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Les souris vertes ont lu pour vous : l'économie symbiotique, d'Isabelle Delannoy
Date 21/01/2018
Ico Club de lecture
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"Soir de printemps

De bougie en bougie

La flamme se transmet"


Yosa Buson (1716-1783)


Tiens, tiens, ça faisait longtemps que les Souris Vertes ne nous avaient pas proposé une de ces lectures stimulantes dont elles ont le secret. Alors, quel beau livre a retenu leur attention cette fois-ci ? Hum. Autant le dire tout de suite, toutes les souris n'étaient pas emballées à l'idée de parler de notre ouvrage du jour, qui s'intitule "L'économie symbiotique", d'Isabelle Delannoy, vu qu'il peut sembler bien rébarbatif de prime abord, et pour être honnête les choses ne s'arrangent pas toujours, même après un contact prolongé.


Il s'agit en fait, ni plus ni moins, ni autant, que d'un essai d'économie. Déjà ce genre littéraire parfaitement respectable ne fait généralement pas l'unanimité sur les plages en été, ou pour une lecture décontractée au coin du feu, mais on peut bien se demander quelle mouche a piqué les souris vertes de vouloir nous en entretenir, vu le rapport apparemment absolument nul avec notre excellente ligne éditoriale habituelle.


Eh bien qu'on se détrompe, et qu'on batte sa coulpe en place publique sans attendre, car non seulement notre petit livre aborde en détail les sujets favoris qui nous font courir d'article en article, mais en plus dans une prose nettement moins ennuyeuse et empesée que ce que l'on serait en droit d'attendre d'un Traité d'Economie Très Sérieux.


Allez, sans plus attendre on se lance dans le vif de la discussion, et dans un élan de générosité vis-à-vis de nos lecteurs, on structure un peu le machin à grand coup de paragraphes, et avec un plan remarquable, s'il vous plaît : on donne d'abord l'intrigue générale, et ensuite on en viendra aux aspects d'écologie numérique que tout le monde attend avec impatience.



Le fond du fond


Alors, l'économie symbiotique, quésaco ? S'agit-il des principes économiques appliqués par des micro-organismes marins, tu me donnes un peu de plancton et je te rends un peu d'algue plus les intérêts ? Pas du tout, non non très cher (chère ?), nous parlons bien de l'économie humaine, celle qui dévaste les forêts et dépeuple les océans. Enfin jusqu'à présent. Car l'auteur (auteure ?) ne partage pas ce constat défaitiste que tout système économique un tant soit peu structuré mène naturellement et sans coup férir à la destruction la plus joyeuse de tout ce qui nous environne. Certes, l'économie actuelle est extractive, polluante, génératrice d'inégalités sans précédent, mais ça n'est pas une fatalité, enfin du moins c'est ce qu'on espère.


Le livre s'attache donc à bâtir une théorie économique complète, qui n'ait pas tous ces défauts grossiers, et qui permette de faire fonctionner une ou des sociétés humaines avec un niveau de technologie élevé sans le nécessaire dommage collatéral pour le reste des espèces vivantes qui aimeraient bien aussi un peu de place, tout de même.


Et, pour bâtir son Nouveau Super Système Economique, notre courageuse économiste se fonde sur un certain nombre d'expériences qui, en apparence, n'ont rien en commun, mais partagent toutes à l'insu de leur plein gré les mêmes principes fondateurs : permaculture, gestion des eaux usées, modes d'urbanisation alternatifs, nouveaux modes d'organisation des entreprises, sont autant d'éléments disparates de la fameuse transition écologique déjà en marche (mais à petits pas, NDLR).


Ici, à vrai dire, le lecteur qui a déjà croisé au détour de son chemin l'un ou l'autre de ces sujets n'apprendra pas énormément de nouveautés les concernant. En revanche, pour éparses qu'elles puissent paraître, ces expériences illustrent toutes à leur manière les grands principes de l'économie symbiotique, celle qui pourrait nous permettre de sauver le monde et les bébés phoques. Et quels sont ces principes, donc ? Justement, nous y venons.



Les grands principes de l'économie symbiotique


Ah ah ! J'inclus un nouveau paragraphe mystère de dernière minute, car je me rends compte que mon plan initial ne tient pas la route, comme toute bonne planification militaire qui, comme le dit le fameux adage, ne survit pas à la première rencontre avec l'ennemi. Bon, qu'on se rassure, nous ne sommes pas en train de nous tirer dessus à la rédaction des Souris Vertes, tout au plus terminons nous notre bataille de polochons un peu plus échevelés et essouflés.


Reprenons donc, car il est temps de recopier, sans reversement de droits d'auteur (auteuse ?) et sans vergogne les six grands principes de l'économie symbiotique qui doivent désormais guider notre pensée et notre action politique quotidienne. Il s'agit donc de construire des systèmes qui :

  • offrent une coopération libre et directe entre les entités
  • constituent des territoires de flux communs également accessibles à tous
  • font intervenir une diversité d'acteurs et de ressources respectant l'intégrité de chacun
  • utilisent en priorité les services rendus par les écosystèmes
  • recherchent l'efficience maximale de l'utilisation des ressources
  • favorisent la compatibilité des activités humaines avec les grands équilibres de la biosphère
 
Bon, bien que la prose du livre soit généralement très lisible et fluide, l'énoncé des ces principes a un petit côté austère et générique qui fait quelque peu grincer des dents. On voit tout de même que l'opposition traditionnelle entre l'action publique de l'état et l'action privée des entreprises montre bien vite son inanité : les deux contredisent grossièrement la plupart, voire l'intégralité des principes énoncés. On pourrait d'ailleurs faire une liste exactement inverse en caractérisant la manière dont est gérée l'action collective dans notre belle société :
  • des liens forcés entre entités sous des pressions économiques ou règlementaires
  • des territoires de flux et de ressources confisqués à la majorité des citoyens
  • un nombre restreint de décideurs et d'acteurs qui cultivent l'entre-soi de la décision en lieu et place des autres
  • une utilisation prioritaire de ressources fossiles et de processus artificiels nécessitant des ressources primaires énormes et un haut niveau de technologie
  • un gaspillage de ressources à tous les étages, et presque symboliquement ostentatoire, la recherche d'économie de ressources faisant vraiment figure de pauvre type
  • une perturbation abyssale d'à peu-près tous les grands équilibres de la biosphère : cycle de l'eau, océans, climat, cycles d'évolution des espèces, etc


Autant dire qu'on est loin du compte, et qu'il va sans doute falloir un peu plus que la publication de "l'économie symbiotique"pour nous faire changer de trajectoire. Cela dit, bien plus que ces grands principes qui restent somme toute un peu trop généraux à notre goût, nous avons été bien plus intéressé par un petit diagramme qui explique, dans une société fondée symbiotiquement, les interactions entre le monde vivant, un système industriel toujours en place et la société humaine elle-même. Pour ne pas abuser, nous n'allons pas reproduire le schéma en question, mais nous en dévoilons la substance ; il faut pour cela distinguer trois types d'écosystèmes :

  • les écosystèmes vivants. Bon, ce sont les écosystèmes que l'on connaît habituellement sous ce vocable, qui allient gaiement la fleur et son papillon compagnon, etc.
  • les écosystèmes sociaux. Ce sont les écosystèmes qui intègrent les échanges d'information et de savoir au sein des sociétés humaines. Enfin c'est que j'ai compris.
  • les écosystèmes technosphériques, qui correspondent peu ou prou à un système industriel banal, mais en plus propre quand même.

Le constat qui nous a le plus intéressé, aux Souris Vertes, est le fait que les écosystèmes technosphériques ne peuvent qu'être extractifs ; d'une manière ou d'une autre, ils ont besoin de ressources primaires pour fonctionner, et quelle que soit la manière dont on tourne la chose ils consomment toujours plus qu'ils ne produisent, les voyous.

La seule manière d'arriver à fonder une économie durable en les intégrant est alors d'utiliser les écosystèmes vivants et sociaux qui, eux, produisent plus de matière et de ressource qu'ils n'en consomment si tout va bien, pour équilibrer l'ensemble. Et, bien évidemment, les produits secondaires de chaque type d'écosystème doivent servir d'entrée aux autres, comme la chaleur dégagée par une usine qui pourra chauffer une piscine d'aquaculture, par exemple. Evidemment, tout ceci repose sur un postulat d'efficacité des écosystèmes vivants et sociaux, ce qui nous paraît un tantinet optimiste, comme nous en débattrons un peu plus loin.

Mais il est temps, enfin, d'en venir au coeur de la quintessence du centre de l'essentiel de notre propos du jour :


Numérique, loup y es-tu ?


Bien, on parle on parle, mais où le numérique dans tout ça ? Eh bien, à vrai dire, pour aussi intéressants que soient tous les propos que nous avons rapportés jusqu'à présent, nous n'aurions probablement pas consacré de petite recension à notre lecture du jour, si elle ne donnait pas une place de choix, et avec force détails, aux nouvelles technologies dans cette belle économie symbiotique à venir. Enthousiasmée par les possibilités de partage de savoir au niveau planétaire permis par les réseaux de communication modernes, de création et d'invention rendus possibles au plus grand nombre par les fablabs ou les imprimantes 3D, notre auteure(auteur?) en fait le pilier même des fameux écosystèmes sociaux, qui sont en fait davantage des flux d'échange d'information sous forme de petits octets que de vrais écosystèmes matériels.


Il faut reconnaître ici un réel effort, bien rafraîchissant pour les souris vertes qui n'arrêtent pas de mettre ce sujet sur la table dans un silence débatoire assourdissant, pour penser sérieusement et jusqu'au bout les conséquences d'une économie fondée sur des technologies numériques dont il faudrait pérenniser la production et l'utilisation sur le long terme. Extraction de métaux, de terres rares, obsolescence programmée, Isabelle Delannoy ne s'abrite pas derrière son petit doigt et essaie de répondre à tous ces problèmes qui menacent l'industrie numérique actuelle de périr sous le poids de ses propres déchets électroniques et de sa dévastation environnementale silencieuse.


Cependant, vu l'ampleur desdits problèmes, sans compter leur nécessaire extension à de nombreuses régions du monde non encore colonisées par ces outils numériques indispensables, puisqu'il est nécessaire que tout le monde soit relié par ces réseaux d'échange mondiaux et équipés de sa petite panoplie numérique pour que l'économie symbiotique puisse symbioser comme il se doit, nous sommes très dubitatifs aux souris vertes sur les propositions qui sont avancées. Par exemple, le recyclage des métaux, comme nous l'a bien montré "l'âge des Low Tech", un autre excellent ouvrage commenté ici-même précédemment, ne peut se faire à l'infini, mais au mieux sur quelques cycles vu les pertes inévitables, même sur les appareils les mieux conçus en vue d'être recyclés. On a donc du mal à voir comment une super filière de recyclage des métaux rares pourrait nous sauver d'une pénurie fatale de petits processeurs dans quelques dizaines de générations.



Bon, mais est-ce qu'on est d'accord, alors, vraiment ?


Argh et triple ugh, notre plan initial vient encore d'en prendre un coup dans l'aile, mais bon nous étions de toute manière résigné à son inconsistance congénitale. Ca nous apprendra à annoncer notre plan, tiens, on aurait mieux fait de se taire que d'appliquer ces bons principes d'écolier scrupuleux, voire franchement fayot.


Alors, nous avons essayé de présenter succintement les propos de notre bel ouvrage, mais nos fidèles lecteurs se doutent bien qu'il y a fennec sous cactus, voire souris sous buisson, car on aura plus vite fait d'attendre le jour du jugement dernier plutôt que le jour où les souris vertes n'auront aucune remarque critique à faire sur des idées offrant pourtant toutes les garanties de sérieux et de bon sens du cru. Eh oui, que voulez-vous, nous aimons la discussion, voire parfois la polémique la plus vile, on ne se refait pas. Polémiquons donc, prestement mais sans excès.


Nous avons en vérité deux points fondamentaux de désaccord, avec les parti-pris de l'écrivain (écrivaine ?). Tout d'abord et premièrement, nous considérons qu'il est dangereux de remplacer un optimisme et une confiance béats dans l'efficacité technique des réalisations artificielles, autrement dit le discours scientifico-totalitaire de notre belle modernité actuelle, par un optimisme en miroir sur l'efficacité des processus naturels. Certes, la nature fait fort bien les choses, ça n'est pas les souris qui vont me contredire, mais elle bien loin d'atteindre les critères d'efficacité et d'optimisation que l'espèce humaine s'est mise en devoir d'exiger dans tous les domaines.


Non, vraiment, les processus naturels ne sont pas des outils super optimaux qu'il suffirait d'exploiter, substituant àr nos rayons laser ultra-fins ou nos navettes spatiales du compostage super efficient ou de la photosynthèse dernière génération. La nature, enfin la vie en générale, ne cherche pas l'efficacité à tout crin, et les processus naturels ne sont pas exempts de perte, de déchet, d'érosion des ressources, enfin du moins aux échelles de temps et de matière qui nous concernent. Aussi, il nous paraît essentiel de nous préparer psychologiquement à ce que, même dans une société symbiotique idéale et parfaitement transitionnée écologiquement, aucun cycle de matière ne soit parfaitement refermable, et aucune ressource intégralement renouvelable sur la longue durée.


L'action de l'humanité, et du reste des vivants, ne pourra jamais être parfaitement neutre de ce point de vue, aussi nous pensons aux souris vertes qu'il serait temps d'en prendre notre parti une fois pour toutes, ce qui aurait pour conséquence qu'en plus de la recherche nécessaire de systèmes cycliques de consommation et production, il faudrait également s'attacher à réduire l'échelle de ces systèmes, pour que les pertes inévitables restent négligeables et nous promettent encore quelques ères géologiques de survie sans avoir à nous entretuer sérieusement pour les maigres ressources encore disponibles.


Notre deuxième point d'achoppement concerne, sans surprise, l'utilisation extensive de la panoplie numérique actuelle dans notre future économie symbiotique. Honnêtement, bien qu'elle nous permette de gagner notre croûte à la sueur de nos extrémités digitales, nous avons tendance à considérer l'informatisation galopante de la société comme un phénomène transitoire qui finira par se dégonfler, d'une part à cause de sa profonde inutilité intrinsèque (avons-nous réellement besoin que des machines effectuent des actions ou nous communiquent des données que nous sommes parfaitement capables de produire de manière autonome ?), et surtout de par son coût en ressources exhorbitant par rapport au service rendu.


Evidemment, les services rendus par les outils numériques ne sont pas tous superflus, même s'ils sont tous dispensables, comme en attestent les générations qui nous ont précédé sur la planète et qui ont, on se demande comment, réussi à faire leur chemin sans tout ce fourbi. Maintenant que nous les possédons, il n'est sans doute pas question de les mettre totalement de côté, mais comme la plupart des enthousiastes du numérique au service de l'écologie, notre auteur (autrice ?) ne questionne aucune des applications qui sont faites de ces nouvelles technologies, comme si elles étaient toutes légitimes et donc naturellement destinées à être pérennisées des siècles durant à travers toute l'humanité, dans un système économique qui intègrerait pleinement le droit pour tous de jouer à Lance Ton Pingouin en réseau mondial. En ce qui nous concerne, aux Souris Vertes, nous militons activement pour dégonfler la baudruche avant de poser la question de comment il faudrait faire pour l'inclure dans notre belle construction de la société durable de demain.



Lire ou ne pas lire, telle est la question


Bon, il est vrai qu'aux Souris Vertes, il nous est arrivé de parler de livres dont nous ne recommandions pas franchement la lecture, un comble tout de même quand ceux-ci ne nous ont rien demandé. Mais cette fois-ci, nous allons clairement et sans ambage recommander à tous ceux qui le peuvent et le souhaitent de lire "L'économie symbiotique", si si. Nous avons beau émettre de sérieuses réserves sur l'enthousiasme insouciant avec lequel l'auteure nous convie à intégrer les technologies numériques au coeur même de sa société de demain, il n'en reste pas moins que l'effort pour tenter de penser, au-delà de notre science économique moribonde, qui égrenne en boucle les relevés de la bourse à longueur d'antenne, une pensée économique qui ne soit pas en contradiction directe avec tous les principes écologiques et de préservation du vivant, mérite d'être salué bien bas.


Si nous ne sommes pas certain que les grands principes de l'économie symbiotique qui sont exposés suffiront à nous construire une société durable et équilibrée, il paraît important que ces notions émergent puissamment et distinctement dans l'espace public pour qu'elles puissent être débattues comme elles le méritent. Le cadre conceptuel proposé a le double mérite de sortir l'action politique au service de l'écologie de la multiplication de micro-actions qui parfois n'entretiennent aucune cohérence entre elles, voire se contredisent l'une l'autre, et d'offrir une alternative, y compris en terme de vocabulaire, à la théorie économique standard en grave danger de fossilisation terminale sur ses propres positions de principe, fût-ce au prix de laisser mourir l'entièreté des espèces vivant sur la planète, humains compris.


Bref, amis lecteurs, lisez sans tarder "l'économie symbiotique" d'Isabelle Delannoy, puis repassez l'ouvrage à vos voisins, vos souris, vos amis, et même vos ennemis !


>Voir le billet et ses commentaires...
 

La Programmation Responsable (6) : des sites webs écologiques tu concevras
Date 16/12/2017
Ico Dossier
Comms Aucun commentaire


"Un bébé moineau
Saute avec curiosité
Pour regarder mon coup de pinceau"

Mizuhara Shuoshi (1892-1981)

Nous terminons aujourd'hui notre grand dossier sur la responsabilité programmatique, ou le contraire, par un constat percutant qui risque d'en traumatiser plus d'un : non, l'internet mondial n'est pas cet univers éthéré où l'air est si pur et léger qu'il vole tout seul jusqu'aux étoiles, où tout est immatériel, écologique, mignon et gentil. Non, pour accéder à toutes ces merveilles/âneries (rayer la mention inutile), il faut bien que des machines pédalent silencieusement, ou du moins suffisamment loin de nos oreilles pour ne pas les entendre.

Autrement dit, l'internet fait mal à la planète au même titre que la plupart des activités humaines modernes, et ce n'est pas quelques plateformes collaboratives ou médias de diffusions d'idées écologiques qui y traînent qui vont équilibrer ce bilan alarmant. Alors, bien évidemment, on pointe toujours un gros doigt irrité en direction du consommateur irresponsable, ce vil coquin qui navigue de site en site sans aucun respect pour la belle terre sur laquelle il est né et le bien-être des ours polaires, mais il faut quand même bien de temps en temps s'adresser à ceux qui les conçoivent, ces fameux sites. Et c'est là que l'on te regarde droit dans les yeux, cher webdéveloppeur-lecteur, car oui cet article t'est directement consacré, youpi n'est-ce pas ?

Avant de commencer toute une série de considérations sur la forme, il faudrait tout de même parler du contenu et ainsi rappeler le problème de l'inondation de sites commerciaux, blogs, médias alternatifs, commentaires, photos, données en tout genre, qui est le quotidien de notre beau réseau d'échange mondial. Le développeur web, bien que souvent pauvre larbin chargé d'exécuter les moindres caprices d'un client ou d'une direction tyranniques, a tout de même une responsabilité en la matière, ne serait-ce que d'alerter les commanditaires sur le coût en ressources de leurs demandes importunes (et pourquoi j'aurais pas 13 vidéos en page d'accueil d'abord, en plus de mon carrousel de 2800 images ?).

Effectivement, comme me le rappelle la souris à lunettes d'un air navré, les Souris Vertes n'échappent pas à la tendance prolifératoire infernale, et contribuent à leur manière à la surenchère de contenu-personnel-à-propos-de qui caractérise notre douce époque. Ce qui ne nous empêchera pas de suggérer timidement que la diminution de l'impact écologique du net passe tout d'abord par un effort collectif pour arrêter d'y fourrer tout et n'importe quoi, et sous n'importe quelle forme numérique.

Dans cet esprit l'auteur-moi-même de cet article s'engage solennellement :
- à ne pas publier la photo de son chien, ni celle de souris même très mignonnes, la composition de son repas du midi ou sa marque de dentifrice préférée, bien que ces informations intéressent au premier chef l'ensemble des Français, et sans doute également le reste du monde.
- à dépublier ce blog de l'internet mondial lorsque son esprit et l'essentiel de son contenu aura largement été récupéré ou intégré par la société, autant dire vers 2100 si on suit les courbes de prévision des groupes d'experts sur le climat ou de suivi de la biodiversité.
- à maintenir l'empreinte écologique la plus basse possible pour ce blog, ainsi que pour toute autre réalisation informatique personnelle ou professionnelle qui serait amenée à être publiée sur l'internet mondial.

Et c'est justement ce dernier point que nous allons développer pour l'ultime article de notre fracassant dossier, pour permettre à tous les développeurs du monde, non pas de se donner la main, mais bien de concevoir des sites webs écologiques qui lavent encore plus vert que vert. On se lance dès qu'on a franchi notre petit haïku de mise en condition :

"Placardée sur la porte d'entrée
La photo
Du chat qui n'est jamais revenu"

Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Pas trop de multi dans le media

On commence sans tarder par le poste de dépense le plus important qui est, sans surprise pour nos lecteurs les plus fidèles, le contenu multimédia des sites web, celui-là même qui fait du mal à toutes les connections réseaux du monde. Lorsque l'internet a démarré, vu les vitesses de transfert et la bande passante abyssales que l'on rencontrait, l'essentiel d'un site web était constitué d'une page de texte, avec quelques liens et, si vraiment on était riche, agrémenté d'une ou deux images de faible taille. S'il nous est difficile de regretter l'austérité de présentation de cette époque antédiluvienne, force est de constater que nous avons foncé à corps perdu dans le contenu multimédia de tout poil pour en inonder nos sites toujours plus à la page (sans jeu de mots intentionnel), où il est parfois bien difficile de déceler un propos quelconque sous l'avalanche d'images, vidéos, sons et autres animations clignotantes. Le texte, lui, est passé à la portion congrue avec de moins en moins de rédaction, des commentaires ou explications toujours plus brefs, bref un rejeu grandeur nature de la guerre qui opposa la télévision à la presse écrite, avec à peu près les mêmes techniques qui triomphent.
 
Même si aux Souris Vertes, nous aimons le verbe, l'écrit, le haïku et tout ce que vous voudrez d'autre de la même famille, c'est surtout pour une raison écologique que nous soutenons qu'il faut changer de cap d'urgence. Comme nous l'avions montré dans notre excellent dossier sur les grandeurs numériques et l'un de nos tous premiers articles sur le stockage, la vidéo est incommensurablement plus consommatrice que l'image qui est incommensurablement plus consommatrice que le texte simple. Tout ce que vous écrirez sur les réseaux dans l'ensemble de votre vie ne suffira pas à produire autant de signes qu'une vidéo de quelques minutes postée sur internet, si si. En ce sens, le réseau social des petits oiseaux, Touiteur, qui limite la taille des commentaires mais incite les gens à laisser un tas de contributions multimédias, est l'antithèse absolue de l'écologie numérique. Il est d'ailleurs bien évident que cette limitation n'a pas été prise dans un souci écologique, mais plutôt pour assurer une dynamique instantanée à la discussion où les réponses fusent à la vitesse du pouce sur le téléphone portable. Hum, bon, ça n'est pas vraiment notre tasse de thé, mais comme ça n'a rien à voir avec notre sujet du jour, on revient bien vite à nos moutons qui bèlent en HTTP dans le texte.

Conséquence logique de toute ce qui précède, la première mission du Programmeur Web Responsable équipé d'une magnifique casquette avec des oreilles de souris vertes est de s'assurer qu'il n'y a pas trop de contenu multimédia dans son site web, notamment :
- qu'il n'y a pas de vidéos en streaming, dont nous rappelons au passage qu'il incarne le Mal Absolu en matière de consommation de ressources réseaux
- qu'il y a peu d'images, et qu'elles sont de dimensions modestes et aussi compressées que possible

Soulignons au passage l'hypocrisie ambiante qui consiste à minifier le moindre bout de javascript pour gagner une poignée d'octets, et ainsi se féliciter d'avoir économisé de la bande passante, pour ensuite abreuver nos pages web de photos grands formats et de vidéos.

Cela dit, une fois rendu à un serrage de ceinture multimédia bien senti, une bonne idée pour aller plus loin est de substituer dès que possible des icônes sous forme d'images par des caractères unicode qui représentent peu ou prou la même chose, mais n'induisent aucune consommation de bande passante particulière : on pourra ainsi trouver des caractères qui représentent des coeurs, des téléphones, des enveloppes, ou encore toutes sortes de flèches comme on pourra le voir ici, le choix est pléthorique en la matière. Dans la même veine, on essaiera de s'appuyer au maximum sur les possibilités intrinsèques de mise en page des navigateurs, à travers les directives CSS, pour éviter d'avoir à servir des bandeaux de couleur dégradée ou autre sous forme d'image.

Et surtout, il serait bien temps d'apprendre à mettre en valeur le texte sans avoir besoin d'un recours systématique à de la paillette multimédia dispendieuse. Il y a certainement tout un champ de recherche d'une ergonomie parcimonieuse du web à développer, que nous ne pouvons qu'inciter nos formidables lecteurs à créer et enrichir.


Le souci du dialogue


Il n'aura pas échappé à nos lecteurs judicieux que l'internet est le règne du connecté à toutes les sauces : et que tu me parles, et que je te réponds, et qu'on invite un troisième dans la discussion, etc. Ceci est vrai autant pour les humains que pour les machines, et, disons-le sans ambage, les machines sont encore bien plus bavardes que les humains, sans doute parce qu'elles sont capables d'aligner quelques millions de phrases dans le même temps que l'utilisateur amène son doigt jusqu'à la bonne touche du clavier.

Il est donc important de contrôler comment les machines communiquent entre elles, histoire qu'elles n'aillent pas gaspiller de l'octet à la tonne simplement parce que nous sommes trop lents pour suivre les échanges entre elles. Nous avons déjà vu un bel exemple de communication à réduire entre l'application et sa base de données. Ceci concernait plutôt le côté serveur web, mais c'est encore plus vrai si vous faites directement vos appels à la base de données à travers des APIs. On limitera donc au maximum des appels du client au serveur, du client à d'autres serveurs, et du serveur web lui-même à ses petits copains. Bien entendu, il ne s'agit pas de supprimer tous les échanges, simplement d'essayer de les mutualiser ou de les éviter dès que c'est possible.

Et s'il faut causer, autant que ça soit de manière la plus succinte possible, tout le contraire d'un article des Souris Vertes en gros, afin de limiter la bande passante réseau et les traitements de part et d'autre liés à la communication. Heureusement pour nous, la mode des années 2000 du XML partout, un des langages les plus verbeux de la terre, a succédé au standard d'échange JSON entre les applications, nettement plus léger.  On proscrira donc d'urgence tout ce qui est à base de XML ; alors oui, manque de chance, le code des pages web reste en HTML ultra redondant, mais en même temps on en transfère directement de moins en moins dans les pages de nos jours, pour préférer souvent le reconstruire à l'aide de code javascript.

Dernière chose, la tendance actuelle est de mettre des connexions sécurisées dès que possible (le fameux protocole HTTPS). Cette méthode de chiffrement est très importante lorsqu'il s'agit d'empêcher la lecture de mots de passe ou d'informations confidentielles qui transiteraient entre le navigateur de l'utilisateur inconscient du danger et le serveur web. Cependant, tout ceci s'avère relativement coûteux sur les canaux de communication, car le chiffrement augmente de manière non négligeable la quantité de données échangée, et demande un travail du processeur pour le produire à un bout comme pour le décrypter de l'autre. L'idéal serait donc que tous les sites ne passent en https que les pages vraiment confidentielles, comme l'endroit où vous tapez votre de carte bleue ou bien celle où vous révélez que vous présidez secrètement le fan-club local de Chantal Goya.


C'est le client qui paie


Et c'est bien la moindre des choses, non ? Notre dernier conseil est de faire travailler autant que possible la machine appelante, le client donc, à tous les sens du terme, et non le serveur lui-même. Pourquoi donc ? Tout d'abord, pour une question de justice sociale : c'est lui qui demande sa page peut-être super dispendieuse, il est normal qu'il en assume le coût informatique sous forme de consommation d'électricité, de chaleur et de cycles CPU.

D'autre part, en général seule une proportion minusculissime des ressources d'un ordinateur personnel sont mobilisées quotidiennement. Il serait donc dommage de s'obliger à construire des serveurs géants refroidis à l'azote liquide au lieu d'utiliser toute cette capacité de traitement disponible.  Enfin, de cette manière, vous êtes en mesure de servir nettement plus d'utilisateurs avec une consommation de ressources minimale de votre serveur. Si, au contraire, c'est le serveur qui pédale à chaque nouvelle requête pour construire une page super compliquée, si tout le monde s'avise de venir vous voir en même temps vous aurez du mal à assurer le service sans faire poireauter outrageusement le badaud.

De plus, tout déporter du côté du client va nous permettre d'éviter des ping-pong incessants entre client et serveur ; si on s'y prend bien, on peut envoyer toutes les informations nécessaires pour que la plupart des actions se réalisent dans le navigateur du client, sans aucun retour côté serveur. Malin, non ? En particulier, on prendra garde à ne recharger que les parties de page qui ont vraiment changé, afin de ne pas transférer inutilement le même contenu de requête en requête, et comme toujours à mutualiser les appels au(x) serveur(s) autant que possible. Donc, on garde comme horizon : les traitements se font du côté du client, le serveur ne faisant en général que servir le contenu à afficher, une seule fois de préférence, et les données contenues dans la page qui sont éventuellement rafraîchies en fonction des actions de l'utilisateur.

Il y a également une petite opération qui va nous permettre de libérer de la bande passante, c'est de compresser les fichiers texte envoyés (HTML, CSS, javascript). La plupart des serveurs web gèrent nativement le fait d'envoyer sous format gzip ces fichiers, et les navigateurs sont capables de les décompresser à la demande. Le serveur comme le client travailleront un tout petit peu plus à compresser d'un côté, décompresser de l'autre, mais le gain de compression est tellement énorme sur ce type de fichiers, particulièrement sur le HTML ultra redondant, que l'on aurait tort de s'en priver. A côté de cette mesure, la minification des fichiers javascript, qui supprime les espaces et autres symboles inutiles pour la syntaxe, fait figure de gagne-petit. On pourra toujours l'appliquer, ça ne coûte rien, mais il n'est même pas certain que le gain final sur un fichier compressé soit même visible à l'oeil nu.

Dernier point, une souris à ma droite me demande avec angoisse s'il vaut mieux faire le maximum possible en CSS, ou bien si on peut s'autoriser à faire du javascript même pour de l'affichage ou des petits composants qui existent nativement en HTML ? Eh bien, très honnêtement, je dois dire que j'aurais du mal à trancher pour l'une ou l'autre solution. En théorie, programmer uniquement en CSS devrait nous permettre d'être bien plus succinct que s'il faut coder en javascript, mais tout programmeur web sait que le CSS lui-même peut vite devenir aussi bavard que votre grand-père rappelant ses souvenirs de jeunesse au coin du feu les soirées d'hiver,  et comme la majorité des navigateurs interprètent aujourd'hui le javascript à la vitesse de l'éclair, il sera difficile d'affirmer que c'est moins efficace de recoder une fonction que d'utiliser une instruction native équivalente. Bref, à chacun de faire comme il le sent.


.Conclusion { title-text: "au revoir, petit dossier" };

Hum bon, ce titre n'est pas parfait niveau syntaxe, mais je n'ai pas le droit de mettre du faux HTML comme j'aurais souhaité le faire sans mettre le bazar dans l'affichage du blog, aussi vous excuserez la licence poétique .

Il est temps pour nous de dire au revoir à notre magnifique dossier au terme duquel tous nos lecteurs-programmeurs sont en mesure de sauver les espèces menacées chaque jour à grand coup de traitements informatisés efficaces. Au-delà des conseils généreusement dispensés, qui valent ce qu'ils valent comme on dit dans la cour de récré, c'est surtout la démarche proposée qui est importante : se poser, enfin, la question des ressources informatiques allouées pour faire tourner une application, web ou autre. Il restera à mettre lesdites ressources en regard de l'utilité sociale réelle et des bienfaits qu'elles procurent, mais ceci dépasse le cadre de la chaise en face du clavier pour déborder joyeusement dans l'arène de la décision politique collective.

En attendant de voir ces sujets polémiques à la une des journaux, on salue bien bas toutes les souris vertes qui ont participé au dossier, et on trépigne d'impatience de voir ce qu'elles vont encore pouvoir nous apprendre sur cet univers numérique qui regorge de surprises écologiques à tous les coins de rue !

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La Programmation Responsable (3) : de déléguer la programmation tu éviteras
Date 18/11/2017
Ico Dossier
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La programmation façon souris verte


"Elles sont amaigries
Les mains qu’il joint
Lui pour qui je joins les miennes"

Yamaguchi Seishi (1901-1994)


Suite de notre palpitant dossier, nous prenons un peu de hauteur aujourd'hui jusqu'à nous élever dans la stratosphère de la pensée militante, pour dénoncer un fait social proprement scandaleux, inique et révoltant, rien de moins. A n'en pas douter, aucun domaine de l'activité humaine ne saurait être épargné par le phénomène moderne de la sous-traitance, qui sous ses dehors débonnaires d'efficacité industrielle et de ravissement béat du consommateur devant l'écrasement sans fin des prix, cache dans son arrière-boutique les violations de droits humains et de l'environnement qui permettent qu'un produit que personne ne saurait fabriquer de ses seules mains en moins de quelques décennies soit offert contre une poignée d'euros.


Fort heureusement éloignés de ces sombres vicissitudes, nos chers lecteurs-programmeurs n'en sont pas encore rendus à faire travailler des enfants ou à pulvériser des tonnes de produits toxiques pour gagner leur pain à la sueur de la main sur le clavier. Ouf. On notera cependant que la situation sociale dans les métiers de l'informatique n'est pas exempte des meilleures pratiques de précarisation ordinaire, avec de gentilles sociétés informatiques qui se dotent de conventions sociales dignes d'un roman de Dickens, et entretiennent une pratique décomplexée de l'exploitation du jeune diplômé à faire pâlir de jalousie les agences d'intérim. Le recours croissant à de la sous-traitance dans des pays à bas coût, qu'il faut bien aider les pauvres, pour de la production de code ou pour de l'assistance informatique à distance, achève de nous peindre un monde de l'informatique où il fait bon faire carrière.


Mais foin de tout cela, car je me fais rappeler à l'ordre par les souris qui se désolent de mes disgressions sur ces réalités sordides, alors que le sujet de notre article est d'un tout autre ordre, et qu'il serait temps de retrouver l'humeur pimpante et légère qui sied à un article écrit par de mignonnes petites souris vertes. De quoi parlons-nous réellement aujourd'hui, d'ailleurs ? Ah oui, c'est vrai, nous devions lancer un appel solennel et unanime à faire-le-soi-même son propre code avec ses petits doigts potelés, au lieu que de sans arrêt le déléguer à autrui qui l'avions écrit pour nous. Bon, cette introduction étant décidément sans espoir, et devant l'air navré des souris qui voient leur beau propos partir en sucette verbale, changeons vite de paragraphe pour nous racheter une conduite et un style, et rentrer dans le vif du sujet. En avant, marche !



Surtout ne fais rien, je m'en occupe pour toi


Cette belle proposition est le mantra de l'informatique moderne. Tout est donc organisé pour qu'aujourd'hui le développeur écrive de moins en moins de code, et passe donc ses journées à se gratter la tête pour comprendre comment réutiliser du code écrit par d'autres, ou à comprendre comment appeler le gentil service web qui est censé lui répondre en une nano seconde ce qu'il aurait mis trois jours à calculer par lui-même. Ce qui lui prendra parfois 5 jours d'analyse, allez comprendre.


Les promesses implicites qui justifient la multiplication de ces pratiques sont les suivantes :

- ceci permet de gagner du temps et de ne pas "réinventer la roue" à chaque petit problème qu'on rencontre

- ceci permet de bénéficier de code efficace, robuste et ultra-validé

- ceci permet de faire du code plus simple à maintenir sur la durée : le Gentil Développeur dont je reprends le code maintient sa petite fonctionnalité de son côté, je n'ai qu'à maintenir les 3 lignes de code qui l'appellent du mien, et en plus je bénéficie de toutes les avancées de son travail gratuitement et sans supplément. Le rêve !


Alors effectivement, si tout ceci était vrai partout et en toutes circonstances, l'équipe des Souris Vertes serait depuis longtemps en train de s'égayer dans les bois plutôt que d'écrire cet article inutile. Malheureusement, comme souvent ces promesses n'engagent que ceux qui y croient, et la réalité quotidienne de la tâche ingrate que l'on appelle "intégration" en informatique, par opposition au développement pur, et qui est un mot délicat pour signifier faire-rentrer-au-chausse-pied-ce -code-pas-de-moi-et-qui-ne-fait-pas-vraiment-ce-que-je-veux, est toute autre.


Permettons nous donc de reprendre un par un les points que nous avons cités, pour en dévoiler la face lunaire sombre et inquiétante.


Promesse 1 : plus de moins de temps


Disons le tout net, le gain de temps effectif est le plus souvent une vaste blague, car généralement plus le code à intégrer est complexe ou dense, plus la phase d'apprentissage pour se l'approprier et lui faire faire ce que l'on souhaite est longue. On peut ainsi passer des jours, des semaines ou même des mois à éplucher une documentation indigente ou à essayer de deviner le comportement de certaines fonctions par essai-erreur, voire en lisant directement le code source. Bref, le gain de temps sera très variable en fonction de la manière dont le code a été conçu et documenté, et de son adéquation à notre besoin initial. Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'au lieu de passer vos journées à programmer, vous allez passer vos journées à décortiquer des documentations ou du code structuré de manière peut-être très différente de vos propres habitudes, ou bien à exécuter des bouts de programme dans le brouillard jusqu'à y voir plus clair. Il y en a peut-être qui adorent passer leurs journées de travail à ce genre de sport, personnellement ceci me rend instantanément mort d'ennui et le regard rivé à la fenêtre en regrettant de ne pas être ailleurs avec mes copines souris.


Promesse 2 : on ne va pas réinventer la roue, allons donc


En ce qui concerne ce fameux adage que j'ai moi-même entendu tant de fois s'agissant de produire du code informatique, eh bien personnellement aux souris vertes on ne voit pas trop le problème. Quand bien même on écarterait le fait que bien souvent, c'est une roue carrée ou carrément crevée qu'on essaie de vous refourguer discrètement, il est toujours plus épanouissant pour une personne de savoir inventer une roue par elle-même (vous sauriez le faire, vous ?) que de regarder quelqu'un d'autre le faire à sa place. A vrai dire, quand on regarde la société dans son ensemble, on voit vite que la plupart des gens passent précisément le plus clair de leur temps de travail à faire des choses redondantes ou superflues, la seule manière possible de garantir  qu'autant de gens doivent s'astreindre à pointer 40 heures par semaine alors que des millions de machines font le plus gros du travail à notre place. Le chef de projet qui vous enjoint d'arrêter de programmer vous-même votre petite fonction ne passe-t-il pas son temps à faire exactement la même chose que des milliers d'autres personnes dans le monde sur des projets similaires ? Est-ce qu'on ne pourrait pas factoriser un peu sa fonction inutile, au lieu d'essayer de toujours factoriser le travail du développeur ?


Promesse 3 : testé et approuvé, puis retesté et réapprouvé


Ah, alors là oui, en effet, voici un argument de poids (boum). Quand on sait que tester du code est souvent bien plus long que de l'écrire, et même souvent inversement proportionnellement plus pénible, puisque 30 secondes de négligence d'un développeur peuvent coûter des journées entières de recherche de petite bête dans les rouages, on ne peut qu'être sensible à cette alléchante proposition. Et bien souvent elle sera honorée, si si, à condition tout au moins que l'on se tourne vers du code issu de projets sérieux et qui tiennent la route, car aujourd'hui le premier venu pouvant mettre à disposition de l'univers le moindre fichier qu'il vient d'écrire en 4 secondes sur un coin de table, la circonspection devra être de mise si l'on ne souhaite pas se faire refourguer de la vulgaire camelote encore plus buguée qu'un système d'exploitation grand public dont nous tairons pudiquement le nom.


Promesse 4 : plus rapide que l'éclair, et sans les brûlures


Ah c'est ici que le bât blesse, qu'il érafle, égratigne voire meurtit profondément notre petit programmeur confiant. Il est évident qu'avec tout le temps investi par d'autres sur ce code que j'essaie de reprendre, il va être d'une efficacité redoutable, bien plus rapide que ce que j'aurais pu écrire avec mes dix doigts tout seul dans ma cave.


Malheureusement, lorsqu'il (ou ils, parfois un petit code cache une armée de programmeurs tapis derrière les tapis...de souris) a écrit son code magique, notre ami anonyme n'avait aucune idée du contexte dans lequel vous alliez vouloir vous en servir. Autrement dit, à moins que vous ne repreniez un morceau de code qui fasse exactement, mot pour mot et à la virgule près ce que vous souhaitiez, eh bien il sera sous-optimal pour votre besoin. Très souvent, le problème vient justement du fait que le programme veut traiter tous les cas qu'il imagine que les gens vont rencontrer, donc il devient générique, complexe et bourré de traitements inutiles pour l'utilisation très limitée que vous vouliez en faire.


Supposons par exemple que vous aimeriez trouver une petite librairie qui permette d'appliquer une rotation sur une image au format JPEG (je ne vous demanderai pas pourquoi vous cherchez quelque chose d'aussi tordu, à chacun ses loisirs). Il est probable que vous allez trouver tout un tas de librairies de traitement d'image qui permettent de faire plein de belles choses, dont justement la rotation. Et probablement elles traiteront tous les formats d'images disponibles dans l'univers. C'est très bien, seulement la rotation que vous souhaitiez appliquer consiste peut-être en 5 lignes de code, quand vous allez reprendre des dizaines de milliers de lignes de code qui ne vous serviront à rien, et appliquer une méthode dont vous ne maîtrisez pas les performances et la consommation de ressources. Faut-il alors utiliser la Super Librairie ? Nous laissons cette discussion pour le dernier paragraphe passionnant de cet article. 


Gardons tout de même bien en tête que le seul code vraiment optimal ne peut être écrit que par quelqu'un qui connaît toutes les contraintes et le contexte d'exécution, autrement dit vous, cher programmeur-lecteur. Et il y a dans la jungle informatique des bêtes féroces qu'il faudra absolument éviter de croiser, car elles vont plomber votre empreinte écologique programmatique à jamais, j'ai nommé les Gros Frameworks Qui Font le Café (alors qu'en plus en général on voulait seulement un petit chocolat). Ces bases de code tentaculaires sont généralement des monstres écrits pour garantir que le programmeur qui chausse du 47 ne programme pas trop Avec Ses Pieds, et donc lui imposer plein de contraintes et d'outils tout faits, résultat c'est le framework lui-même qui se charge de mettre les performances par terre au lieu du développeur qu'on pressentait peu scrupuleux.


De deux choses l'une : soit vous vous dites que vous savez programmer, et vous n'avez pas besoin d'un framework De La Mort. Même si vous programmez en équipe, deux ou trois conventions décidées ensemble suffiront à garder la cohérence de votre projet, sachant une fois encore que le framework n'a aucune idée de ce que vous allez programmer et donc ne vous aidera pas franchement à structurer le code intelligemment. Soit vous pensez que vous programmez comme un manche, et ce n'est pas le plus beau framework de la terre qui va vous sauver ; dans ce cas restez loin du clavier et allez plutôt faire un peu de jardinage, vous ferez moins de mal à la planète.



Promesse 5 : il n'y a plus qu'à le regarder grandir


Voilà, vous avez repris le petit, ou gros, ou Super Gros, bout de code qui vous manquait, et maintenant vous êtes sûr qu'en plus vous êtes tranquille pour les 10 prochaines années, le projet va suivre les évolutions et vous bénéficierez des nouveautés neuves gratuitement et sans aucun effort. Hum. Ceci, encore une fois, est vrai dans le monde enchanteur de Oui-Oui, mais un peu moins dans la forêt vierge des projets informatiques modernes. Car en effet, il n'est pas rare de rencontrer l'un des trois événements qui déciment nos attentes en la matière :

- les gens désertent, le projet s'arrête, plus d'évolution de rien du tout, vous voilà marron si jamais les besoins continuent d'évoluer (comme une évolution du standard JPEG pour reprendre notre petit exemple, même si c'est tout de même assez peu probable).

- pire, les gens se disputent et le projet continue, mais un autre groupe décide de faire un nouveau développement (ce qu'on appelle un branchement, ou un fork, "Si t'es pas content tu forkes", comme on dit dans le milieu). Que faire ? Qui a raison ? Qui est vilain ? Un vrai casse-tête.

- le pire du pire, tout d'un coup le ou les programmeurs décident que rien ne va plus et changent tout le fonctionnement de leur code, aucune compatibilité gardée, bref votre intégration part illico à la poubelle, et il vous faut remettre le métier sur son ouvrage à un moment où vous auriez bien d'autres choses à faire. Ah mais vraiment je vous jure.


Il faut donc un minimum de circonspection quand on choisit d'intégrer du code de projets externes, même s'ils présentent toutes les garanties de sérieux et d'intégrité, comme en atteste la destinée chaotique de projets open-source phares comme OpenOffice, Mysql, ou Gnome. Et on pourrait multiplier les exemples à l'envi.



Coder ou ne pas coder, telle est la question


"Dilemme de la proie

Fuir

Ou se cacher ?"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)

Bien bien, rendus à ce point de notre discussion, il est temps de se demander sans détour : faut-il, oui ou zut, utiliser du code écrit par d'autres, intégrer des applications tierces, utiliser des librairies externes ? Alors ? Les souris ? Ah, je vois qu'on a une réponse à ma droite : oui et non. Euh, super, merci les souris vraiment. Qu'est-ce que je vais écrire aux lecteurs qui défaillent d'impatience, avec ça ? D'accord, on me précise la réponse, on peut réutiliser du code dans les cas suivants :

- le projet donne les garanties de sérieux et de stabilité qui ne nous demanderont pas d'y remettre un jeton toutes les 2 semaines

- le code n'est pas trop complexe à utiliser, et est suffisamment documenté pour notre usage

- notre besoin de performance n'est pas énorme, en particulier nous ne souhaitons pas faire 10 millions de rotations d'images JPEG par seconde avec la librairie Lambda que nous avons trouvée

- le code que nous avons trouvé constitue une fonctionnalité simple et bien délimitée, il ne cherchera pas à faire le café à notre place


Il faut surtout savoir doser son effort : inutile de mettre de l'enjeu à recoder tout un truc compliqué s'il existe déjà par ailleurs et que vous n'en faites qu'une utilisation très anecdotique. Il existe même quelques cas où, très honnêtement, il serait suicidaire de se lancer dans une réimplémentation personnelle de certains algorithmes, sauf si vous aimez vous lancer des défis : toutes les librairies cryptographiques, les prises en charge de protocoles tordus dont la définition fait 2500 pages, etc.


En revanche, il reste un cas où il faudra presque toujours y aller par vos propres petits moyens personnels et à la lampe torche, c'est si votre code est destiné à être utilisé de manière intensive et qu'il constitue le maillon faible des performances de toute votre application. Comme dit précédemment, si vous devez implémenter 10 millions de rotations d'images JPEG par seconde, il n'y a pas, il va falloir vous retrousser les manches, et faire votre code de manipulation d'images aux petits oignons pour que pas un octet ne dépasse du processeur. Mais, franchement, n'est-ce pas ce qui rend la programmation si passionnante ? Qui pourrait préférer passer ses journées à réutiliser des API GoogleBook toutes faites au lieu de répondre à cet appel du monde sauvage de la programmation débridée ?



Bien programmer sa conclusion


Vous l'avez compris, aux Souris Vertes nous sommes loin de trancher systématiquement en faveur du code tout-fait-tout-prêt à être enfourné au micro-ondes, ou du code super custom fait par nos petits doigts agiles. N'en déplaise aux tenants de la solution de facilité de ne pas se poser de questions, il faudra toujours se la poser, la question, éventuellement revenir sur ses propres choix, et user de tact et de raffinement pour construire le meilleur compromis possible sans sacrifier la banquise au passage. En particulier, essayer d'enrayer un peu le report systématique de certains framework ou librairies ultra-gourmands mais que tout le monde se refile comme si c'était l'évangile ferait du bien aux ours polaires.


A vous de jouer maintenant ! Cela dit, si vous restez sur votre faim de vrais conseils de programmation concrets qui vous parlent de votre quotidien au moins autant que l'édition régionale du journal télévisé, ne vous éloignez pas trop, car lui suite de notre dossier promet de décoller vers des sommets vertigineux en la matière. On se retrouve dès que vous aurez retrouvé votre plus belle combinaison spatiale, et qu'on aura de notre côté fini de tailler nos crayons de couleur. A suivre !

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