Ico Chamois d"or
Ico Polémiquons
Ico Le saviez-vous ?
Ico Dossier
Ico Club de lecture
Ico Le Petit Geste du Jour
Ico Réseau
Ico Messagerie
Ico Navigateur
Ico Système
Ico Multimedia
Ico Divers

Résultat de votre recherche


1 2 3 4 ... 8
La Programmation Responsable (2) : de ricaner en cours d'algorithmique tu arrêteras
Date 04/11/2017
Ico Dossier
Comms Aucun commentaire


"Devrait-on rire ou pleurer

Quand ma belle-de-jour

Se fane ?"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


On entame aujourd'hui notre belle croisière dans les eaux de la programmation estampillée souris verte, et sans se prélasser sous les cocotiers, on franchit tout de suite le Cap Horn en bravant la tempête, et en attaquant de front et par vent de face le sujet le plus austère de tout le dossier, j'ai nommé l'Algorithmique. Rien qu'à lire ce mot, je vous vois plisser des yeux, mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? C'est bien simple, sa seule mention fera sortir aussitôt de la salle tout étudiant en informatique qui n'est pas assoupi, ainsi sans doute que des hordes entières de lycéens qui sont désormais sommées de se farcir une version édulcorée de cette matière peu réjouissante.


Car oui, bien qu'on nous rebatte les oreilles à longueur de journal télévisé sur les merveilles réalisées par les incroyables algorithmes qui changent le monde, il ne se trouve pas grand monde en vérité pour défendre cette science des algorithmes qui exerce le même entrain guilleret qu'une marche funèbre sous un crachin hivernal. Les algorithmes changent peut-être le monde (inutile de me mordiller l'orteil, chère souris sous le bureau, nous remettrons la discussion de ce point à un autre article percutant, pour aujourd'hui on tient notre cap), mais c'est avant tout en distillant un ennui profond à notre jeunesse désabusée. Et alors ? L'informatique n'est-elle pas censée être ludique ? Où sont les couleurs qui clignotent, les rires qui fusent, les images qui percutent ?


Eh bien non, c'est malheureux, vraiment, mais l'algorithmique appartient à la face cachée théorique de l'informatique, avec par exemple la logique qui est une autre matière qui fait bien mal au slip, pour le dire poliment, mais qu'on passera sous silence pour ne pas achever de terroriser nos lecteurs. Donc, effectivement, on ne s'amuse pas autant en cours d'algorithmique qu'à programmer Lance Ton Pingouin sur son téléphone mobile, et pourtant c'est un prérequis fondamental à tout programmeur digne de ce nom, c'est-à-dire tout programmeur qui souhaite maîtriser la Programmation ResponsableTM et sauver la planète tous les jours devant son clavier.


Allez, on plonge tout nu dans le grand bain glacé, puisque c'est pour notre bien et celui de l'humanité. Snif.



Avoir le sens du algorithme


Mouais, les souris, on nous enjoint d'aller en cours (un scandale !), mais encore faudrait-il nous dire ce qu'on est censé y apprendre, vu que le prof a l'air de débarquer directement de l'espace et de parler dans un patois martien que même les petits hommes verts (tiens, tiens, nos copains de l'autre bout du système solaire seraient-ils des écologistes convaincus ?) doivent avoir du mal à suivre. On y vient, justement. L'algorithmique est la science des algorithmes. Donc on y apprend des algorithmes. Et voilà ! Bon, ne partez pas, on va essayer d'en dire un peu plus quand même.


Tout d'abord, qu'est-ce qu'un algorithme ? Bigre, la souris verte à lunettes a levé le doigt avant même que je n'aie commencé à formuler ma question. Quelle fayote celle-là, vraiment. Allez, on lui laisse la parole : "un algorithme est une séquence ordonnée d'instructions dans un langage compréhensible par un humain, ou une souris". Pas mal, même si on aura du mal à garantir que TOUS les humains (ou toutes les souris aussi d'ailleurs) seront capables de le lire, puisqu'il faut tout de même maîtriser un minimum le vocabulaire utilisé pour décrire les instructions, qui peut être assez spécialisé.


En tout cas il y a quelques caractéristiques de notre algorithme qu'il faut souligner :

- il doit être sans ambiguité, donc si deux personnes le mettent en oeuvre, le résultat doit être rigoureusement le même.

- les instructions sont bien des notions élémentaires manipulables par un être humain, pas par une machine, donc il y a un certain niveau d'abstraction par rapport à la programmation, pas question de sombre manipulation d'octet ou d'adressage mémoire ici.


A vrai dire, que vous soyez chamois d'or de la programmation acrobatique ou simple citoyen, vous avez déjà eu maille à partir avec pas mal d'algorithmes dans votre vie, et tel monsieur Jourdain qui fait de la prose sans s'en rendre compte, vous mettez en oeuvre des algorithmes quasi quotidiennement, en ignorant simplement de le savoir. Suivre une recette de cuisine, participer à un exercice incendie, même conduire en respectant le code de la route, tout cela peut plus ou moins être associé à la mise en oeuvre d'algorithmes dans des domaines divers. Pour rester dans un domaine un poil plus scientifique, l'addition posée que vous avez apprise à coup de baguette sur les doigts dans votre enfance est un bel exemple d'algorithme mathématique. Si vous appliquez à la lettre les instructions, vous réalisez votre opération sans faillir, que vos nombres aient 2 chiffres ou bien 300.


On voit tout de suite une des raisons de la désaffection pour la matière pointer son nez : l'application d'un algorithme est totalement mécanique, et on ne pourra pas se féliciter de bien d'autre chose que d'être un gentil petit robot si on le met en oeuvre avec brio. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on cherche à déléguer un maximum de ce travail fastidieux à nos amis les ordinateurs. Bien que la répétition de certaines tâches ait une vertu pédagogique indéniable, et soit partie intégrante de l'apprentissage, il est clair que si l'on reste strictement cantonné à l'exécution d'algorithmes, on va vite sombrer dans une déprime et une apathie généralisées. Non, l'intérêt de l'algorithmique est de concevoir des algorithmes, ce qui est une autre paire de manches et nous fait tout de suite basculer du côté de l'intuition et de la créativité les plus débridées.


Et à vrai dire, même si tu te cures le nez en affichant un air de profond ennui devant nos propos, cher lecteur-programmeur, de l'algorithmique tu en fais, en fis et en feras que tu le veuilles ou non. Car qu'est-ce que c'est finalement que d'écrire un programme informatique, sinon enchaîner une série d'algorithmes qui résolvent chacun à leur manière un petit problème isolé ? Je dois isoler une valeur au milieu d'un gros tas de données ? Je dois traiter une information en provenance d'un utilisateur ? Je dois calculer comment afficher correctement un texte à l'écran ? Que des algorithmes, tout cela. Les seules questions qui se posent sont : est-ce que j'écris mes propres algorithmes, ou est-ce que j'utilise ceux des autres ? Est-ce que je maîtrise leur impact en terme de temps de calcul et de ressources machine utilisées ?



Ne soyons pas trop décomplexés


Avec toutes ces belles considérations, on n'a pas encore vraiment dit ce que l'on apprenait concrètement dans notre cours de gymnastique algorythmique  (sans les collants ridicules, vous voyez qu'il y a du bon dans cette matière tout de même). En général, on étudie des classes d'algorithmes existants de plus en plus complexes, et si tout va bien on apprend comment concevoir les nôtres. On commence par exemple par trier des tableaux dans tous les sens (une grande joie du programmeur débutant, l'équivalent du rite initiatique dans les sociétés traditionnelles), et quand on devient Jedi on peut étudier les algorithmes super monstrueux utilisés par GoogleBook pour coloniser l'internet mondialisé.


Mais surtout, surtout, surtout, on apprend à évaluer les performances d'un algorithme, et c'est bien ce à quoi nous voulions en venir, la compétence clé du Programmeur Responsable qui a son petit badge couleur éméraude. Ce que nous enseigne l'agorithmique, c'est que toute méthode doit être évaluée non par le temps qu'elle prend (qui dépend de conditions locales d'exécution qui peuvent varier), le nombre de litres de pétrole qu'elle consomme ou son signe zodiacal, mais par sa complexité, qui est un ordre de grandeur du nombre d'instructions réalisées en fonction de la taille des entrées de ladite méthode. Et oui, les souris, je sais bien que c'est formulé de façon aussi claire que le fond du ruisseau saturé de boues d'épandage qui court à côté de notre jardin. On va tâcher de prendre un exemple pour éviter de se fouler le néo-cortex.


Attention, cependant, rien à voir avec la soi-disant complexité du monde réel qu'on invoque à toutes les sauces pour nous demander poliment de passer notre chemin et nous signifier de laisser penser les éditorialistes parisiens à notre place, ici il s'agit d'une théorie tout ce qu'il y a de plus sérieux et et scientifique. La complexité ne désigne pas les profondeurs insondables d'une pensée qui nous échappe, pauvres mortels débiles que nous sommes, mais la complexité en nombre d'étapes de calculer un résultat pour une machine qui ne dispose que d'opérations élémentaires pour le mener à bien.


Avant d'aller plus loin, je sens qu'il est urgent d'opérer une petite pause contemplative salutaire, méditons donc un instant sur un petit haïku : 

"Si difficile

De dire ce que voit

Cette souris tournée vers moi"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)


Notre vraiment super exemple


Ouf. Puisque nous voici à nouveau frais, dispos, et prêts à en découdre avec les concepts les plus tarabiscotés, revenons à nos moutons virtuels et à notre fameuse complexité, et prenons un exemple issu de la Vraie Vie, comme on dit dans les salons. Donnons nous par exemple la tâche bien utile de dénombrer les feuilles d'un arbre. Pours nos lecteurs qui passent trop de temps devant un écran à coder et ne savent pas ce qu'est un arbre, nous les enjoignons à sortir prendre un peu l'air jusqu'à apercevoir un grand truc marron en bas, et vert au dessus qui semble pousser dans le sol, ou à tout le moins à se renseigner sur internet.


Bon, comptons donc. Ca paraît bête, comme cela, mais déjà trouver une méthode qui permette de le faire sans se tromper n'est pas si aisé, vu que vous avez pu remarquer qu'un arbre n'a pas forcément une structure bien régulière, qu'il y a des feuilles dans tous les sens, et en plus s'il y a du vent au secours. Si l'on suppose que l'on a quand même accès à toutes les feuilles, quitte à se munir d'une échelle bien costaude, il va falloir se débrouiller pour ne pas perdre le fil et ne pas compter les mêmes feuilles plusieurs fois.


Une bonne idée pour ce faire nous est donnée par le professeur Souriso lui-même, qui adore ce genre d'expérience : on compte une feuille, puis on fait une petite marque (discrète et qui partira à l'eau de pluie, hein, on n'est pas des sauvages) pour ne pas la compter à nouveau. On continue à énumérer les feuilles de l'arbre jusqu'à ce que toutes les feuilles soient marquées, et zou, on a notre total.


C'est formidable, mais il ne vous aura pas échappé que ceci risque de prendre un certain temps, voire un temps certain, et de vous faire mourir d'épuisement avant d'arriver même à la moitié du quart du dixième de votre tâche. Peut-on optimiser un peu notre algorithme, avant d'y passer notre vie ? Cest là que le Programmeur Lambda, celui qui n'a pas suivi de cours d'algorithmique ou y a trop roupillé pour en avoir retiré quelque chose d'utile, va se tourner vers la solution standard de l'informatique en panique : on offre une paire de lunettes à la personne qui fait le décompte, ou bien on lui donne une échelle plus longue, ou même une paire de jumelles si on ne compte pas à la dépense. Bref, on augmente le matériel. Pour un vrai programme informatique on mettra plus de mémoire, un plus gros disque, du SSD, etc. Super, mais vous voyez qu'au lieu d'y passer 107 ans, notre fidèle collaborateur en passera 105 ou 106, bref c'est bien gentil de votre part mais ça ne résout strictement rien.


Qu'à cela ne tienne, on va sortir les grands moyens et paralléliser les calculs, on va mettre non pas une, mais deux personnes qui comptent. Et bim ! C'est aussi une très belle promesse, mais il faut compter que les deux personnes vont se marcher un peu sur les pieds, donc on n'ira pas strictement deux fois plus vite. Mais même comme ça, on mettra 50 ans environ, c'est mieux mais pas franchement jouable quand vos crédits de recherches sont alloués sur 10 mois. Et même en mettant 10 personnes en même temps, bof bof, vous restez toujours avec le même ordre de grandeur, donc si c'était franchement impossible ça deviendra juste-un-peu-moins-impossible mais toujours pas raisonnablement réalisable. Donc ici encore, la fameuse méthode de la parallélisation, si souvent dégainée pour se sortir d'une ornière informatique, outre qu'elle demande un doigté particulier dans la manière de programmer sans se prendre des problèmes de processus concurrents à tous les étages, ne fera jamais gagner significativement en performance.


Deux solutions s'offrent alors à nous : soit on renonce à notre projet, en le repoussant à une époque où la technologie viendra nous aider à le résoudre en un temps raisonnable (avec un ordinateur quantique, pourquoi pas ? On peut toujours rêver), soit on sort une feuille blanche, sa plus belle plume et on change d'algorithme pour réduire sa complexité.


Ici, une suggestion tout à fait passionnante d'une souris débrouillarde nous permet de nous sortir d'affaire : on simplifie le problème, en fait on ne veut pas vraiment le nombre exact de feuilles dans notre arbre, une bonne estimation nous suffira. Nous allons donc estimer le nombre de feuilles sur une branche, et simplement compter le nombre de branches au lieu du nombre de feuilles. Et il y en a beaucoup beaucoup moins, c'est l'affaire d'une heure tout au plus. Et voilà comment un travail qui aurait pu nous prendre jusqu'à l'extinction du soleil est terminé en une petite après-midi de travail, sieste incluse.


Dans notre petit exemple, nous sommes passé d'une complexité qui était proportionnelle au nombre de feuilles dans l'arbre, à une complexité proportionnelle au nombre de branches dans l'arbre. Alors ici c'était facile, mais il n'est pas toujours facile de calculer la complexité d'un algorithme, et encore moins de la faire baisser ; surtout quand ledit algorithme avance masqué dans plusieurs milliers de lignes de code qui semblent parler d'autre chose que de ce que vous raconte le prof martien.


Mais une valeur sûre pour repérer de la complexité sauvage et déchaînée est de repérer de multiples structures de boucles imbriquées dans un programme. Pour chaque niveau de boucle, hop, un ordre de grandeur supplémentaire. Et se souvenir aussi que le meilleur endroit pour améliorer les performances est TOUJOURS au milieu du code et de la logique qu'il déroule, et non dans les solutions de facilité de toujours plus de matériel, ou encore de programmes tiers censés booster les performances, comme des systèmes de cache tout-terrain qui ne savent pas sur quoi ils travaillent, et n'amélioreront donc jamais la complexité intrinsèque d'une méthode.



Savoir s'abstenir de ne pas faire


S'il y a une chose que nous enseigne l'algorithmique et qui doit nous marquer à vie, c'est que ce n'est pas parce que l'on sait écrire un programme qui résout une certaine tâche que l'on est capable de le mettre en oeuvre. Je peux écrire un programme qui sait calculer la factorielle d'un nombre à 130 chiffres, qui fera les mêmes trois lignes que pour la factorielle de 5, mais il n'a aucune chance d'aller jusqu'au bout, vu qu'il lui faudra réaliser plus d'opérations qu'il n'y a d'atomes dans l'univers.


Aussi, si on me demande d'écrire un tel programme, je me dois de refuser car ce serait un gaspillage de ressources éhonté pour un résultat qui n'a aucune chance d'aboutir. Et toi aussi, ami programmeur, refuse de mettre en oeuvre des méthodes à la complexité trop élevée : soit tu trouves une meilleure façon de procéder, soit on dit au client, tant pis, il n'a qu'à se trouver des besoins plus modestes auxquels l'informatique saura répondre sans y sacrifier l'énergie d'une supernova.


Précisons tout de même que toutes ces considérations ne s'appliquent que lorsque l'on traite un volume conséquent de données ; en fonction du type de traitement que l'on cherche à faire, on commencera à se poser de sérieuses questions de complexité au-delà de 1000 à 10000 entrées à gérer d'un coup. En deçà, on peut bien se permettre de privilégier une programmation simple, naturelle et sans nécessité de stockage massif de boîtes d'aspirine sous le bureau.


Et dans le cas où il nous faut optimiser les performances d'une application, on procèdera toujours dans l'ordre d'efficacité croissant, en appuyant d'abord là où ça peut faire le plus de différence :

1 - on étudie complexité générale du ou des algorithmes sous-jacents, et on essaie d'améliorer cela. Plus facile à dire qu'à faire, n'est-ce pas.

2 - on applique les formidables conseils qui vont suivre dans ce dossier, et on optimise donc en particulier les appels aux bases de données, aux disques, etc.

3 - on utilise un système de cache ou des outils d'optimisation de code écrits par d'autres. Si on est en rendus là, c'est que soit on est désespéré, soit on a déjà atteint un niveau d'optimisation tellement énorme qu'on ne peut plus rien faire simplement au niveau du code.

4 - on rajoute des ressources matérielles, et, si on le peut, on parallélise les étapes qui prennent le plus de temps. Ca c'est la solution qui apporte le moins de gain pour le plus de ressources consommées, autant dire qu'on ne la dégainera qu'à bon escient.



Une lueur d'espoir au fond du tunnel


Bon, disons le tout net, il est bien difficile de comprendre quel algorithme vous mettez en oeuvre quand vous programmez au quotidien, même si vous faites à votre insu des parcours d'arbres ou de graphes, des tris de tableaux, etc. Autrement dit, à moins que vous n'ayez une application très spécialisée qui fait du calcul intensif De Maboul, par exemple une méthode d'apprentissage sur un grand nombre de données, vous aurez peu de chances d'arriver à utiliser directement les notions algorithmiques chèrement  apprises. Il n'en reste pas moins qu'elles sont essentielles pour donner des points de repère, et surtout pour vous faire sentir à quel point la méthode de programmer tout ce qui vous vient à l'esprit sans jamais analyser le nombre d'opérations en jeu est délétère, et à l'origine d'une part non négligeable de ces superbes applications Programmées Avec Les Pieds (TM) qui font tant ramer nos belles puces de silicium.

Mais, pour être tout à fait honnête, vous vous en sortirez très bien sans un doctorat en algorithmique si vous mettez en oeuvre les petites astuces et mises en garde qui vont suivre dans cet épatant dossier. Alors surtout ne ratez pas la suite !

D'ici là, nous avons tous gagné le droit à une bonne promenade automnale sous les feuilles d'arbre qui tombent (non non, vous n'êtes pas obligé de les compter). Youpi !









>Voir le billet et ses commentaires...
 

La Programmation Responsable (1) : Ce dossier tu liras
Date 16/10/2017
Ico Dossier
Comms Aucun commentaire


"Le chêne

Ne fait pas attention aux fleurs

Une pose"


Matsuo Bashõ (1644-1695)


Diantrebleu et palsembouille. Dites moi que je rêve. Après nous avoir traîné dans un précédent dossier de semaines en semaines, mis les lecteurs comme votre pimpant serviteur au bord de l'épuisement nerveux devant cette avalanche de conseils tous plus pertinents les uns que les autres, voilà que l'on récidive illico presto à la rédaction des souris vertes avec un nouveau dossier qui promet d'être encore plus dense. Mais que fait la police ?


Ah, chers amis, je comprends votre désarroi, mais figurez-vous que les souris vertes se sont données pour tâche de sauver le monde, pas moins, et que nos beaux dossiers, jusqu'ici, ne visaient pas un public pourtant essentiel si l'on souhaite endiguer la fonte des glaciers et ne pas franchir la barre fatidique des 14 degrés de réchauffement, j'ai nommé celui  des Gentils Programmeurs (GP pour les intimes). Oui, ami informaticien, programmeur du dimanche, du lundi, ou des autres jours, codeur furieux, hacker curieux, développeur industriel, ce dossier est pour toi. Les autres peuvent rester aussi, hein, ne serait-ce que pour admirer nos magnifiques haïkus, nos dessins bientôt exposés au Louvre ou rigoler un bon coup à toutes ces blagues et ces conseils auxquels ils n'entravent que pouic.


Alors, tu connais déjà la Programmation Objet ? Tu maîtrises comme un champion la Programmation Impérative ? La Programmation Par Contraintes n'a plus de secrets pour toi, tu manges de la Programmation Système tous les jours au petit déjeuner, et tu utilises la Programmation Fonctionnelle du soir au matin d'une seule main et les yeux bandés ? Peut-être même es-tu déjà passé maître dans l'art de la Programmation Avec Les Pieds, rejoignant avec bonheur le club très à la mode et bien densément peuplé des développeurs appliquant cette technique ancestrale ? Il est cependant quasi certain que tu ne connais pas encore la Programmation Responsable, ce concept révolutionnaire que viennent d'inventer les souris vertes toutes seules dans leur jardin et qu'elles offrent au monde dans un élan d'une générosité inouïe et sans supplément d'achat.


Oui, constatons-le et déplorons-le dans un grand soupir navré, malgré l'escalade au matériel toujours plus performant, au stockage toujours plus massif, au réseau toujours plus câblé, nos bonnes vieilles machines continuent à prendre de longues minutes pour ouvrir notre courrier électronique ou afficher la photo de notre chat, et soufflent à la moindre tâche à accomplir. Les ordinateurs rament, inertent, traînent, pagaient et écopent sans relâche, à contre-courant et avec le dynamisme alerte de la limace à l'heure de la sieste. Comment se fesse, se demandera-t-on sans mauvaise pensée ? La seule explication plausible à ce paradoxe incroyable est que les applications et les systèmes d'exploitation Grand Public sont développés massivement Avec Les Pieds (TM), et parfois avec d'autres parties de notre anatomie pas beaucoup plus adaptées à la tâche, et certainement pas dans un souci d'économie, de simplicité et de besoin circonscrit et juste comblé. Et pourquoi donc s'enquiquiner, quand précisément le moindre téléphone portable dispose désormais de la capacité du super calculateur d'il y a 10 ans, et quand le bon peuple est toujours prêt à racheter mémoire, gros disque, super processeur, pour faire toujours la même chose (bureautique, internet, multimédia) mais en consommant plus de ressources ?


Trop c'est trop, et réciproquement


Oui, il suffit, et aux Souris Vertes nous disons STOP. Stop à la paresse de la dépense inutile, de la ressource gaspillée, de la réflexion inachevée, tout ça pour soi-disant gagner du temps et au final en faire perdre aux autres. Et, nous le revendiquons bien fort, ce qui fait le sel de la programmation, ce n'est pas d'écrire du code qui marchouille une fois sur deux, mais d'écrire du code qui fuse, qui bondit, qui trépigne, aérodynamique, élégant et simple à la fois, de la pure pensée en action, du condensé d'esprit transmis directement à la machine, la beauté cristalline et l'équilibre fragile et parfait de l'octet bien ordonné.


La programmation, ce n'est pas de la routine et du code au kilomètre, c'est de la création, de l'intuition, c'est résoudre 250 problèmes par jour et trouver des solutions toujours plus ingénieuses pour faire faire à la machine ce que l'on a rêvé tout haut. C'est construire des ponts, soulever des montagnes, balayer des nuages, tout ça sans se lever de sa chaise. C'est la possibilité de déployer toute l'étendue de son imagination et répondre sans relâche à la question : comment ? Comment aller d'un point à un autre, comment faire faire à un ordinateur, dont on devra convenir qu'il est gentil mais pas bien malin, n'en déplaise aux tenants de l'intelligence artificielle et des Réseaux de Neurones Partout, une tâche complexe, en un minimum de temps et avec un minimum de ressources ?


Et, comble de cerise sur le baba au rhum, il se trouve que, contrairement à bien d'autres domaines de création où il faut faire face à de la matière brute, et donc à des impondérables, l'informatique nous offre cet espace sans contrainte et ouaté de la perfection des conditions d'éxécution : tout est reproductible, anticipable, contrôlable, le seul facteur d'erreur et d'irrationalité est celui qui nous glissons par mégarde dans l'engrenage.


Bref, nous n'avons aucune excuse, et c'est avec une exigence implacable que nous allons dérouler notre super nouveau grand dossier, car programmer, oui, ach ja, claro que si, shi, absolument et tout à fait, mais pas n'importe comment et pour faire n'importe quoi. Précisons tout de même que nous ne sommes pas des experts absolus, ultimes et patentés de la question, simplement nous avons sans doute consacré un peu de plus de réflexion à la manière de programmer de manière écologique que la plupart, aussi nous nous permettrons de dispenser nos conseils sans retenue et avec la nuance subtile de l'éléphant dans un magasin de porcelaine qui nous caractérise lorsqu'un sujet nous tient à coeur.


Mais qu'est-ce donc que cette Programmation Responsable que nous promettons à grand frais ? On ne va pas tout de même pas se quitter sans en avoir esquissé les contours, après avoir fait saliver le bon peuple sur cette notion fantastique ? A vrai dire, programmer de manière écologique et reponsable reviendra souvent à programmer de manière efficace, donc à optimiser les ressources consommées pour faire ce que l'on a décidé de faire. Mais pas que, quand même, parce qu'il y a des choses qui ne sont pas optimisables, des problèmes mal posés ou des besoins exorbitants qu'il s'agira aussi de ne pas chercher à satisfaire à coup de silicium et d'octets dans le réseau.


Prêt à embarquer dans notre prochaine aventure ? Attention, accrochez-vous et faites briller votre plus bel insigne de Chamois d'Or, car on ne fera pas de révision sur les concepts et de tutoriel pas à pas pour les débutants sympathiques et curieux, qui devront se mettre à niveau sans notre aide. Allez zou, on se lance avec un petit haïku optimal de circonstance :


"Toujours plus court

Le chemin

qui me ramène à toi"


Midoriro no Mausu (la Souris Verte)



>Voir le billet et ses commentaires...
 

Mes données dans le cloud : écologique ou pas ?
Date 05/10/2017
Ico Réseau
Comms Aucun commentaire

Les souris vertes et le Nuage


"Froid printanier

Dans l’eau des rizières dérive

Un nuage sans racine"


Tanaka Hiroaki

N'est-il pas incroyable de penser que, dans toute la masse d'articles magnifiques que nous ont livrés les souris vertes, pas un seul, non, même un seul, ne traite d'un thème qui est pourtant l'alpha et l'omega, le lambda et le zeta et tout le reste de l'alphabet grec de l'informatique d'aujourd'hui ? Est-ce à dire que nos souris vertes, recluses au fond de leur jardin, ont réussi à échapper au raz-de-marée du Cloud A Toutes Les Sauces ? Absolument non, et ce n'est pas qu'elles n'ont rien à dire sur le sujet, mais bien plutôt qu'elles attendaient leur heure pour régler une fois pour toute son compte à ce gros prétentieux.


Il faut dire que, côté promesses à gogo, le petit nuage se pose-là. A en croire certains, il permettrait de protéger le badaud de sa bêtise crasse et de sa gestion anarchique des données, en offrant un horizon parfaitement éthéré de l'octet qui flotte gentiment au-dessus des contingences humaines, en abondance, toujours prêt comme le plus serviable des scouts, et parfaitement inodore et incolore, plus écologique encore que votre voiture à pédale ou votre chemise en vrai chanvre biologique, équitable et cultivé à moins de trente mètres. Comme la fameuse potion du bonimenteur de Lucky Luke, le Cloud est capable de guérir le cancer, de faire reculer la faim dans le monde, d'arrêter les guerres, de construire des écoles pour les petits enfants et de punir les méchants quand ils sont trop méchants.


Bon, il y aurait beaucoup à dire sur le Cloud et son marketing tout-terrain, mais nous allons aujourd'hui nous concentrer sur une question cruciale : est-il, oui ou non, ou les deux, plus écologique d'avoir ses données dans le Cloud ? Certains universitaires bien en vue n'hésitent pas à brandir cet argument à tort et à travers, fort de leur autorité patentée, et on ne discute pas s'il vous plaît. Eh bien aux Souris Vertes, on aime la discussion et, pour gâcher tout de suite le suspense haletant qui commençait à poindre dans cet article, on pense très nettement et très franchement que c'est du pipeau. Pfuit pfuit. Nous allons donc nous efforcer de vous expliquer, avec toute la science du Professeur Souriso et des derniers travaux en date de son équipe de pointe, pourquoi le conte du Gentil Nuage est une vaste fumisterie, et probablement la plus belle machine à polluer produite ces dernières années.



Gentil cirrostratus ou cumulonimbus sauvage ?


Il convient, avant d'aborder le fond du problème, de présenter un peu ce qu'on appelle le Cloud. On remarquera que la plupart des gens qui n'ont que ce mot à la bouche se gardent bien de le définir, les petits malins. Il faut dire que la poésie du vocable s'en trouverait assez rapidement affectée. Qu'est-ce donc qu'on entend pas ce terme ? Des volontaires parmi les souris pour répondre, peut-être ? Ah, une réponse excessivement pertinente à ma droite,  on me dit que le Cloud, ça n'existe pas. Pas pour dire que c'est virtuel et donc que ça n'a aucune matérialité, non non, mais pour dire que ce concept est totalement creux.


En effet, me complète la souris, le Cloud, c'est tout simplement stocker des programmes et des données sur des serveurs informatiques. Grand dieu, ça serait une sacré révolution si ça ne faisait pas déjà 40 ans qu'on faisait comme ça. Mais en vérité, s'il faut maintenant mettre un nom guilleret sur cette pratique qui ne nous fera pas tomber de notre chaise, c'est qu'il faut entendre dans cette idée un projet totalitaire assez impressionnant : le Cloud, c'est stocker toutes vos données et tous vos programmes sur NOS serveurs, dans un souci unique et constant de votre bien-être bien entendu.


Concrètement, le Cloud c'est donc un appel massif à se déresponsabiliser totalement de la manière dont sont hébergées nos données ou applications en mettant le tout dans un gros nuage dont on ne cherchera surtout pas à savoir comment il fonctionne. Autant dire qu'on est assez loin de l'éthique des souris vertes en la matière, elles qui militent pour que les gens prennent en main leur consommation numérique et tâchent de la circonscrire à leurs besoins réels. Evidemment, seuls les plus naïfs ou les moins intéressés par les conséquences de leurs actions réussiront à se persuader que cette petite opération est totalement sans impact, car plutôt que dans l'air pur et vivifiant de l'octet virevoltant, c'est bien qu'ils finiront dans des batteries de serveurs énormes alimentés par des centrales au charbon d'une taille conséquente, ou par d'autres sources d'énergie tout aussi réjouissantes, et refroidis par des climatisations à côté desquelles le petit confort thermique sur lequel on s'efforce de rogner dans son salon pour sauvegarder le climat de la planète paraît bien futile.



Sauve qui peut


Ne jetons pas trop vite l'anathème sur notre pimpant phénomène météo-informatique, car il y a des justifications relativement pertinentes au fait de vouloir stocker nos petites affaires dans ce grand placard informe. En effet, les serveurs sont gérés par des professionnels voyez-vous, ce que vous n'êtes certes pas, qui vous garantissent donc que vous ne perdrez jamais le moindre octet, même en cas de guerre thermo-nucléaire. Et, pour couronner le tout, vos données sont disponibles tout le temps et de partout, avec n'importe quel appareil ! Alors, cher Professeur Souriso, on arrête la polémique et on court vite se créer un compte FesseGueule ?


Avant de nous jeter à corps perdu dans le ciel magnifique du petit nuage moutonnant, examinons un peu l'alternative à ces belles propositions. Nous parlerons plutôt, n'est-ce pas, d'y placer nos données personnelles, ce qui concerne tout de même nettement plus de monde que le fait d'héberger des applications ou des sites web. S'il s'agit donc de faire une sauvegarde, c'est vrai que la promesse de ne jamais perdre nos affaires est assez séduisante. En effet, les hébergeurs utilisent en général des techniques de duplication et de distribution des copies qui garantissent qu'aucune panne ou mort subite d'un disque ne saurait nous être fatale.


Les lecteurs attentifs de notre magnifique article sur la manière de ne pas perdre ses données se souviendront que nous avons donné une solution parfaitement équivalente et qui n'implique pas d'aller loger ses données à plus de quelques mètres, à savoir la sauvegarde sur un disque dur externe, ou même plusieurs si on est paranoïque et terrorisé par la moindre perte d'octets. Il existe même des manière de monter des disques dur en parallèle dans votre ordinateur pour qu'ils soient des miroirs parfaits, et donc qu'on puisse en perdre un sans même s'en rendre compte car tout continue à rouler doucement (c'est très exactement une des techniques supposément savante et experte utilisée par nos professionnels du Cloud).


Donc, si c'est réellement pour n'avoir aucun risque de perdre ses données, aucune raison spéciale de passer par le nuage si ce n'est la paresse de gérer soi-même ses petites sauvegardes. Notons qu'en contrepartie, vos photos, courriers, films de vacances et autres auront le bonheur de ne pas être analysés dans le but de proposer des profils de consommation toujours plus affinés à l'ensemble de l'humanité, même si tout le monde ne semble pas également sensible à ces arguments de privauté de la vie privée.



Pouvoir être partout nulle part


Le deuxième argument choc en faveur du nuage est son accessibilité radicalement totale de partout et par n'importe quel moyen. Hop, toutes mes données sont sur mon compte YouplaBox et je peux y accéder même depuis les toilettes avec le téléphone de ma copine (on ne vous demandera pas ce que vous faites aux toilettes avec le téléphone de votre copine, après tout ça ne regarde que vous). Alors là il faut s'incliner, car notre solution paraît minable à côté, puisqu'on ne va pas transporter son disque dur externe partout avec soi, et en plus ça ne fonctionne qu'avec un ordinateur. Et même s'il existe de nos jours des cartes mémoire minusculissimes ou des clés USB de capacité hippopotamesque, c'est décidément impensable d'en emporter une partout où l'on va, surtout que l'on risquerait bien de finir par abîmer le support et ainsi perdre l'intérêt de notre belle sauvegarde qui doit survivre à tout.


Donc là il nous faut nous incliner, échec et matelas, nous voilà bien marrons devant cet argument imparable de la disponibilité. Vraiment ? Mais si vous êtes convaincu, c'est que vous n'avez pas derrière vous la souris à lunettes qui vous souffle un contre-argument de poids. En effet, l'hypothèse de l'accessibilité permanente à vos données suppose implicitement :

1 - la possession d'un appareil capable de lire lesdites données et simultanément d'aller les chercher sur le réseau,

2 - la présence d'une connexion réseau dans votre environnement immédiat suffisamment sympathique et robuste pour supporter ce petit échange de bons procédés

3 - la présence d'un ou plusieurs serveurs prêts à répondre à vos besoins, malgré des sollicitations concurrentes venant du monde entier


Les partisans du Cloud nous garantissent que le point 3 est toujours satisfait, mais malgré leur bel optimisme les problèmes de réseau à grande échelle et de serveurs indisponibles sont des événements relativement courants. Ainsi, une mauvaise conjoncture mondiale des infrastructures réseau et pif, plus de photos de vacances. Mais c'est surtout sur les points 1 et 2 qu'on ne saurait rien vous promettre, car la pérennité de vos petits appareils électroniques et celle de votre connexion internet locale ne dépend que de votre compétence personnelle et de votre degré de malchance. Bien plus que la mort tragique de votre dernier appareil numérique disponible, c'est bien évidemment l'impossibilité d'accès au réseau qui est le problème le plus fréquent et le plus probable. Evidemment, la prolifération des antennes relais, réseaux OuiFils et autres accès publics vous permettront sans doute de vous en sortir en changeant de décor, mais à condition de s'assoir avec bonheur sur toute notion de sécurité et de confidentialité de vos données personnelles, car dans ces conditons n'importe quelle personne un minimum outillée peut venir écouter tout ce que vous faites. Eh oui, on ne dialogue pas impunément sur des réseaux ouverts à tous en pensant qu'on est seul au monde.


A côté de tout cela, notre petite solution de la donnée portative a le charme d'être accessible sans besoin d'accès au réseau, et toujours dans des conditions contrôlées sur qui peut voir quoi, où, quand, comment et à combien. Et puis, pour terminer sur cette question, qui a vraiment besoin d'avoir sous la main au moindre instant ses petites données numériques ? Franchement, vous regardez vos photos de mariage tous les jours, vous ? Vous pourriez peut-être vous passer quelques jours de ce film de vacances où l'on vous voit vous promener au milieu des souris vertes, ou bien de votre dernier relevé de gaz soigneusement archivé numériquement ? Surtout que, comme nous allons le voir, ce petit confort de la donnée toujours sous le coude n'est pas sans conséquence, ça serait trop beau.



Et ça coûte combien ?


Il faudrait tout de même finir par se poser cette question, car enfin les grosses multinationales mondialisées qui offrent leur service de Cloud ne le font pas par bonté d'âme et pour rendre service à l'humanité. Ni pour vos beaux yeux de souris vertes, même si c'est triste à entendre. D'une manière ou d'une autre, elles doivent donc en tirer un profit, et celui-ci arrive, comme toujours en informatique, sous 3 formes possibles :

- vous payez directement pour ce service magique. Au moins ça a le mérite d'être clair, et suit le principe de "c'est çui qui paie qui paie", autrement dit vous assumez la responsabilité pécuniaire de vos pratiques numériques, même si l'état injecte de son côté quelques deniers dans la maintenance des gros tuyaux de communication, pour le plus grand bonheur des gros consommateurs de nuage en gelée.

- c'est gratuit pour vous, mais grevé de pubs et autres offres commerciales quand vous accédez à vos données. Bon, pourquoi pas, vous payez aussi indirectement le service  par ces nuisances publicitaires bien pénibles.

- c'est gratuit et on ne vous demande rien, pas de pub à l'horizon, l'air est pur sous un ciel azuré et serein. En général c'est là que ça sent le roussi : vous pouvez être sûr que vos données sont utilisées à des fins commerciales, et pillées ou revendues sans merci pour rapporter un subside confortable à votre hébergeur si généreux.

Evidemment, ces 3 méthodes ne sont pas incompatibles entre elles, et il n'y a pas de raison pour qu'une entreprise peu scrupuleuse vous fasse payer, mais en profite également pour valoriser vos données dans votre dos, pour le dire bien poliment.


Bon, mais tout ça n'est que le coût plus ou moins direct lié à votre choix d'utiliser le cumulus informaticus, et la souris verte à lunettes tape du pied depuis un moment, car nous avons passé sous silence le vrai coût, celui qui devrait vous faire renoncer immédiatement à ces viles pratiques de la donnée à distance, à savoir bien sûr le coût environnemental associé.


Car, comme toujours lorsque l'on veut faire les choses de la manière la plus générale, la plus simple d'esprit, la moins réfléchie possible, et en se moquant éperdument du contexte, on aboutit à des absurdités écologiques. En effet, rappelez-vous, le Monsieur Cloud doit nous garantir pérennité et disponibilité des données à tout prix. Et est-il capable de savoir si votre fichier est un vieux film inutile que vous ne regarderez plus jamais ou bien LA copie de votre diplôme de fin d'études que vous ne pouvez surtout pas perdre ? Certes non. Du coup, il va appliquer la bonne vieille méthode du Je Mets Le Paquet pour le moindre fichier que vous déposez sur un serveur. Non seulement celui-ci sera recopié sur plein de disques, et plein de serveurs, pour être sûr de ne pas être perdu, mais en plus il sera soigneusement gardé en état d'alerte permanent pour être disponible à la moindre milliseconde. On oublie donc toute forme d'archivage ou de compression intelligente, ou de stockage sur des supports inertes, les gros serveurs de notre hébergeur tournent à plein régime 24h/24 pour pouvoir vous restituer une donnée dont vous avez peut-être vous-même oublié l'intérêt et l'existence.


Remarquons la différence de taille avec le fait d'avoir ses données sur sa propre petite machine : quand votre machine est éteinte et que vous dormez, elles ne génèrent aucune consommation. C'est encore plus vrai pour le disque dur externe, qui ne demande son petit 5V en usb que lorsque vous le branchez, soit juste quand vous avez besoin des données en question. Sans compter que la consommation d'un périphérique USB ou d'un disque dur interne est totalement négligeable devant celle des serveurs monstres des géants du Cloud et de toute l'infrastructure réseau nécessaire à cette Pratique Moderne Incontournable.


Vous l'avez compris, utiliser le Cloud c'est sortir la grosse Bertha pour écraser une mouche, et consommer de l'eléctricité au terawatt de manière totalement superflue, aussi vous entendrez notre circonspection devant les discours qui préconisent que l'univers entier doit s'y précipiter sans attendre.



Loin des yeux, loin du schtroumpf


Il nous faut aborder le sujet de la dernière thèse en date issue des travaux du Professeur Souriso, j'ai nommé "Analyse et conceptualisation de l'Effet Rebond à travers l'exemple du stockage des données personnelles dans le Cloud". Dans un grand élan de générosité, je vous épargne le jargon et les graphiques abscons, notre estimé professeur n'ayant pas toujours la plume sobre et percutante de votre serviteur, pour vous en livrer la substantifique moelle osseuse du squelette dans le placard : le Cloud participe, et pas qu'un peu, à ce que l'on appelle communément l'effet rebond (boum). Mais si si, vous connaissez, nous avons déjà rencontré ce concept à maintes reprises dans nos précédents articles, et sur bien des sujets différents. Il dit tout simplement que pour certains phénomènes, les gains d'efficacité ne viennent pas faire baisser la consommation totale, mais au contraire l'encouragent. Par exemple, le fait de produire des voitures qui consomment moins d'essence ne fait pas baisser la quantité totale d'essence consommée, bien au contraire : les gens en profitent pour rouler davantage.


Avec notre bonne vieille branche de nuage, le principe est le même, du moins c'est ce que nous prétendons aux souris vertes, libre à qui veut de venir nous démontrer que c'est faux. On encourage les gens à mettre leurs données dans le Cloud, sur des espaces dédiés dont la capacité est tout simplement gigantesque. Résultat, vu que c'est facile et gratuit, ou presque, on en profite pour y mettre tout et n'importe quoi sans se poser de question et sans jamais ranger sa chambre. Evidemment, s'il fallait gérer nous-même la sauvegarde de nos montagnes de données, on finirait peut-être par y regarder de plus près car tout cela prend du temps et nécessite du matériel pas forcément bon marché.


Bref, comme le Cloud est cette espèce de corne d'abondance qui n'a jamais de fond, et que nos données ne nous enquiquinent plus pour prendre toute la place disponible sur notre petit stockage local, on en profite pour en stocker des tonnes sans se faire mal au dos. Donc, en encourageant les gens à tout ranger dans le Cloud, on encourage aussi la surconsommation frénétique et sans limite. Et comment les gens pourraient-ils raisonnablement s'en fixer, quand justement l'argument principal en faveur du Cloud est de dire qu'il n'y aucune limite nulle part pour rien de rien ?



Conclusion : que faire du cloud ?


Il est temps de conclure cette petite diatribe anti nuage toxique. Que peut-on donc mettre dans le fameux nuage, et comment ? Malgré tout ce que nous avons pu écrire, il faut tout de même avouer qu'il offre certains avantages dont il serait dommage de se passer, et donc que plutôt que de ne pas s'en servir du tout, apprendre à s'en servir à bon escient serait de bon aloi.

A vrai dire, vous utilisez déjà le Cloud sans le savoir et depuis longtemps, pour tous les services de messagerie. En effet, il ne vous aura pas échappé que vos messages électroniques, quel que soit le terminal que vous utilisez, restent disponibles sur le serveur de messagerie et visibles autant de fois que vous le souhaitez. C'est que le protocole de réception de messages qui s'appelle l'IMAP est en fait une préfiguration de ce qu'on nous vend aujourd'hui à toutes les sauces avec le joli nom marketing qui ne veut rien dire. Pour ceux qui se souviendraient du protocole de messagerie qui le précédait, dont même Microsoft a réussi à se défaire récemment après des décennies à traîner du pied, dès qu'on lisait un mail bim, il était téléchargé sur votre appareil et plus jamais disponible ailleurs que sur ledit appareil.

Eh bien voilà pour nous une illustration parfaite de l'utilité du Cloud, car disons-le franchement le comportement précédent était une plaie s'agissant du courrier électronique. Donc, oui, les Souris Vertes plébiscitent l'IMAP et aiment quand la messagerie glisse sur un beau nuage ouaté. En contrepartie, elles inondent régulièrement le public d'articles sur les manières de gérer ses messages électroniques, car tout ceci, on ne le répètera jamais assez, a un coût environnemental non négligeable qu'il s'agit au moins de contrôler un minimum.


Une autre application est de mettre en partage des fichiers ou dossiers accessibles par une petite, ou grande, communauté. Là, évidemment, le fait que tout soit sur un serveur centralisé permet que tous puissent disposer des dernières données à jour, et évite aussi que chacun doive gérer sa petite copie personnelle de la même chose (même si, encore une fois, une telle copie ne fait que prendre une place sur du stockage inerte la plupart du temps, donc sans coût environnemental réel). C'est d'ailleurs le cas de tous les projets open source, dont le code est disponible en ligne pour être revu, amendé et corrigé par tous les collaborateurs qui le souhaitent, une bien belle idée. Mais tout ceci reste conditionné au fait que l'on n'en mette pas des tartines, n'est-ce pas, il y a un monde entre quelques mega octets de code et une collection intégrale de vidéos à la demande.

Pour tout autre type d'usage, très honnêtement nous peinons à voir l'intérêt du Cloud. Soit il s'agit de données hyper importantes voire vitales à notre survie en société, que nous ne souhaiterions pas vraiment voir gérées par une grande firme transnationale sur des serveurs distants de milliers de kilomètres, tant qu'à faire, soit il s'agit de données d'intérêt secondaire, et dans ce cas on survivra très bien d'attendre d'être chez soi pour les lire, ou de devoir emporter notre petit support externe copain qui les contient.

Mais c'est à chacun de trouver sa manière de gérer ses données personnelles, nous ne prétendons pas imposer notre hygiène informatique personnelle à la terre entière. Nous espérons tout de même que certains, voire l'ensemble de nos arguments vous auront convaincu que, d'une part, le cloud n'est pas nécessaire à la vie sur terre, et que, de l'autre, il est tout sauf écologique comme certains le laissent entendre. Maintenant, à vous de construire votre propre pratique quotidienne de la donnée informatique.

Et, sur ce, on vous souhaite bon vent, car il est temps pour nous de retourner regarder les nuages, les vrais, ceux qui ont des formes rigolotes et changeantes. Tiens, j'en vois justement un qui a une forme de souris verte !

"Il y a toujours

Du Soleil

Au-dessus des nuages"


Richard Clayderman (1990)

>Voir le billet et ses commentaires...
 

1 2 3 4 ... 8

Infos blog

Des Souris Vertes

Derniers billets

Polémiquons   06/03/2018
A bas le 'c'est pratique'
Le Petit Geste du Jour   04/02/2018
Le Petit Geste Du Jour : je me dirige sans GPS
Club de lecture   21/01/2018
Les souris vertes ont lu pour vous : l'économie symbiotique, d'Isabelle Delannoy
Le Petit Geste du Jour   05/01/2018
Les 5 gestes totalement vraiment incontournables de l'écologie numérique
Le Petit Geste du Jour   22/12/2017
Le Petit Geste de Noël : je ne renouvelle pas ma panoplie numérique
Dossier   16/12/2017
La Programmation Responsable (6) : des sites webs écologiques tu concevras
Dossier   07/12/2017
La Programmation Responsable (5) : les structures de données tu maîtriseras
Dossier   28/11/2017
La Programmation Responsable (4) : de spammer ta base de données tu cesseras
Dossier   18/11/2017
La Programmation Responsable (3) : de déléguer la programmation tu éviteras
Dossier   04/11/2017
La Programmation Responsable (2) : de ricaner en cours d'algorithmique tu arrêteras
Le Petit Geste du Jour   24/10/2017
Le Petit Geste Du Jour : je nettoie ma boîte de messagerie
Dossier   16/10/2017
La Programmation Responsable (1) : Ce dossier tu liras
Réseau   05/10/2017
Mes données dans le cloud : écologique ou pas ?
Dossier   26/09/2017
Au secours, mon ordi est lent ! (8) : J'apprends à reconnaître et changer le matériel
Le Petit Geste du Jour   10/09/2017
Le Petit Geste De La Rentrée : j'arrête le streaming
Divers   25/05/2017
Les souris vertes s'invitent à la radio
Le Petit Geste du Jour   20/05/2017
Le Petit Geste Du Jour : je change les réglages de mon appareil photo
Dossier   11/05/2017
Au secours, mon ordi est lent ! (7) : Je réinstalle mon système tout seul comme un grand
Le Petit Geste du Jour   06/05/2017
Le Petit Geste Du Jour : j'écris un haïku pour me détendre
Divers   14/04/2017
Cultiver l'attente...
Club de lecture   25/03/2017
Les souris vertes ont lu pour vous : la convivialité d'Ivan Illich
Le Petit Geste du Jour   09/03/2017
Le Petit Geste Du Jour : j'enlève la signature automatique des messages
Polémiquons   27/02/2017
L'inquiétant mariage de la science et du numérique
Dossier   17/02/2017
Au secours, mon ordi est lent ! (6) : J'adapte mon système à mes besoins
Club de lecture   12/02/2017
Les souris vertes ont lu pour vous : une question de taille, d'Olivier Rey
Le saviez-vous ?   21/01/2017
Le saviez vous ? La voiture est un ordinateur sur roues
Dossier   10/01/2017
Au secours, mon ordi est lent ! (5) : J'apprends à ne pas perdre mes données
Dossier   30/12/2016
Au secours, mon ordi est lent ! (4) : Je nettoie Windows à grands jets
Polémiquons   23/12/2016
Le Petit Geste de l'Année : je ne commande rien d'électronique au père noël
Le Petit Geste du Jour   11/12/2016
Le Petit Geste Du Jour : j'utilise un bloqueur de publicités
Dossier   27/11/2016
Au secours, mon ordi est lent ! (3) : J'apprends à ne pas polluer mon ordinateur
Dossier   14/11/2016
Au secours, mon ordi est lent ! (2) : Je dégage l'antivirus à coup de pied
Dossier   05/11/2016
Au secours, mon ordi est lent ! (1) : les souris vertes à la rescousse
Le Petit Geste du Jour   23/10/2016
Le Petit Geste Du Jour : j'utilise le mode avion même à pied
Système   16/10/2016
L'ordinateur portable est-il plus écologique ?
Le Petit Geste du Jour   02/10/2016
Le Petit Geste Du Jour : je gère la durée de vie de ma batterie
Club de lecture   17/09/2016
Les souris vertes ont lu pour vous : l'âge des low tech, de Philippe Bihouix
Système   21/08/2016
J'apprends à gérer mes mots de passe
Le Petit Geste du Jour   08/08/2016
Le Petit Geste Du Jour : j'arrête d'inclure les messages quand je réponds
Polémiquons   30/07/2016
Ecole et numérique font-ils bon ménage ?
Le Petit Geste du Jour   19/07/2016
Le Petit Geste du Jour : j'arrête d'écrire mes mails en HTML
Chamois d"or   10/07/2016
Le saviez vous ? Il est possible d'être informaticien sous Windows sans se pendre
Messagerie   04/07/2016
L'incarnation du mal : la pièce jointe dans les mails
Le Petit Geste du Jour   26/06/2016
Le Petit Geste Du Jour : Je réduis la luminosité de mon écran
Divers   18/06/2016
Stop à l'imprimante jetable
Dossier   12/06/2016
Grandeurs du monde numérique (6) : Réseaux en folie
Le Petit Geste du Jour   05/06/2016
Le Petit Geste du Jour : j'éteins ma box quand je ne m'en sers pas
Le saviez-vous ?   31/05/2016
Le saviez-vous : Google n'est pas le seul moteur de recherche ?
Dossier   25/05/2016
Grandeurs du monde numérique (5) : Dans la jungle des écrans
Le Petit Geste du Jour   20/05/2016
Le Petit Geste du Jour : je mets mes sites favoris... en favoris
Le Petit Geste du Jour   15/05/2016
Le Petit Geste du Jour : je change la page de démarrage de mon navigateur
Dossier   14/05/2016
Grandeurs du monde numérique (4) : Les spectaculaires performances des jeux vidéos
Le saviez-vous ?   12/05/2016
Le saviez-vous : à quoi sert l'économiseur d'écran ?
Dossier   08/05/2016
Grandeurs du monde numérique (3) : Monsieur Herz mesure la solitude du processeur
Dossier   06/05/2016
Grandeurs du monde numérique (2) : Octets et compagnie, les rois du stockage
Dossier   05/05/2016
Grandeurs du monde numérique (1) : c'est gros, c'est petit ?
Divers   04/05/2016
Les souris partent à l'aventure


MP  Mighty Productions
> Blogs
> Des Souris Vertes
 
RSS       Mentions légales       Comms  Haut de la page