appelez le et demandez lui si le message est bien de lui avant de sauter du grand plongeoir. Bon, ne restez pas caché sous votre lit dans un état de terreur tétanique non plus, en général les tentatives d'attaque par mail ne sont pas bien subtiles et utilisent de grosses ficelles bien visibles à des kilomètres, et seuls les plus insouciants se laissent prendre à ce petit jeu.



Règle numéro trois : je suis un modèle de prudence sur internet


Après la messagerie, la source numéro un (donc la source numéro deux ? La souris à lunettes s'interroge à ma droite) de grosse pollution informatique provient directement de votre utilisation d'internet. Aujourd'hui, théoriquement, les navigateurs ont fait des efforts de sécurité et il est hautement improbable qu'une simple action dans une page web puisse faire des dégâts sur votre machine, pour cela il faudra au minimum télécharger un gros bidule pas net et l'installer soi-même, ce qui nous ramène à la règle numéro 1. En revanche, le sport assez répandu dans le milieu est plutôt la pêche aux informations confidentielles, comme ces faux sites qui répliquent celui de votre banque pour tenter de vous faire entrer votre numéro de carte bleue.


Ici encore, les ficelles sont généralement assez grosses et seule une inattention chronique vous fera tomber dans le panneau, d'autant que la plupart des navigateurs détecte maintenant assez bien ces contrefaçons grossières et vous alertent en conséquence. Par prudence toutefois, si vous devez par exemple sélectionner un fichier présent sur votre ordinateur pour une page web, il vaut toujours mieux ne pas exposer un répertoire où il y aurait des objets précieux que vous ne souhaiteriez pas voir le programme aspirer au passage. Là encore ces petites gâteries sont normalement désormais impossibles avec les navgiateurs récents, mais prudence est mère de souris verte comme le dit le fameux dicton. Attention également au fait que, dans certains cas, le site sur lequel vous vous trouvez peut être parfaitement licite, mais afficher à son insu des publicités ou une carte routière qui, elles, viennent de SuperPirate.org. Il faut donc faire attention à ne pas cliquer à tous vents sur les petites fenêtres qui jaillissent dans tous les recoins.


Dans tous les cas, il faut systématiquement fermer les sessions que vous ouvrez en vous déconnectant explicitement des services, sans quoi la fermeture de session se fera automatiquement après un certain temps (et non, comme le croient la plupart des gens, quand on quitte son navigateur), mais généralement ce temps est de 15 ou 30mn et vous n'êtes jamais à l'abri qu'entretemps quelqu'un usurpe votre session pour réaliser des opérations sur votre compte personnel. Eh oui, malheureusement l'univers d'internet n'est pas peuplé que de bisounours tout roses. Mais on s'en sort très bien avec ces quelques conseils, et si vraiment vous avez peur de sortir surfer le soir, rendez-vous uniquement sur le site des souris vertes qui est garanti sans virus, sans pub, sans escroquerie, sans édulcorant et sans agent tensio-actif grâce à notre fabuleux webmaster indépendant au très élégant logo d'éléphant bleu.


Une mention spéciale pour terminer notre tour de la question, sur le fait d'utiliser internet depuis un poste partagé ou public (poste de médiathèque, cybercafé, etc). Dans ce cas la plus extrême méfiance s'impose, et je vous conseillerai de ne surtout vous authentifier sur aucun site, et certainement pas sur des sites sensibles comme celui de votre banque. Si vraiment vous ne pouvez pas faire autrement car vous êtes pour dix mois au fond de la jungle amazonienne sur le seul groupe électrogène à des dizaines de kilomètres à la ronde (mais que faites-vous sur internet dans ce cas ? courez vite observer les animaux exotiques qui tiennent lieu de souris vertes locales à la place), il faut absolument ne laisser aucune trace de votre passage dans le navigateur : suppression de l'historique, des cookies, des mots de passe si vous avez eu l'idée incongrue d'en stocker un, mais là vous abusez franchement. Et de manière générale, toute ces bonnes pratiques sont à appliquer même à la maison : pas d'identifiants renseignés automatiquement, pas de mots de passe stockés dans le navigateur et autres fausses bonnes idées, car il suffit qu'on accède à votre ordinateur quand vous avez le dos tourné pour vous faire toutes les misères que l'on souhaitera.



Règle numéro quatre : je me méfie gentiment des supports amovibles


Bon, on va faire redescendre un peu la pression avec cette règle. Je la mentionne plutôt par souci d'exhaustivité et pour que la souris verte à lunettes, cette grosse maniaque, ça y est je l'ai dit, na, me laisse un peu tranquille, mais il faut avoir conscience que les chances de faire une grosse ânerie sont nettement moins élevées que pour tout ce qui précède et qu'on commence à glisser doucement dans le domaine de l'anecdotique.


Il faut savoir qu'il y a une possibilité bien réelle d'infecter votre ordinateur en y insérant ce que l'on appelle un support amovible, c'est-à-dire un CD-ROM, un DVD, une clé usb, une carte mémoire ou autre. En effet, au moment de l'insertion, votre système va tenter d'exécuter un petit programme qui se trouve sur votre support, ce qui permet ce résultat fantastique de démarrer automatiquement la lecture d'un disque audio ou l'affichage d'une application sur DVD par exemple sans que vous n'ayez eu à bouger un seul doigt. Il est possible à des petits malins d'exploiter ce genre de mécanisme pour faire exécuter du code malveillant sur votre machine, aussi il vaut toujours mieux rester prudent face à des supports dont on ne sait pas trop dans quels recoins sombres ils ont traîné leurs guêtres.


Personnellement, je reste surtout méfiant vis-à-vis de clés usb émanant de personnes connues pour avoir soigneusement négligé d'appliquer leur vie durant les règles que nous énonçons aujourd'hui. Pour celles-là en général je refuserai de but en blanc le contact entre mon bel ordinateur et leur vilaine clé vérolée, sauf à la monter dans un environnement contrôlé sous Linux. Je ne vais même pas essayer de donner une marche à suivre pour agir en toute confiance, car très honnêtement tout cela n'a plus grand sens dans une ère où l'ensemble des données s'échange à travers le réseau.



Règle numéro cinq : je n'installe JAMAIS les logiciels livrés avec mon nouveau matériel


Nos lecteurs les plus fidèles se souviendront que nous avons déjà mentionné cette règle à propos de l'installation d'une imprimante. En vérité, elle est parfaitement universelle et s'applique absolument à tous les matériels imaginables, clé wifi, scanner, nouvelles enceintes, disque dur externe, chargeur de souris verte électronique, pour tous ces éléments et les autres il est indispensable de laisser le petit cd fourni bien au fond de sa boîte.


En effet, pour fonctionner votre appareil n'a besoin que de ce que l'on appelle des pilotes, qui sont des petits programmes conçus pour faire dialoguer votre système d'exploitation avec votre matériel, et certainement pas de la pléthore de logiciels que la marque dudit matériel espère vous faire installer, sans doute dans une tentative de colonisation totale du monde numérique car on ne voit pas bien le bénéfice qu'ils retirent à inonder ainsi la galaxie d'applications inutiles. Et il se trouve que, dans bien des cas, vous n'aurez absolument rien à faire car les pilotes nécessaires seront déjà dans votre système, ou bien qu'il ira les chercher lui-même comme un grand quand il saluera votre nouveau copain pour la première fois.


Si vous êtes sous Mac ou Linux et que votre matériel n'est pas immédiatement reconnu, bonne chance pour les quelques nuits blanches passées à éplucher des forums pour trouver quelqu'un qui sait comment le modèle BlipZéroDouze fonctionne sous NixDistro. Si vous êtes sous Windows et que ça n'a pas marché du premier coup, il vous reste le joker du CD, mais attention à surtout ne pas passer par un quelconque installeur. A la place, demandez à Windows de chercher un pilote pour votre nouveau matériel, donnez lui le dossier du cd-rom et laissez-le se débrouiller. S'il ne trouve rien, cherchez quelque part un fichier dont l'extension est .sys et qui semble rangé dans la bonne catégorie (par exemple Windows7/fr). De toute manière au pire l'installation n'aboutira pas et vous pourrez essayer un autre fichier jusqu'à trouver votre bohneur.


Et voilà, votre matériel fonctionne et aucun logiciel moisi ne vient tenter de s'imposer à chaque démarrage de votre machine pour vous proposer des services inutiles et contacter sa maison mère quand il s'ennuie. Attention, cependant, pour quelques fabricants vraiment récalcitrants et certains matériels complexes, il est possible qu'il faille nécessairement installer un des programmes fournis pour activer certaines fonctionnalités. Ainsi, pour des imprimantes multi-fonctions, il est possible que le pilote seul n'arrive pas à gérer des choses aussi indispensables que l'impression recto-verso ou le scanner double face. Mais pour tous les matériels qui n'assurent qu'une seule fonction, que nous recommandons chaudement si vous voulez qu'ils durent, comme un appareil photo ou un clavier ergonomique son et lumière, croyez-moi vous n'aurez jamais besoin d'y recourir.



Règle numéro six : je ne suis JAMAIS la procédure d'installation standard d'un logiciel


On termine en beauté avec la règle cardinale du savoir-vivre numérique, plus essentielle encore que les conseils de bienséance de Mme de Rothschild, et qui vous sera bien plus utile au quotidien que de savoir entre quels doigts tenir votre fourchette à huître. On m'excusera mais cette règle ne concerne que les pauvres martyrs qui doivent oeuvrer quotidiennement sous Windows, pour les autres systèmes vous êtes libre de faire ce qui vous plaît car les procédures d'installation sont encadrées et garanties sans piège.


Il est bien triste de constater dans quelle piètre estime les concepteurs de logiciels sous Windows tiennent leurs utilisateurs pour qu'ils en viennent à considérer comme d'une expertise redoutable le fait de choisir le répertoire d'installation du programme ou le fait de mettre ou non un raccourci sur le bureau. Les Souris Vertes le clament haut et fort, et que tout le monde l'entende, les fameuses procédures d'installation dites "personnalisées", "expertes", "avancées" et je ne sais quoi d'autre ne sont que de vastes fumisteries et c'est absolument par celles-là que tout un chacun doit systématiquement passer, qu'il soit petit flocon ou chamois d'or. En effet, la procédure dite standard est quasi systématiquement une manière détournée de masquer des options indésirables et de vous faire accepter la YoupiBar à l'insu de votre plein gré.


On se demande d'ailleurs comment il est possible que persistent encore des pratiques qui, dans tout autre domaine de la vie courante, seraient immédiatement condamnées comme vente forcée ou abus de confiance caractérisé. En tous les cas, il faut impérativement se diriger vers la procédure d'installation qui vous offre le plus d'options, sans crainte de faire des bêtises.


C'est grâce à cela que vous éviterez de transformer votre belle machine en tas de boue ; gardez en tête que si vous pouvez souhaiter installer le programme dans un endroit de votre choix (il peut être de bon aloi de se créer son propre dossier de programmes pour bien distinguer ce que vous installez volontairement de ce que le système remplit dans votre dos) et choisir la présence / absence de raccourcis à loisir, les options qui importent réellement sont :

- tout ce qui installe des composants optionnels, comme des langues supplémentaires par exemple. En général, quand vous ne savez pas à quoi ça sert, décochez gaiement. Pour ma part je n'installe systématiquement que la partie indispensable du programme et je dégage tout le reste, car il est toujours possible de réinstaller l'ensemble si vraiment il s'avère qu'une fonctionnalité fasse cruellement défaut (ce qui n'arrive jamais en pratique).

- tout ce qui installe des logiciels additionnels. Alors là c'est poubelle direct, ne gardez JAMAIS les logiciels que l'on se propose de vous ajouter, une YoupiBar, un super nouveau navigateur, un antivirus de pointe, c'est la porte ouverte assurée à une infection généralisée et de la publicité en cascade partout où vous cliquez. Ne venez pas dire qu'on ne vous aura pas prévenu !

- tout ce qui concerne des comportements automatiques : mise à jour automatique, scan automatique, démarrage automatique et autres billevesées. La seule exception valable sera le navigateur, qu'il est important de mettre à jour régulièrement et pour lequel on peut vouloir que cela soit automatique, sinon débarrassez-vous de ce fourbi car cela va généralement impliquer que le programme va se lancer tout seul pour faire ramer votre machine quand vous ne lui demandez rien.

- plus exotique mais pas moins gênant parfois : tout ce qui concerne l'ajout de raccourcis sur votre bureau. Là c'est à votre libre appréciation, mais franchement certains programmes ont une tendance très envahissante à vous rajouter 206 options du genre "j'ouvre en rouge avec Bidule", "j'ouvre plutôt avec Bidule mais cette fois en vert", "est-ce qu'on a vous a proposé du jaune avec Bidule ?", vous voyez le principe. Des fois c'est bien pratique, des fois c'est une plaie, c'est selon, donc là il faudra juger au cas par cas en fonction de votre goût personnel



Règle numéro treize : je lis aussi ce paragraphe et la suite du dossier


Eh bien nous y sommes. Après ce petit tour d'horizon qui, reconnaissez-le, ne casse pas trois pattes à un canard mutant et c'est tant mieux pour lui, vous êtes en mesure d'utiliser sereinement votre ordinateur sans craindre l'attaque du virus terminal ou le piratage du siècle, et avec en plus l'assurance qu'il gardera sa prestance et sa vivacité toute sa vie durant. Bien évidemment, si nous vous proposons ces jours-ci un Super Méga Dossier, c'est bien qu'il nous reste encore des choses à découvrir, mais c'est assez pour aujourd'hui ; on peut donc aller s'assoir tranquillement contre un arbre pour savourer notre paix d'esprit revenue, en attendant le retour prochain de nos souris vertes préférées avec un article qui sera, qui en doute encore ?, non moins extraordinaire et passionnant.






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Au secours, mon ordi est lent ! (2) : Je dégage l'antivirus à coup de pied
Date 14/11/2016
Ico Dossier
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Une souris dit sa façon de penser à l'antivirus


"Sans chapeau

Une averse d’hiver tombe sur moi

- et alors ?"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


De comment, de comment ? Supprimer l'antivirus ? Ca y est, premier article du dossier et déjà on tombe dans la polémique la plus vile. Mais jusque dans quel tréfonds fangeux de l'absence totale d'objectivité devra-t-on se rendre dans cette nouvelle aventure des souris vertes ? Qu'on se rassure, on retrouvera bientôt une consensualité bienheureuse lorsqu'il s'agira de défaire trois vis pour changer un disque dur. Mais si l'on commence par un sujet délicat, qui froissera peut-être quelques susceptibilités et ne remportera pas d'emblée l'adhésion des foules, c'est que l'enjeu est de taille.


Car, comme tout bon discours bien ficelé, ce que l'on pourrait avoir tendance à perdre de vue en ces temps de campagne électorale où l'on débite de la parole premier prix au quintal, à l'hectolitre et au kilomètre en fonction de l'unité retenue, notre fantastique dossier suit un plan qui pour en être implicite n'en est pas moins redoutablement pertinent. On commence donc en toute logique par le premier geste de survie indispensable si vous estimez que votre ordinateur ne semble plus aussi vif et attentif à vos besoins que durant les premiers mois de votre relation commune.


Premier secours immédiat donc, avant la fibroplastie et la paragénèse intraveineuse (désolé, je recopie ce que me souffle la souris assise à ma gauche mais je doute un peu de ses connaissances médicales, je crois qu'elle invente n'importe quoi pour me faire plaisir), hop on dégage l'antivirus d'un bon coup de pied bien senti dans son arrière-train conséquent, on respire un grand coup et on constate avec plaisir que non seulement on ne vient pas de se faire envahir de gros virus noirs malveillants, mais qu'en plus notre ordinateur démarre maintenant en moins de 35 minutes. Magique !


Allez, je sens bien qu'il va me falloir argumenter bien plus que cela avant de vous faire essayer cette potion miracle, et vous aider à surmonter votre peur panique de l'attaque virale qui va faire exploser votre machine, et par là l'univers tout entier. J'espère que vous comprendrez ensuite qu'il est essentiel de passer envers ce type de logiciel d'une tolérance amusée teintée de léger agacement à la plus grande fermeté.


Terreur effroyable du virus de la peur


Avant de parler d'antivirus, commençons par rappeler rapidement de quelle menace sur l'espèce toute entière ce brave chevalier blanc est censé nous protéger. Qu'est-ce qu'un virus ? En toute rigueur, il s'agit d'un programme capable de se répliquer tout seul sur des ordinateurs à travers les périphériques d'échange : réseau, support amovible comme une clé usb, etc. C'est ce mode de réplication particulier qui lui donne ce petit vocable charmant qui fait immédiatement paniquer les gens à grand coup d'imaginaire de peste noire, ébola ou toute autre épidémie de votre choix qui vous tiendra éveillé la nuit.


Mais force est de constater qu'il y a bien longtemps que les stratégies de diffusion des logiciels dits malveillants ont évolué, et très franchement ce qui était un petit tour de force de programmation il y a 20 ou 30 ans devient risible dans un monde où tout le monde est connecté à travers des dizaines d'appareils, dans une ignorance bienheureuse de tous les mécanismes d'échange de données et donc des premiers gestes de sécurité élémentaire. Mais la visée même de ces petits programmes a changé. On peut dire qu'il s'agissait antérieurement d'infecter le maximum d'ordinateurs pour montrer que l'on était un super hacker chevelu, le programme lui-même étant relativement inoffensif, à quelques rares exceptions près de virus qui cherchaient à détruire en profondeur votre machine par pure méchanceté gratuite.


Or aujourd'hui, ce type de compétition s'est relativement tari pour se transformer en un sport beaucoup plus lucratif, à savoir utiliser les ordinateurs cibles comme des moyens pour soit, se faire de l'argent directement, soit accomplir des actions illégales sans risque en usurpant votre identité. Sympathique, non ? Aïe ! Une souris me tape sur le crâne pour me dire qu'il est temps de changer notre fusil d'épaule et de promouvoir les antivirus et la création d'une grande agence gouvernementale pour lutter contre ce fléau, à peu près aussi grave que le réchauffement climatique ou la disparition de la banquise. Allons allons, restons calme, et finissons notre petit musée des horreurs du virus qui tue.


Qu'est-ce qu'un virus aujourd'hui ? En vérité tout programme indésirable qui vous veut du mal plus ou moins directement. Malheureusement, la frontière est bien difficile à tracer entre un logiciel gentil est un logiciel méchant dans le paysage actuel. En effet, je pense que la plupart des gens considèreront Internet Explorer comme un programme parfaitement légitime sur leur machine. En ce qui me concerne je le classerais sans hésiter dans la catégorie des virus : il s'installe contre votre gré (il vient intégré dans le système), est impossible à supprimer (vous pouvez essayer mais il en restera toujours des traces), espionne votre système (essaie de se remettre comme navigateur par défaut sournoisement), envoie sans doute quelques informations dans votre dos à Microsoft, et permet comme tout bon virus de faire venir tous ses copains, puisqu'il jouit d'une indigence exemplaire en matière de sécurité. De la même manière, d'aucun pourront trouver qu'un logiciel qui renseigne vos coordonnées GPS à la terre entière est un programme espion de première main, quand d'autres trouveront super pratique cette application formidable qui s'adapte en permanence à votre localisation.


Evidemment, tout le monde ou presque s'accordera sans peine pour dire qu'un programme qui cherche à vous subtiliser votre numéro de carte bleue est un virus, mais au-delà de quelques cas de ce type on voit qu'il sera bien difficile de mettre de l'ordre dans cette catégorie fourre-tout qui pourrait peu ou prou contenir tout programme amené à dialoguer à travers le réseau, autrement dit tout sauf la calculatrice, et encore dieu seul sait comment elle est programmée de nos jours.


Arrivé à ce stade de notre raisonnement, la conclusion n'est pas bien réjouissante : au lieu d'avoir une peur saine du Gros Virus de la Mort et de se protéger à grand renfort d'antivirus qui nous empêche de nous poser trop de questions, voilà qu'on devrait se mettre à se méfier de tout et de tout le monde. Merci les souris vertes, vraiment ! Mais ce n'est pas ce qu'on dit, en fait.

Résumons notre pensée par une petite série de questions-réponses entre deux souris qui ont bien suivi notre propos :
 - les virus existent-ils ?
Oui ! Il y a des logiciels qui ne vous veulent pas du bien, ou au minimum vont vous casser les pieds.
 - Faut-il en avoir peur ?
Oui, il est raisonnable de s'en méfier et de savoir quoi faire pour s'en prémunir, non il n'est pas raisonnable de paniquer en tremblant chaque minute à l'idée d'une attaque dévastatrice qui va ruiner votre vie en un clin d'oeil.
- Comment lutter contre les virus ?

Stop ! Notre petite souris nous devance par ses questions pertinentes, c'est justement l'objet de ce qui va suivre.

Don Antivirus De la Vega à la rescousse


Dans cet univers inquiétant que nous avons brossé à grands traits, un espoir surgit de la nuit, car voici un cavalier fièrement dressé sur sa monture et se ruant dans la mêlée pour vous protéger au péril de sa vie : le bien-aimé antivirus, qui dans un geste d'altruisme stupéfiant ne compte pas ses heures pour tenir en sécurité la veuve et l'orphelin. Quand je pense que certaines voix mal intentionnées se permettent de le critiquer dans des articles à rallonge ! On aura tout vu, vraiment.


Mais faisons un petit arrêt sur image un instant sur cette scène sanglante, et regardons de plus près ce personnage étonnant qui bondit au milieu des cadavres de virus. Qui est cet antivirus ? D'où vient-il ? On écoute la souris à lunette qui a levé le doigt avant même que je pose la question : "l'antivirus est un logiciel chargé de lutter contre les virus". Excellent. Donc l'antivirus est lui-même un logiciel alors. Ceci pose tout un tas de questions philosophiques très profondes, mais pour le moment contentons-nous d'étudier la bête de loin, en jugeant sur ses résultats.


On a vu qu'il était bien difficile d'identifier un programme qui serait un virus d'un programme qui serait simplement un programme. Devant le nombre de logiciels en circulation, la diversité des modes de diffusion, les stratégies de malveillance toujours plus élaborées, comment fait notre petit antivirus pour s'en sortir ? Eh bien, en fait, il ne s'en sort pas trop bien figurez-vous. Comme le vaccin contre la grippe qu'on sait synthétiser avec brio pour l'épisode hivernal de l'année précédente, l'antivirus passe son temps à courir derrière les dernières trouvailles virales avec toujours un ou deux trains de retard. Et le pauvre est obligé d'avoir un oeil partout : surveiller vos mails, votre navigateur, vos logiciels, votre système d'exploitation, votre trafic réseau, votre disque dur externe, les possibilités d'infection sont sans fin et il n'en finit pas de s'arracher les cheveux à essayer de tout régenter.


Pour tout dire, c'est peut-être un coup de malchance pas de bol, et peut-être que des millions de personnes ont eu une expérience différente, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu un antivirus bloquer un programme malveillant à bon escient, en revanche j'en ai vu un certain nombre laisser gentiment passer tout un tas de saletés qu'il s'est agit d'aller nettoyer ensuite à l'huile de coude et sans son aide. Mais on ne peut pas en vouloir vraiment à notre ami d'être une passoire finie, tant la lutte est inégale et perdue d'avance. Aucun logiciel, aussi malin soit-il ne peut vous protéger significativement, comme vous allez le comprendre présentement.


Flic ou voyou ?


Avant d'en venir à la raison fondamentale qui explique le caractère dérisoire même du concept d'antivirus, faisons un petit détour pour regarder d'un peu plus près ce logiciel d'une bonhommie apparemment parfaitement inoffensive. Soulevons une petite question délicate : comment l'antivirus peut-il lutter contre d'autres logiciels ? Est-ce qu'il est plus fort qu'eux, comprendre est-ce qu'il a le droit de faire plus de choses, comme par exemple désinstaller un programme d'office, interdire une éxécution ?

Oui oui oui, absolument, pour qu'il puisse fonctionner, l'antivirus est un logiciel auquel on doit irrémédiablement remettre les clés de la maison. Ce qui fait qu'il est dans une position privilégiée pour vous faire des coups dans le dos qu'aucun virus ne serait capable de faire. C'est donc la question rituelle : qui nous protège de la police ? Qui nous garantit que l'antivirus est vraiment gentil ? De fait il y a eu suffisamment de scandales autour de logiciels qui s'auto-proclamaient meilleure protection dentaire de l'émail logiciel, triple action garantie, pour mieux installer leurs propres programmes espions, à côté desquels la YoupiBar qui persiste à s'installer toute seule fait figure d'enfant de choeur.

Et, même lorsqu'il est exempt de toute visée malveillante, on peut s'interroger sur le mode de fonctionnement de ce type de logiciel. Un logiciel qui ouvre votre courrier, surveille votre moindre action, écoute tous les programmes en train de tourner, démarre avant même le reste du système, est-ce que ce n'est pas précisément contre ce type d'intrusion qu'on essaie de se protéger en l'installant ? Franchement, la différence entre remède et poison devient bien floue.

Terminons par remarquer aussi que la petite guerre armée contre les virus est un business bien juteux. Bien que son efficacité soit pour le moins douteuse, l'antivirus est maintenant installé partout dans le monde professionnel. Le parallèle avec l'univers de la santé reste édifiant : comme ces normes sanitaires alambiquées qui ne protègent pas grand monde, mais donnent l'impression qu'on travaille à votre bien-être, les entreprises adoptent en masse des antivirus pour montrer qu'elles agissent en matière de sécurité informatique. Il s'agit bien moins de savoir si ces mesures protègent d'une manière ou d'une autre, que de les mettre en avant dans un grand plan de communication destiné à rassurer le bon peuple.

Autant dire qu'avec ce marché captif, additionné de tous les utilisateurs peu informés qui préfèrent ne pas courir de risque, les entreprises qui nous concoctent tous ces beaux antivirus ont encore de beaux jours devant elles. Et bien entendu elles ont tout intérêt à amplifier la panique en criant au loup dès qu'un adolescent imagine un programme capable de prendre la place d'une publicité sur votre site préféré pour exposer son propre contenu forcément illégitime et criminel. Ainsi, si on ne recense que quelques specimens de programmes aux effets réellement dévastateurs dans les tuyaux à une période donnée, les fabricants d'antivirus n'ont pas peur d'affirmer qu'ils vous protègent de dizaines de millions de logiciels tous plus malveillants les uns que les autres.

Et tout cela est, une fois de plus, parfaitement hypocrite, parce que sans objet. Tout simplement parce que :

Le virus, c'est vous


Devant le choc que vous cause cette proposition, je propose qu'on s'arrête un instant pour méditer un petit haïku parfaitement à propos :


"Après avoir contemplé la lune
Mon ombre avec moi
Revint à la maison"

Takano Suju (1893-1976)


Eh oui, l'ombre du gros virus qui semble s'abattre sur votre ordinateur chéri, c'est bien la votre en fait, penché que vous êtes sur votre clavier, et vous apprêtant à lui mettre en toute ingénuité un uppercut en pleine poire. Car, il faut le comprendre une fois pour toutes, aucun programme malintentionné, si fûté soit-il, ne pourrait s'immiscer sur votre machine sans votre complicité tacite.


Il ne faudrait pas trop s'imaginer non plus que des ennemis sont tapis en permanence dans la jungle informatique, armés jusqu'au dents et prêts à vous sauter dessus à la moindre occasion. En effet, je m'excuse de vous le dire crûment, mais en tant qu'individu, vous ne constituez pas une cible bien intéressante. S'il s'agit de mettre en oeuvre des stratégies complexes pour s'introduire sur des machines distantes, autant tout de suite viser le gros lot : attaquer les serveurs de grandes entreprises, hacker des sites de commerce, prendre le contrôle sur le site du gouvernement pour dessiner des moustaches à la ministre, et autres joyeusetés. Très franchement, vu le nombre de serveurs et de sites aujourd'hui à peine mieux sécurisés que mon abri de jardin, on ne manque pas de choix de cibles faciles bien plus savoureuses que vos albums de photos de famille.


Par ailleurs, il n'existe pas cent manières d'attraper un virus sur sa machine :

- on passe par un défaut de sécurité d'un des composants matériels (par exemple le processeur). Franchement ce genre de hack de haute voltige demande déjà un accès physique à votre machine,  un peu de matériel spécialisé, mais surtout des connaissances en informatique tellement impressionnantes qu'il est hautement improbable qu'on cherche à vous attaquer de cette manière, à moins que vous ne soyez président des Etats-Unis. De toute manière personne ne pourra vous sauver dans ce cas, ce n'est certainement pas un pauvre antivirus qui pourra faire quoi que ce soit, vu que, souvenons-nous, c'est un logiciel qui dépend lui-même du matériel. Si le matériel est compromis, c'est fini.

- le virus s'introduit à travers une faille de sécurité du système d'exploitation. Ce cas est nettement plus fréquent, particulièrement si vous utilisez Windows qui est connu pour en produire quelques milliards chaque fois que la maison mère décide de lui rajouter une nouvelle fonctionnalité. Sur tout autre système d'exploitation, la probabilité est infinitésimale de se faire attaquer de cette manière, mais elle existe quand même. La parade, dans tous les cas, est la même, et n'a aucun besoin d'antivirus : installer régulièrement les mises à jour de son système. Si vraiment votre paranoïa aigue vous empêche de profiter de la vie et que vous vous rongez le sang en pensant à toutes ces failles de sécurité qui tuent, utilisez OpenBSD, le système d'exploitation qui remporte haut la main la médaille de système le plus sûr de la galaxie. Ou bien débranchez simplement votre carte réseau, et là vous êtes tranquille, car même OpenBSD ne vous protègerera pas de la menace suivante.

- cas qui couvre 99,999999% des infections, le virus est installé en toute bonne foi par l'utilisateur de l'ordinateur qui au passage s'assoit gentiment sur tous les avertissements qu'on lui prodigue (le programme souhaite s'exécuter en tant que super-utilisateur. Voulez-vous continuer ? Oui oui répond l'inconscient), et donc outrepasse les prérogatives de l'antivirus qui ne peut tout de même pas vous empêcher de faire ce que vous voulez quand vous rappelez que c'est vous le chef.


Vous voyez que dans tous les cas cités, l'antivirus a joué son rôle pleinement, c'est-à-dire ne servir à rien. Si vous avez de la chance, dans 1% des cas, il reconnaîtra le programme que vous cherchez à installer comme une contrefaçon grossière et malveillante de Lance Ton Pingouin et vous lancera une alerte pour vous empêcher de commettre l'irréparable, mais sans garantie que vous l'écoutiez. Le reste du temps, il se contentera de continuer à vivre sa vie pépère pendant que vous ouvrez la boîte de Pandore qui va mettre votre système par terre en un tournemain.


Car, oui, malheureusement, aucun antivirus encore écrit n'est capable d'empêcher quelqu'un de faire une ânerie monumentale, comme de cliquer sur cette pièce jointe dans un mail dont on voit pourtant bien qu'il est d'une provenance douteuse. Croyez-vous réellement qu'on fait tourner des antivirus sur les ordinateurs vraiment sensibles, comme les serveurs qui hébergent vos données bancaires, votre serveur de messagerie, ou celui qui héberge bravement ce blog même les jours de grand vent ? Tout administrateur système qui se respecte devrait se faire hara-kiri illico s'il basait sa sécurité sur ces fadaises. A la place, sur quoi se repose-t-il ? Sur un contrôle strict des entrées et sorties sur le serveur (on ne fait pas n'importe quoi avec n'importe qui), et surtout, surtout, sur le présupposé que les gens qui administrent la machine savent ce qu'ils font.


Car voilà le postulat anthropologique caché derrière l'installation massive d'antivirus sur les postes attribués au bon peuple : "l'utilisateur final", comme on l'appelle, est une bille finie et il est impossible de lui accorder la moindre confiance. Même si on sait que l'antivirus ne résoudra pas tous les problèmes, on lui jette quand même ce bâton dans les roues en espérant que ça en arrêtera certains sur la pente du pourrissement de système généralisé.


Aux souris vertes, si l'on peut partager en partie ce constat certains jours où l'on n'en finit pas de s'extasier sur l'ingéniosité de certaines personnes à se mettre elle-même dans la panade informatique, on en tire des conclusions bien différentes, à savoir qu'il est urgent de donner un minimum de compréhension et d'autonomie aux gens sur des outils dont ils ont besoin au quotidien. Pour lutter efficacement contre les virus, il faut apprendre à faire deux choses : un, à éviter les gestes qui tuent, ceux qui vous font gagner le gros lot à tous les coups, et deux, à savoir vous remettre d'une attaque vilaine. Comme dans la plupart des sports, l'essentiel n'est pas de ne jamais tomber, ce qui est impossible, mais d'apprendre à tomber sans se faire mal. C'est ce que l'on verra dans la suite de cet extraordinaire dossier, on ne va tout de même pas tout dévoiler dès le premier article.


Mais pour aujourd'hui, on reste sur notre sujet de l'antivirus, et on aborde enfin la question qui compte, celle qui fait que c'est bien l'équipe éditoriale des souris vertes qui vous a concocté cet article et non CyberDépannage.com :


L'antivirus est-il écologiquement responsable ?


On a vu que notre ami l'antivirus avait une efficacité quasi nulle côté protection de votre ordinateur. En revanche, s'il est bien un domaine où il faut lui reconnaître des qualités impressionnantes, c'est dans sa capacité incroyable à mobiliser des ressources pour ne rien faire. On peut dire que l'antivirus est l'antithèse même du programme discret. Non seulement il démarre tout seul, prend des initiatives en permanence dans votre dos, se lance dans des analyses à rallonge, mais en plus il passe son temps à se signaler à votre attention (vos définitions de virus ont au moins 3 secondes de retard ! alerte rouge). Et, vous l'avez compris, comme il n'y a aucun domaine qui lui échappe, il est capable de vous alourdir absolument tout votre système dans sourciller, qu'il s'agisse de ralentir les pages internet, la consultation des mails, l'ouverture d'un programme, la copie d'un dossier, bref c'est la recette magique du plombage sans effort. Vous aviez investi dans du matériel dernier cri, grâce à lui vous voilà enfin revenu au temps de votre premier ordinateur à disquette.


A vrai dire, la méthode de protection des antivirus est d'une élégance rare : puisque vous craignez les chutes, pourquoi ne pas enfiler cette magnifique combinaison d'un mètre de mousse pour vos déplacements ? Même si on peut rester sceptique sur l'efficacité de la mesure en cas de collision avec une voiture, ceci va au moins avoir un effet certain sur vos mouvements alertes et sautillants. Comment en vouloir dans ces conditions à votre pauvre ordinateur qui paraît tout mou et cotonneux, quand vous lui imposez ce traitement de choc ?


Bon, les souris vertes me disent très bien, mais quel rapport avec l'écologie ? Ah, eh bien tout ce que nous venons de dire est hautement anti-écologique, jugez plutôt :

- au mieux, vous supportez le joug de ce despote, et votre ordinateur en pâtit quotidiennement. Vous utilisez alors quantité d'énergie et de ressources réseau, sans compter l'usure des disques par exemple qui passent leur temps à être sollicités, pour cet outil inutile.

- au pire, quand la situation devient vraiment insupportable, vous abandonnez le navire, vous vous débarrassez de la machine au profit d'une autre, qui deviendra bientôt du même acabit dès que le prochain antivirus aura gentiment pris ses marques.


Dans tous les cas, les ours polaires l'ont dans le baba.


Oui mais comment ?


Ah. C'est là qu'on arrive au moment douloureux de cet article. Il est bel et bon de proclamer la méchanceté absolue de notre antivirus et de réclamer à corps et à cri sa désinstallation immédiate et irrévocable, mais maintenant que nous avons convaincu la foule se pose la question : comment ? Comment procède-t-on pour dégager l'importun à coup de pied bien senti ?


C'est plus facile à dire qu'à faire en vérité. L'antivirus étant probablement ce qui se fait de plus invasif en terme de logiciel, il est incrusté dans votre système à un niveau tel que même frotter abondamment à la javel n'en viendra pas à bout. Si vous avez installé vous même l'indésirable dans un moment d'insouciance, peut-être vous sera-t-il possible d'utiliser la procédure de désinstallation standard de tout logiciel (comme de cliquer avec beaucoup de pertinence sur "désinstaller" dans la liste des programmes), mais très honnêtement je n'y crois pas un instant. Il existe peut-être même des logiciels spécialisés dans le fait de désinstaller les antivirus, encore un marché en perspective pour les entrepreneurs audacieux, mais si on suit cette logique on n'en verra jamais le bout, surtout qu'on ne sait toujours pas quel tas de boue on est en train d'inviter à nouveau dans son petit chez soi.


Non, la seule solution raisonnable pour se débarrasser durablement d'un antivirus est de réinstaller entièrement le système. Ce qui, en soi, en dit long sur leur prétendue innocuité, puisqu'ils se répandent sans contrôle à travers toute votre machine sans possibilité de les rappeler à l'ordre. Alors, bien évidemment, on comprendra que nombre de personnes hésitent à franchir le cap qui les sépare de la félicité de l'ordinateur qui fonctionne comme il devrait, s'il faut en passer par une étape aussi radicale. Mais c'est aussi qu'on se fait une montagne de ce que signifie réinstaller un système d'exploitation en fait. Ca sera justement discuté dans la suite de notre dossier, car toujours dans l'idée de bien tomber, le mieux est encore de savoir réinstaller son système en un tour de main sans perdre ses précieuses données, ses cheveux qu'on arrache et un maximum de temps. En attendant, imaginez simplement le gain financier, environnemental et même de temps que cela vous fera faire si cela vous évite de courir les magasins pour changer votre machine pourtant toujours fringante malgré les assauts combinés des antivirus et virus que vous avez invités imprudemment.


Alors, si vous n'êtes pas encore en mesure de vous précipiter immédiatement pour dégager votre antivirus local sans cérémonie, restez attentif aux articles suivants de ce dossier qui vous permettront, entre autres merveilles, de lui mettre enfin la râclée qu'il mérite. Et en attendant cette suite palpitante, on profite des dernières heures de jour pour aller méditer ces réflexions bouleversantes au milieu des champs et des souris vertes !



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Le Petit Geste Du Jour : j'utilise le mode avion même à pied
Date 23/10/2016
Ico Le Petit Geste du Jour
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Une souris en mode avion

"La rivière en été

Malgré le pont

Le cheval traverse dans l’eau"


Masaoka Shiki (1866-1909)



Aujourd'hui les souris vertes révolutionnent la théorie de la relativité restreinte et ses applications quantiques, et bouleversent le temps et l'espace, rien que ça, en vous proposant de prendre l'avion sans bouger de votre canapé, un Petit Geste encore plus perturbant que l'utilisation de la machine à voyager dans le temps. Comment une telle prouesse est-elle donc possible ? Les souris vertes ont elles suivi l'université d'été Houdini, et prévu dans la foulée de faire disparaître la statue de la liberté, puis de faire apparaître une belle prairie à la place d'un supermarché (bien difficile, c'est le contraire qui est super simple) ?


Pas du tout, pas du tout, c'est tout bête, vous allez voir, pas besoin d'avoir un doctorat en physique nucléaire et un accélérateur de particules dans votre salon. Une fois n'est pas coutume, on va donner tout de suite la marche à suivre, car je sens que vous allez craquer sous peu devant ce suspense intolérable.


Voici le mode d'emploi :

1- je prends dans une main, celle que je veux, mon appareil mobile préféré, si je ne l'avais pas déjà dans la main (NDLR : d'après une statistique de l'Institut des Souris Vertes, 50% des gens ont leur portable dans la main 50% de leur temps éveillé, et une population inquiétante de 10% des gens réalisent plus de gestes sur leur téléphone qu'ils ne clignent des yeux en une journée)

2- de l'autre main, je vais chercher l'option "mode avion" que je coche


Avouez que c'est tellement simple que vous auriez même pu le faire sans aide en fait. Evidemment, ça sera un poil plus compliqué si, comme les souris vertes, vous faites partie des 1% d'êtres vivants animés qui ne possèdent pas de téléphone portable, mais dans ce cas rassurez-vous, vous êtes dispensé de petit geste pour cette semaine, vous pouvez tranquillement aller vous promener en forêt à la place.


 Voilà donc, vous venez de faire un voyage interplanétaire renversant sans même avoir besoin de dégazer des tonnes de kérosène dans l'atmosphère. Un geste furieusement écologique ! Mais vous ne soupçonnez même pas encore à quel point, car ce n'est qu'un des effets miraculeux de la petite opération que vous venez d'accomplir, que nous nous empressons séant de décrire.


1- Big Brother ne me voit plus


Je sais bien que les notions d'intimité, de vie privée et de confidentialité commencent à prendre du plomb dans l'aile en ces temps où certaines personnes aiment à étaler leurs préférences en matière de slip ou leur ennui existentiel à travers tout l'internet, les réseaux sociaux ou la télévision, mais il doit bien rester quelques personnes reléguées au ban de la Société de l'Information pour qui ces notions ont encore un sens. Celles-là verront, on l'espère, toute la portée du geste que nous avons accompli. En effet, votre petit copain mobile passe son temps à donner votre position géographique à tous ces gens bienveillants qui souhaient vous envoyer de la pub ou vous prendre comme cobaye de leur étude de marché sans même vous en informer, tout cela grâce à la puce GPS intégrée qui pompe votre batterie en permanence pour vous rendre ce service formidable. En retour, vous aurez bien sûr le droit de ne jamais faire attention à votre environnement extérieur et de soigneusement ignorer où vous vous trouvez, ce qui vous permettra de demander par exemple à votre téléphone de vous localiser la pizzeria devant laquelle vous venez de passer (dommage que vous ayez gardé les yeux rivés sur votre écran). Comme c'est pratique.


Je vois que certains ont un souris narquois, car ils avaient déjà désactivé le GPS par défaut, donc aucun besoin de notre Petit Geste pour eux. Eh bien pas du tout, car malheureusement vous êtes également repérés par les antennes relais avec lesquelles la puce qui gère la téléphonie ne cesse de dialoguer, que vous soyez en train d'utiliser votre téléphone ou non. Alors évidemment ce type de localisation est bien moins précis que celle donnée par le GPS, et ne bénéficie pas directement aux grosses entreprises de l'internet mondial, mais bon vos allées et venues restent enregistrées par des opérateurs dont on connaît assez la philanthropie par ailleurs. Sans compter l'énergie gaspillée de votre côté comme sur ces antennes pour négocier en permanence des connexions qui ne sont jamais utilisées.


C'est la même chose pour tous les autres types de réseaux sans fil, d'ailleurs. Si vous avez la chance d'avoir un appareil qui se connecte également en wifi, en bluetooth, en 3G ou sur la bande de fréquence du talkie-walkie des souris vertes, il faut savoir que le composant associé va passer son temps à scanner les réseaux alentours pour faire coucou à tout le monde, donc à moins de vouloir passer des heures à comprendre comment gérer tout ce barda pour que ça ne s'active pas en permanence dans votre dos, le plus simple est encore d'utiliser le seul mode qui vous garantit qu'aucun réseau sans fil n'est activé sur votre appareil, justement celui que l'on vient d'utiliser. Merci les souris vertes !


2- Je n'émet plus d'ondes maléfiques


Bon, la science, comme souvent quand il s'agit de problèmes de santé qui pourraient toucher toute la population, préfère ne pas trop regarder de ce côté et trancher sur la question des ondes électromagnétiques. Il serait en effet bien embêtant de découvrir tout d'un coup que les centaines de milliers de dispositifs qui émettent à tout crin à travers nos villes, nos campagnes et même l'espace pourraient ne pas être que des bienfaits pour l'humanité et la planète. C'est pourquoi devant l'absence de preuve scientifique irréfutable, nous accepterons le scepticisme des foules devant notre effet numéro 2, celui de couper toute onde maléfique illico presto.


Il faut tout de même savoir que votre petit copain mobile ne se contente pas de capter les signaux en provenance de toutes ces sources numériques qui garnissent le paysage, il en émet également. Et, lorsque vous le câlinez gentiment à l'aide de votre oreille, vous êtes en pleine ligne de mire pour recevoir ce signal sympathique qui va venir traverser votre crâne. Aucune inquiétude à avoir, en France en tout cas, car dans de nombreux pays les études commencent à émerger pour pointer d'un doigt timide que ceci pourrait être dommageable tout de même peut-être un peu parfois certains jours. L'agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, appelée ANSES pour les intimes (si quelqu'un comprend le rapport avec le sigle qu'il s'empresse de nous écrire, les meilleurs équipes du Professeur Souriso restent coites devant ce mystère), vient d'ailleurs de publier une étude où elle reprend des conclusions connues depuis un bon moment sur l'impact des ondes électromagnétiques sur le développement du cerveau des enfants. Aucun risque qu'il y ait quelque problème chez l'adulte, non non, on se contentera donc de surveiller sans paniquer les enfants, les femmes enceintes, et peut-être à terme les personnes âgées quand quelqu'un s'y intéressera.


Cela dit, si vous ne souhaitez pas nécessairement attendre que les scientifiques et les agences de santé finissent par s'accorder sur ce fait renversant que tout phénomène physique engendre une perturbation de son milieu, et qu'il y a une forte probabilité pour qu'au moins un effet non négligeable ait lieu, qu'il s'agisse de dérouter les abeilles ou les oiseaux, de gêner la réplication des neurones ou le sens de l'orientation des souris vertes, vous pouvez d'ores et déjà clore le débat par notre petit geste radical. Hop. En plus ça vous évitera de recevoir des alertes en permanence pour la moindre petite phrase prononcée par un homme politique donnant son avis après avoir soigneusement évité de se renseigner sur la question. Mais on y vient, c'est le bénéfice magique suivant !


3- Je ne suis plus dérangé par des importuns


Nouvel effet béni de notre petite action salvatrice, plus d'interruption intempestive et malvenue. Imaginez le vrai bonheur, plus de message inutile, de nouvelle superflue ou de coup de fil importun, vous voilà enfin prêt à vous consacrer à ce qui vous entoure l'esprit tranquille et alerte.


Bien sûr, d'aucun diront que l'intérêt d'un appareil toujours connecté devient limité quand plus personne ne peut vous joindre. Mais franchement, à y bien regarder, connaissez-vous beaucoup de gens qui répondent à leur portable quand on les appelle ? Ou à leurs messages dans la demi-minute ? Mis à part lorsque vous avez la chance de tomber sur votre interlocuteur dans un moment d'ennui profond où il s'apprêtait à entamer une partie de Lance Ton Pingouin, ou à moins que vous n'ayez moins de 16 ans et un(e) super meilleur(e) ami(e) qui attend de savoir si Mike a bien dit à Brenda ce que vous pensez qu'il lui a dit sans lui dire mais en cachette de Laurie, il est probable que celui-ci vous mettra dans l'équivalent numérique du panier à courrier "à traiter plus tard" et vous oubliera aussitôt.


Aux souris vertes nous travaillons même sur une théorie audacieuse qui avance que plus les gens sont connectés, moins ils sont joignables et disponibles. On attend avec impatience la publication dans des revues scientifiques à comité de lecture de ces éminentes recherches.


Bref, arrêtons de penser que de nous couper une ou deux heures des réseaux pour laisser gentiment nos messages s'empiler dans une boîte vocale ou de messagerie va faire s'effondrer la civilisation et exploser la planète. La seule différence au fond entre le faire volontairement et se précipiter sur son écran pour se dire "oh pfff, je réponds pas" est... l'avantage qui suit.


4- Je peux arrêter de regarder fébrilement mon écran


Eh oui, on ne le dit pas assez, mais la consultation compulsive des écrans d'appareils mobiles est l'ennemi numéro un de l'attention à l'entourage et aux petites souris qui gambadent juste derrière vous. On pourrait sans doute alléguer également des bienfaits sur la santé et la lutte contre le stress, mais une petite souris me tire gentiment la manche pour me dire que ça va, on a compris. Faites l'expérience une demi-journée et vous verrez.


Ajoutons tout de même que, vu qu'il vous faudra à chaque fois un Petit Geste pour réenclencher le réseau et revenir à un mode super connecté où tout est possible, vous y réfléchirez peut-être à deux fois avant de vous précipiter sur un moteur de recherche pour vous rappeler la capitale de l'Ouganda ou le nom de l'acteur qui joue Roberto dans les Feux de l'Amour. Ainsi, non seulement vous faites travailler votre propre mémoire, mais en plus vous économisez des requêtes internet, et même parfois vous évitez d'alimenter des conversations franchement mal parties.


Venons en plutôt au point principal, essentiel, vital et central de notre démonstration, et pour tout dire celui qui motive cet article, car ne perdons pas de vue que ce n'est pas le tout de prendre soin des hommes, il faut aussi prendre soin de ceux qui prennent soin des hommes, c'est-à-dire les plantes, les petits oiseaux, les souris vertes et tous leurs copains.


5- Ma batterie ne se décharge jamais


Ah ah, voilà donc l'effet incroyable de notre petit voyage en avion sans décoller du sol, en effet une fois que vous avez arrêté d'un geste doux mais ferme de pomper toute l'énergie nécessaire à tout un tas de connexions réseau inutiles, vous pouvez enfin laisser votre chargeur de batterie tranquillement au fond du placard, car vous ne le ressortirez qu'une fois tous les 36 du mois (autant dire pas très souvent, pour ceux qui ne maîtrisent que le calendrier lunaire). Euh, il faut préciser que ceci n'inclut pas les dizaines d'heures passées à jouer sans connexion réseau à Lance Ton Pingouin à luminosité maximale, vous avez encore tout de même plein de manières de vider votre batterie si vous êtes inventif. Mais quoi qu'il en soit, pour le commun des mortels, ceci se traduira immédiatement en longévité de votre appareil, faible consommation et joie pour les ours polaires.


Il est plus que temps de conclure cet article, car les souris commencent à s'impatienter, elles aimeraient bien retourner se promener. Disons le tout net, il faut sans hésiter décerner un prix Nobel de la paix ou équivalent aux personnes qui ont pris soin de nous concocter ce mode avion qui est d'une efficacité redoutable. Evidemment, on aura peine à croire qu'ils l'aient fait dans un souci de préservation de l'environnement, mais bien plutôt pour permettre à des hordes de touristes suréquipés de pouvoir traverser en toute sécurité les océans pour aller jouer à Lance Ton Pingouin partout où ils vont.

Mais il n'en reste pas moins que cette trouvaille est tout bonnement stupéfiante, son seul défaut étant qu'elle est bien mal nommée et donc nettement sous-utilisée. Alors aux Souris Vertes on l'appelle tout simplement le Mode Normal, et on vous encourage à en faire de même. Allez, c'est parti, on passe sur le mode normal et on remercie bien fort les souris vertes de nous avoir aidé à sauver les phoques !


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